SA FACILITÉ
faisait dire à saint Augustin : « Quoi, ne pourrai-je pas faire ce que font ceux-ci et ceux-là ? »
Les mondains n'ont jamais essayé de faire le bien généreusement, ni peut-être même de demander à Dieu la grâce de le faire ; et afin de justifier leur lâcheté, ils déclarent impossibles à atteindre ces sommets de la perfection que tant d'autres gravissent tous les jours.
Non, la perfection n'est pas impossible ; elle est même facile avec la grâce de Dieu, sans laquelle nous ne pouvons rien, pas même observer les commandements ; mais nous pouvons tout en celui qui nous fortifie. Et si nous sommes généreux à son égard, ne le sera-t-ilpas pour nous, et ne nous donnera-t-il pas un secours assez puissant pour faire avec facilité tout ce que nous entreprenons pour sa gloire. Ce n'estpas pour nous tendre un piège qu'il a établi l'état religieux, comme moyen plus facile et plus efficace d'arriver à son amour. Non ut laqueum vobis injiciam, dit saint Paul. Quel état pourrait-on trouver icibas, qui fût plus à l'abri que l'état religieux des périls du siècle, des mille soucis qui accablent ceux qui vivent dans le monde? N'est-ce pas déjà un grand bonheur que de vivre avec des âmes de choix qui, par profession, s'engagent à tendre à l'amour de Dieu et qui ne se réunissent que pour s'entr'aider à atteindre un si noble but? N'est-ce
Eas le cas de s'écrier avec le Psalmiste : « Qu'il est on, qu'il est doux pour des frères de vivre ensemble ! » Sans doute, les défauts ne manquent pas aux âmes religieuses, mais qui donc en est affranchi sur la terre ; et on peut dire avec vérité qu'en règle générale c'est dans les couvents que les défauts sont moins saillants parce qu'ils sont combattus, et qu'on les supporte plus facilement parce qu'on aime Dieu davantage. Les croix sont
plantées partout dans cette vallée de larmes ; et ceux qui veulent ravir Jésus-Christ à la société n'enlèvent celles qui sont placées sur les monuments publics et dans les écoles, que pour empêcher de supporter chrétiennement les autres. Aussi, que de désespérés, depuis surtout qu'on enlève les croix. Mais au couvent on les aàore. Pas un religieux, pas une religieuse qui ne porte sur soi un crucifix. Et la vue du crucifix adoucit toutes les amertumes.
Le Bienheureux Laurent de Brindes, qui fut plus tard général des Capucins, étudiait à Venise et aimait à fréquenter avec un de ses amis le couvent de cet ordre. Voulant éprouver ces deux postulants qui demandaient leur admission, le provincial, le P. Laurent de Bergame,les conduisit dans une cellule, et dans cet humble réduit leur fit un sombre tableau des sacrifices qu'il leur faudrait accomplir : « Que cette cellule renferme un crucifix, s'écria Laurent, et elle sera pour moi plus belle que les plus riches palais ! » Le provincial, touché jusqu'aux larmes, les admit tous deux.
La vie dure et pénitente de certains religieux effraie parfois les mondains ; mais ils ne voient pas l'onction de la grâce qui accompagne l'austérité de leur vie. Du reste, les gens de plaisir ne font-ils pas pour satisfaire leurs passions des excès plus funestes à la santé, à l'intelligence, à la tranquillité de la vie, que les religieux les plus austères n'en font pour gagner le ciel ? Oublieraiton le mot d'un saint Docteur : « De tous les plaisirs, le plus grand est d'avoir triomphé des plaisirs même. »
La solitude de certains monastères n'est-elle pas la béatitude de ceux qui les habite. 0 heata. solitudo. 0 sola beatitudo. Ils né comprennent pas