‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 40 sur 50 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LES ROMAGNES

Délimitations. La proviiice des Romagnes comprenait tout le reste des Etats pontificaux entre la Marche d'Ancône, la Toscane, la Lombardie, la Vénétie et l'Adriatique; elle se composait de l'ancienne Emilie et de l'exarchat de Ravenne avec la Pentapole. Blondus place l'exarchat entre le Foglia et le Vatreno d'Imola, l'Emilie entre le Vatreno et la Trebbia de Plaisance. « Toute cette région, » dit-il, « a été appelée Romagne par Gharlemagne et par le pape Adrien P**^ après la ruine du royaume lombard, parce que Ravenne et un certain nombre de terres voisines étaient restées fidèles au peuple romain, pendant toute la période lombarde. Suivant l'usage antique, nous placerons la Romagne entre le Foglia et le Pananoro, la mer Adriatique, les marais du Pô, en deçà et au delà du fleuve, jusqu'aux limites qui séparent le pays de Ferrare de celui de Padoue, à la dernière bouche du Pô appelée Fornace (i). »

§ 1 . — Les Malatesta.

La puissante famille des Malatesta avait de nombreux vicariats à la fois dans les Marches et les Romagnes. Sortie du petit village de Verrucolo , qui est situé non loin de la Marecchia (2), elle s'était mise au service du parti guelfe et, avec lui, elle avait triomphé, à la mort de Frédéric II : dès la fin da treizième siècle, ses représentants étaient podestats de Rimini et obtenaient, en 1299, des fiefs très importants dans les Romagnes. Déjà, en 1317, Pandolfo Malatesta réunissait sous son autorité les cités

(1) Blondus, Italia illustrata, p. 132.

(2) Ibid., p. 134 : « A raan manca di Mariela... e Verrucolo prima patria di Malatesta. »

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de Pesaro, Fano, Sinigaglia et Fossombrone, et, en 1355, ses fils obtenaient d'Albornoz hii-même, l'investitare de Rimini, Pesaro, Fano et Fossombrone (I). Ces possessions étaient encore tout à fait précaires, puisque la concession d'Albornoz n'était faite que pour dix ans. Mais, les Malatesta profitèrent de l'anarchie du schisme et de la faiblesse du Saint-Siège, pendant cette triste période, pour asseoir définitivement leur pouvoir : le 3 janvier 1391, Boniface IX concédait en vicariat perpétuel, à Pandolfo, les cités de Rimini, Fano et Fossombrone; la veille, il avait confirmé à Malatesta de Malatestis, pour un cens annuel de 1,800 florins, le gouvernement de Pesaro (2). Le 15 mars 1402, il donna une nouvelle preuve de la faveur qu'il portait aux Malatesta , en abandonnant à Charles tous les biens meubles et immeubles, situés dans les territoires de S. Arcangelo , Rimini et Gésène, qui avaient été confisqués à Paul di Mucciola Balocchi de Sant'Arcangelo (3).

Le premier quart du quinzième siècle vit s'accroître encore, dans des proportions extraordinaires, la puissance et l'influence de cette famille. Elle pritsous sa protection le pape Grégoire XII, pendant le concile de Pise, et lui offrit même un asile dans la ville de Rimini. En 1413, Charles prit une part active aux négociations qui poursuivaient le rétablissement de l'unité de l'Eglise, par la démission simultanée des trois papes rivaux, et lui-même, apporta au concile de Constance celle de Grégoire XII. Les Malatesta étaient aussi de hardis condottieri, et la gloire de leurs armes leur donna d'importants domaines, môme hors de leur province. Pour prix de ses services militaires, l'un d'eux reçut du pape Boniface IX, le 0 septembre 1391, le vicariat de Tod°i (4). En 1402, à la mort du duc Jean Galéas Visconti , Pandolfo devenait gouverneur de Milan (5), deux ans après, il obtenait du duc Jean- Marie, en payement des sommes qu'il lui avait prêtées, la ville et la forteresse de Brescia, et, en 1408, il lui achetait, pour 30,000 écus d'or, la seigneurie de Bergame (6). Enfin, en 1420,

(1) Voir la notice, un peu trop sommaire, que M. Villari a consacrée à cette famille, sous ce titre : Rimini e i Malatesli dans ses Saggi storici e critici (Bologne, Zanichelli, 1890), p. 266-329.

(2) Arch. du Vatic, Registres de Boniface IX, t. I, fol. 298; t. II, fol. 1.

(3) Voir passim Tonini, Rimini nella siynoria di Malatesti (Rimini, Albertini, 1882), appendici di documenti al vol. V, app. 2, p. 8.

(4) Arch. du Vatic, Reg. de Boniface IX, t. II, fol. 379.

(5) Tonini, op. cit., t. V, p. 8.

(6) Ibid., p. 15 et 22.

Martin V concédait en vicariat à Charles Malatesta, à son frère et à ses neveux, les villes et les territoires d'Osimo, Sarsina, la Penna et Calbana, avec plusieurs autres terres moins importantes (1). Ainsi, soit par des achats, soit par des concessions gratuites, faites en récompense de leurs services, grâce au parti guelfe, grâce surtout au schisme, les Malatesta avaient fait de rapides progrès : dans l'espace de cent ans, les petits seigneurs de Yerrucolo étaient devenus tout-puissants, et ils tenaient un rang tout à fait honorable, parmi les grandes familles princières de l'Italie du quinzième siècle.

Quelle était, d'une manière précise, l'étendue de leurs domaines, vers 1431, dans les premières années du pontificat d'Eugène IV? Les Leur famille se divisait en deux branches, depuis le milieu du

*^^"MaîatSu^*^^^ quatorzième siècle. Après avoir reçu du cardinal Albornoz une nouvelle investiture de leurs vicariats, en 1355, les deux fils de Pandolfo s'étaient divisé les possessions paternelles. Guastafamiglia eut Pesaro, et devint le chef des Malatesta de cette ville; Galeottoeut Rimini, et fonda la dynastie des Malatesta de Rimini (2). Cette division fut funeste : les relations entre Pesaro et Rimini furent presque toujours très tendues, dans le courant du quinzième siècle, d'autant plus qu'une autre famille avait le plus grand intérêt à les diviser : c'était celle des Montefeltre. Partageant avec les seigneurs de Rimini la Massa Trabaria et les montagnes romagnoles, ils ne pouvaient s'agrandir que de leur ruine. D'autre part , Urbin , la citadelle et le chef-lieu de leurs domaines, dominait la vallée et le littoral de Pesaro. Ces pays fertiles qui se déroulaient vers la mer, sous les yeux des Montefeltre, c'était pour leur avidité, une tentation perpétuelle. Mais, déjà en rivalité, dans la Massa Trabaria, avec les seigneurs de Rimini, ils devaient bien se garder de s'aliéner ceux de Pesaro : grossière eût été la politique qui aurait réuni tous les Malatesta en un seul groupe, par crainte des Montefeltre. Mieux valait diviser pour régner, faire une guerre sourde à Rimini, tout en ménageant Pesaro, exciter l'un contre l'autre et affaiblir l'un par l'autre, jusqu'au jour où l'un et l'autre tomberaient épuisés dans des intrigues si savamment ourdies. Telle est la politique machiavélique que pratiquaient les Montefeltre envers les Malatesta. Ils finirent par réussir, et vers le milieu du quinzième siècle,

(1) Ibid. , p. 69. Tonini croit que ce fut plutôt la confirmation d'une possession antérieure, mais il n'en donne pas de preuves.

(2) Villari, op cit., p. 273.

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les seigneurs de Rimini furent dépouillés de la moitié de leurs Etats par les Montefeltre, et ceux-ci négocièrent, moyennant un fort courtage, la vente qui fit passer, au détriment des Malatesta de Rimini, l'Etat de Pesaro, à la famille des Sforza. Déjà, à l'avènement d'Eugène IV, en 1431, la plus grande inimitié séparait les deux branches de la famille.

A Pesaro, gouvernaient Malatesta, archevêque in partibus de Les Maiatesta Patras , et ses frères, Charles et Galéas. Martin V leur avait accordé toute sa faveur : c'est que, malgré la grandeur de son caractère et du rôle qu'il a joué, ce pape avait une faiblesse irrémédiable, le népotisme. Il n'avait pas craint de dilapider les domaines de l'Eglise pour établir définitivement la puissance de ses parents, les Golonna. Or, Charles Malatesta lui tenait de près : sa femme, Victoria Colonna, était la propre nièce du pape (1); et une partie de la complaisance infinie que Martin V avait pour ses neveux, il la fit reposer sur Charles Malatesta et ses frères Galéas et Pandolfe. C'est à leur instigation qu'il démembra, en 1430, le vicariat de Rimini. Ce fut aussi à leur profit; car, par une bulle du 8 septembre 1430, il enlevait aux Malatesta de Rimini , pour les donner à ceux de Pesaro, deux villes fort importantes de la Marche, Sinigaglia et Fossombrone (2). Il avait fait cette concession surtout en faveur de Chai-les, le mari de sa nièce; aussi ce dernier était-il considéré plus spécialement comme le seigneur de Fossombrone. Lorsque, le 14 mars 1433, Eugène IV accordait un passeport à Victoria Colonna, qui se rendait, avec une suite de trente personnes, dans les domaines de sa famille, il le délivrait à la femme de Charles Malatesta, seigneur de Fossombrone (3). Au contraire, quand il s'agissait de Pesaro, il s'adressait en môme temps aux deux autres frères : en juillet 1431, lorsque de graves difficultés s'élevèrent dans cette ville, il demandait à Charles de lui envoyer une ambassade en son nom et au nom de ses frères, Galéas et l'archevêque de Patras (4). Tout cela nous prouve évidemment :

r Qu'en 1431, Pesaro et son territoire appartenaient, en indivis, à Charles, à Galéas et à l'archevêque ;

(1) Voir plus haut, p. 50.

(5) Tonini, op. cit., t. V, p. 82.

(3) Arch. du Vatic, Reg. 372, fol. 164.

(4) Ibid.. Reg. 370, fol. 20 : « Rcscribimus dilecto filio, nobili viro Carolo de Malatcstis, ul pro parle sua et archiepiscopi , fralj^is ejus, alium quemdam raittat... »

2° Que Charles Malatesta était de plus, en son nom propre, seigneur de Sinigaglia et de Fossombrone.

La mort de Martin V fut aussi funeste aux Malatesta de Pesaro que son pontificat leur avait été utile. Eugène IV leur était hostile. Suivant une politique tout à fait opposée à celle de son prédécesseur, il les englobait dans la haine qu'il portait aux Colonna. En revanche, tout le rattachait aux Malatesta de Rimini, qui, quelques mois auparavant, avaient été si odieusement dépouillés par leurs parents de Pesaro. N'était-ce pas auprès d'un seigneur de Rimini que, dans sa détresse, son oncle, Grégoire XII, avait, pendant le grand schisme , trouvé aide et protection ? Tout cela n'échappait pas au peuple de Pesaro , et , comme il détestait ses maîtres, il profita du changement de pontificat pour se débarrasser d'eux. Martin V était mort le 19 février 1431, et, dès le mois de mai, l'archevêque et ses frères avaient à lutter contre leurs sujets révoltés.

Le 25 mai, Fossombrone donnait le signal, en chassant de ses murs Charles Malatesta (1) , et bientôt après, le 16 juin, Pesaro suivait son exemple. « Le 16 juin, un samedi, » dit la Chronique de Graziani, « Pesaro, en Romagne, fit une révolution, proclama seigneur le légat de la Marche, se donna à l'Eglise, et chassa son tyran (2). » Nous trouvons des traces de ces événements dans les Registres pontificaux ; dès le 6 juillet, Eugène IV écrit à Charles Malatesta, et il n'est pas sans intérêt de remarquer qu'il ne lui donne pas le titre de vicaire de Pesaro. Nous voyons, dans cette bulle, que le peuple s'était révolté, parce que Charles avait rétabli des impôts supprimés par son frère Galéas, à la mort de leur père (3). Les événemiCnts qui supprimaient ces vicariats, et replaçaient sous la juridiction de l'Eglise les cités de Pesaro et de Fossombrone, ne devaient pas déplaire au pape ; bien qu'il affecte de garder la neutralité entre les deux partis, il a grand peine à cacher l'intérêt qu'il porte aux révoltés. Ecrivant, le 6 juillet, à Charles, il ne lui dissimule pas que le motif delà sédition lui semble légitime, puisqu'on s'est soulevé contre des impôts levés, quoique supprimés. Les gens de Pesaro, ajoute-t-il, ont promis de ne rien entreprendre contre leurs anciens maîtres (évidemment,

(1) Tonini, op. cit., t. V, p. 92.

(2) Archivio storico italiano, t. XVI, p. I, p. 355.

(3) Archives du Vatican, Reg. 370, f. 19 : « ... nonnullarum gabellarum indictionc. que illorum animos vehementer excitavit, neque nos fugit dilectum filium Galeatz, fratrem tuuin, post mortcm clare mcmorie gcnitoris lui, easdem sustuiisse. »

LES RONf AGNES. 217

puisqu'ils avaient réussi à s'en débarrasser). Le pape demande à ceux-ci le même engagement, promettant de juger l'affairo on toute impartialité.

Il est encore plus explicite avec l'archeveqne de Patras, sans doute à cause du caractère ecclésiastique qui le plaçait sous son autorité, au spirituel comme au temporel. Il lui écrit, le 11 juillet 143 J, en se gardant bien de lui donner le titre de vicaire temporel ; la lettre est tout simplement adressée h « Malatesta, archevêque de Patras (I). » Il lui rappelle que les gens de Pesaro se sont placés sous la protection do l'Eglise romaine, et qu'ils prétendent avoir de sérieuses raisons pour l'avoir fait ; c'est au Saint- Siège qu'il appartient do trancher la difficulté, et de juger ce différend en toute impartialité. Sans doute, Charles et Pandolfe n'ont pas accepté les faits accomplis; ils se préparent à la guerre, ils ont même provoqué le gouverneur de la Marche; le pape écrit à Charles de se garder de toute entreprise belliqueuse, d'envoyer à la cour pontificale, en son nom et au nom de ses frères, des représentants munis de pleins [louvoirs, qui puissent faire valoir ses raisons, contradictoiremcnt avec les députés de Pesaro (2). Le 11 juillet, il adresse les mômes instructions à Pandolfe : il lui fait défense absolue de recourir k la violence ; il le menace môme, en cas de désobéissance, de toute son indignation , et lui rappelle ce qu'il doit à l'Eglise, en sa qualité de vicaire de quelques-unes de ses terres (3), et surtout d'archevêque (4). Les Malatesta de

(1) Archives du Vatican, Reg. 37U, fol. 15 : « Alias scripsimus dilecto filio, iiobili viro, Carolo, germano tuo , quatcnus, cum Pisauricnses ad gremium et protcctioncm Romane Ecclesie confugissont, et cur id fecissent, nonnulla fuisse ipsis in causa affirmarent, et propterea inienderemus partis utriusque asscrtiones audirc vclle... Nupcr vero nobis relatum est, et te, et eundem fratrem tuum longe aliter machinari , quin potius arma et bellum pararo, cum gubernatorcm Marcliie etiam diffidasse dicaris , nec pati velle quod justicia et equitate negocium coniponatur. m

La lettre est adressée « archiepiscopo Patracensi de Malalestis. » C2) Archives du Vatican, Reg. 370, fol. 20. Le pape écrit, le 9 juillet, à l'évéque d'Ancône, gouverneur de la Marche : « Rcscribimus etiam dilecto filio, nobili viro Carolo de Malatestis ut pro parte sua et archiepiscopi , fratris ejus, alium quemdam mittat, de matcria ipsa sufficienter informatum, ex quo partis utriusque allegationes audire et intclligere valeamus. »

(3) Remarquons avec quel soin, pour éviter de préjuger la question, le pape ne mentionne que dos terres parmi les vicai'iats de Pandolfe, se gardant bien de mentionner une cité (Pesaro).

(4) Arch. du Vatican, Reg. 370, fol. 15 : (Mandamus) quatcnus a tali proposito et attemptatione prorsus abstineas, et ut commodius hujusmodi controversiam tractare et dirimere, honestate et justicia mediantibus, valea-

Pesaro soupçonnèrent les sympathies du pape pour leurs sujets révoltés, et se gardèrent bien de se fier à sa médiation. Charles et et Galéas levèrent des troupes, conservèrent sous leur autorité Sinigaglia, et réduisirent à l'obéissance Fossombrone. Seule, la ville de Pesaro leur échappa, fut occupée par le condottiere pontifical Saute Garigli, et réunie à l'Etat ecclésiastique par le cardinal de Saint-Eustache. Quant à l'archevêque de Patras , il alla trouver le pape, et voyant qu'il ne pouvait obtenir auprès de lui, gain de cause, il se lança, lui aussi, dans la révolte, passant dans la faction rebelle des Golonna (1).

L'Eglise ne devait pas conserver longtemps le gouvernement immédiat de Pesaro; déjà, h la fin de 1433, il était question d'un accord qui livrerait cette ville k ses anciens seigneurs. Ce bruit était si persistant qu'il effi-aya les habitants de Pesaro, et ils se se décidèrent à envoyer, dès les premiers mois de 1434, une ambassade au pape, pour le prier de le démentir et de les garder toujours sous son autorité. Eugène IV démentit tout ce qu'ils voulurent; il les engagea, par une lettre du 21 mars 1433-34, h n'avoir aucune crainte (2). Et cependant, ces soupçons devaient avoir quelque raison ; bientôt après, en effet, le pape entrait en négociations avec les Malatesta de Pesaro, et leur rendait leur ancien vicariat, à la suite de la convention du 6 juillet 1435 (3). Comme prix de cette concession et de l'absolution générale qui leur était accordée, pour leur rébellion et leurs excès, les trois frères devaient payer, à la fête de Noël, 2,500 florins d'or; le 25 décembre 1435 (4), le pape leur donnait quittance d'un premier versement de 1,250 florins. C'est évidemment un pressant besoin d'argent qui amena Eugène IV à rendre aux Malatesta le vicariat de Pesaro et k abandonner à leurs rancunes, leurs sujets. Aussi,

mus, unum aut plures de materia informalos ad nos destinare non negligas. Quod si salubribus mandatis et monitis nostris parère contempseris , quod non credimus, experiri te sentias quid contemptus clavium et apostolice sedis valeat operari. Scis enini te et archiepiscopum esse et vicariatum nonnullarum terrarum pro nobis et R. E. obtinere, et quid eo nomine, nobis et dicte ecclesie debeas, non ignoras. »

(1) Tonini, op. cit., p. 92.

(2) Archives du Vatican, Reg. 370, fol. 130 : « Ex oratoribus vestris quos nuper ad nos venientes, grate libenterque suscepimus, vos vehementer intelleximus suspicari ne nos civitatem nostrain Pensauriensem in manibus Galeazi et fratrum ejus de Malatestis , olim in dicta civitate, pro nobis et Romana Ecclesia, vicariorum, reponere vellemus. »

(3) Ibid., Caraeralia 16, fol. 22.

(4) Ibid., Reg. 374, fol. 22.

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à partir du 25 décembre 1435, les cens de Pesaro, Sinigaglia et Fossombrone figurent de nouveau , dans les livres de comptes du camérier. Le jour même de Noël 1435, nous relevons dans les Inlroilus et exitiis cette note : « Census civiiatum Pensauriensis, Forosinfroniensis et Senogaliensis ab archiepiscopo Patracensi, 550 florenos auri (1). y»

Outre ces cités, Pandolfe, Galéas et Charles possédaient des châteaux et d'autres lieux. Ils avaient le titre de vicaires temporels de l'Eglise in civltote Pensauriensi —, voilà le chef-lieu de leur vicariat — , ac nonnulh's aliis civitatibus —, Sinigaglia et Fossombrone— , castris et locis. Parmi ces castra, il y avait d'abord ceux qui dépendaient de chacune des trois cités, qui en formaient le district et le comté. L'un dos pays les plus importants du comté de Pesaro était Monte d'Abbatc; il est cité par Blondus dans son Jtalia illustraia ; il appartenait aux Malatesta, puisque c'est dans ce pays qu'ils ratifiaient, le 13 juillet 1435, l'accord conclu par leur mandataire avec le Saint-Siège (2). Il faut aussi mentionner, dans le diocèse de Fossombrone, le castrum Gagliardi, et dans le diocèse de Ferme, Civitnnova, qui avaient été concédés à leur famille par Martin V (3). D'ailleurs, dans le tableau dos tailles de la Marche, nous relevons ces deux détails :

Malateste. Civitanova 595 florenos auri de Caméra.

— Castrum Gagliardi 60(4) —

Si ce dernier pays était d'une médiocre importance, il n'en était pas de même de Civitanova. Cette terre était presque aussi considérable qu'une cité, puisqu'elle payait comme Tolentino, et presque autant que lesi et Osimo.

Les autres Malatesta étaient établis à Rimini. Ce n'est pas sans Les Malatesta peine qu'ils s'y étaient maintenus, sous le pontificat précédent : Martin V avait épousé les rivalités qui divisaient les deux bran-

(1) Ibid,, Introitus cl exilus, 397, à la date du 25 décembre 1435. Remarquons qu'à cette même date, il y a eu deux payements distincts : ces 550 florins représentent le cens annuel du vicariat et ne se confondent pas avec les 1,250 florins qui représentent plutôt la moitié do l'indemnité, payée par les Malatesta, pour la reconstitution du vicariat.

(2) Archives du Vatican, Reg. 366, fol. 61 v" : « Datum in Castro Montis Abbatis, comitatus Pisauri. »

(3) Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 230; IX, D. G, p. 111.

(4) Archives du Vatican, Armoire XXXIII, n" il.

Tolentinum 600 floreDOS auri de Caméra.

Auximana 750 —

Exina 800 —

de Rimini.

ches de la famille, et il avait été d'autant plus dur et injuste pour celle de Rimini, qu'il était faible et complaisant pour celle de Peraso. Il essaya même de lui enlever tout à fait le vicariat. Le 14 septembre 1429, était mort Charles Malatesta, le puissant seigneur, le condottiere renommé, qui avait joué un rôle si brillant, pendant la triste période du schisme. Il laissait trois neveux, fils bâtards de son frère Pandolfe. Bien qu'ils eussent été légitimés et proclamés héritiers présomptifs do l'état de Rimini, par leur père, Martin V refusa tout d'abord de leur reconnaître des droits à cette succession. Il allégua que, la descendance légitime étant éteinte, le vicariat faisait retour de droit à l'Eglise romaine; et cependant, deux ans auparavant, il avait permis expressément à Charles de léguer ses possessions à ses neveux (1). Fort attaché à ses seigneurs, le peuple de Rimini se révolta contre les prétentions pontificales, et pour éviter une guerre, Martin V dut faire des concessions et n'accomplir que la moitié de ses projets : au lieu de supprimer le vicariat, il se contenta de le démembrer. Robert, Sigismond et Dominique abandonnèrent Borgo San Sopolcro, Bertinoro, Cervia et Osimo, que garda le Saint-Siège, Sinigaglia et Fossombrone qui furent donnes à leurs cousins de Pesaro ; mais, le 8 septembre 1429, ils reçurent l'investiture des villes de Fano, Césène et Rimini, auxquelles le pape ajouta la terre de Sainte-Agathe et quelques autres lieux dans le Montefeltre (2).

Gaieotto-Robert Lostrois fi'èros so divisèrou t, alors, à l'amiable l'héritage de leur

jL^n I ■ f pat o

oncle : Galeotto-Robcrt garda Rimini, Sigismond eut Fano, Dominique Novello, Césène. Mais cette division ne dura pas longtemps : au moment où de beaux jours semblaient se lever pour lui et ses frères, où Eugène IV, neveu de Grégoire XII, témoignait la plus grande bienveillance aux neveux de Charles Malatesta, où les seigneurs de Pesaro étaient non seulement réduits à l'impuissance, mais encore chassés de leurs Etats, mourait, à vingt et un ans, le 10 octobre 1432, Galeotto-Robert, seigneur de Rimini. Malgré le cours rapide de sa vie et de son règne, il avait excité l'admiration de ses contemporains et l'affection de ses sujets ; il avait pardonné à ses parents de Pesaro les intrigues dont ilss'étaientrenduscoupables,contrelui, sousMartin V;et en 1431, il avait tenté auprès du pape une démarche généreuse, pour leur faire rendre leurs Etats. A une époque où se faisait déjà sentir

(1) Tonini, op. cit., t. V, p. 81.

(2) Ibid,

LES romagnes. 221

rinfluence démoralisatrice de la Renaissance, dans une famille qui n'avait pas toujours donné l'exemple des vertus domestiques, et qui devait avec Sigismond, l'amant d'Isotta , glorifier l'impudeur, Galeotto-Robert avait eu les mœurs les plus pures (l). Il s'était adonné aux pratiques de la plus ardente dévotion, assistait, tous les jours, à la messe, lisait les heures, revêtait, dès l'âge de dix-neuf ans, l'habit de saint François et soumettait son corps à toutes sortes de macérations. Gomme saint François, son saint de prédilection, il avait poussé jusqu'au mysticisme l'amour de Dieu et des pauvres, distribuant à profusion les aumônes, visitant les hôpitaux, recherchant les malades les plus repoussants pour les servir et baiser leurs plaies , enfin désirant de toutes ses forces, le martyre, pour s'immoler à Dieu. Sa mort fut une calamité publique. Le 18 octobre, Eugène IV écrivait à ses frères, une lettre de condoléance, qui n'avait rien de la sécheresse officielle; il le pleurait, disait-il, comme s'il était son fils ou son neveu; il louait sa douceur, sa sainteté et la pureté de ses mœurs, et il en- ^asfeait ses héritiers à se modeler sur lui dans leur vie et dans le gouvernement de leurs peuples (2). Sept ans plus tard, ayant à se plaindre des procédés de Malatesta Novello contre l'Eglise, il rappelait encore, avec émotion, les vertus chrétiennes de Robert- Galeotto (3).

Cette mort nécessita un nouveau partage des domaines des Ma- sigisr^ond latesta entre les deux frères survivants, Sigismond et Dominique. de RAmint. Voici en quels termes Branchi mentionne cette division : « Revenant en Allemagne, en 1433, l'empereur Sigismond fit chevaliers les doux frères Malatesta de Rimini, Sigismond-Pandolfe et Dominique-Xovello, qui se divisèrent ainsi leurs seigneuries : Sigismond eut Rimini et son comté, Fano et son comté, le titre de vicaire et les propriétés du Montefeltre; Malatesta Novello, Gésène et son comté, Bertinoro, Meldola, Sarsina et son comté, Roncofredo et le Pivero di Sestino (4). « Il est à croire cependant que le partage ne fut pas aussi tranché. Novello semble avoir conservé une certaine influence cà Rimini; peut-être même, la ville fut-elle gouvernée simultanément par les deux frères ; en effet, le

(1) Voir passim la Vie de Galeotlo Robert Malatesta,, du P. Cristoforo da Verucchio, publiée par Tonini, op. cit.^ t, V, p. 676-688.

(2) Archives du Vatican, Reg. 370, fol. 110.

{^) Ibid., Reg. 367, fol. 120 V, lettre du 6 octobre 1438 : Il rappelle à Novello « pie ac sanctc memorie germanum tuum, Galeottutn Robertum, quem tante fuisse religionis et sanctimonie constat. »

(4) Tonini, op. cit., t. V, p. 95.

pape adresse , le 6 octobre 1 438 , une de ses lettres , « Malatestae Novello do Malatestis, vicario civitalis Ariminensis (1). » Il semble toutefois qu'il ait résidé de préférence à Gésèae, laissant à Sigismond le gouvernement de Rimini.

En quoi consistait le domaine de Sigismond? Il comprenait d'abord, nous dit Brancbi, Rimini et son comté. Or, grâce aux documents qu'il a publiés en appendice au tome V de son histoire, M. 'l'onini a pu dresser la liste des pays qui formaient ce comté ; la voici :

Bellaria,

Borghi,

Calbana,

Casale,

Cattolica,

Cerasolo,

Canonica di Cereto,

Ceula Corniale ,

S. Clémente,

Coriano,

Corpolo,

S. Ermete,

Faetano,

Gemano,

S, Giovanni in Galilea,

S. Giovanni in Marignano,

Longiano,

FiorentiDO,

S. Martine in Cereto,

Meleto,

Misano,

Mondaino,

Mongiardino,

Montalbano,

Montefiore,

Monte Colombo,

Monte Gridolfo,

Montescudolo,

Montiano,

Mulozzano,

Poggio Berni,

Razzano,

Riccione,

Rocca di Verucchio,

Roncofreddo (à Novello),

Saludeccio,

Scorticata,

Serravalle ,

SogUano,

Tavoletto,

Trebbio,

Veruccbio (2).

Cet important comté de Rimiiii excitait beaucoup de convoitises; ses voisins désiraient vivement arrondir leur domaine de ses dépouilles. Les Montefeltre enviaient tout ce qui se rapprochait des montagnes d'Urbin et de la Massa Trabaria; la commune de Saint-Marin ne cherchait qu'une occasion pour s'emparer de Mongiardino, Faetano et Serravalle. La coalition de ces convoitises finit par démembrer et détruire le comté de Rimini, en 1463 (3). Fano. Sigismond possédait encore Fano et son comté. Sans être aussi

important que le précédent, il n'était pas non plus à dédaigner. Dans la liste des tailles que devait payer la Marche d'Ancône, il est taxé à 1,125 florins d'or, guère moins que Rimini qui en payait 1,200, plus que Pesaro qui en devait 1000 (4). C'est avec les revenus de ces domaines que Sigismond allait entretenir la cour si brillante de Rimini, présidée par la fameuse Isotta, et entreprendre avec l'église Saint-François (tempio MalaUsUano)^ l'un des plus beaux monuments de la première Renaissance.

(1) Archives du Vatican, Reg. 367, fol. 120 V.

(2) Tonini, op. cit., appendice au t. V, p. 343 : Castelli del Riminese.

(3) Ibid., t. V, p. 300.

(4) Archives du Vatican, Armoire xxxni, n" IL

LUS llOMAGNHS.

Dominique MalatesLa Novello possédait « Gésène et son comte, Bcrlinoro, Meldohi, Sarsina et son comté, RoncoiVeddo et le Pivero di Sestino. » Tons ces noms sont indiqués dans la concession que fit, aux dépens de l'église de Ravenne, le pape Grégoire XII, à son protecteur Gharles Malatesta. Pour le récompenser de son dévouement, il lui accordait, par une bulle du 13 juin 1415, les vicariats de plusieurs châteaux et pays situés dans les diocèses de Rimini , Gésène et Sarsina , et appartenant jusqu'alors, à l'église de Ravenne. G'étaient les castra

Dominique M;i|.il.'sl..i

do Côsjiio.

Montigliani,

Paderni,

Ferretani,

Sagliani,

Sorivole,

Rodigliani,

Diolaguarda,

Montis Auguti

Reversani,

Monlisbori,

Ariminensis diocesis,

Cesenatensis diocesis,

Tudurani,

Acquigliani,

Moiini Veteris,

Bagnoli,

Medietas castriValdepontis,

Castri novi Britinoriensis,

Taibi,

Montis Sassi,

CoUonati,

Montis Petra,

Piace, MercatiSarraceni,

Saxenatensisdiocesis.

Remarquons qu'aucun de ces pays ne se trouve, ni dans le comté de Rimini, ni dans celui de Fano ; ils n'appartenaient donc pas à Sigismond. D*autre part , tous les domaines qui , d'après Branchi, formèrent la part de Malatesta Novello, se retrouvent dans leur nombre. Sans doute , toute cette liste n'est pas énumérée par Branchi, mais toute l'énumération de Branchi se retrouve dans cette liste. Nous sommes donc en droit de supposer que Novello avait eu en partage les anciens domaines de l'église de Ravenne, qui avaient été conférés à son père, par Grégoire 'XII, tandis que Sigismond avait gardé le patrimoine primitif des Malatesta de Rimini. Gomme son frère Sigismond, Malatesta Novello consacra aux lettres et aux arts les revenus de son vicariat; il travailla à fonder et à développer cette Malatestiana de Gésène, qui peut nous donner une idée précise de ce qu'était une bibliothèque de la Renaissance, puisque la disposition n'en a pas été changée depuis sa création. Novello lui-même, y semble encore présent, puisque le buste qu'on lui a dressé, contient, dit-on, une partie de ses cendres. De son vivant, il jouissait d'une grande considération parmi les humanistes : « G'est un homme très lettré, » dit Blondus, « surtout très versé en histoire; il a créé

(1) Fantuzzi, Monumenti Ravennati^ IV, 453.

riine des plas belles bibliothèqaes qu'il y ait dans l'Italie tout entière (1). »

La ville de Cervia, an moins en partie, appartenait aux Malatesta de Rimini. « Elle a été depuis peu fortifiée par Novello, seigneur de Gésène, » nous dit Blondus (2). Il est sûr aussi que les deux frères y avaient d'importantes salines : le l®"" mars 1433 était signé, dans le palais de Sigismond, un acte par lequel il vendait trente mille sacs de sel à Jean Marazzani (3) , et cet acte était conclu par Sigismond, en son propre nom et au nom de son frère Novello (suo proprio et singulari nomine^ et pro nomine et vice magniftci et polenlis domini militisque generosi ^ Malatesle Novelli, sut fratris). Il était stipulé que ce sel devait être tiré de Cervia (salis de sale civitatis Cervie exlrahendi de dicta civitate) , et de la meilleure qualité produite par les salines des Malatesta {de illa meliori et antiquiori sorte salis que erit in sua munitione dicte civitatis Cervie). Les textes sont donc bien précis, et il n'y a pas à en douter : les Malatesta de Rimini étaient seigneurs à Cervia, et le sel qui s'y produisait, leur assurait d'importants revenus. Mais, d'autre part, des documents plus nombreux et aussi précis, nous mentionnent les revenus que le sel de Cervia donnait au pape. Le 13 décembre 1431 , Eugène IV écrivait au doge de Venise, Foscaris, au sujet du sel que l'on portait, de sa cité pontificale de Cervia, dans la Marche d'Ancône (4). Lorsque, le 15 août 1431 , il remplace le gouverneur de Forli , il notifie la nouvelle nomination au châtelain de Cervia et aux employés de la saline, et il leur enjoint d'obéir au nouveau gouverneur (5). Il n'y a qu'un moyen d'expliquer cette apparente contradiction : c'est que les Malatesta et le pape aient été, en même temps, co-seigneurs de Cervia et possesseurs de salines.

§ 2. — Les autres principautés féodales des Romagnes.

Les Polenta de Ravenne.

Les autres villes des Romagnes avaient chacune son tyran. Ravenne était gouvernée par les seigneurs de Polenta, en qualité de vicaires temporels du Saint-Siège. En effet, dans les livres de

(1) Blondus, Itâlia. illuslrata, p. 134.

(2) Blondus, Italia illust., p. 134.

(3) Tonini, op. cit., Appendice au t. V, p. 143.

(4) Archives du Vatican, Reg. 370, fol. 50 : « ... sal nostrum q ui de portu seu salaria nostre civitatis Cervie, ad provinciam nostram Marchie, ad terram nostram Fiumisini portatur. »

(6) Ibid., Reg. 370, fol. 35.

LES ROMAGNES

comptes du camérier, nous relevons cette note, à la date du 14 mai 1432 (1) : « a domino de Opulanla^ pro parte solucionis vicariatus civitatis Bavennatensis, 3000 florenos auri de caméra. »

A Faenza, c'étaient les Manfredi qui s'étaient rendus à peu près indépendants. Le 8 févi-ier 1390 (?), Astorge en avait reçu le vicariat de BonifacelX, pour dix ans, et moyennant un cens annuel de 1,500 florins d'or. Il y était encore en 1431 ; le pape lui écrivait en même temps qu'au vicaire temporel deRavenne (3).

Forli avait été donné, par Boniface IX, en vicariat aux OrdelafB, pour un cens de 2000 florins et une période de dix ans (4) ; or, à l'avènement d'Eugène IV, ils possédaient encore cette ville, et ils s'en firent même prolonger le gouvernement parle nouveau pape. Antoine OrdelafB. se la fit concéder pour une période do cinq ans, pour un cens annuel de 1000 ducats, à payerle29 juin(5).

Enfin, Imola était sous l'autorité des Alidosi, qui la tenaient, eux aussi, de Boniface IX (6).

Mais les états vassaux du Saint-Siège, qui dominaient dans le nord des Romagnes, c'étaient sans contredit la principauté de Ferrare et la république de Bologne.

Les marquis d'Esté avaient profité du grand schisme pour étendre leur autorité sur Ferrare : le 23 juin 1389, le pape Boniface IX avait accordé à l'un d'eux, Albert, la cité et le comté de Ferrare, pour un cens annuel de 10,000 florins. L'importance de cette somme nous prouve l'importance de l'aliénation ; et en effet, vers le milieu du quinzième siècle, Blondus célèbre, dans son Ilalia illustrata, la richesse et la puissance de cette ville (7). Cette concession était perpétuelle. Elle fut suivie de plusieurs autres : les successeurs de Boniface IX cédèrent encore aux seigneurs de Ferrare les châteaux de Massa Lombardorum, Roncadello, Zeppa, Scantamantella et Sainte- Agathe dans les diocèses d'Imola et de Faenza. Nous n'avons pas les actes de donation de ces pays, mais nous pouvons af&rmer que Nicolas d'Esté les possédait, sous Eugène IV, puisque le successeur d'Eugène IV, Nicolas V, les lui confirmait au début de son pontificat (8); il lui permettait môme,

Les Manfredi de Faenza.

Les Ordelaffi de Forbi.

Les Alidosi d'Imola.

Les Este de Ferrare.

(1) Ibid., Introitus et exitus, 390, fol. 16.

(2j Archives du Vatican, Index vicariatuum, Armoire XXXV, n» 5, p. 354.

(3) Ibid., Introitus et exitus, 390, fol. 16.

(4) Ibid., Index vicariatuum, Armoire XXXV, n" 5, p. 354.

(5) Bibliothèque de Naples, IX, D. 5, p. 229.

(6) Archives du Vatican, Armoire XXXV, n" 5, p. 354.

(7) Blondus, Italia, illustrata, p. 155.

(8) Bibl. de Naples, IX, D. 6, p. il.

de les laisser en héritage à ses fils naturels. Nicolas possédait ses domaines en toute tranquillité, en 1431 ; chaque année, les livres des comptes mentionnent le payement du cens dû au Saint-Siège. Aux dates du 20 et 31 mai 1435, nous relevons ces notes dans les Introitus et excitus.

A magaifico domino marchione Ferrariensi, super censibus. .... . 2000 flor. auri.

A domino marchione Ferrariensi, in deductionem compositionis censuum suorum 2000 (1).

Le 5 février 1437, le pape donnait à Nicolas d'Esté un reçu de 4,000 florins d'or « pro censu nostre civitatis Ferrariensis ac comitatus et dislrictus^ ejusdem, in qua pro nohis et Romana ecclesia vicarius in temporalibus existis (2). »

§ 3. — Bologne.

Plusieurs historiens ont dit que Bologne n'avait été réunie au domaine pontifical que sous Jules II, en 1512. Rien n'est plus faux que cette assertion ; Bologne, en effet, n'a jamais été aliénée par l'Eglise romaine. On peut compulser les registres pontificaux, les Indices vicariatuum du Vatican ou de Naples, jamais on ne trouvera un acte formel d'aliénation, quelque chose comme l'érection de Gittà di Castello, en vicariat temporel, se gouvernant luimême. Le Saint-Siège y laissait si peu oublier son autorité, qu'il y avait établi le siège de l'un de ses gouvernements, la légation des Romagnes. Encore de nos jours, à côté de l'église San Petronio se dresse, sur la principale place de Bologne, le palais du gouvernement, avec ses ogives médiévales, et sa façade parsemée d'écussons. Chaque pontificat, chaque légation a tenu, en quelque sorte, à la marquer du sceau de ses armes. Dès le quatorzième siècle, il en était ainsi ; au commencement du quinzième, le fameux cardinal Balthasar Cessa avait résidé à Bologne comme légat ; de même, le cardinal Condulmerio, celui qui devait bientôt devenir le pape Eugène IV.

Le comté II est vrai qu'à côté de l'autorité centrale, il y avait l'autorité

locale. Bologne était administrée par un gonfalonier et un conseil des anciens, sous le contrôle des assemblées populaires; les statuts de 1399 réglaient sa constitution municipale. Son comté était très étendu, et ses magistrats exerçaient leur juridiction sur un

(1) Arch. du Vatic, Introitus et exitus^ 397.

(2) Ibid., Reg. 359, fol. 286.

de Bologne.

LES ROMAGNES

grand nombre de villages dont les statuts nous fournissent la longue énumération (1); la voici :

Commune Savigni,

— Tauleli,

— Riidiani,

— Purvaioli,

— Montasigi,

— Gavignani et Montis Pastoris,

— Ronchi et Montis verii,

— Vedegheti,

— Vincolae,

— Samodiae,

— Montis Poli,

— Capugnani,

— Maienzani,

— Belvederis,

— Rochae Cornetae,

— Rochae de Gagio,

— Roccbse Pidigliani,

— Casigni et Musioli,

— Castri novi et Montis Cavalorum ,

— Castri Aliani,

— Labantis ,

— Saxi MuUarii ,

— Villae Aliani,

— Africi et Predecoloriae,

— Cerelii et Plebis de Roffeno ,

— Casii et Casolae,

— Baigii,

— Badi,

— Âragatiae et Bruzanellae,

— Capugnani,

— CredjE,

— Tavemolœ,

— Trasserae ,

— Vigi,

— Caprarise supra Panicum,

— Casulae supra Siranum ,

— Lisernje et Vergati,

— Canovellae,

— Fulisani,

— Panici,

— Vadi et Brigadelli,

— Luminasii,

— Piadarii et Saxi,

Commune Vegii et Grizanae,

— Sibani, VinoljB et Domalfollis,

— Salvaris et Sanguinetaî,

— Seravallis,

— Monzorgii,

— Zapolini,

— Thiolae,

— S. Laurentii in Colina,

— Schœdi,

— Resiglii,

— Montis S. Pétri ,

— Montis Mauri,

— Montis S. Joannis,

— Pratalbini, '— Montis Velii ,

— Oliveti,

— Crispellani,

— Montis Budelli,

— Loliani et Scannelli,

— Bisani,

— Cassani,

— Campegii,

— Ronchastaldi,

— Monghedoris,

— Vezani, Fredusti et Valgatare,

— Fraxinedae,

— Monterenzoli,

— Saxuni et Rignani,

— Vedrani,

— Argilis,

— Argilatse ,

— Volt» ,

— Galeriae,

— Marcharetoli et Suriiani,

— S. Prosperi et S, Vincentii,

— Gavasseti,

— S. Venantii,

— S. Alberti,

— Podii,

— S. Pétri in Casale,

— Masimadeci,

— S. Georgii de Piano,

— Fuai,

(1) Ce statut fut modifié pendant la légation du cardinal Bessarion, qui en approuva la nouvelle rédaction, en 1454. Voir les Statuta civilia civitaiis Bononiae (Phaellus, 1532),

Commune S. Mariae in Duni,

Commune Cederechiae et Castri Alpis,

Spisi, Coloreci et Tizanelli,

Stiatici,

Urbisaiii,

S. Marini,

Gorgognani,

Minerbii,

Altedi, Saleti et Barisellae,

Cazani,

S. Martini in Soverzano,

Pegolse,

S. Joannis in Triario,

Casalis fluniinensis,

Crorariae Imolae,

Sassiuni,

B'ragnani,

Âbelli,

Castri S. Pétri,

Casalichii Comitum,

Castri Bolognesii,

Monzoni ,

Qualti et Montisfredentis,

Brigolfe, iMontorii, et Aginarise,

Bibulani ,

{Statuta

— Ripoli Conflentis et S. Chris-

tinee,

— Trassassae,

— Anconellae,

— Vallis et Sovezani,

— Casadri et Barbaroli,

— Sassinigri,

— Bazani,

— Plumatii,

— Calcharise,

— Castrifranchi et Manciolini,

— S. Âgathae,

— Crevalcoris,

— S. Johannis in Persiceto,

— Butrii,

— Medecinae,

— Castri Britonum, — ^ Ozani,

— Liani,

— Varignanae,

— Pizani,

— Montarinse,

— Stifontis,

civilis Bononiœ, p. ccviii-ccix.)

Castel San Pietro.

Se voyant à la tête d'an comté aussi important, Bologne eut plus d'une fois des velléités d'indépendance. Aussi, les révoltes furent-elles nombreuses, et, plus d'une fois, les légats pontificaux furent chassés de leur résidence par des émeutes populaires. La turbulence des Bolonais était si proverbiale que le pape Pie II, dans ses Commentaires, appelait leur ville la nourrice des séditions. Précisément, dans les dernières années de Martin V, elle s'était soulevée contre l'autorité pontificale. Elle en fut punie par le démembrement de son comté : on lui en enleva les deux principales communes, S. Jean in Persiceto et Castel S. Pietro, qui, pour prix de leur fidélité, furent placées sous la juridiction immédiate du Saint-Siège.

Castel S. Pietro avait fait preuve du plus grand courage , pour rester fidèle à l'Eglise et résister aux rebelles (pro slatu et honore nostris ^ rebellibus ecclesie fortibus animis restitisUs), Tout en la félicitant, Martin V l'en récompensa en l'exemptant, ainsi que son territoire et son district, de la juridiction de Bologne, et en la soumettant directement au Saint-Siège (1). La bulle datée du

(1) Arch. du Vatic. , Reg. 366, fol. 4 : « Castrum s. Pétri cum ejus ter-

LES ROMAGNES

palais des Saints Apôtres, le 23 janvier 1430, fixaitles conditions de cette séparation. Les propriétaires établis sur le territoire de Gastel San Pietro devaient payer leur quote-part d'impôts à cette commune , et non plus à Bologne. Castel San Pietro devait acquitter les dettes qu'elle avait contractées avec son ancien cheflieu ; mais elle avait pour cela, un délai de sept ans. L'un des premiers actes d'Eugène IV, fut de confirmer la bulle de son prédécesseur , trois semaines à peine après son élection , le 28 mars 1431 (1).

Il en fut de même pour S. Jean in Persiceto. « Quand nous étions dans une condition moins élevée, lui écrit Eugène IV, que nous remplissions l'ofUce de légat dans votre province , et que nous tentions de réduire à l'obéissance de l'Eglise romaine la cité de Bologne révoltée, votre commune se livra à nous et à l'Eglise avant même que nous ne nous fussions emparés de votre chef-lieu. Pour cela , nous vous accordâmes certaines exemptions et nous vous déclarâmes affranchis de toute redevance envers Bologne ; » et il, terminait cette lettre en confirmant l'exemption de S. Jean in Persiceto (2).

A l'avènement d'Eugène IV, cette révolte avait été réprimée ; mais si Bologne était réduite, elle était toujours frémissante; certains de ses bourgeois avaient avec le duc de Milan, des intelligences qui donnaient de l'inquiétude au pape : il chargeait Baptiste de Gannetulo, noble bolonais, de faire une enquête et de lui envoyer les noms des conspirateurs (3). Pour soumettre définitivement Bologne, il fallait une autorité forte et ^nergique; c'est pour cela que le pape y nomma gouverneur général le terrible évoque de Récanati, Jean Vitelleschi , par une bulle du 9 juil-' let 1434 (4). Un an. après, le 27 septembre 1435, se présentaient dans le jardin du couvent de Sainte-Marie-Noiivelle, résidence du pape, à Florence, l'excellent chevalier-ès-lois Romeo de Foscharariis, Galeotto de Canedulo et Nicolas de Ghisilardis, docteurs en droit, députés de Bologne. Interrogés par Sa Sainteté en présence de Blondus, notaire, sur l'objet de leur mission, ils

s. Jean in Persiceto.

Humiliation do Bologne.

ritorio et districtu ab omni superioritate, jurisdictione et dominio temporali civitatis nostre Bononiensis ejusque comitatus, eadem auctoritate perpétue separamus, eximimus et liberamus, ita quod ipsum castrum sit de cetero liberum ac nobis et dicte sedi duntaxat immédiate subjectum. »

(1) Ibid.

(2) Ibid., Reg. 370, fol. 46.

(3) Arch. du Vatic, Reg. 370, fol. 46,

(4) Ibid., Reg. 373, fol. 18 v«.

répondiren t qu'en vertu de la commission qui leur avait été donnée, à leur départ de Bologne, et des instructions qu'ils avaient dans la suite, reçues de leurs concitoyens, ils venaient offrir et déposer aux pieds du pape, sans restrictions ni conditions, la cité de Bologne, avec son territoire, ses villages et son comté (1).

La soumission ne pouvait pas être plus complète; l'énergie de Vitelleschi n'y était pas étrangère!

(1) Ibid., Reg. 366, fol. 74 ; « Interrogati ab ipso Sanctissimo, in presentia mei notarii (c'est Blondus qui rédige l'acte) ad hoc vocati et rogati,.. quid cum Sanctitate domini nostri circa factura Bononie intendoreat..., responderunt se, vigore commissionis cis facte, quando primitus a Bononia discesserunt, et per illa que postmodum a Bononiensibus sibi scripta fuerunt..., civitatem ipsam Bononie cum territorio, castris et coniitatu, libère et sine aliqua exceptione vel conditione, Sanctitati... dare, praemittere et offerre. w

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