‹ L'Etat religieuxChapitre 6 sur 98 · SON ORIGINE · texte numérisé non relu

SON ORIGINE

l'œuvre de la loi de grâce. » « Il convenait que Jésus-Christ venant du ciel sur la terre apporter une loi nouvelle, et une grâce plus abondante établit et enseignât dans son Eglise un genre de vie nouveau, destiné à conduire plus efficacement les hommes à la perfection. « Et c'est là ce qu'il a fait. « L'état religieux dans ce qui le constitue essentiellement a été donné aux hommes et institué immédiatement par N.-S. Jésus-Christ, de sorte qu'il est de droit divin, non point en ce sens que Dieu l'ordonne, mais en ce sens que Dieu le conseille. C'est le sentiment de tous les catholiques dont les opinions sont droites. » Cette vérité se trouve établie par les Pères. Ils enseignent en effet communément que Jésus-Christ a distribué en deux classes les états des chrétiens; dans l'une sont ceux qui professent la voie commune des commandements; dans l'autre, ceux qui embrassent un genre de vie plus élevé, et presque angélique, l'état religieux. Saint Basile en particulier dit, que par ces paroles : Venez à rnoi, vous tous qui souffrez, Jésus-Christ nous appelle à la vie religieuse. « Mais le principal fondement de cette doctrine est dans l'Evangile. Jésus-Christ, en effet, y exhorte les hommes à la pratique des trois conseils évangéliques, et à faire le vœu perpétuel de les garder. Il a dit en effet. Allez, vendez tout ce que vous avez, il a approuvé ses apôtres quand ils disaient non expedit nubere; il n'est pas avantageux de se marier. Il a loué ceux qui renoncent au mariage en vue du royaume des cieux. Il a conseillé l'obéissance par ces paroles : Venez, suivez-moi. Or,les vœux de ces trois conseils constituent la substance de la vie religieuse ; donc, cette vie a été instituée par Jésus-Christ lui-même. » C'estlaconclusion de Suarez qui ajoute : Si chacun

de ces conseils a été loué et recommandé par Jésus- Christ, à plus forte raison a-t-il été conseillé de les garder tous; car l'observation de l'un aide, plutôt qu'elle n'empêche, la pratique de l'autre. Jésus- Christ lui-même nous l'a fait souvent comprendre par ses paroles : .4^62, vendez ce que vous avez, et suivez-moi; dans ces mots, il joint ensemble la pauvreté et l'obéissance, et suppose nécessairement la chasteté ; car comment suivre librement Jésus-Christ, si on est engagé dans les liens du mariage, et il n'est pas facile d'accorder la pauvreté avec les soins d'une famille?... » Après avoir cité d'autres textes de l'Evangile qui prouvent sa thèse, Suarez conclut : « Jésus-Christ nous a donc assez clairement invités à un état, qui nous établit pour toujours dans la pratique de l'abnégation complète qu'il nous conseille. » Pliis loin, le savant théologien dit encore : Si outre les trois vœux, il y a quelque chose qui soit de la substance de l'état religieux, c'est la tradition que celui qui l'embrasse, fait de lui-même entre les mains de son supérieur, or, Jésus-Christ a conseillé aussi cette tradition comme on le conclut aisément de ces paroles : Abneget semetipsum (Matth. 16. 24), qu'il se renonce lui-même. L'homme se renonce surtout lui-même (comme l'entendent les Saints Pères), quand il se prive pour l'amour de Jésus-Christ de sa volonté et de sa liberté qui sont le bien le plus propre de l'homme. Et l'homme se prive surtout de sa volonté et de sa liberté par cette tradition qu'il fait de luimême à son supérieur. Les mots que Notre-Seigneur a si souvent répétés': Venez , suivez-moi (Matth. 19. 21), renferment aussi le même conseil ; ils ne signifient pas seulement : Imitez-moi, mais Suivez-moi en vérité, partout où j'irai, et où je voudrai, en vous donnant à moi et eh m'obéissant

Page 1