‹ L'état mystiqueChapitre 22 sur 99 · QUOI ELLE CONSISTE · texte numérisé non relu

QUOI ELLE CONSISTE

dans tous les êtres par sa présence, par sa puissance et par son f ssence; II y est en qualité d'agent, car c'est Lui qui, par sa NtTtu toute-puissante, les soutient dans l'existence et leur cuinmunique la vie. Il est dans l'âme juste par sa grâce comme objet de connaissance et d'amour i. Il peut être enfin dans une âme par l'union personnelle ou hypostatique, ce qui s'est réalisé en Notre-Seigneur.

L'union mystique n'est évidemment pas le fruit de cette présence de Dieu qui est commune à tous les êtres; elle n'est certes pas l'union hypostatique; elle appartient donc au second mode de présence qui se réalise par la grâce sanctifiante et qui suppose connaissance et amour. C'est, en effet, la doctrine .constante de saint Thomas que nous nous unissons à Dieu par les actes de l'intelligence et de la volonté, qui nous rendent semblables à Lui ^ : « Gratia conjungit nos Deo per modum assimilationis, sed requiritur ut uniamur ei per operationes intellectus et voluntatis. Q. unica de Charit. a. 2. Unio nostra ad Deum est per operationem, inquantum scilicet eum cognoscimus et amamus. . . talis unio est per gratiam habitualem. 3. q. 6. a. 6. ad 1. « Expliquant ce mot fameux de Denys « patiens divina » où ^ovo» i7.«0wv, «)ia xai TrâQwv &££«, mot si souvent répété par les Docteurs et les Saints comme décrivant l'état mystique, saint Thomas dit encore : Passio divinorum ibi dicitur affectio ad divina et conjunctio ad ipsa per amorem. 1. 2. q. 22., a. 3, ad. 1. : Pâtir les choses divines signifie ressentir une tendance affectueuse aux choses divines et leur

1 Deus dicitur esse in re aliqua dupliciter : uno modo per modum causœ agentis, et sic est in omnibus rébus. . . alio modo sicut objectum operationis est in opérante. . . , secundum quod cognitum est in cognoscente et desideratum in desiderante. . . Et quia hoc habet rationalis Greatura per gratiam, dicitur esse hoc modo in sanctis per gratiam. . . NuUa aha perfectio superaddita substantise facit Deum esse in aliquo Sicut objectum cognitum et amatum, nisi gratia, et ideo sola gratia facit singularem modum essendi Deum in rébus. Est autem sdius singularis modus essendi Deum in homine per unionem (hypostaticam). i. q. 8. a. 3 et ad. 4.

* On remarquera combien cette doctrine de saint Thomas s'harmonise avec celle de saint Jean de la Croix qui fait consister l'union mystique dans des actes très parfaits de foi, d'espérance, et d'amour. Du reste, saint Thomas dit lui-même : « Virtutes theologicœ sunt quibus mens humana Deo conjungitur » i. 2. q. 68. a. 8. Cf. 1. 2. q. 28, a. 1.

76 l'union mystique

être uni par l'amour ^. (Cf. De verit. q. 26, a. 3, ad 18 et 2. 2. q. 97, a. 2, ad 2.) De la sorte nous nous portons vers Dieu;, Vérité première et Bien suprême, nous l'atteignons en Lui--' même -; nous Le possédons, nous en jouissons, ee qui ne peut se faire qu'en Le connaissant et qu'en L'aimant (Lect. 2 in cap. 2 Epist. ad Col.); cette possession et cette jouissance de Dieu est le germe de la possession parfaite et de la jouissance consommé*^ qui fera notre éternelle félicité.

Tant que la connaissance de Dieu s'acquiert par les procédés ordinaires de la raison, éclairée par la foi; tant que les actes d'amour sont le résultat de la connaissance ainsi acquise, et le ])roduit des efforts par lesquels l'âme s'excite à aimer, on n'a ({ue l'union par la grâce qui se trouve dans tous les justes : c'est l'union actuelle quand l'âme juste fait des actes de foi et / d'amour; c'est l'union habituelle quand elle possède cette vertu même eu gin-me, — comme les enfants privés de raison, — sans en produire les actes. Mais lorsque l'âme obtient cette connaissance mystérieuse de Dieu que les raisonnements n'engendrent pas, et cet amour nouveau, non moins mystérieux, qui. est produit par l'action directe de Dieu sur la faculté affective, alors son unfon est beaucoup plus parfaite. C'est là l'union secrète ou mystique, symbolisée par le baiser de l'Époux divin, union si justement désirée des âmes ferventes. « L'épouse qui jie prétend en toutes ses poursuites que d'être unie avec son Bien- Aimé : qu'il me baise, dit-elle, d'un baiser de sa bouche, comme si elle s'écriait : tant de soupirs et de traits enflammés que mon amour jette incessamment n'obtiendront-ils jamais ce que mon âme désire? Je cours; hé, n'atteindrai-je jamais au prix pour lequel je m'élance, qui est d'être unie cœur à cœur, esprit à

1 Tous ceux qui ont l'expérience personnelle des états mystiques lomprennent, comme saint Thomas, que ce divin que l'âme ressent, qui est opéré en elle, n'est»autre chose que de l'amour : ardeurs' d'amour,, ou suavités d'amour ou langueurs d'amour. Il suffirait pour s'en convaincre de lire, entre beaucoup d'autres, les textes cités ci-dessous* (Append. II) oij les grands mystiques expliquant comment ils ont la ronnaissance expérimentale de Dieu et le sentiment de sa présence.

^ Secundo creatura attingit ad ipsum Deum secundum substantiam .suam consideratum... et hoc est per operationem, scilicet quando aliquis fide adhœret primaî veritati, et charitate ipsi summœ bonitati. Sent, loco citato. Cf. i. q. 43. a. 3.

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