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LA NATURE, L'ORIGINE ET LE DÉVELOPPEMENT DE L'ASSURANCE

Idée d'étendre considérablement la tutelle de l'État au moyen des assurances, page 420. — En quoi consiste l'assurance, page 420. — Les six assurances différentes qui seraient utiles à l'ouvrier, page 422 . — La religion et la superstition de l'assurance, page 422. — Les conditions, spéciales à notre temps, qui ont facilité le développement de l'assurance, page 423. — Les deux formes d'assurance les plus anciennes, les assurances maritimes et les assurances contre les maladies, page 423. — Les théoriciens allemands de l'assurance par TÉtat, page 424. — Raisons doctrinales données en ce sens, page 424- — C'est, dans la plupart des cas, le crédit privé qui fraye la voie au crédit public, page 425. — Critiques adressées aux assurances privées, page 425. — Réponse à ces critiques, page 425. — Les assurances officielles n'ont jamais pu supporter avantageusement la concurrence des assurances privées, page 427- — Exemple de la France et de l'Angleterre, page 428. — Les assurances officielles en Allemagne, en Autriche, en Suisse et dans les pays Scandinaves, pnge 428. — Tableau du développement respectif des assurances officielles et des assurances libres en Allemagne, page 429. — L'État revient, en matière d'assurance, à sa vraie nature, la contrainte, page 429'. — Origine des projets d'assurances obligatoires de M. de Bismarck, page 429. — Les lois ou projets de loi allemands, en cette matière, sont loin d'avoir la portée sociale qu'on leur attribue, page 430.

La fixation par la loi des heures et parfois des modes de travail paraît encore à beaucoup de personnes une insuffisante intervention gouvernementale en faveur des ouvriers* La tutelle de l'État doit aller, dit-on, beaucoup plus loin. Il convient de protéger l'ouvrier contre tous les risques qui peuvent entraîner pour lui ou pour sa famille la gêne ou Tindigence ; cela, d'ailleurs, serait fort aisé, par la généra-

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iisation d'un procédé, qui est connu depuis un grand nombre de siècles et où l'industrie privée a obtenu un succès croissant, notamment dans la dernière centaine d'années ; ce procédé, c'est l'assurance.

Il offrirait le moyen certain de mettre les individus à l'abri des risques divers de pertes, de ceux du moins de ces risques qui sont précis, peuvent être déterminés d'avance, ont un caractère en quelque sorte périodique, soumis qu'ils sont, sinon pour chaque individu isolé, du moins pour chaque groupe nombreux, à une loi de répétition et de régularité.

Ce procédé consiste dans le calcul, à l'aide de l'observation et de l'expérience, de la fréquence des risques et dans Timposition à tous les partisans d'une cotisation, d'une prime; l'ensemble de ces primes représente le sinistre total qui, selon les probabilités, frappera le groupe; il doit, en outre, couvrir les frais d'administration et constituer une réserve pour les cas imprévus et les chances d'erreurs.

L'humanité s'est avisée dès longtemps de l'excellence de cette méthode d'évaluer le total de certains risques précis pour tout l'ensemble d'un groupe d^'hommes associés, et de répartir à l'avance entre eux la perte de façon qu'elle soit aisée à supporter. .

Inventé par un auteur inconnu, à une époque indéterminée, sorti peut-être de l'instinct même des masses humaines, ce procédé a eu de lents et pénibles débuts; puis, en vertu de la sédriction qu'exercent sur la société les institutions utiles au fur et à mesure que le jour se fait sur elles et que le mécanisme en est compris, il s'est graduellement généralisé.

Ce sont d'abord les couches élevées et intelligentes de la société qui l'ont mis en pratique; puis les couches moyen nés et peu à peu on y voit accéder spontanément les classes

inférieures. Limité d'abord à quelques risques très simples, très généraux, il tend maintenant à en embrasser beaucoup d'autres. On veut Tétendre parfois à des risques très compliqués qui ne paraissent guère susceptibles de se plier à ?jne organisation de ce genre, aux faillites par exemple ou aux vols, ou à la dépréciation des titres de bourse.

En ce qui concerne l'ouvrier ou la famille ouvrière, un économiste allemand, M. Brentano, professeur à l'université de Strasbourg, n'indique pas moins de six assurances différentes qui seraient nécessaires pour lui donner la sécurité et le bien-être : l*" une assurance ayant pour objet une rente destinée a secourir et à élever ses enfants dans le cas où il mourrait prématurément (c'est la garantie du renouvellement de la classe ouvrière) ; 2° une assurance de rente viagère pour ses vieux jours; 3"* une assurance destinée à lui procurer des funérailles décentes; 4"^ une assurance pour le cas d'infirmités ; S"" une assurance pour le cas de maladie ; 6^ une assurance pour le cas de chômage par suite de manque de travail.

Encore doit-on dire que l'écrivain allemand s'est borné à l'examen des risques qui frappent la personne. Mais l'ouvrier aurait besoin, en outre, de diverses assurances contre les risques qui menacent les biens; car il ne laisse pas, d'ordinaire, de posséder quelques biens, un mobilier qui peut être brûlé, parfois un champ qui peut être grêlé, une vache qui peut être atteinte de contagion.

L'idée que l'on peut donner à l'homme la sécurité complète, absolue, que sa situation pécuniaire ne sera jamais changée, pourrait bien être une idée chimérique. De même qu'il y a la religion de l'assurance, c'est-à-dire une appréciation raisonnable des avantages que ce procédé comporte, des extensions et des progrès dont il est susceptible, il y a aussi une superstition ou un mysticisme de l'assurance qui

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