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11 n'est nullement nécessaire, il serait même fâcheux d'adopter « un plan gigantesque ));mais en consacrant, pendant un demisiècle continu, une dizame de millions de fraiics annuellement à des travaux de cette nature, l'État obtiendrait des résultats utiles. Le chancelier de l'échiquier, M. Lloyd George proposait de fondre différentes subventions existantes « dans un fonds pour le développe?7ient national et d'y consacrer cette année (1909-1910) une somme de 200,000 livres sterling en plus. Une législation spéciale devra être établie à ce sujet, mais je pviis déjà exposer dans ses ^randes lignes, disait-il, l'utilisation de ce fonds : institution d'une cole de forets; acquisition de terrains pour le reboisement ; aménagement d'un certain nombre de forêts dites forêts d'expériences; épenses en faveur de recherches scientifiques; fermes d'expéiences ». M. Lloyd Georges continue en citant d'autres dépenses 'une utilité plus incertaine ou pour lesquelles l'État a une vocaion et une compétence plus contestables, par exemple : « Enouragements aux coopératives...; facilités et mesures en vue d'attirer les travailleurs à la campagne en constituant de petites xploitations et en faisant des attributions de terres en friche. » I conclut ainsi : ce La somme proposée (200,000 livres sterling ou 6 millions de francs) paraît excessivement faible, d'autant plus l^^qu'il faudra un grand capital pour installer les établissements Id'expériences. La dépense sera considérable pour les forêts, sur- ^tout pendant la première période, et je demande que l'autorisation de faire des emprunts soit accordée, au moins dans les pre- ^miers temps, à la Commission chargée de distribuer des subventions, bien que j'espère pouvoir éviter de recourir à l'emprunt fcour les autres parties du plan. »
Nous avons bien des fois blâmé les tendances socialisantes du chancelier de l'échiquier britannique, M. Lloyd George , et nous faisons des réserves formelles sur certains des points du vaste plan dont nous venons d'exposer les grandes lignes ; il est probable qu'il entraînerait loin le gouvernement anglais et qu'il l'induirait en des dépenses sans utilité toujours correspondante. Mais en ce qui concerne les forêts, le régime des eaux et, en une mesure restreinte, certaines expérimentations agronomiques, un service organisé méthodiquement, procédant avec des crédits continus, mais mesurés, pourrait avoir une action bienfaisante et ne serait pas en contradiction avec l'idée et la constitution de l'État. Il faut, tou-
tefois, se mettre en garde contre les exagérations auxquelles l'Etat moderne est particulièrement enclin.
Les États-Unis ont marqué, en ces derniers temps, une tendance à quelque élargissement des fonctions de l'État en ce qui touche la protection des richesses naturelles du pays. Nous ne faisons que mentionner un organisme qui a un autre caractère, à savoir une administration fédérale ou board qui s'occupe de recherches et d'expériences agronomiques et qui rend des services appréciés. Le gouvernement fédéral tend à ne pas limiter à cette fonction récente son action en ce qui concerne la mise en œuvre et la conservation des richesses naturelles de la contrée. Dans un discours qu'il prononça, le 5 septembre 1910, au Congrès de Saint- Paul pour la conservation des richesses minérales, le président des États-Unis, M. Taft, a émis à ce sujet quelques opinions intéressantes. Il s'est notamment étendu sur la question des terrains phosphatiers. Après avoir mentionné les abondants dépôts de phosphates aux États-Unis, notamment dans le Wyoming, rUtali, la Floride, la Caroline du Sud, la Géorgie et le Tennessee, il a constaté que les terres à phosphates appartenant au gouvernement fédéral se rencontrent surtout dans les trois premiers États. Il évaluait l'étendue du domaine de la fédération, en ce qui concerne ces dépôts à 2,115,000 ares (environ 900,000 hectares), 11 a déclaré qu'il pourrait être utile de réserver une partie de cette matière première pour l'agriculture à l'emploi aux États-Unis mêmes. Il s'est défendu, comme d'une mesure attentatoire aux droits acquis, de toute pensée de restreindre par un moyen quelconque la liberté d'exportation des entreprises actuellement existantes et des concessions octroyées ; mais il a admis qu'il pourrait en être autrement pour les concessions futures de terrains à phosphates appartenant au gouvernement fédéral : « Si l'on considère, dit-il, comme désirable de décourager l'exportation du phosphate en roc {to discourage the exportation of phosphate rock)j afin de le conserver pour nos propres terres, ce dessein pourrait être accompli au moyen de conditions à insérer dans les concessions gouvernementales (1). » 11 s'agit, nous le répétons, des seules concessions futures.
Cette pente, toutefois, est bien glissante. Un sénateur en France, dans les années 1907-1909, fit une campagne pour que le gouver-
(1) The Engineering and Mining Journal (des Étals-Uni:^), n° du 10 seplombrc 1910, p. 11)6.
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neniont français établit un droit de sortie de 30 francs, c'est-à-dire environ double de la valeur du produit, sur les phosphates tunisiens exportés dans d'autres pays que la France. Ce seraient là des mesures iniques et extravagantes : elles porteraient manifestement atteinte aux droits acquis, contrairemant à ce que proposait le président Taft; elles risqueraient d'étoufîer des entreprises utiles ; enfin elles pourraient provoquer des représailles de la part de pays ayant le monopole ou un quasi monopole d'autres matières utiles, comnie l'Allemagne pour la potasse, la Norvège pour le nitrate artificiel. De telles pratiques sont à condamner.
11 en est de même des intrusions ou des accaparements qu'un certain nombre d'États effectuent ou projettent, en ce qui concerne diverses richesses minérales ou encore d'autres ressources naturelles, telles que aujourd'hui les grandes forces hydrauliques. Pour utiliser efficacement et conserver, dans la mesure du possible, ces ressources précieuses, il n'est nullement besoin que l'État les accapare, les exploite lui-môme ou les soumette à une réglementation minutieuse ; tout au contraire, c'est l'initiative soit des particuliers, soit des associations libres qui partout a mis et met le mieux ces richesses en valeur et les aménage avec le plus de souci de l'avenir. On ne peut que blâmer le gouvernement hongrois de vouloir constituer, en 1910, en monopole la production du pétrole brut, du gaz minéral et des sels alcalins. L'initiative individuelle commençait déjà à s'occuper de ces substances et un grand nombre de puits venaient d'être ouverts en Transylvanie, notamment à Nagy-Sarmas pour le gaz minéral, et ce seul dernier district produisait une force de 130,000 chevaux par jour (1).
En France, l'initiative prise par des sociétés spéciales nombreuses depuis l'ouverture du xx<^ siècle, sans aucun concours de l'État, a mis en œuvre une partie notable des grandes forces hydrauliques du pays et les aura bientôt toutes utilisées.
L'État, par une intervention jalouse, ne pourrait que décourager ces efforts et retarder ou entraver et, par conséquent, restreindre l'utilisation de ces richesses naturelles.
Quant à l'intervention mesurée et prudente de l'État dans la réglementation du régime minier, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à notre Traité thcoriquc et pratique cV Eeonornie politique
(i) Thii Ecoiio)nist, de Londres, 8 octobre 1910, p. 712.
où nous avons traité cette question avec quelques détails (1). En tous les cas, l'État moderne démocratique, avec toutes les infirmités et toutes les faiblesses que nous avons décrites et qui seront encore confirmées, au cours de ce livre, par d'autres exemples et d'autres démonstrations, n'a aucune aptitude et aucune qualification pour l'exploitation des mines pas plus que pour la généralité des entreprises industrielles. Pour ce qui est des participations à établir en faveur de l'État dans les bénéfices des mines et carrières, c'est une question d'application où l'État doit'faire preuve de bienveillance pour les exploitants et de beaucoup de discrétion s'il ne veut pas décourager, sinon étouffer, la plus aléatoire des industries.
(1) Voir notre Traité théorique et pratique d'économie politique 5e édition, t. II, pages 33 à 74.