SANCTIFICATION DES ACTIONS
gieux qui serait en état de péché ! Il a renoncé à tout; sa vie est remplie d'occupations parfois pénibles ; il n'a pas les distractions que s'accordent les gens du siècle ; il est assujetti aune règle.
Quel malheur pour lui d'avoir la peine sans le profit ! Gagner l'enfer par sa faute au milieu des souffrances de cet exil qui pourraient si facilement nous mériter les joies éternelles du paradis, quel égarement fatal! Le péché mortel est donc la piredes morts. Il ne faudrait pas le garder un seul jour, une seule heure; c'est un voleur qui nous ravit tout; c'est un assassin pour notre âme à laquelle il enlève la vie de la grâce. Si donc on tombait par surprise dans quelque faute grave, il ne faudrait point avoir de repos tant qu'on ne se serait pas réconcilié avec Dieu par la confession, ou du moins parla contrition parfaite. Or, qu'on le remarque bien, la contrition parfaite c'est le sentiment d'un cœur repentant qui considérant, non les bienfaits de Dieu, mais ses perfections adorables qui le rendent digne de tout l'amour de ses créatures, lui dit sincèrement: Mon Dieu parce que vous êtes infiniraent aimable, je vous aime par dessus tout, et pour l'amour de vous je me repens sincèrement de vous avoir offensé et je vous promets de ne plus le faire.
Cet acte a la vertu de rétablir une âme coupable dans l'amitié de Dieu avant même qu'elle se confesse. Elle aura soin toutefois, dans sa plus prochaine confession, d'accuser la faute grave dans laquelle elle aurait eu le malheur de tomber.
Mais les religieux sont toujours dans la grâce (Je Dieu ; que leur reste-t-il donc à faire pour accroître leur mérite? Il faut qu'ils aient soin d'offrir leurs actions à Dieu par un motif inspiré par la foi : Soit que vous mangiez, soit que vous
buviez, et quoi que vous fassiez, que tout soit pour la. plus grande gloire de Dieu. Pour qu'une lettre arrive à sa destination, il faut y mettre l'adresse. Adressons nos actions à Dieu si nous voulons qu'il les reçoive favorablement. Donneriez-vous son salaire à la fin du jour à un ouvrier qui aurait travaillé pour votre voisin? 11 serait déjà trop heureux si vous ne lui faisiez pas de reproches. Dieu ne nous doit rien, si nous ne travaillons pas pour lui. Donc, selon le sentiment de grands théologiens, sentiment qui est le plus sûr, rapportons-lui nos actions par un sentiment de charité, d'amour parfait pour ce Dieu infiniment aimable, afin que toutes soient dignes du ciel. Il n'est du reste pas douteux que l'amour de Dieu ne soit ce qui augmente surtout nos mérites.
On raconte qu'un pauvre paysan l'encontra un jour le grand roi de Perse , Artaxerxès. Suivant la coutume de ce pays, quiconque approchait du monarque lui offrait un présent. Or le paysan, n'ayant rien, puisa un peu d'eau dans le creux de sa main et la présenta au Souverain. Satisfait d'un don offert de si bon cœur, Artaxerxès appela son trésorier et lui ordonna de remettre au paysan un plat d'or avec mille pièces du même métal. — Voilà comment Dieu récompense, en nous accordant la gloire du Ciel, la moindre action que nous faisons par amour de lui.
Donc, dès notre réveil, ce que nous avons de plus pressé à faire, c'est de tourner notre esprit et notre cœur vers Dieu et de lui dire : Mon Dieu, qui êtes infiniment parfait et aimable, je vous aime plus que tout, et pour V amour de vous je vous offre tout ce que je ferai aujourd'hui. Il est bon de renouveler cette offrande au commencement de nos principales actions. Ainsi faisait un saint solitaire : avant son travail, il s'arrêtait, regardait le