DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Mous n'avons rien à changer à ce livre qui parut il y a dix mois et que le public leUré a bien voulu accueillir avec faveur.
Les gouvernements, en quête de popularité facile, se jettent de plus en plus dans la voie du socialisme d'État. Le jeune empereur d'Allemagne s'y est précipité avec uneenthousiaste ardeur. Ses fameux rescrits entonnaient la réforme du monde social. La pâle conférence de Berlin fut un médiocre épilogue à ce prologue relentissant.
Néanmoins, les socialismes prétendus conservateurs éclosent de toutes parts. Ils tracent des programmes pour enchaîner la liberté humaine et l'offrir en holocauste au dieu nouveau, l'Etat.
Ce dieu a ses jours comptés, comme tous les fauxdieux.
Dès que l'on sort des cérémonies pompeuses en son honneur et que Ton veut passer aux oeuvres, les obstacles surgissent et se multiplient. La nature humaine
XVin L'ÉTAT MODERNE ET SES FONCTIONS.
vent éludié on détail, est encore mal connu de la généralité de ceux qui en dissertent.
On dirait une machine dont on aurait merveilleusement décrit chacun des rouages, mais dont on eût négligé d'examiner et de caractériser la force moirice, les conditions nécessaires pour que cette force agisse avec régularité et continuité.
Plus que tout autre, l'État moderne est délicat, précaire, corruptible, enclin à l'oppression.
Nos contemporains, éblouis par le résultat soudain du développement des connaissances et de l'ins,lruction, tendent à perdre de vue que l'intelligence ne suffit ni à un homme ni à une nation, et que le grand ressort humain c'est encore la volonté.
Les envahissements de l'Élat, en restreignant la liberté individuelle et la responsabilité personnelle, énervent Ja volonté.
C'est par là que les nations sont exposées à déchoir. Je m'estimerai heureux si ce livre peut jeter quelque clarté sur tous ces points si négligés.
Paris, le 23 octobre 1889
ET