CONCLUSION
Plusieurs conclusions générales se dégagent de l'étude minutieuse que nous venons de faire.
1° Le pape ne gouverne directement qu'une faible partie des Etats pontificaux ; le reste lui a été arraché, morceau par morceau, par les nobles, les condottieri, les communes. De puissantes dynasties féodales se sont constituées, occupant les points stratégiques les plus importants et se taillant des principautés presque indépendantes, dans les domaines de l'Eglise. Si encore ces nouveaux seigneurs s'étaient déclarés satisfaits et avaient témoigné au Saint-Siège, la soumission de vassaux pour leur suzerain, la situation delà papauté eût été tolérable; mais ils étaient inquiets et turbulents, travaillant sans cesse à accroître leurs domaines et à s'affranchir tout à fait de la puissance pontificale. Les guerres civiles et les séditions pouvaient toujours compter sur le concours aussi infatigable qu'intéressé, des Vico et des Orsini , en Tuscie, des Colonna ou des Gaetani, en Gampanie, des Trinci, en Ombrie , des Varano, dans les Marches.
2^ Mais, dans ce déchaînement de leurs convoitises, ils se disputaient entre eux. Dans chaque pays, dans chaque province, des rivalités séculaires opposaient l'une à l'autre ses principales familles : Orsini et Colonna à Rome, Colonna et Conti en Campanie, Anguillara et Vico en Tuscie, Malatesta et Montefeltre dans les Romagnes , tous luttaient les uns contre les autres; la guerre était permanente et sans merci, entre ces seigneurs, qui ne pouvaient grandir que de la ruine des autres.
3° Les communes se sont aussi développées pendant le schisme : Viterbe, Rome et Orvieto en Tuscie, Pérouse et Foligno en Ombrie, Ancône dans les Marches, sont les capitales de petites républiques aussi jalouses que les familles féodales, de l'autonomie locale et des privilèges qu'elles ont arrachés ou achetés aux papes. ¥ Elles luttent avec acharnement les unes contre les autres :
Rome est l'ennemie héréditaire de Viterbe , Pérouse la rivale de Foligno; Ancône lutte contre Recanati, Spolète contre Norcia, et, dans ce conflit de convoitises , les bourgeois ne se montrent ni moins cruels dans leurs vengeances, ni moins âpres dans leurs revendications que les grands seigneurs.
5** Les plus vives méfiances divisent en deux camps les communes et la noblesse. Il s'agit de savoir si les nobles, quelque puissants qu'ils soient par ailleurs, resteront simples citoyens dans leur ville ou asserviront leur patrie à leur tyrannie : les Gatti à Viterbe, les Monaldeschi à Orvieto, les Baglioni à Pérouse, les Bentivogli à Bologne , les Trinci à Foligno , ont leurs fiefs particuliers; et leur grandeur, autant que leurs prétentions, portent naturellement ombrage à leur patrie ; de là, des luttes incessantes entre la bourgeoisie soupçonneuse et la noblesse ambitieuse de ces grandes villes.
6° Il en est, à plus forte raison, de même des républiques et des dynasties féodales. Dans cette lutte pour la vie politique, lesquelles devaient l'emporter? La Tuscie serait-elle municipale sous l'hégémonie de Viterbe, ou féodale sous la tyrannie des Vico? Dans chaque province, des questions analogues se posent, et des guerres sans cesse renaissantes, entre villes et seigneurs, essaient de les résoudre.
Lorsque la papauté voudra reconquérir ses droits, cette anarchie profonde sera sa principale chance de succès. Fatigué de tant de guerres et de pillages, le peuple se groupera de lui-même, derrière l'autorité, quand elle osera se montrer. Et puis, il suffira de savoir profiter de ces dissensions pour les dominer. Les papes n'auront qu'à exciter les familles les unes contre les autres, et lancer les communes contre les gi-ands pour les soumettre tous. a Diviser pour régner, » sera une politique toute indiquée pour les papes qui voudront regagner le terrain perdu , et dégager de ses ruines, le pouvoir temporel.
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