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LES ÉLÉMENTS ESSENTIELS

l'état commun 1, si précieux pour l'âme, mérite une dénomination particulière. On l'a appelé gnose, théologie mystiqtie contemplation, voie unitive, état passif; de nos jours la dénomination qui a prévalu est celle d'état mystique. I

74. Quant aux autres phénomènes, que certains auteurs nous i présentent comme les éléments distinctifs de l'état mystique, ils n'ont avec celui-ci aucune connexion nécessaire. Pour prendra en efîet les différentes opinions que nous discuterons tout à l'heure, Dieu ne peut-il pas communiquer les lumières contemplatives et l'amour unitif, sans réduire les facultés de l'âme à l'impuissance, sans rendre visible la présence de la grâce sanctifiante, sans faire ressentir de douces jouissances, sans' faire éprouver son contact? Il suffit qu'il agisse sur l'intelligence et , sur la volonté. Auprès de cette action de Dieu sur l'intelligence " et la volonté jgmce à laquelle V âme esU rendue capable d'actes trèsélevés et très méritoires, actes de foi, d'espérance et d'amour quil'unissent à Dieu d'une manière admirable, combien paraîtront ■ moins importantes la ligature des puissances, les douceurs et les^. consolations qui ne rendent pas l'âme plus méritante, n'aug-' mentent en aucune manière les vertus théologales et ne produisent: pas l'union divine.

Mais voyons en détail chacune des opinions que nous venons, d'indiquer et examinons quelle en est la probabilité.

§ 2. — Eléments ajoutés par certains auteurs : la ligature, la conscience de l'état de grâce

75. Bossuet disait : « L'un des caractères de la voie mystique, c'est l'impuissance de faire des actes, au moins ceux où il y a du discours. . . ; la puissance de les exercer manque tout à fait ^. »

1 II est vrai que beaucoup, parmi ceux qui n'ont pas l'expérience personnelle de pareils états, n'aperçoivent pas cette différence, ou ne veulent pas en tenir compte : ils n'attachent pas d'importance à ce que les lumières viennent par le raisonnement ou qu'elles soient le fruit d'une opération directe du Saint-Esprit, à ce que l'amour soit actif ou passif ; ils ne comprennent pas le prix de ces grâces infuses ; ils sont alors portés à chercher d'autres distinctions, qu'ils s'imaginent devoir «^tre tout à fait extraordinaires.

' Instruction sur les ('tats d'or., 1. VII.

DE l'État mystique 81

Aussi enseignait-il que « le signal nécessaire pour passer à l'état "contemplatif, c'est l'impossibilité absolue de discourir i ». Il appelait ce phénomène la ligature des puissances ^. Nous ne pensons pas que cette opinion ait encore aujourd'hui des partisans : elle est trop manifestement opposée à ce que les Saints nous disent de la coexistence dans l'âme de l'état mystique et des distractions. Sainte Thérèse en particulier a beaucoup insisté sur ce point -*, saint Jean de la Croix n'est pas moins affîrmatif *. L'un et l'autre s'élèvent souvent et avec force contre les personnes qui, étant dans l'état mystique, en sortent pour vouloir trop discourir. Elles ne sont donc pas dans l'impossibilité de le faire.- Nous croyons inutile de nous arrêter à discuter cette assertion de Bossuet.

76. Faut-il voir dans l'état mystique la conscience de l'union qui existe par la grâce sanctifiante entre Dieu et l'âme? « La vie divine, dit un auteur contemporain, communiquée à nos âmes (par la grâce) se dérobe régulièrement, tant que dure l'épreuve, au sentiment de la conscience... Un jour les voiles tomberont. Dieu nous apparaîtra uni à nos âmes, les inondant de sa lumière, les pénétrant de sa vie ... Ce sera la vie glorieuse... Entre l'obscurité de la foi et la pleine lumière de la gloire se placent les jouissances de l'union mystique. Sans se déyoiler entièrement, Dieu peut donner à l'âme à laquelle II s'unit ua sentiment plus ou moins vif de cette rencontre, en sorte que l'âme non seulement croira par l'adhésion de la foi à la communication de vie divine que lui apporte la grâce, mais verra, sentira, savourera l'ineffable union qui s'accomplit entre elle et Dieu. » (Ribet. Mystique divine, l^e partie, ch. xviii.)

C'est là, il faut l'avouer, une opinion nouvelle, en faveur de laquelle on n'allègue, du reste, aucune autorité; c'est qu'en effet aucun des Maîtres n'a donné une pareille explication. La

' Tradition des Nouv. myst., ch. m, sect. 3.

* Nous citerons plus loin (Appendice III, n° 367) des passages de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse expliquant très bien la difficulté que le contemplatif éprouve à méditer et montrant jusqu'où va cette difficulté.

^ Vie, XV, p. 107, 110, 111; xvii, p. 124, 126. — Château, 4^ Dem. I, p. 49, 51 ; III, p. 64. — Chemin, xxxi, p. 145, 146, 147.

* Montée, ii, xi, p. 150, xii, p. 155.

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