SANCTIFICATION DES ACTIONS
de faire n'est sans doute pas à la portée de tous. Il en est une autre qui nous ira à merveille ; elle consiste à ne point perdre son temps ni sa peine, à tirer parti de tout ce que l'on fait pour amasser des mérites, en d'autres termes, à sanctifier ses actions ordinaires.
Ce dernier moyen est efficace. La Vierge n'a rien fait d'extraordinaire, et pourtant elle est élevée en gloire au-dessus de tous les saints. Il en est à peu près de même de saint Joseph ; et quand nous arriverons au ciel, que de saintes âmes nous y verrons qui n'ont fait rien d'extraordinaire en ce monde, qui se sont contentées de remplir leurs devoirs.
La V. Gertrude d'Orient fut d'abord une humble domestique de Delft en Hollande. Là, avec deux de ses amies, elle chantait sur un des ponts de la ville un pieux cantique commençant par ces mots : Le jour se lève à l'Orient, c'est de là que lui vint son surnom. Entrée plus tard chez les béguines elle brûlait de zèle pour la sanctification des domestiques. Quand elle leur recommandait la piété, celles-ci lui disaient parfois : il faut bien vivre ! « Pour servir Dieu, leur répondait Gertrude, il suffît d'avoir bonne volonté et des doigts qui sachent tenir un fuseau ! »
Elle avait raison, le plus modeste travail fait dans les conditions voulues peut nous mériter le ciel. Mais il est nécessaire d employer au moins ce dernier moyen pour nous assurer le bonheur des élus ; car le royaume des cieux n'est pas pour les lâches, ni pour les paresseux. Il n'y a que ceux qui savent se faire violence qui le ravissent; c'est une couronne qui n'est réservée qu'à ceux qui auront légitimement combattu. C'est un salaire qui n'est donné qu'à la fin du jour, à ceux qui auront fourni leur tâche.
Mais à quelles conditions nos actions journalières deviennent-elles méritoires ? C'est ce qu'il iniporte de ne pas oublier.
D'abord il est nécessaire pour mériter le ciel d'êtreen étatdegrâce. Le péché mortel donne lamort à l'âme et en fait une sorte de cadavre spirituel. Avez-vous remarqué ces arbres dont le tronc tout vermoulu ne donne plus de passage à la sève, et qu'on rencontre parfois sur les bords des chemins ou dans les vergers? Demandez-leur des fleurs et des feuilles au printemps, et en automne des fruits, ils n'en portent plus ; ils sont morts. Demandez à quiconque a un péché mortel sur la conscience des actes méritoires pour le ciel, il n'en peut point produire tant qu'il est dans cet état. C'est une vérité de foi.
Quand même j'aurais une foi à transporter les montagnes, quand même je distribuerais aux pauvres tout ce que je possède, dit saint Paul, si je n'ai pas la charité, l'état de grâce, cela ne me sert de rien pourle ciel. De même que le sarment ne peut produire des fruits par lui-même, s'il ne reste pas unià lavigne, aditNotre-Seigneur; ainsivousn'en produirez jDoint vous-même, si vous ne demeurez en moi, c'est-à-dire dans ma grâce. Ah! le pauvre pécheur, plus que personne, doit prier, faire des aumônes et de bonnes œuvres, supporter avec résignation les peines de la vie. C'est par là qu'il inclinera Dieu à lui pardonner ; mais il n'en est pas moins vrai que tant qu'il n'aura pas eu la contrition, tant qu'il ne se sera pas réconcilié avec Dieu, tout ce qu'il fera de bien ne méritera aucune récompense dans le ciel. Cela lui servira à sortir du péché, mais ni ses prières, ni ses œuvres, ni ses souffrances ne seront récompensées au Paradis. C'est certain, et c'est terrible.
Quelle vie désolante serait donc celle du reli-