‹ L'état mystiqueChapitre 68 sur 99 · La perspective de longues luttes à soutenir effraie · texte numérisé non relu

La perspective de longues luttes à soutenir effraie

'isouvent ceux à qui ce devoir incombe et les incline fortement

à nier la présence de l'ennemi. Par ailleurs, les démons, comme

le dit le rituel, s'efforcent de persuader que la maladie est

naturelle : conantur persuadera infirmitatem esse naturalem ; ils

mettent en œuvre tous les enipêchements possibles afin que lei victime ne se soumette pas aux exorcismes : dsemones ponu qusecumque possunt impedimenta ne infînnus se subjici exorcismvi ; et aussi, c'est évident, afin qu'on ne les lui propo, pas. Ils réussiront facilement à tromper ceux qui voudront po ter un jugement sans avoir pris contre leurs suggestions 1 précautions indispensables, c'est-à-dire sans avoir prié et sai s'être mis dans la sainte indifférence nécessaire pour ne pj mettre obstacle aux lumières de la grâce. Aussi souvent, mêrr dans les cas de possession les plus évidents, il se rencontj des opposants qui nient, avec une opiniâtreté parfois déconce: tante, la ■ présence et l'action de Satan et qui voudraier déconsidère)' les exorcistes et empêcher leur ministère : ils soi inconsciemment suggestionnas par l'ennemi i.

Il est utile d'interroger les médecins, mais il faut bien se soi venir qu'on en rencontre un certain nombre, même parmi le croyants, qui a priori veulent tout expliquer naturellement e que leurs préjugés empêchent de porter un jugement sûi droit. « L'expérience prouvf-, dit M. Ribei., que ces sortes de gen se raidissent contre l'évidence même. » Un médecin lui-mêm a appliqué à ses confrères qui se montrent si difficiles à recoi naître le surnaturel, le mot du psalmiste : aures habent et no allaient. (Dr Hélot, op. cit., m, 2.) Quand on voit dans cpielle aberrations est tombé au sujet des vexations diaboliques u médecin devenu prêtre et trappiste, le P. Debreyne, ses nég tiens dédaigneuses et insensées, on .comprend combien il serai imprudent de s'en rapporter aveuglément au verdict de hommes de l'art, quelque recommandables qu'ils soient.

294. Faut-il, tant que l'action du démon reste douteuse abandonner le patient à son malheureux sort et ne rien fairt pour combattre Satan. Il y aurait, nous l'avons dit, des inconvénients à affirmer qu'il y a possession, quand elle n'existe pas à présider avec solennité à des exorcismes, quand le démon n'est

1 Ceux qui veulent faire l'histoire des possessions célèbres devraieni toujours tenir compte de ce fait et ne pas accorder aux négateurs de la possession un crédit qu'ils ne méritent pas. Malheureusement môme des auteurs catholiques oublient cette règle : ils se laissent influencer par des historiens, qui eux-mêmes ont subi l'influence du grand mei teur.

LES DÉBUTS DE LA POSSI-SSION 285

l)uiir rien dans les souffrances du malade. Si ces erreurs se répétaient souvent, elles pourraient jeter le discrédit sur les pratiques de l'Église et sur ses ministres.

Mais il y a des inconvénients aussi à ne pas venir au secours dos pauvres âmes quand elles subissent réellement la tyrannie de l'ange maudit. Celui-ci ne se borne pas à des vexations corporelles, il veut perdre l'âme plus que nuire au corps; il empêche la prière, la réception des sacrements, tout-ce qui peut profiter à sa victime, il l'accable de tentations de toutes sortes, si bien que la possession ou l'obsession est fort dangereuse, quand le pauvre patient n'est pas soutenu ou secouru, quand personne ne Taide à lutter contre son bourreau.

De ces deux sortes d'inconvénients, les premiers sont beaucoup moins graves et beaucoup plus faciles à éviter. Quelques précautions suffiront pour empêcher le scandale ou l'étonnement dos faibles. Quant aux criailleries des impies, doivent-elles empêcher un ministre de Dieu de faire son devoir î ?

Au contraire, les inconvénients qui résulteraient de la négligence mise à secourir les victimes du démon sont beaucoup plus funestes. Comment qualiflerait-on la conduite du gendarme qui, voyant un malfaiteur assommer un innocent, ne viendrait pas à son secours, du médecin qui laisserait son client aux prises avec une maladie des plus pénibles, sans rien faire pour le soulager? Cependant, dans l'un et l'autre cas, les dommages seraient moindres que ceux que le démon peut causer, puisqu'il nuit et à l'âme et au corps.

295. Aussi les théologiens qui ont traité ces questions ex professa déclarent-ils, qu'il y a faute mortelle pour celui qui a charge d'âmes à ne pas exorciser ceux qui sont possédés. Il

1 Nous avons dit en parlant des faits surnaturels divins combien il était important de ne point les dévoiler. La même discrétion s'impose pour les faits diaboliques ; même s'ils étaient connus, il faudrait en parler le moins possible et ne point en faire connaître les détails. Si on en parle volontiers, les démons que l'on combat en profitent pour mettre des doutes dans l'esprit des auditeurs et pour indisposer contre l'exorciste; il peut en résulter de graves inconvénients, tandis qu'il n'y a pas d'inconvénient à se taire. Quand les faits préternaturels, divins ou diaboliques, ont cessé, il peut être souvent utile de les faire connaître; tant qu'ils durent, le silence est d'or.

est évident qu'il y aurait aussi faute morteJle à s'opposer aua exorcismes et à empêcher qu'on portât secours à de pauvres âmes qui ont à subir une épreuve spirituelle et corporelle a\ terrible.

Comme l'ange maudit s'applique à dissimuler sa présence et que presque toujours la réalité de la possession ne peut être connue d'une façon certaine que par des exercices probatoires, i s'ensuit que dans le cas où il y a des signes probables de posses sion, le devoir s'impose de recourir à des épreuves.

§ 2. — Exercices probatoires

296. Les pratiques à employer pour découvrir la présence de l'ennemi serbnt avant tout des prières. Le rituel contient des prières pour les malades : De visiuaione et cura infir?norum On peut les réciter, on peut y ajouter d'autres prières, litanies rosaire, et tout ceci à double fin, et pour attirer les grâces sur le malade, lui obtenir la santé, si sa maladie est naturelle et avec l'intention de torturer le démon, s'il est présent et de le forcer à se découvrir. Pour obtenir cet effet, on ajoutera aux prières, des commandements faits au démon, au nom de la Très Sainte Trinité ou au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'avoir à' donner quelque signe de sa présence, ou du moins de cesser de persécuter sa victime. 11 convient de donner ces ordres en latin de sorte que 'e patient n'en comprenne pas le sens, afin d'avoir plus de garantie, si le signe demandé est obtenu.

De l'inexécution de ces ordres on ne pourrait pas tirer une conclusion certaine, surtout si les prières ont été courtes; car^ ]>' maudit a pu souffrir et dissimuler sa présence; il a pu aussi s'absenter pour revenir plus tard. Aussi avant de réciter les prières sur le malade, faui-il demander au Seigneur, humblement, mais av^c beaucoup de ferveur, et en joignant les sacrifices aux prières, qu'il oblige le démon, s'il est vraiment la cause des maux endurés, à se manifester, et de commander au démon, de ne pas quitter sa victime avant d'en avoir reçu l'ordre.

Tant que le cas paraîtra douteux, les prières, les pratiques pi'^uses devront être employées par le ministre de Die i et par le patient et ses parents. La réception des sacrements, le port des objets bénits, les pèlerinages ne peuvent être trop conseillés,

EXERCICES PRORATOIRES 287

[luisqu'ils attirent les grâces sur le patient, lui méritent Ja force I ■ supporter ses maux, peuvent en obtenir l'atténuation ou la ■lison, s'ils sont naturels, et, s'ils sont d'origine diabolique, • r le démon, diminuer ses forces et lui enlever à la longue le> ivoir de se dissimuler. La récitation des exorcisraes publiés '■ ordre de Léon XIII, que des âmes pieuses récitent soit pour !• - besdns de l'Église, soit pour être délivrées des tentations, pi uvent servir très utilement aussi contre les vexations diaboliques 1, il convient de les faire réciter à celui que l'on soupçonne èi re victime de l'ennemi infernal, et aussi de les réciter avec lui. II est tout à fait licite d'agir de la sorte. L'exorcisme ou adju- ! lion — les deux mots sont synonymes — est un acte de la V 1 tu de religion, par lequel on commande au démon, au nom de i^ieu, de cesser de torturer ses victimes; à ces ordres, on ajoute des prières pour obtenir de TMeu qu'il empêche les démons de nciire. Ce n'est pas un acte de juridiction ecclésiastique; l'Église, qui n'a pas même de juridiction sur les âmes du purgatoire, à plus forte raison, n'en s jamais eu sfir les démons et les damnés; c'est un hommage rendu à la puissance de Dieu; aussi est-ce en traitant de la vertu de religion que les théologi?ns parlent de l'exorcisme. Tous, sans aucune exception, déclarent que cette adjuration faite au démon et la récitation de prières, pour obtenir de Dieu la délivrance des victimes de Satan, tant qu'elles se font d'une manière privée, sont permis'^s à tous : Cuilihet licitum, dit Billuart; Certe licitus est exorcismus privatus, dit saint Alphonse. Les laïcs, eux aussi, bien qu'ils ne puissent commander au démon comme représentants de l'Église, peuvent 'adjurer au nom de Dieu, de laisser en paix sa victime, et même rien ne les empêche de se servir des prières usitées par l'Église, en cas de probabilité d'infestation diabolique : imo preces Ecclesi^ contra diaholum in probabili opinione ejus infestationis homo laîcus sine culpa recitare potest, dit Lehmkuhl. Cependant le Codex juris canonici obligeant à recourir à l'Évêque avant de procéder à des exorcismes, il ne faudrait pas sans autorisation spéciale faire des exorcismes ofTiciels, c'est-à-dire réciter sur le patient, en se revêtant du surplis et de l'étole, les prières mar-

' On peut se les procurer en français à Angers, librairie Delaître, rue Saint-Aubin.

quées au rituel pour la délivrance des possédés. Mais riei n'empêcherait de réciter à distance ces prières, pratique, il es vrai, moins efficace, capable cependant d'agir sur les dénions de donner des indices précieux et d'apporter du soulagemon aux pauvres victimes i.

297. S les maux auxquels on veut remédier — qu'il s'agissi de possession ou d'obsession, ou même de simple infestation — sont vraiment d'origine diabolique et ont pour auteurs des dé nions de rang inférieur, le plus souvent, croyons-nous, il suffîr; pour y mettre un terme de recourir pendant quelque temp; à ces moyens surnaturels et à ces ordres formels et réitéré; donnés au nom de Dieu. Nous croyons bien — ce n'est là san; doute qu'une opinion personnelle, mais corroborée par certain; faits — que si l'on agissait de la sorte, on procurerait à des gen; tout à fait dignes de pitié et plus exposés au péché qu'on m le suppose, les soulagements qu'ils réclament et que trop souven' on leur refuse.

Si les auteurs des vexations sont des démons plus puissants des exorcismes plus prolongés et plus suivis seront nécessaires. I devient alors beaucoup plus important d'avoir de la présence des démons des signes indubitables.

§ 3, — Possession avérée

298. Le rituel indique comme signes de la possession : parlei une langue inconnue ou comprendre celui qui la parle; fairt connaître des choses éloignées et cachées; déployer des forces au-dessus de son âge et de sa condition, par exemple se tenir fii l'air sans point d'appui, marcher la tête en bas et les pieds

1 II reste certainement, même après cette nouvelle loi du Codex, permis à un confesseur comme le conseille saint Alphonse (Praxis, n° 113) de commander au démon qui agit sur le pénitent de cesser son action. Le Codex n'a voulu que prévenir les mauvais effets, scandales, critiques, éclat fâcheux, que pourraient produire des exorcismes réguliers et officiels faits à contre-temps sur des personnes non possédées. Du reste odiosa sunt reslringenda, et la prohibition de soulager par des exorcismes les pauvres victimes de Satan n'est pas une de mesures auxquelles on doive appliquer la maxime : favores sunt ampliandi.

Page 1