‹ L'Etat religieuxChapitre 27 sur 98 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nous devons, sur cet important sujet, après avoir rappelé les lois de l'Eglise, parler de ceux qui ont la charge des novices et des novices euxmêmes. Ce sera là la matière des trois articles suivants.

Article I. — Loi de l'Eglise concernant le noviciat.

Le noviciat doit se faire dans le monastère, mais dans un lieu séparé. Cela est conseillé et quelquefois commandé même aux congrégations.

Les novices doivent y rester une année complète et continue, autrement la profession serait nulle. Cependant, dans une maladie grave, la profession peut être permise, avant la fin de l'année. Une communauté n'est obligée de garder un sujet qui a fait profession, dans ce cas, avant la fin du noviciat, qu'autant qu'il est apte à la vie religieuse; mais le profès est obligé de ratifier sa profession à la fin du noviciat. S'il mourait après cette profession, faite dans une maladie grave, ses biens appartiendraient à ses héritiers naturels et non au couvent.

Le noviciat est interrompu et doit être recommencé si le novice sort du couvent après avoir quitté l'habit, de son propre mouvement, ou après un juste renvoi, avec l'intention de ne pas revenir, même s'il n'était sorti que pendant quelques heures et même, d'après quelques auteurs, pendant un instant.

Si un sujet quitte pour peu de temps le noviciat, avec l'intention secrète de ne pas rentrer, mais rentre ensuite sans manifester cette intention et sans quitter l'habit, le noviciat n'est pas interrompu. Il ne l'est pas non plus si, ayant été chassé injustement, il rentre ensuite. Si son noviciat étant achevé, il avait quitté le couvent pour n'y pas revenir, il pourrait, si on l'admettait ensuite, quand il se représenterait, faire profession sans recommencer son noviciat, pourvu qu'il fût dans les mêmes conditions qu'à sa sortie.

Le noviciat n'est pas interrompu par une maladie tant qu'on reste au couvent, quand même elle durerait 10 mois, ni par la sortie hors du couvent, faite avec permission, quand même elle durerait six mois. Les religieuses cependant qui sortiraient du couvent pour cause de maladie, devraient recommencer leur noviciat.

Le noviciat ne peut être prolongé au-delà de dix-huit mois ; dans les congrégations, le Saint- Siège ne permet pas que les novices de l'un et de l'autre sexe aillent, pendant leur noviciat, dans une autre maison pour y remplir diverses fonctions.

Afin que le novice soit libre de sortir, l'Eglise lui défend ainsi qu'à ses parents de donner autre chose au monastère que ce qui lui est nécessaire pour sa nourriture et son vêtement ; il ne peut renoncer à ses biens d'une manière irrévocable, ni contracter quelque obligation sans la permission de l'Evêque; et même avec cette permission, il ne le peut que dans les deux mois qui précèdent la profession solennelle. Et même des conventions de ce genre seraient nulles, si la profession n'avait pas lieu. Le bénéficier qui entre en religion conserve son bénéfice, et il ne peut pas le résigner; mais il doit en confier le soin à un vicaire jusqu'à sa profession, après laquelle le bénéfice est vacant. Ce que nous venons de dire ne s'applique qu'aux réguliers et non aux congrégations. La profession à vœux simples n'entrame pas la vacance d'un bénéfice, mais l'Evêque peut fixer un terme au bénéficier, au-delà duquel il pourra donner son bénéfice à un autre.

Les novices ont part aux privilèges des profès de l'institut qu'ils ont embrassé; et les postulants sont dans le même cas. Les membres d'un institut récent même approuvé par Rome ne peuvent, sans un induit spécial, avoir part aux indulgences accordées aux religieux. Mais les communautés de femmes, qui professent en France une règle ancienne, peuvent gagner les indulgences concédées à leur ordre dans d'autres pays, où leurs vœux sont solennels. Voici les principales indulgences accordées aux religieux : Indulgence plé-

nière à la prise d'habit, à la profession, à la fête patronale, à la condition, dans ce dernier cas, d'une visite à l'église, à l'article de la mort, à la première messe pour celui qui la dit, et celui qui y assiste et y communie, à toutes les retraites de 10 jours, au départ pour un pays infidèle.

Les novices, s'ils sont admis aux saints ordres, doiventêtre ordonnés d'après Suarez, parl'Evêque du domicile qu'ils avaient avant d'entrer au noviciat; et, d'après Ferraris, qui dit son sentiment commun, par l'Evêque du lieu du noviciat; mais ils ne peuvent être ordonnés à titre de pauvreté.

La prise d'habit et l'année du noviciat n'entraînent paspar elles-mêmes pour le novice l'obligation de persévérer; mais s'il a fait vœu de se faire religieux, et s'il y renonce pour de légers motifs, il pèche gravement, selon le sentiment le plus probable, à moins qu'il ne se soit engagé par son vœu qu'à faire un essai, sans avoir l'intention de persévérer.

Article II. — De ceux qui ont la charge des novices.

Nous devons leur dire : 1° l'importance du noviciat; 2° les qualités de ceux qui doivent le diriger.

§ l. Importance du 7ioviciat.

Rien n'intéresse une armée comme les recrues; rien non plus n'intéresse l'avenir d'un institut comme le noviciat. Une congrégation où les novices manquent et où les anciens, et plus souvent encore les jeunes, sont moissonnés par la mort, risque de s'éteindre à bref délai. Tout membre d'un institut fervent qui en veut la prospérité ne peut rien faire de plus utile dans ce but, que de

lui procurer Je bons et nombreux sujets, soit par les petits noviciats, ou les écoles apostoliques , ou d'une autre manière , sans pourtant chercher jamais à soustraire les vocations à d'autres communautés qui peuvent aussi en avoir besoin, et être à même d'en tirer parti pour la gloire de Dieu. Désirons que toutes les cong-régations prospèrent et ne croyons pas facilement qu'un plus grand bien se fait chez nous, qu'ailleurs. Si la charité et l'esprit de famille nous font un devoir d'aimer plus notre institut que tout autre, l'humilité et la modestie demandent que nous estimions les autres au-dessus de nous. C'est la règle que donnait saint Vincent-de-Paul à ses missionnaires. Mais combien nous rencontrons de sujets que personne ne nous dispute , surtout si nous préférons, selon le mot de saint Françoisd'Assises, les vocations d'or à celles d'argent, c'est-à-dire, les vocations inspirées de Dieu à celles qui n'offrent que des avantages temporels. C'est une bénédiction du ciel, au témoignage de saint Vincent-de-Paul, quand les sujets qui se présentent n'apportent pas tout ce que le monde estime : aussi, félicitait-il les siens de ce que parmi eux, il y avait peu de nobles, de riches et de savants. Le premier et le modèle de tous les noviciats, c'est celui des apôtres. Or qui Notre- Seigneur a-t-il choisi? Et cependant la parole de ces douze pauvres pêcheurs de Galilée a retenti jusqu'aux extrémités du monde. On est toujours assez riche, assez savant, assez distingué quand on aime Notre-Seigneur sincèrement, et qu'on pratique les vertus religieuses. « L'Eglise, dit le B. Louis de Grenade, s'est sans comparaison plus étendue, enrichie et multipliée par les exemples des Saints que par les discours des hommes éloquents. » Les sujets humbles, obéissants, dé-

fiants d'eux-mêmes, simples dans leurs allures et leur langage, font plus pour la prospérité d'un institut que ceux qui étalent leur talent ou leur noblesse.

Mais quand le zèle de tous a réussi à grouper les novices, la grande sollicitude des supérieurs doit être de les bien former. C'est là leur devoir capital, celui de l'accomplissementduquel dépend tout l'avenir de l'institut. Ou l'institut en effet est d'une régularité parfaite, et pour lors un noviciat négligé y introduirait nécessairement le relâchement ; ou il est dégénéré de sa ferveur première, et pour lors un noviciat mal fait fournirait un aliment nouveau à la tiédeur. Dans les deux cas, l'institut se préparerait par un tel noviciat, une ruine presque certaine. Tandis qu'au contraire, des novices bien formés peuvent être dans une congrégation fervente un nouveau foyer de zèle, de saints exemples, de grandes œuvres; et dans un institut tiède, un moyen puissant de réforme pour l'avenir

§ II. Qualités de ceux qui doivent diriger le noviciat.

Il importe donc avant tout de mettre à la direction du noviciat les sujets les plus saints et les plus capables d'un institut, dût-on pour cela les retirer d'autres emplois importants, où ils fussent même nécessaires. Quelle œuvre en effet, pourrait être comparée à la formation des novices? « Régir une âme, a écrit l'illustre Cardinal de Bérulle, c'est régir un inonde, et un monde qui a plus de secrets et de diversités, plus de perfections et raretés que le monde que nous voyons. » (1)

(1) Mémorial de quelques points servant à la direction des supérieurs.

En bonne règle, le maître des novices doit même être tout entier à ses fonctions et n'avoir pas d'autres charges dans l'institut, afin de ne pas être distrait de sa grande tâche. Ceux ou celles entre les mains desquels, les supérieurs remettent les espérances de tout l'institut, doivent être par leur régularité et toutes les vertus religieuses les modèles de ceux dontils ont la charge. Les paroles émeuvent et les exemples entraînent; ce mot d'unancienestvraipourtous,maispour la jeunesse surtout. Ce cm'elle voit la frappe plus que ce qu'elle entend. Et si elle avait sous les yeux une vertu médiocre, elle n'aspirerait pas plus haut, et en rabattrait peut-être encore, de nos jours surtout, où l'on a tant horreur de toute contrainte et de tout effort sur soi. Les maîtres des novices dans les divers couvents doivent donc être ce qu'il y a de mieux dans la congrégation, comme vie de foi, comme esprit religieux, comme perfection. Du reste, n'est-il pas nécessaire d'être grand ami de Dieu pour attirer la grâce sur une œuvre si capitale ?« Régir une âme et une maison de Dieu, pour une fin céleste et surnaturelle, suppose une grâce et une puissance célestes et surnaturelles, dit encore dans le même livre, le Cardinal de Bcrulle; car c'est passer les bornes de la nature; c'est entrer dans la fonction des anges qui, étant bienheureux, sont tutélaires des âmes. » Mais pour la remplir, il faut une science sainte, fille de l'oraison, et de l'union à Dieu. Ne faut-il pas être éclairés de la lumière divine pour diriger des vocations, en décider, conduire des âmes à la perfection, ce qui est incomparablement plus facile quand on les entraîne après soi, que quand on les pousse devant soi. On n'avance guère quand le guide au lieu de montrer la route se tient en arrière, on hésite à chaque pas. C'est sans doute

pour ce motif que l'Eglise veut que le noviciat soit dans un local séparé de celui des autres profès qui n'en ont pas la charge. Elle redoute l'influence qu'aurait sur eux des exemples d'imperfection, ou d'irrégularité.

La sainteté de vie ne suffit pas aux maitres des novices, pas plus qu'aux supérieurs. Il faut de plus qu'ils aient la capacité voulue pour mener à bien cette grande œuvre. Etre bon pour soi, c'est bien ; mais, quand on a la charge des autres , il faut l'être aussi pour eux. Ce qui suppose d'abord qu'on soit capable de leur enseigner les vérités, les devoirs, les vertus, les pratiques de la vie chrétienne et de la vie religieuse. Ijne instruction solide sur la doctrine chrétienne doit être la base de tout noviciat. Un arbre sans racines ne peut porter des fleurs, ni des fruits.

Comment les fleurs des vertus religieuses s'épanouiraient-elles dans une âme en qui on n'aurait pas planté profondément les racines de la foi? Qu'on y prenne garde dans les communautés, dans celles en particulier qui ont l'enseignement. Le programme actuel bannit l'instruction religieuse, et surcharge les intelligences de connaissances variées, dont un grand nombre sont souvent au moins inutiles ; les maitres, les maitresses, préoccupés par le désir de faire arriver leurs élèves aux certificats d'études, aux brevets, courent à ce qui leur semble le plus pressé, et sont exposés à négliger le plus nécessaire. Ou bien tel maitre des novices, versé dans la spiritualité, croira ses novices à son niveau, et enseignera les divers degrés d'oraison et de contemplation à des âmes qui ignorent les fondements des vertus théologales, les principaux mystères de la foi, et les dispositions à apporter aux sacrements. Quel malheur ! Saint Léonard de Port-Maurice a écrit :

« Grande est l'ignorance de beaucoup de religieuses converses ; demiuidez-leur quelles sont leurs règles, à quoi elles sont obligées par leur profession, ce qu'elles ont promis à Dieu par les vœux, elles ne savent que répondre. Bien plus, dans certains couvents, en ayant interrogé moimême quelques-unes sur les principaux mystères de la foi , elles haussèrent les épaules, et ne purent m'apportcr d'autre excuse do leur ignorance, sicen'estqu'onne les leur avait jamais enseignés. Désordre incroyable et digne d'être pleuré avec des larmes de sang! » Il n'y a sans doute rien de semblable aujourd'hui; cependant l'expérience apprend que ce que l'on a su dans la jeunesse s'oublie vite. Certains esprits obtus surtout, ont bien vite laissé échapper ce qu'on ne leur enseigne pas souvent ; et un catéchisme bien préparé sur les devoirs du chrétien et sur ceux de la vie religieuse devrait se faire dans tous les noviciats et même dans toutes les communautés qui ne sont pas composés de prêtres. Au moins pourrait-on y lire une doctrine chrétienne bien faite, et un ouvrage traitant complètement des obligations de la vie religieuse, en ayant soin d'appeler par quelques explications l'attention de tous sur cette lecture (1).

Les maitres des novices comme les supérieurs

(1) Notre Livre de tous renferme une doctrine chrétienne complète ; nous serions heureux que tous les Frères enseignants, que toutes les Sœurs appelées à faire apprendre le catéchisme aux enfants'l'eussent entre les mains. Nous l'avons écrit parce qu'ayant lu, après avoir publié notre Abrégé de Théologie dogmatique et morale, plusieurs doctrines chrétiennes des plus répandues, nous y avons remarqué plus d'une inexactitude. Nous pensons que le livre que nous offrons aujourd'hui aux communautés sur l'état religieux ne'leur laissera rien ignorer de ce qu'elles doivent savoir.

doivent être capables , nous l'avons dit, d'enseigner les vertus et tous les devoirs de la vie religieuse et d'exhorter à les pratiquer soit en communauté, dans des entretiens publics, soit en particulier.

Les réunions communes, où on se contente d'une lecture, ont moins de charmes, quand celui qui les préside n'a pas un mot d'exhortation à y ajouter, pas un avis paternel à donner pour stimuler le zèle de tous à se sanctifier , à faire disparaître certains abus, à se préparer à telle fête par telle pratique. Tout en ce monde a besoin d'un moteur pour se mettre en mouvement. Le moteur d'un noviciat, d'une communauté, c'est le maitre des novices, ce sont les supérieurs. Les entretiens particuliers avec un intérieur , pour l'encourager, le consoler, lui indiquer d'une façon claire'la manière de combattre sestentations, quand il les expose, les moyens de se corriger de tel défaut, d'acquérir telle vertu sont parfois plus efficaces que les entretiens publics eux-mêmes, pourvu qu'on sache en tirer partie.

Enfin, il faut aux maitres des novices comme aux supérieurs, une grande bonté unie à la fermeté. Dans les communautés d'hommes on les nomme ordinairement Pères, et dans les communautés de femmes on leur donne le nom de Mères ; mais dans les unes et dans les autres, il leur faudrait la tendresse de lanière et la fermeté du père. Leur grand modèle, c'est Jésus-Christ qui n'est pas venu en ce monde pour son plaisir, mais que son Père nous a donné pour qu'il fut notre Bon Pasteur. Il est venu pour courir après sa brebis perdue et la ramener au bercail, il est venu pour appeler non les justes mais les pécheurs ; médecin céleste, il est venu guérir les malades ; divin consalateur, il a apporté consolation à tous Ifes

affligés, courage à tous les pusillanimes. Enfin il est venu non pour être servi, mais pour servir tout le monde; et après avoir lavé les pieds à ses apôtres, il a dit : Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme j'ai fait. Voilà le modèle de tous les maîtres des novices et de tous ceux qui sont à la tête des congrégations.

Mais une bonté maternelle convient surtout aux maîtres des novices. Les jeunes gens qui se remettent en leurs mains ont laissé une mère qu'ils aimaient, ou bien déjàils avaient eu ladouleurdela perdre. Notre-Seigneur leur a promis le centuple, en tout quittant; il leur faut au moins un cœur de mère. De plus, ils auront des tentations, parmi lesquelles le regret de la famille ne sera peut-être pas la moins rude ; il faut, par une grande tendresse, les aider à en triompher, et leur faire oublier ce qu'ils ont laissé dans le siècle poursuivre Notre-Seigneur. Ils seront faibles encore, je ne dis pas seulement dans les vertus religieuses, mais même dans les vertus chrétiennes. Hélas ! les plus avancés dans la vie ne sont pas toujours des héros. Il faut savoir compatir aux faiblesses et aux infirmités de tous. Pauvre humanité ! elle a été blessée par le péché originel, et durant cette vie mortelle tous les hommes sont plus ou moins infirmes ; ceux qui se portent bien ne sont que les moins malades; mais toute agglomération d'hommes, même tendant à la perfection est un hôpital, où chacun souffre de quelque douleur morale ou spirituelle, et où tous ont besoin des soins charitables de ceux qui ont la charge de l'établissement. Mais les infirmités des novices réclament des attentions particulières. Il s'agit d'une jeune plante qu'il est facile encore de redresser, mais qu'un souffle peut courber vers la terre. Il s'agit d'un champ fertile; mais où le monde a

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jeté tout à l'aise les semences du mal ; il faut se hâter d'en arracher les germes, afin qu'ils n'élouf- Icnt pas toute la semence du bien. Il s'agit dépolir une écorce raboteuse, et de lui donner une forme moins rude, de faire disparaitre des manières parfois grossières et d'au : res fois trop mondaines, d'assouplir des caractères hautains ou revêches. Si déjà les fleurs des vertus commencent à éclore dans déjeunes cœurs, il faut savoir attendre patiemment que mûrissent les fruits. Il s'agit d'essuyer certaines larmes de tristesse, d'aider à supporter certaines peines d'autant plus rudes que le novice est plus en face de lui-même , et a moins de distractions ; de dissiper certaines frayeurs sur un avenir si serein, que le démon où l'imagination, représente sous des couleurs bien sombres, et parfois même de relever des âmes tombées, de laver ce qui est maculé par le péché, de réchauffer des cœurs qui ont été jusque là de glace pour Dieu. Il s'agit enfin et c'est là la grande œuvre de tout directeur, de tout -supérieur, de former Jésus-Christ dans les âmes.« Cette parole est grande, dit le cardinal de Bérulle; mais elle est véritable et doit être pesée puisqu'elle regarde notre vie et notre ministère. Dieu qui produit son Fils en soi-même veut de nouveau le produire dans les âmes. Le Père le produit en son sein au jour de son éternité, puis au sein de la Vierge dans la plénitude des temps, et enfin en nos cœurs et nos esprits, à chaque heure et à cha-

?ue moment ; mais il y a cette différence que le ère produisant son Fils en soi-même, est le seul principe de son Fils bien-ainié... Mais produisant son Fils hors de soi-même, il a voulu se servir de la Vierge pour le donner au monde, et il veut se servir de nous pour le donner aux âmes, et veut nous associer avec lui en un si haut et si divin

ministère, ce qui doit nous remplir d'amour; » c'est aussi ce qui doit inspirer aux inférieurs un grand respect pour ceux qui les enfantent à la ■vie religieuse. Mais ces derniers doivent, avec charité et patience, souffrir les saintes fatigues de cet enfantement surnaturel ; et se dépenser comme une mère dévouée à nourrir, à soutenir, à consoler, à guérir, à supporter, à faire avancer dans les voies de la perfectionnées enfants qui sont ceux de Dieu et en même temps les leurs.

C'est cet amour que nous appelons maternel qui doit inspirer leurs prières , leurs exhortations , leurs conseils, cette vigilance de tous les instants qui est un devoir de leurcharge, afin que le loup ne pénètre jamais dans la bergerie, afin que l'homme ennemi ne vienne jamais semer l'ivraie du mauvais esprit dans cette terre, où est jeté le bon grain. Que dis-je ? C'est lui seul qui doit inspirer les corrections , les pénitences à infliger, de telle sorte que l'inférieur, surtout s'il est jeune, sente qu'on l'aime lors même qu'on le reprend.

Mais tout cela ne suppose pas la mollesse de ces mères qui gâtent leurs enfants au lieu de les élever pour Dieu. Les maîtres des novices, les supérieurs, doivent avoir la fermeté douce d'un père. Ce n'est pas sans coups de marteaux qu'on polit les pierres qui doivent un jour faire l'ornement de la Jérusalem céleste. Sans la fermeté, la discipline se détend ; la régularité se relâche ; la ferveur languit; la nature, qui revient au galop quand on l'a chassée, s'implante dans les âmes , et la vie surnaturelle est compromise. L'amour faible n'est pas véritable ; car il fait la ruine de ceux qui en sont l'objet. En leur accordant tout, il les habitue à ne suivre que leurs caprices. Au lieu d'arracher les vices, il les laisse s'enraciner.

« Trop souvent on voit la piété sans la vertu, dit le P. Valuy. On se contente des observances extérieures ; on court après le sentiment, on fait fond sur des velléités , on se nourrit de bonbons spirituels. La vertu n'est pas prise au sérieux : on n'en a que le masque, la superficie, l'accessoire ; on se joue dans la dévotion, on abuse de sa facilité. C'est qu'on ne fait qu'effleurer le sol , on ne taille pas dans le vif; on ne plante pas des chênes, on sème des fleurs. Vienne le vent de la tentation et de l'épreuve, tout sera balayé en un instant. »

Sainte Chantai insiste sur ce point important : « Voyez-vous, mes sœurs , dit-elle, à quoi nous sommes appelées! à une dévotion non féminine, tendre et molle; mais puissante, courageuse, relevée et universelle. Quelle est cette perfection solide et puissante qu'on doitinspirer aux novices? C'est, par exemple, une patience exercée parmi les injures, souffrances et contradictions ; une humilité vraie et profonde pratiquée parmi les humiliations, abjections et mépris ; une douceur et égalité d'humeur dans l'inégalité des sentiments, des événements, multitude d'affaires et tracas ; une obéissance prompte et simple accomplie parmi les répugnances , dégoûts et difficultés et ainsi des autres vertus. »

Ce n'est donc pas assez d'enseigner les vertus, il faut y exercer, et pour cela savoir exciter, entre les novices, une sainte émulation, qui sert beaucoup à développer le courage et la générosité.

Il faut donner aux novices non seulement l'esprit religieux en général, mais l'esprit propre de l'institut qu'ils ont choisi. Qu'ils aiment le but, les règles, les moyens d'action, les œuvres, les traditions, les supérieurs, les membres de leur institut. Qu'on les jette dans ce moule et qu'ils y

prennent leur forme. Sans cela point de physionomie propre, point de couleur distinctivc, dit le P. Valuy. Point non plus de cet esprit de famille qui fait qu'on se trouve dans son couvent comme chez soi, qu'on regrette d'en être éloigné, qu'on y rentre avec bonheur, qu'on se plait plus dans ia compagnie de ses frères en religion que dans tout autre.

L'amour véritable saitcependantpatienter, avec ceux qui ^ne sont pas incorrigibles, surtout s'ils sont jeunes dans la carrière. Saint Bonaventurc^., citant saint Grégoire, dit : « A tous, quel que soit leur âge, ou leur emploi, la nouveauté est pénible. Quiconque veut se donner résolument à Dieu, en laissant les œuvres du siècle, doit être tellement encouragé par de douces consolations, qu'avec la grâce de Dieu, il aime à persévérer dans le genre de vie qu'il ombrasse. Qu'on ne méprise aucun de ceux qui, convertis et décidés à bien faire, ont encore quelque faiblesse; il faut que le froment soit d'abord en herbe pour arriver à faire un épi. Celui qui instruit avec rudesse un converti ne sait que l'exaspérer, mais ne sait pas le corriger. »

Saint Bonaventure, dans un autre opuscule, ajoute : « Remarquez bien que dans l'état religieux il y a deux noviciats. L'un pour éprouver le sujet; il finit quand le novice promet, par ses paroles, l'obéissance et la stabilité dans l'ordre; l'autre dure jusqu'à ce que le religieux se soit tellement habitué à bien vivre, qu'il promette, non plus seulement par ses paroles , mais aussi par ses œuvres, qu'il demeurera stable dans la foi, dans l'ordre, et dans le zèle de son avancement. »

Lors même qu'on aurait dans le noviciat réformé l'extérieur d'un sujet de manière à le rendre modeste, il demeure novice, selon la pensée

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du saint Docteur , tant qu'il ne désire pas comprendre et goûter les choses qui sont de l'esprit de Dieu. Sa formation doit donc durer jusqu'à ce qu'il en soit venu là. C'est l'œuvre des supérieurs,.

Article III. — Des novices eux-mêmes.

Voilà donc, mon enfant, que vous êtes sorti de ce monde, terre maudite qui dévore ses habitants ; vous avez quitté cette Egypte qui maltraite le peuple de Dieu , et vous marchez vers la terre promise. Entonner de tout votre cœur le cantique de Moïse quand il eut franchi la Mer Rouge : Chantons le Seigneur ; il est ma force et ma louange, il est devenu mon Sauveur. C'est mon Dieu, je le glorifierai. Cest mon Père ^ je V exalterai. Vous avez été dans votre miséricorde . 6 mon Dieu, le guide du peuple que vous avez racJieté ; dans votre })uissance, vous l'avez porté dans votre demeure sainte.

Que la reconnaissance déborde de votre cœur, cher postulant et cher novice; elle attirera sur vous de nouvelles grâces. Et vous en avez besoin encore, car vous avez des tentations à vaincre, une grande œuvre à faire, des règles à suivre, des exemples à imiter.

§ I. Des tentations à vaincre.

Nouveau Pharaon , le démon s'apprête à vous poursuivre pour vous ramener dans le monde. Il sent que c'est pour toute une vie et pour l'éternité même que vous lui échappez. Donc, mon eniant, entreprenant de servir Dieu, préparez votre dme à la tentation, afin de n'en point être ébranlé.

Les tentations d'un novice sont de diverses

sortes ; voici les plus ordinaires, celles contre lesquelles nous devons vous prévenir, à la suite de saint Liguori :

1" L'affection envoies les parents. Ce saint Docteur rappelle un grand nombre d'histoires tragiques, qui prouvent que c'est s'exposer à tous les malheurs . pour le temps et pour l'éternité, que d'abandonner sa A'ocation par attachement pour ses parents. Puis il conclut ainsi : « Soyez donc sur vos gardes... Considérez que si vos parents vous aiment depuis plusieurs années et avec quelque tendresse. Dieu vous a aimés bien longtemps avant eux et avec une tendresse bien plus grande: il n'y a pas plus de vingt ou trente ans que vos parents vous aiment, tandis que Dieu vous aime de toute éternité : In charitate j)erpetua dilexi. Vos parents ont sans doute fait quelques dépenses et supporté quelques incommodités pour vous; mais Jésus-Christ a sacrifié pour vous tout son sang et sa vie entière.

" Ainsi, quand vous éprouvez quelque sentiment affectueux pour vos parents, et que la reconnaissance semble vous engager à ne pas leur déplaire , songez que vous devez être bien plus reconnaissant envers Dieu qui , plus que tous, vous a aimé et favorisé; dites alors en vousmême : Mes chers parents, si je vous quitte, je vous quitte pour Dieu, qui mérite, plus que vous, mon amour, et qui m'a aimé plus que vous. De cette manière, vous vaincrez cette terrible tentation de l'amour excessif pour les parents, tentation qui, pour un grand nombre, a été une cause de ruine dans cette vie et dans l'autre. «

Albert, fils du comte de Fulkenberg, entra dans l'ordre de saint Dominique, malgré les oppositions de son père ; Théodoric, un de ses amis, étant venu lui dire que s'il persistait dans sa ré-

solution, sa mère en mourrait de chagrin, Albert lui montra le crucifix, et dit : Le Sauveur n'est

Kas descendu de la croix pour épargner à sa 1ère les douleurs que lui causait sa passion ; j'agirai de même. Je resterai sur la croix que j'ai embrassé ; car celui cpii aime son père ou .sa mère plus que moi, a dit le Sauveur, nest pas digne de moi. Théodoric, vaincu, entra peu après dans le même couvent.

2° Crainte pour la santé. « Le novice doit repousser cette tentation par la confiance que le Seigneur-, qui lui a donné la vocation, lui donnera également la santé nécessaire pour la suivre. Et si, après tout, il n'est entré dans la maison de Dieu que pour plaire à Dieu, il doit raisonner ainsi en lui-même : « Je n'ai pas caché, et je ne cache pas l'état de ma santé aux supérieurs ; ils m'ont reçu tel que je suis et ils ne me renvoient point; c'est donc la volonté de Dieu que je reste ici ; et si telle est la volonté de Dieu, dussé-je en souffrir et en mourir, que m'importe ? Combien d'anachorètes n'ont-ils pas été souffrir dans les grottes et les forêts ! Combien de n>artyrs n'ontils pas donné leur vie pour Jésus-Christ! »

3" Les incommodités de la vie commune. « Quand le novice sera assailli par cette tentation, il devra imiter saint Bernard, qui se demandait à luimême pourquoi il était venu au monastère : Bernarcle, ad quid venisti ? Il devra se souvenir alors qu'il est venu dans la maison de Dieu , non pour y mener une vie commode, mais pour se sanctifier. Et comment parviendra-t-il à se sanctifier ? Sera-ce en cherchant ses commodités et ses plaisirs ? Non, mais en souffrant et en mourant à tous les appétits sensuels. Sainte Thérèse disait : « C'est une erreur de penser que Dieu admette dans son amitié les j^ersonnes qui cherchent leurs

aises. Les âmes qui aiment vraiment Dieu no sauraient demander du repos. » Ainsi, celui qui n'est pas résolu à souffrir et à tout souffrir, ne parviendra jamais à la sainteté. »

Le Père Charles de Lorraine, frère du duc de Lorraine, étant entré en religion et se trouvant dans sa pauvre cellule, éprouvait un tel contentement intérieur, qu'il se mettait à danser de joie.

Le bienheureux Séraphin d'Ascoli, capucin, disait qu'il n'aurait pas donné une palme de sa corde pour toutes les richesses et tous les honneurs de la terre. Et sainte Thérèse, àl'occasion, encourageait les autres en disant : « Quand on est résolu à souffrir il n'y a plus de peine. »

4° Le manque de confiance a.ux supérieurs. C'est là une dure épreuve. Il y a tant de consolations quand on peut s'ouvrir facilement ! Quel bonheur pour nous de trouver un cœur qui comprenne le nôtre, et dans lequel nous puissions déverser toutes nos peines ! Et si le démon réussit à nous faire croire que ceux qui nous conduisent sont prévenus contre nous, qu'ils ne nous aiment pas, quelle tentation ! Nous en triompherons facilement si nous songeons qu'il ne tient qu'à nous d'avoir la confiance de nos supérieurs. Nous n'avons qu'à faire effort sur nous pour leur donner la nôtre tout entière. Quel supérieur ne serait touché de la simplicité, de la droiture, avec laquelle nous lui exposerions nos misères ? Et plus ces misères sont profondes, plus sa commisération sera grande. N'est-ce pas là le sentiment que nous éprouverions nous-même à sa place, à l'égard de quiconque s'ouvrirait ainsi à nous ? — Du reste, il est rare qu'un novice, qu'un religieux n'ait qu'un seul supérieur à qui il puisse parler avec confiance : il y a toujours dans une maison non seulement le maître des novices, mais d'autres reli-

gieux en charge, auprès desquels on peut déverser lé trop plein de son cœur. N'a-t-on pas d'ailleurs un confesseur ordinaire et même un confesseur extraordinaire y Et n'a-t-on pas surtout, toujours et à toute heure, le tabernacle et Notre- Seigr>eur qui nous y attend ?

La mère Saint-Alexis, prieure du Carmel de Saint-Denis, qui reçut à la profession la fille de nos rois, madame Louise de France, avait passé par de grandes épreuves, et jamais un mot de plainte n'avait altéré sa résignation. Elle s'interdisait même la consolation d'un épanchement dans un cœur ami. Sa consolation était dans la volonté de Dieu et dans la prière. « Une communion, une heure d'oraison, disait-elle, consolent de tout ; et une carmélite, qui peut prier et communier, n'a point de plainte à faire. »

Du reste le B. Thomas à Kempis, dans son alphabet du religieux, dit : « Chérissez tendrement les amis et les maîtres qui vous tiennent à l'étroit et qui vous grondent. Leur conduite vous sera profitable si vous êtes sage et bien avisé ; car ceux qui vous empêchent de faire le mal, vous aident à faire le bien. «

5° Le découragement clans les aridités. « Oh ! que cette tentation est terrible, dit saint Liguori,

Eour les jeunes novices qui ne sont pas prudents, a terre est le lieu du mérite et non celui du bonheur. La vraie paix ne consiste ni dans les biens de ce monde, ni dans les consolations spirituelles, mais uniquement dans la conformité à la volonté de Dieu. Oh! combien est chère à Dieu une âme fidèle qui fait la lecture, la communion, et tous les autres exei^cices, sans consolations, uniquement pour lui plaire! Et quel grand mérite ont les saintes œuvres, quand elles sont faites sans récompense présente ! Le vénérable père

Antoine Torrès écrivit un jour à une âme désolée : « Porter la croix avec Jésus sans consolations, voilà ce qui fait courir et môme voler les âmes à la perfection. » Ainsi, lorqu'un novice se trouve dans l'état d'aridité, il doit dire à Dieu : « Seigneur, jîuisque vous voulez me tenir dans cette désolation, dans cette privation de tout soulagement, je veux y demeurer aussi longtemps qu'il vous plaira ; je ne veux point vous abandonner; me voici prêt à souffrir ce-tte peine durant toute ma vie et toute l'éternité, si vous le voulez ainsi ; il me suffit de savoir que tel est votre bon plaisir. »

Du reste, c'est le père du mensonge qui cherche à faire croire que cet état durera toujours. Seigneur, après la tempête vous faites renaître le calme; et après les larmes et les gémissements, vous répandez l'allégresse.

6" Le doute sur la vocation. Nous l'avons dit, du moment où le novice n'a pas d'empêchement, que ses supérieurs l'admettent et qu il a une intention droite, il peut marcher en sûreté.

7" L'idée qu'on était plus libre dans le monde pour vaquer à la dévotion. « Oh quel piège ! quelle erreur! » s'écrie saint Liguori.

« Un novice qui prête l'oreille à une pareille tentation, montre qu'il ignore combien est grand le mérite de l'obéissance. Rappelons-nous d'abord ce que disait sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, que tout ce qu'on fait dans la communauté est oraison. Or, celui qui offre à Dieu des oraisons, des aumônes, des jeûnes, des pénitences, lui donne une partie de ce qu'il a, mais ne donne pas tout; ou bien, pour mieux dire, il donne les choses qu'il a, mais ne se donne pas lui-même. Au contraire, celui qui renonce à sa propre volonté par le vœu d'obéissance, se donne lui-même tout en-

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lier à Dieu, en sorte qu'il j^eiit lui dire : Seigneur, vous ayant consacré toute ma volonté, je n'ai plus rien que je puisse vous donner.

« Celui qui vit dans le monde acquiert du mérite, sans doute, parles jeûnes, les disciplines, les oraisons, etc. ; mais faisant tout de sa propre volonté il mérite beaucoup moins que le religieux, qui, dans co qu'il fait, n'agit que par obéissance. Le mérite du religieux est donc beaucoup plus grand; en outre, il est continuel; puisque tout ce qu'on fait dans une communauté, se fait par obéissance : on y mérite, non seulement quand on prie, quand on jeûne, quand on prend la discipline, mais encore quand on étudie, quand on sort, quand on est à table ou en récréation, ou quand on va se reposer. Saint Louis de Gonzague disait que, dans le vaisseau de l'état religieux, celui qui ne rame point, avance comme les autres. »

9" L'idée quon serait jjIus utile au prochain dans son jjays. « Quand on est tenté de cette manière, on doit d'abord réfléchir que le plus grand bien que nous puissions faire, c'est celui que Dieu veut de nous. Dieu n'a besoin de personne ; et s'il veut que de plus grands secours soient donnés à notre pays, il peut les lui procurer par d'autres moyens. Ainsi, mon cher frère. Dieu vous ayant appelé dans sa maison, le bien qu'il attend de vous, c'est que vous soyez appliqué à obéir aux Règles et aux Supérieurs.

« Et puis, quel bien peut-on faire dans son pays? Jésus-Christ lui-même, invité à prêcher et à faire du bien dans son pays, répondit qu'aucun jj^'O- 2)liète n'est bien reçu dans son pays. »

Les moyens de vaincre facilement ces tentations sont, comme le dit saint Liguori : 1" d'éviter avec soin de tomber dans des fautes pleinement

volontaires, surtout dans les pécliés d'orgueil, car Dieu résiste aux siqjerbes ; 2" d'éventer la mine, c'est-à-dire de découvrir la tentation aux supérieurs et aux confesseurs. Rien n'est plus salutaire que cette ouverture filiale, envers ceux qui ont la charge de nous conduire. La persévérance, la paix del'âme, l'avancement dans la vertu en dépendent. Il faudrait des volumes pour écrire tout ce que les maitres de la vie spirituelle ont dit, pour exciter les religieux et les novices en particulier, à cette confiance envers ceux qui les conduisent; 3° de beaucoup prier, non pour demander de connaître la volonté de Dieu, puisqu'on la connaît déjà; on a suivi les règles de la prudence en entrant en religion. Une telle prière ne ferait que donner prise aux hésitations. Qu'on ne dise donc plus : Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute; mais bien: Affermissez, Seigneur, ce que vous avez opéré en nous.

§ II. Une grande œuvre à faire.

L'œuvre est grande, car on n'élève pas une demeure à un homme, mais à Dieu. Il s'agit de déblayer d'abord de notre cœur tous les décombres que le monde y a entassés : l'orgueil, la sensualité, l'attachement aux biens de la terre; puis d'asseoir sur le rocher, pour fondement de tout l'édifice, l'humilité qui doit être d'autant plus profonde que l'édifice doit s'élever plus haut. Or, l'édifice doit monter jusqu'au Ciel, jusqu'à Dieu. Il faut ensuite sur cette base, établir toutes les vertus chrétiennes : la prudence, la justice, la force, la tempérance, avec les autres vertus morales qui en dépendent: le respect, l'obéissance, la reconnaissance envers les supérieurs et les anciens, la droiture, la simplicité, la générosité, l'affabilité,

la bienveillance envers le prochain, puis le courage, la confiance, la patience, la constance, la sobriété, la pureté, la douceur, la modestie, l'amour de l'étude, et surtout développer les vertus envers Dieu, la religion, la componction du cœur à la vue des fautes que l'on a commises, la foi dont tout juste doit vivre, l'espérance qui nous fait tendre vers le Ciel, et enfin la charité qui est le faîte de l'édifice spirituel et qui, comme un ciment céleste, unit toutes les autres vertus, leur donne leur lustre, les rend méritoires pour le paradis.

C'estl'ensembledeces vertus qui réforme l'homme extérieur, le dépouillant et des allures grossières d'une première éducation négligée, et de lapolitesse affectée, fruit d'une vie trop mondaine, et le revêtant d'une douce gravité et de la modestie religieuse. Ces vertus reforment aussi l'homme intérieur en bannissant les vices qui le défigurent, en l'ornant de la parure de la grâce, de telle sorte que Dieu se plaît à y habiter comme dans un sanctuaire digne de lui. Quel repos, quelle consolation d'avoir Dieu en soi, de se livrer à son esprit qui est lumière, plutôt qu'à ses propres conceptions si souvent ténébreuses et remplies d'illusions, de soumettre sa volonté à son bon plaisir plutôt qu'à ses propres caprices, de pouvoir dire, avec saint Paul ; Je vis ; non ce n'est plus moi quivis, c'est Jésus-CIrristqui vit en moi. Cette vie parait être une mort, à ceux qui ne vivent que par les sens; et, en effet, c'est la mort à la nature ; mais c'est la vie divine commencée dès icibas, en attendant le ciel. C'est la vraie vie, non celle des animaux, mais celle des Saints et des Anges. Qui n'ambitionnerait de l'établir en soi sur les ruines de l'amour-propre et des passions qui troublent et désolent!

Cette vie, il faut l'enraciner d'une manière si

firofoncle, que rien, plus tard, ne puisse l'arracher. 1 faut que les novices prennent des habitudes de vertu tellement soutenues, qu'elles ne se démentent jamais, qu'ils fassent une telle provision de grâces, de régularité, d'union à Dieu, qu'il leur en reste assez pour être des saints jusqu'à la fin de leur carrière, malgré la déperdition que peuvent occasionner plus tard les travaux, les œuvres, les difficultés de la vie. Personne plus que les novices n'a besoin de ferveur, de générosité, d'esprit de prière, de fidélité à la règle et à la pratique de toutes les vertus religieuses. Etqii'onne croit pas que c'est trop demander d'eux. Plus ils s'y appliqueront, plus de progrès ils feront dans la perfection, plus le Seigneur, qui ne se laisse pas vaincre en générosité, les comblera de ses faveurs de choix, jdIus ils se prépareront une vie religieuse féconde en saintes œuvres.

Du reste, ils ne sont pas seuls à cette tâche, qui leur semble peut-être un peu rude. Notre-Seigneur qui les a appelés et qu'ils ont suivi, marche à leur tête pour leur tracer la voie ; il les soutient de sa grâce quand ils ont de la peine à le suivre ; il les excite par ses exemples et par les douces paroles qu'il fait entendre à l'oreille de leur cœur.

Marie, la Mère si miséricordieuse de toutes les âmes de bonne volonté, qui a pourtant une tendresse particulière pour ceux qui veulent aimer Jésus plus parfaitement, étend sur le noviciat ses ailes protectrices, comme une colombe sur son nid, pour faire éclore ses petits. Que peut Satan contre des âmes ainsi gardées? Si Marie est pour nous, qui sera contre nous ? Et puis tous les saints du ciel et en particulier les patrons de l'institut, et tous ceux qui se sont sanctifiés en suivant la

même règle (ils sont en grand nombre dans les instituts déjà anciens), ne sont-ils pas attentifs à protéger et à défendre ces âmes qui entrent dans la carrièrepour remporter comme eux la victoire. Ayant sous les yeux une si grande nuée de témoins qui, du ciel, considèrent nos œuvres, courons patiemmeîit dans la lutte entreprise, afin de moissonner avec eux la couronne de gloire qui ne saurait être flétrie.

Courons ! que l'amour nous donne des ailes. N'est-ce pas l'amour de Dieu qui nous a fait quitter le monde, et qui nous assujettit au genre de vie que nous avons embrassé ? Qu'il grandisse en nous, et tout travail nous paraîtra léger. « Là où l'on aime, il n'y a point de peine, ou s'il y a encore de la peine, c'est une peine que l'on aime. «Après tout , Notre-Seigneur n'a-t-il pas fait pour nous mille fois plus que nous n'en pourrons j amais faire pour lui? Est-ce trop de sacrifier pour lui notre amour-propre, ces passions malheureuses qui risqueraient de nous pçrdre ? N'avons-nous pas du reste à notre service la prière, qui peut si facilement, au noviciat, devenir presque constante, et par laquelle nous obtiendrons sûrement, d'après la promesse divine, tous les secours nécessaires ? Donc confiance et courage. La fortune aide les audacieux, disaient les anciens. Générosité donc à suivre les règles que nous allons tracer.

§ III. Règles à suivre au noviciat.

Les unes regardent la formation extérieure du religieux, et elles ont leur importance. Les autres ont pour but sa formation intérieure.

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