CHAPITRE VI
DE l'admission.
C'est aux supérieurs de l'Institut, en se conformant aux règles ou aux constitutions approuvées à admettre ils sujets qui se présentent « Ils do vent aussi suivre les règles de la prudence dit Suarez, et ne recevoir que celui qui est propre a la vie religieuse, qui y est appelé de Dieu, et qui a des aptitudes p3ur l'institut auquel il aspire. Le ' • - du monastère est tenu à suivre ces ret un devoir de sa charge ; c'est aussi un charité par rapport à celui qui demande )n C'est pourquoi il doit, avant de 1 ac-
supérieur du monastère est tenu à suivre ces réglés ; c'est un devoir de sa charge ; c est aussi un devoir de charité par rapport acelui qui demande l'admission. C'est pourquoi il doit, avant de 1 accepter! l'examiner et l'éprouver suffisamment pour porter un jugement prudent sur ses dispo- Ss. Mais quelfe doit être cette épreuve ? c est ce qu'il faut laisser à l'appréciation d un homme
^^Sésolvons ici avec Suarez la question suivante : Celui qui dans une maison rehgieuse a le
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pouvoir d'admettre les sujets, est-il tenu d'admettre un postulant, quant il réunit toutes les conditions voulues pour entrer en religion ? — Il y est tejui et par devoir et par charité, répond le savant Théologien, à moins qu'une cause raisonnable n'excuse un refus d'admission. En écartant sans raison un sujet, il frustrerait le monastère d'un religieux, et il priverait sans motif une âme d'un grand bien auquel peuvent participer les enfanfs de l'Eglise. Aussi saint Basile dit-il : « Quand Jésus-Christ invite par ces paroles : Venez à moi, vous tous qui souffrez et quiètes fatigués (Matth. XI, 28.); ce n est pas sans péril que ceux qui par nous voulaient s'approcher du Seigneur, sont rejetés par nous. » Toutefois, poursuit Suarez, cette obligation des supérieurs n'est pas telle, qu'elle ne puisse cesser pour diverses raisons, par exemple, quand le monastère n'a pas assez de ressources pour se charger de l'entretien d'un nouveau sujet. Si plusieurs sujets d'égal mérite demandent à la fois d'être admis, et qu on ne puisse pas les recevoir tous, on peut en accepter quelques-uns et refuser les autres, lors même qu'ils sont appelés à la vie religieuse. Enfin, dans le doute si une personne a les qualités voulues, ou si elle ne les a pas, quand il est probable qu'elle les a, et probable aussi qu'elle en est dépourvue, on peut ne pas l'admettre. » Nous ferons observer toutefois, qu'il n'est point nécessaire qu'un sujet soit parfait pour mériter son admission dans la vie religieuse, qui est un état de perfection à acquérir. Il suffit pour la profession religieuse qu'on veuille sincèrement tendre à la perfection. En se trompant sur ce point, la communauté pourrait peut-être se ménager une plus grande paix, par là-même qu'elle rejetterait impitoyablement certaines natures difTiciles ; mais ne
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faut-il pas tenir compte des dangers dont le mondo d'aujourd'hui se hérisse, et craindre de lancer au milieu des écueils, une âme qui aspirait au port de la vie religieuse ?
Cette première admission ouvre la porte du couvent à l'aspirant, qui se préparera durant ce qu'on appelle ordinairement le postulat, à entrer au noviciat. Le temps du postulat est plus ou moins long, selon les constitutions diverses. Rien n'empêche d'y admettre les enfants, pourvu qu'ils ne prennent pas l'habit avant l'âge régulier.
L'admission au noviciat est prononcée aussi par les supérieurs, avec le consentement, ou le vote du Chapitre, ou du Conseil. Dans les grands ordres, il y a dans chaque province, au moins quatre examinateurs qui, sous la présidence du provincial, doivent s'informer des qualités du postulant. Dans les congrégations, il faut s'en tenir aux constitutions approuvées. Ceux qui ont le droit d'admettre un postulant doivent écarter de la vie religieuse, celui qui est manifestement indigne ; mais en repoussant celui qui a les dispositions requises, ils pécheraient gravement, à moins qu'une juste cause ne les excusât. Bien que les religieuses ne puissent pas admettre, sans la permission des supérieurs de l'ordre, si elles sont exemptes, ou de l'Evêque si elles ne sont pas exemptes, l'Evêque, cependant ne peut pas les forcer à admettre un sujet, à moins que les constitutions ne lui reconnaissent ce droit, ou que la prieure ne refuse tous les sujets, au risque de ruiner son couvent.
Pour que l'admission des hommes (mais non des femmes) soit licite ou permise, il est nécessaire, et cela sous peine de faute grave, d'avoir des lettres testimoniales de l'Evêque d'origine et des lieux où le postulant a demeuré plus d'un an,
% LETAT RELIGIEUX
après avoir accompli sa quinzième année. Cette loi oblige même les congrégations d'hommes. Les Evêques ne peuvent refuser les testimoniales; s'ils les refusaient, il faudrait s'adresser à la Congrégation des Evêques et Réguliers. Si l'Ordinaire ne peut fournir aucun renseignement, on peut admettre le postulant, en prenant des informations à son sujet, auprès de personnes dignes de foi et en l'éprouvant pendant trois mois, avant de lui donner l'habit. Mais en dehors de ce cas, les supérieurs qui admettent sans lettres testimoniales, encourent la privation de leurs offices, de voix active et passive et l'inhabileté à d'autres emplois. On doit aussi s'assurer si le postulant a été baptisé et confirmé. Il doit recevoir la confirmation avant de prendre l'habit.
Pour les religieuses, même exemptes, il faut, avant la prise d'habit, et sous peine de faute grave, avant la profession, l'examen de l'Evêque, pour s'assurer de la liberté de la postulante, ou de la novice. Cet examen est tout à fait à propos, mais il n'est pas de précepte général, pour les religieuses, qui n'ont pas les vœux solennels. Et celui qui fait subir cet examen ne doit demander à la novice rien autre chose, si ce n'est, si elle est libre et si elle comprend ce à quoi elle s'engage.
L'âge voulu pour l'admission au noviciat est l'âge de puberté. Cependant ni les clercs, ni les religieuses ne peuvent recevoir l'habit, avant quinze ans accomplis, quoiqu'ils puissent être admis dans le monastère dèsleur enfance, d'après ce que nous avons dit précédemment. Saint François de Sales écrivait à la mère de Chatel, au sujet d'une petite fille qui demandait son admission à la Visitation : « Cette fille, pourvu qu'elle ait environ douze ans, pourra fort bien
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être reçue. Il est vrai que ces jeunes gens donnent de la peine ; mais que ferait-on là ?.. . Nous n'avons point de vin sans lie en ce monde. Il faut donc balancer! Est-il mieux qu'en notre jardin il y ait des épines pour y avoir des roses, ou de n'avoir pas de roses pour n'avoir pas d'épines ?... Pour l'habit il ne le lui faut pas ; je ne pense pas qu'il le lui faille donner avant l'âge; mais oui bien lui en procurer un fort simple, et une petite écharpe qu elle tienne sur sa tête en sorte qu'elle ressemble à une religieuse. » Les convers ne peuvent pas être admis au noviciat, chez les réguliers, avant vingt ans; cette loi que Bouix pensait être tombée en désuétude, a été rappelée en 1851 par les Congrégations romaines. Dans les congrégations, il faut s'en tenir aux constitutions approuvées. Ils agiraient imprudemment et injustement ceux qui, n'approuvant pas l'âge assigné par l'Eglise, voudraient retenir plus longtemps dans le monde, les jeunes gens que l'Eglise juge pouvoir entrer en religion avec grand fruit.
La Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers veut que la prise d'habit et la profession soient précédées de dix jours de retraite.
La cérémonie qui précède l'entrée au noviciat, qu'elle se fasse par la prise d'habit, comme il arrive d'ordinaire, ou bien par la réception d'un crucifix ou d'une autre manière, est une grande fête dans les communautés, et un grand bonheur pour le novice élu. C'est en ce jour qu'il commence à dire adieu au monde pour entrer dans la carrière de la perfection. L'habit, ou la croix qu'on lui donne, expriment les dispositions qui doivent l'animer. Il s agit de se dépouiller du vieil homme, des richesses, des vanités, des sensualités du siècle, pour se revêtir de l'homme nou-
veau, Jésus-Christ, et de suivre ce divin Sauveur dans sa pauvreté, son humilité, sa pénitence. L'habit religieux est destiné à rappeler ces dispositions au nouveau novice, et à taire comprendre à tous que désormais il ne veut ni les biens, ni les honneurs, ni les plaisirs de ce monde, quil tend à y renoncer pour imiter le Christ.
A cet habit la jeune novice ajoute le voile : c'est comme un bouclier qui doit la protéger contre les scandales du dehors, un bandeau qu'elle met sur son visage pour ne pas voir la vanité et n'être vue que de Dieu, à qui seul elle cherchera désormais à plaire.
Cest cette signification de l'habit religieux qui le rend si vénérable aux âmes qui ont la foi. C'est, en effet, un vêtement d'honneur pour celui qui le porte. Les rois et les Pontifes ont leurs habits de cérémonies qui indiquent leurs dignités, le religieux, la religieuse ont aussi un habit particulier qui indique la noble vocation que Dieu leur a faite. En les en voyant revêtus, on respecte en eux les serviteurs de Dieu, les épouses de Jésus- Christ, des âmes plus grandes que le monde puisqu'elles foulent aux pieds ses faux biens, et veulent avoir le Seigneur pour la part de leur héritage.
Si les fidèles respectent cet habit et celui qui le porte, le novice et le religieux doivent, à plus forte raison, l'honorer, le baiser dévotement en s'en revêtant, le porter avec une dignité modeste, avoir dans le cœur les dispositions dont il est l'image. Ne serait-ce pas une sorte d'hypocrisie, en effet, que d'avoir le dehors de la pauvreté, de l'humilité, de la mortification chrétienne, et le cœur rempli de la triple concupiscence qui est le propre des mondains ; et si les fidèles s'en apercevaient, ne serait-ce pas pour eux un sujet de
scandale, et n'en viendraient-ils pas à niépriser ce saint habit, et ceux qui en sont revêtus. Quoi! pourraient-ils dire avec raison, à quoi sert ce voile à celle qui ne cherche qu'à paraître aux yeux du monde, qui ne se plait que dans les conversations vaines, qui ne s'ennuie que dans la retraite ?
Mais le fervent postulant, qui vient de se revêtir des livrées du Christ, est loin de vouloir en faire la honte ; il n'aspire au contraire qu'à se revêtir de plus en plus de Jésus-Christ, et il s'élance dans la carrière du noviciat prêt, à suivre le Maître partout où il le conduira.
L'habit reçu au noviciat est celui même de l'ordre; le novice doit le porter à moins qu'une juste cause ne l'en dispense. Dès la prise d'habit, les religieuses novices reçoivent d'ordinaire un norn de religion, et on doit les appeler sœurs et non dames.