‹ L'état mystiqueChapitre 23 sur 99 · COMMENT ON LA RECONNAIT · texte numérisé non relu

COMMENT ON LA RECONNAIT

^sprit avec mon Dieu, mon époux et ma vie? Quand sera-ce que je répandrai mon âme dans son coeur, et qu'il versera son cœur dedans mon âme, et qu'ainsi heureusement unis nous vivrons inséparables ^ »

. 72. L'élément mystique ayant son siège, pour employer le mot consacré, dans la cime de l'âme, est un élément insensible. On le connaît surtout par les effets. Saint Jean de la Croix indique les trois effets {Montée, ch. xi, p. 150) qui, au début font connaître sa présence : le dégoût des considérations, une disposition habituelle de renoncement qui fait qu'on ne veut pas arrêter son imagination sur des objets profanes, enfin le bien-être que l'âme trouve à demeurer seule avec Dieu. Sainte Jeanne de Chantai donnait à ses Filles les mêmes marques pour « reconnaître si leur repos et quiétude en l'oraison viennent de Dieu. . . La première sera si, prenant votre point de méditation comme de coutume, vous ne vous en pouvez servir, mais sentirez sans artifice de votre part votre cœur, votre esprit et l'intime de votre âme suavement attirés à ce sacré repos »; et elle ajoutait d'autres signes, qui tous sont des progrès dans la vertu : progrès dans l'obéissance, dans le détachement, dans la soumission à la volonté divine, dans l'amour de la souffrance et dans l'humilité ^.

« Je voudrais, dit sainte Thérèse, avec l'aide du Seigneur, bien expliquer les effets produits par cette oraison surnaturelle, afin que l'on comprenne par les effets quand c'est l'Esprit divin qui agit ^. » Alors elle explique comment, par cette eau céleste, le jardin de l'âme est tout fécondé, les fleurs et les fruits, symboles des vraies vertus, commencent à apparaître.

1 Saint François de Sales, Amour d-e Dieu, 1. I, ch. ix.

Que l'union mystique soit, comme le montre ici sainfr-François de Sales, une union de foi et d'amour, c'est, nous le redisons, la doctrine incontestable des Maîtres; il est impossible d'expliquer autrement ce qu'ils disent de cette union si désirable. Si quelques-uns de nos lecteurs avaient là-dessus le moindre doute, ils pourraient s'en convaincre en lisant dans la Vie d'union, les passages d'où il ressort que la contemplation est le résultat de grâces éminentes de lumières et d'amour, et ceux où la contemplation est envisagée comme union de l'âme avec Dieu. V. Table analytique, à la fin de l'ouvrage.

^ Sa vie, par Mgr Bougaud, ch. xvin.

^ Vie, XIV, p. 104.

78 l'union mystique

« C'est aux effets et aux œuvres produites, dit-elle dans un autre ouvrage, que l'on reconnaît les véritables grâces d'oraison. » (l\^ Demeure, ch. ii.) « Il n'y a pas de meilleure marqua » — que le don total de soi-même à Dieu — «pour reconnaître si notre oraison va jusqu'à l'union, ou si elle n'y arrive pas. » (Ve Demeure, ch. jer.)

« A ceux à qui II a fait cette faveur (de leur donner le baiser divin de la contemplation), le Seigneur donne de son action bien des marques : l'une est de mépriser toutes les choses de la terre^ de les estimer aussi peu qu'elles doivent l'être, de ne pas rechercher son propre bien, parce qu'on en comprend la vanité, de ne trouver de plaisir qu'avec ceux qui aiment leur Dieu, de prendre la vie à dégoût, de n'avoir pour les richesses que l'estime qu'elles méritent et autres dispositions semblables qu'enseigne Lui-même aux âmes Celui qui les a mises en cet état. » {Pensées sur l'amour de Dieu, ch. m, p. 240.)

« Pour que l'on ne s'abuse pas sur son propre compte, dit saint Laurent Justinien, nous donnerons les signes qui -font connaître avec certitude la véritable contemplation et les goûts divins que l'on trouve dans cette étude intime. On sera danscette vraie contemplation, si on est prudent dans sa conduite, si l'on sait rassembler ses pensées, se proposer dans ses actes une intention droite, s'appliquer aux études spirituelles, désirer la présence de Dieu, l'aimer d'un amour plein d'humilité, se réjouir par dessus tout de son commerce, si l'on est enflammé pour les biens célestes, et si l'on jouit d'une paix profonde i. »■

Plusieurs parmi les Maîtres signalent encore le désir du ciel comme l'une des marques de la véritable contemplation ^.

Ainsi les Saints voient une étroite liaison entre l'état mystique et la pratique parfaite des vertus : l'un n'existerait pas sans

1 La Vie solitaire, ch. !<='.

• Voir Vie d'union, n° 210. Aux auteurs cités en cet endroit, on peut encore ajouter sainte Thérèse qui revient souvent sur cet eiïet de la vraie contemplation [Vie, xxvi, p. 203; Chemin, xix, p. 88, 91, 92; xlii, p. 204, et dans les Pensées sur le Cantique le passage qui vient d'être cité). Du reste saint Thomas décrivant les dispositions des âmes parfaites les montre comme tendant principalement à être unies à Dieu ici-bas et désireuses de sortir de cette vie pour être avec le Christ. 2. 2., q. 24, a. 9, c.

ÉLÉMENTS ESSENTIELS DE l'ÉTAT MYSTIQUE

l'autre. Il est certain que ces différents effets sont des marques plus sûres que celles que. quelques auteurs contemporains voudraient leur substituer. Ne prouvent-ils pas que l'âme a obtenu de grandes lumières et qu'elle est élevée à un plus parfait amour; qu'elle a reçu par conséquent cette illumination intime et cette intense charité qui surpassent les efforts humains, et que Dieu Lui-même verse dans les âmes généreuses et fidèles?

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