L*ÉTAT MODERNE, LE PROTECTIONNISME ET LE CHAUVINISME
général el permanent, est souvent hostile au progrès et aux inventions nouvelles. Découvre-t-on un produit à bon marché qui est de nature à faciliter et à améliorer ralimentation populaire, comme la margarine et la saccharine, TÉtat moderne, poussé par les corps spéciaux qu'alarme cette concurrence, prend immédiatement des mesures pour res^ ^treindre la portée de ces découvertes et les empêcher de se répandre. Aux deux cas que nous venons de citer on pourrait en joindre un grand nombre d'autres.
Dans un autre domaine, l'État moderne fait preuve d'une dangereuse facihté aux entraînements et d'un esprit agité et inquiet. La démocratie extrême est extraordinairement vaniteuse ; elle est en même temps jalouse et elle ne comprend ni n'admet aucunes convictions, aucunes croyances, aucunes mœurs différentes des siennes propres. Cette vanité collective de la démocratie fait qu'elle est ultrachauvine ; rimpériaUsme qui a sévi récemment et qui dure encore en Angleterre et aux États-Unis a sa racine dans ce débordement d'amour-propre de l'Etat moderne ; sous l'impulsion d'un ancien radical, M. Chamberlain, avec le concours de la plus grande partie, sinon de la totalité, de la presse radicale, la Grande-Bretagne soit à Fachoda, soit à Johannesburg, ne A^eut pas seulement obtenir satisfaction sur des points déterminés ; elle trouverait cette satisfaction incomplète, si dans la forme elle ne comportait pas une humiliation manifeste tantôt pour un grand État, la France, tantôt pour un petit État, le Transvaal. Aux États-Unis, il n'en va pas autrement, et dans les deux pays ce sont les anciennes hautes couches sociales, aujourd'hui privées de la plupart de leurs moyens d'action, qui s'efforcent de lutter, mais dans des conditions peu favorables, contre ces entraînements.
La jalousie collective de la démocratie crée aussi Tanti-
sémitisme, cette réviviscence moderne de l'esprit delà ligue.
Enfin, le chauvinisme et la jalousie collective réuniespoussent la démocratie, et par conséquent TÉtat moderne qui ne sait pas lui résister, à des mesures d'exception ou d'exclusion contre les ouvriers étrangers. Ni l'ouvrier américain, ni l'ouvrier français ne veulent admettre la concurrence de rémigrant pauvre ; môme pourles travaux qu'ils ne consentent pas à faire, parce qu'ils les jugent trop rudes ou trop rebutants, ils s'indignent de ce que les étrangers s'en chargent. Les législatures se mettent à légiférer contre les ouvriers étrangers.
Il y a, de ce chef, toutes sortes de germes de conflits internationaux ; ils tendront à s'aggraver, au fur et à mesure que s'accentuera le contraste entre la prolifî cité extrême et la stérilité systématique de peuples voisins (1).
Le pédantisme, la manie d'inculquer à la généralité des hommes les opinions, les manières d'être, les habitudes d'un petit groupe dominant, sont aussi un des traits qui caractérisent rÉtat moderne, très peu tolérant de sa nature ; on en trouverait des exemples dans l'administration de la confédération suisse et de certains de ses cantons ; nous ne pouvons ici que signaler ce défaut.
On voit combien l'Ktat moderne est loin de répondre à l'image idéale que s'en font certains docteurs, quelle nécessité il y aurait de lui trouver et de lui imposer un frein, en tous cas de réduire les tâches qu'il assume avec une présomption croissante.
APPENDICE A LA QUATRIÈME ÉDITION
impérialisme chez les peuples modernes. — On a inventé récemment un mot nouveau : V impérialisme, pour désigner Texclusivisme aggres6i,f des peuples modernes même récemment éman-
(l) Voir sur ce sujet notre Traité théorique et pratique d^économie politique. 5* édition, tome IV, pages 574 à 710.