‹ L'Etat religieuxChapitre 16 sur 98 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'état religieux est-il de conseil ?

On dit qu'une chose est de précepte quand elle est commandéeparDieu ou par l'Eglise, et qu'elle est de conseil quand, sans être commandée, elle est meilleure qu'une autre chose opposée que l'on ne peut pas faire en même temps. C'est ainsi que la virginité est de conseil, car elle n'est pas obligatoire de par la loi divine, et elle est meilleure que le mariage qui lui est opposé. — Or, l'état religieux est-il de conseil? Suarez répond : « L'état de perfection n'est pas de précepte, mais de con-

seil. » De ce que nous avons dit précédemment il ressort clairement, en effet, que l'état religieux est par lui-même meilleur, plus parfait et plus utile que l'état commun de vie chrétienne, il est donc absolument de conseil. De là nous concluons : « Qu'il peut être désiré et conseillé, et devenir la matière d'un vœu. » Ce sont les paroles de Suarez. Non-seulement l'état religieux est un état de perfection ; mais de plus, il est excellent de l'ambitionner, de le demander, de l'embrasser ; de là vient qu'on agit d'autant plus parfaitement et plus prudemment en l'embrassant, qu'on le fait plus spontanément et plus volontairement. Il en est tout autrement de la charge des âmes ; on accepte cette charge avec d'autant plus de sécurité qu'on la redoute davantage, et qu'on ne se résigne à la porter que pour obéir aux supérieurs. Saint Thomas avait dit avant Suarez : « Il est méritoire de désirer l'état religieux. . . L'état religieux ne présuppose pas la perfection, mais y conduit ; tandis que la dignité du pontife la présuppose. Qu'on désire la perfection et qu'on veuille y atteindre, cela n'est point de la présomption, mais une émulation sainte à laquelle l'Apotre exhorte (1. Cor. 12. 3\.), aeinulsLinini charismata meliora, dit-il ; rechei^chez les dons les p/iis excellents. Et c'est pour cela qu'il est louable d'embrasser l'état religieux, tandis qu'il est trop

f)résomptueux d'aspirer aux honneurs de la préature. » Après avoir fait le parallèle du roi et du moine, et avoir fait ressortir combien le sort de ce dernier est plus heureux que celui du monarque le plus puissant, saint Chrysostôme conclut par ces éloquentes paroles : « Quand vous voyez passer un homme opulent, magnifiquement vêtu, tout éclatant d'or, etpompeusement traîné sur un char superbe, ne dites point : Cet homme est heu-

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