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CHAPITRE XXVII

Les exercices que nous venons de parcourir, bien qu'ils paraissent assez multipliés, ne suffisent pas à la piété des âmes religieuses. Elles trouvent encore dans leur journée du temps, pour vaquer à d'autres pratiques de dévotion. Il n'est pas dans notre dessein de traiter de toutes les prati(iues pieuses en usage dans les communautés, bien que toutes soient respectables, et aident à la sanctification de ceux qui s'y appliquent avec esprit de foi ; mais nous ne pouvons passer sous

silence les dévotions les plus usitées envers Notre-Seigneur, envers la sainte Vierge et envers saint Joseph.

Article I" - Dévotions à l'égard de Xotre-Seigneur.

Notre-Seigneur est tout pour Tâme religieuse ; il est le conimencement et la fin. Tout vient de lui, tout tend vers lui; et en attendant l'éternité, tout cœur pur ne trouve son repos qu'en lui. C'est à Notre-Seigneur que nous ont consacrés nos saints vœux ; c'est pour nous unir à lui que nous prions, que nous méditons, que nous lisons, que nous purifions notre âme par le repentir. C'est lui que nous cherchons dans nos travaux et nos œuvres de charité. Lui seul, lui toujours, lui à la vie et à la mort !

Toutes les autres dévotions ne sont faites que pour augmenter en nous son amour ; mais celles qui l'ont directement pour objet, doivent nous être chères entre toutes. Aussi voulons-nous indiquer les principales dans les paragraphes suivants.

§ I. La dévotio7i au Sacré-Cœur.

Nous aimons tant trouver un cœur qui nous aime, et dans lequel nous puissions déverser le nôtre ! Notre-Seigneur nous a offert le sien, en révélant dans ces temps modernes, la dévotion qui a pour objet ce Cœur adorable à la bienheureuse Marguerite-Marie, religieuse de la Visitation de Paray-le-Monial. Cette dévotion fait les délices des âmes pieuses, et TEglise Ta approuvée. Elle a pour but d'honorer l'amour immense que le Fils de I)ieu fait homme, nous a témoigné dans sa vie, dans sa mort, dans sa présence au baint-Sacrement, et de réparer par l'amour, l'ingratitude d'un grand nombre de chrétiens. Notre-bei-

gneur, pour encourager cette dévotion, a lait à laB. Marguerite-Marie, les promesses les plus magnifiques.

Voici, entre ces promesses, celles qui nous paraissent les plus importantes :

1° La grâce de recevoir les sacrements à la mort, à ceux qui communieront tousles premiersvendredisdu mois, pendant neuf mois de suite. 2° L'union dans les familles et la bénédiction de Dieu sur les maisons où sera exposée l'image du Sacré-Cœur. 3° La conversion aux âmes pécheresses. 4° La ferveur aux âmes tièdes. 5° La perfection la plus élevée aux âmes ferventes, qui honoreront ce Cœur adorable. Heureuses donc les âmes religieuses qui, se tenant unies habituellement au Cœur de Jésus, le feront le confident de toutes leurs peines, ety puiseront toutes les vertus dont il est la source, et surtout cet ardent amour dont il est le foyer.

La Confrérie du Sacré-Cœur est enrichie de précieuses indulgences, ainsi que l'Archiconfrérie cie la Garde d'Honneur du Sacré-Cœur et TApostolat de la prière. Que du moins., on n'oublie pas l'exposition de l'image du Sacré-Cœur dans sa cellule, et la communion du premier vendredi de chaque mois.

§ IL Le Chemin de la. Croix.

La dévotion à la passion de Notre-Seigneur a été celle de tous les saints. La méditation de la passion est, de toutes, la plus salutaire. Aussi, a-t-on appelé avec raison le crucifix, le livre des élus. C'est là, en effet, qu'on apprend la science du salut, la plus nécessaire de toutes; mais entre les pratiques qui excitent dans les âmes la dévotion à la passion de Notre- Seigneur et qui rendent facile la méditation des souffrances de ce divin Sauveur, il n'en est point de si ancienne, de si répandue parmi les fidèles, de si profitable pour les défunts, de si fructueuse pour ceux qui l'embrassent, que le saint exercice du Chemin de la Croix.

Faire le Chemin de la Croix, c'est parcourir la voie

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douloureuse que Notre-Seigneur parcourut portant sa croix, depuis le tribunal de Pilate jusqu'au Calvaire. Il se divise en quatorze stations qui nous rappellent chacune quelque mystère de la passion. Cet exercice est un des plus riches en indulgences, toutes applicables aux âmes du purgatoire. Pour les gagner, il n'est pas nécessaire de se confesser, ni de communier, il suffît d'être en état de grâce. C'est pourquoi il est bon de le faire précéder d'un acte de contrition parfaite. Pas nécessaire non plus de réciter des prières, ni pendant, ni après Texercice; il suffit de parcourir, en changeant de place, les quatorze stations régulièrement érigées, en méditant sur la passion de Notre-Seigneur, ou sur les mystères que représentent chaque station.

Quel bonheur de pouvoir faire le Chemin de la Croix tous les jours, ou au moins une fois par semaine, le vendredi par exemple, ou le dimanche après les vêpres! Qu'au moins le premier vendredi, ou le premier dimanche du mois, jour qu'on pourrait choisir pour sa retraite du mois, on ait soin de ne pas se priver des indulgences et des fruits précieux de cette pratique. Les âmes religieuses feraient une œuvre de zèle très agréable à Dieu, en persuadant à un certain nombre de personnes, de faire avec elles le Chemin de la Croix, le dimanche, à l'heure la plus commode. Qu'on n'oublie pas, afin de se rappeler la passion de Notre-Seigneur, d'avoir dans sa maison, et même dans chaque appartement, et de porter toujours sur soi le crucifix, de le tenir entre ses mains la nuit avant de s'endormir, de le regarder souvent durant le jour, avec un sentiment dj^amour.

§ III. La visite au Saint-Sacrement.

Dans l'Eucharistie, Notre-Seigneur est vivant. Il est au tabernacle avec son corps, son sang, son âme et sa divinité, caché sous les voiles du sacrement afin de ne pas effrayer notre faiblesse par les splendeurs de sa gloire. Parce qu'il s'est anéanti par amour, a-t-il moins de droit à notre respect et à notre reconnais-

sance? Qui de nous ne s'est surpris à regretter de n'avoir pas été du nombre des disciples, ou des saintes femmes qui ont eu le bonheur de contempler le Sauveur pendant sa vie mortelle ?Eh! si nous avons h^ foi, ne nous procurons-nous pas, quand nous le voulons, le bonheur de le visiter, de nous entretenir avec lui, à ses pieds, dans nos églises et nos chapelles?

Beaucoup de pèlerins dit saint Liguori^ font de grands voyages, soit pour visiter la sainte Maison de Lorette, ou Jésus-Christ a passé une partie de sa vie, soit pour vénérer les lieux de la Terre-Sainte, où il est né, où il a souffert, où il est mort; mais le vénérable Jean d'Avila disait avec beaucoup de raison, qu'il ne pouvait trouver aucun sanctuaire plus aimable et plus pieux qu'une église où réside le Saint-Sacrement, parce que ce n'est pas seulement un lieu où notre Sauveur a autrefois vécu et souffert, mais une demeure où il est actuellement présent et vivant. Aussi, les Saints n'ont goûté nulle part ici-bas un bonheur plus doux que devant le Saint-Sacrement.

C'est là que saint François Xavier venait se délasser pendant la nuit de ses travaux apostoliques ; quand le sommeil l'accablait, il s'appuyait un instant sur les marches de l'autel ; et après un peu de repos, il s'entretenait de nouveau avec son Bien-Aimé.

Ce bonheur, tous les fidèles peuvent le goûter sans doute; mais personne n'est aussi près du tabernacle que les religieux qui, souvent, vivent sous le même toit que le divin Maître. Pour le visiter, ils n'ont qu'à faire quelques pas. Dans les autres églises, Notre- Seigneur est là pour tout le monde ; mais dans celles des monastères, il n'y est que pour les religieux. Ah! s'écriait saint Liguori, dans tous les couvents les religieux devraient être jour et nuit comme des papillons autour de leur Epoux divin, et leurs coeurs devraient tous brûler continuellement à ses côtés, mieux que les cierges et que les lampes de l'autel ; mais, hélas! il n'en est pas toujours ainsi; et c'est précisément ce dont le Seigneur se plaignait à la Bienheureuse Marguerite-Marie. Je ne reçois delà plupart, lui dit-il, que

des ingratitudes et des mépris dans ce sacrement d'amour ; et ce qui m'est encore plus sensible, c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. Ah ! si Notre-Seigneur ne résidait près de nous qu'une fois dans l'année, nous ne le laisserions pas seul ; et parce que dans sa bonté, il réside continuellement au milieu de nous, est-ce une raison de le visiter rarement?

Faut-il être ingrats parce qu'il est bon? Visitons-le donc souvent. La comtesse Féria, de la haute noblesse d'Espagne, resta veuve à vingt-quatre ans et se lit religieuse de Sainte-Glaire; elle obtint une cellule d'où Ion voyait le tabernacle; et elle s'y tenait le plus qu'elle pouvait en adoration , la nuit comme le jour. On lui demanda ce qu'elle taisait durant ces longues heures; elle répondit: J'y resterais toute l'éternité. Oh ! que n'y fait-on pas ? on remercie, on aime, on demande. Voilà à quoi devraient s'occuper tous les religieux dans leurs visites au Saint-Sacrement. Ils devraient remercier le Dieu de miséricorde de ses faveurs, l'aimer, lui qui nous aime d'un cœur si ardent et qui est si digne de notre amour, le prier, lui demander le pardon des fautes commises, la grâce de surmonter nos tentations, le conjurer de nous consoler dans certaines épreuves^ ou de nous donner la force de les supporter patiemment, lui recommander les âmes qui nous sont chères, l'appeler en nous par la communion spirituelle, dont nous allons parler.

Ah ! si tous les religieux agissaient ainsi, ajoute saint Liguori, que nous ne faisons qu'abréger, s'ils savaient profiter de la compagnie de leur céleste Epoux, tous deviendraient saints. Vous au moins, sanctifiezvous par ce moyen (1).

(1) Les âmes qui ne savent pas s'occuper aux pieds de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, peuvent s'aider utilement du livre que ce saint Docteur a publié sous ce titre : Visites au Saint-Sacrement.

§ IV. De la. communion spirituelle.

Nous parlerons plus loin de la communion sacramentelle, qu'on ne peut faire qu'une fois par jour au plus; mais nous devons ici recommander la salutaire pratique de la communion spirituelle , que l'on peut faire a toute heure. Elle consiste dans un désir ardent de recevoir Notre-Seigneur. Le concile de Trente exhorte tous les fidèles à la pratiquer.

La communion spirituelle , dit saint Léonard , est un véritable trésor qui remplit l'âme d'une infinité de biens ; et, selon quelques auteurs, elle est si utile qu'elle peut produire les mêmes grâces que la communion sacramentelle et même de plus grandes. En effet , quoique la réception réelle de la divine Eucharistie soit de nature à produire plus de fruits, cependant , il peut se faire qu'une âme fasse la communion spirituelle avec tant d'amour, qu'elle en ait plus de mérite que celui qui communie sacramentellement, mais avec moins de préparation. Le même saint ajoute que s'il pouvait persuader à tous les fidèles d'assister tous les jours à la messe et d'y faire la communion spirituelle, il espérerait voir refleurir la ferveur des premiers siècles.

Pour la faire, pas nécessaire d'être à jeun, ni d'avoir la permission de son confesseur ; on peut la faire plusieurs fois par jour, et partout où l'on se trouve, sans réclamer le ministère d'un prêtre. On ne risque pas de la faire par amour-propre; Dieu seul en est témoin. Aussi les saints en ont-ils usé fréquemment. La bienheureuse Angèle de la Croix disait : « Si mon confesseur ne m'avait appris à communier ainsi, il me semble que je n'aurais pu vivre. »

Aussi faisait-elle cent communions spirituelles pendant le jour, et cent pendant la nuit. Notre-Seigneur a montré, par des prodiges, combien cette sorte de communion lui est agréable. Apparaissant un jour à la sœur Paula Maresca, fondatrice du couvent de Sainte Catherine de Sienne, à Naples, il lui montra deux vases : l'un d'or, l'autre d'argent, lui disant

que dans le premier il conservait ses communions sacramentelles, et dans le second, ses communions spirituelles. Quelquefois même, Notre-Seigneur a donné la communion de ses propres mains aux âmes saintes qui désiraient ardemment de le recevoir, comme à sainte Catherine de Sienne et à la bienheureuse Glaire de Montfalcone; d'autres fois, il les a communiées par le ministère des anges, comme il arriva à saint Bonaventure.

On s'y prépare, comme à la communion sacramentelle, par des actes de foi, d'humilité, de désir, produits plutôt du cœur que des lèvres. « Figurez-vous que la Sainte Vierge vous présente la sainte Hostie, et que vous la recevez réellement ; ensuite, tenez-vous en silence, contemplez votre Dieu au-dedans de vousmême; et, comme si vous aviez communié, adorez-le, remerciez-le et faites tous les actes ordinaires après la communion. » Appliquez-vous à faire souvent la communion spirituelle, dit saint Liguori, spécialement dans l'Oraison, dans la visite au Saint-Sacrement et surtout chaque fois que vous entendez la messe. Si vous la faites plusieurs fois par jour, dit saint Léonard, je vous donne un mois de temps pour voir votre cœur tout changé.

Article II. — Dévotion envers la sainte Vierge.

Marie, c'est la fille de Dieu le Père, la Mère du Fils, l'Epouse du Saint-Esprit. Marie c'est le chef-d'œuvre de la Toute-Puissance divine. Dieu pouvait faire un ciel plus beau, une terre plus belle, mais il ne pouvait élever une créature à une dignité plus haute que celle de Marie. Elle est admirable Marie dans son Immaculée Conception. Tandis que tous les hommes sont enveloppés dans les ténèbres du péché originel et sont conçus dans la disgrâce de Dieu, Marie seule est dans la lumière de l'innocence et dans tout l'éclat delà sainteté. Marie est admirable dans sa nais-

sance qui annonce la joie à l'univers, comme parle l'Eglise, et fait briller l'aurore de la délivrance à l'humanité courbée sous le joug- de Satan. Elle est admirable dans son enfance passée dans le Temple ; admirable par l'humilité, la religion, la charité qu'elle y pratiquait. Son âme, selon la pensée d'un Saint, y était comme un jardin fertile où s'étalaient les plus belles fleurs, et d'où s'exhalait le parfum de toutes les vertus. Marie est admirable dans le mystère de l'Incarnation du Verbe : cette humble vierge reçoit la visite et les hommages d'un prince de la cour céleste; larchange Gabriel lui annonce qu'elle est appelée à devenir la Mère de Dieu; elle répond : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole. A ce seul mot, qui exprime le consentement de Marie, s'opère en elle un prodige plus grand que la création du monde : Le Verbe se fait chair et il habite parmi nous.

Qui ne serait ravi en contemplant Marie à Bethléem ? Elle y nourrit de son lait virginal Celui qui fournit leur pâture à tous les êtres, même aux petits oiseaux; elle porte sur son cœur Celui qui soutient le monde. C'est par les mains de Marie que Jésus, au Temple, se présente à son Père comme victime pour les hommes.

Pendant trente ans, elle commande à Celui dont le nom seul fait fléchir tout genou au Ciel, sur la terre et dans les enfers. C'est à la prière de Marie que Jésus fait son premier miracle. Elle est admirable surtout, l'auguste Vierge, au pied delà croix : là, elle immole, à la gloire du Père, l'Agneau sans tache dont le sang efface les péchés du monde ; là elle se fait victime avec son divin Fils ; elle est corédemptrice du monde ; là, elle devient la mère des hommes, en les adoptant tous en la personne de saint Jean.

Après l'Ascension du Sauveur, Marie dirige, protège et féconde l'Eglise, et après qu'elle a accompli sa grande mission, elle entre dans la gloire des élus. Son corps immaculé devait, comme celui de son divin Fils, être soustrait à la pourriture du tombeau. Ressucité et glorieux, il a été élevé au Ciel par les Anges. Dans les Cieux Marie, assise à la droite de son divin Fils, règne sur les Saints, les Anges, les Archanges et toutes les Principautés célestes. Elle est la très digne Reine du Monde; toute puissance lui a été donnée au Ciel et sur la terre. Sa prière tient de la nature du commandement : Jésus, le Fils le plus soumis, ne saurait faire essuyer un refus à sa Mère.

C'est assez dire que Marie^ après Dieu, mérite tous nos hommages, tout notre amour, que nous lui devons une vénération profonde et une confiance sans limites. 0 Vierge toute puisssante, ô Prodige de grandeur, ô merveille des œuvres de Dieu, quelle gloire pour moi de me reconnaître et de me dire votre serviteur, votre sujet soumis ! O Mère miséricordieuse et tendre, "quelle joie, quel bonheur d'être votre enfant! Je vous honore comme ma souveraine, je vous aime comme ma ma Mère, ô clémente, ô compatissante, ô douce Vierge Marie !

Ne l'oublions pas, Marie a été constituée par Dieu la dispensatrice des trésors célestes. Dieu, selon la pensée de saint Bernard, a voulu qu'aucune grâce ne descendit sur nous sans passer par ses mains ; tous les dons du Ciel se dispensent par elle, à qui elle veut, quand elle le veut et comme elle le veut. Si elle ne répand sur nous la rosée céleste de la grâce, notre âme se dessèche et se flétrit. Personne ne peut entrer dans la Jérusalem céleste, si Marie ne lui en ouvre les

DEVOTION A MARIE oj)

portes. De même qu'un petit enfant ne peut que mourir si vous lui enlevez sa nourrice, de même l'âme, privée de la protection de Marie, risque de se perdre pour toujours.

Un vrai serviteur de Marie ne saurait périr. La dévotion àMarie, selon la pensée de saint Ephrem, est la clé du Ciel et le sauf-conduit qui fait échapper à l'enfer. Le nom de Celle qui est terrible pour le démon, comme une armée rangée en bataille, et qui a écrasé sous son pied vainqueur la tête de l'infernal serpent, suffit pour mettre en fuite les esprits de ténèbres. Ce nom redoutable est pour eux comme un coup de foudre qui les renverse.

Aussi, voyons-nous que tous les saints ont professé une tendre dévotion envers la Reine du Ciel.

Quand sainte Jeanne de Chantai fut devenue fondatrice et Supérieure de la Visitation Sainte- Marie, pendant qu'elle faisait sa retraite, trois sœurs allèrent un jour la trouver pour lui demander quelques permissions. Elles la trouvèrent les bras croisés devant une image de la sainte Vierge, et au lieu de répondre à leurs demandes, elle leur ordonna de faire tous les jours, pendant leur retraite annuelle, un quart d'heure d'oraison devant une image de la sainte Vierge. Prenant ensuite les Litanies : « Voyez, mes filles, leur dit-elle, comme nous avons tout en Marie : si nous sommes enfants, Elle est Mère ; si nous sommes faibles. Elle est forte ; si nous avons besoin de grâces, Elle est la mère de la divine grâce; si nous sommes en ignorance, Elle est le siège de la sagesse; si nous sommes tristes, Elle est la cause de notre joie. »

Et elle poursuivit ainsi tous les versets des Litanies. Après quoi elle renvoya les sœurs, leur

demandant qu'elles priassent fort la sainte Vierge pour elle.

Quel institut religieux ne s'est placé sous la protection de la Reine du ciel et ne l'honore comme sa souveraine ? Comment arriver à la perfection à laquelle on aspire dans la vie religieuse, sans le secours de Marie; puisque, d'après l'enseignement de la théologie, il est fort difficile de se sauver sans recourir à elle ? Du reste, puisque Marie est la dispensatrice des grâces, sur qui les a-t-elle répandues avec plus de profusion que sur les religieux? C'est donc parmi les membres des familles religieuses que Marie doit trouver ses serviteurs les plus fidèles, les plus dévoués, les plus reconnaissants. Toutefois, une lampe s'éteint si on n'y met de l'huile ; et toute dévotion tarit, si on ne l'alimente par des pratiques saintes. Nous allons donc en indiquer quelques-unes.

Les pratiques de cette dévotion sont nombreuses. Il est des personnes pieuses qui, en se levant, et avant d'aller prendre leur repos, se mettent à genoux devant une image de Marie, pour demander à cette bonne Mère sa bénédiction. D'autres récitent VAngelus trois fois par jour. Il en est qui, à tout instant, invoquent Marie, surtout dans la tentation, en redisant ces courtes prières : 0 Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous, ou : Doux cœur de Marie, soyez mon salut.

Qui oserait se passer d'avoir sur soi, jour et nuit, une médaille de la sainte Vierge ? Les soldats chrétiens ne rougissent pas de s'en munir sur le champ de bataille. Pour se rappeler le souvenir de Marie, il est bon d'avoir sa statue ou son image, dans sa cellule, ou sur sa table de travail. Nous connaissons des religieuses qui onttoujours entre les mains une statuette de la Vierge. Saint Liguori récitait toujours un Ave Maria en entendant sonner l'heure. Les Chartreux ont tous cette pratique. Le même saint Liguori a com-

►osé un livre pour les visites à la sainte Vierge. Il !St très salutaire, en effet, d'aller tous les jours se eter aux pieds d'un autel ou d'une statue de Marie, )0ur lui dire avec confiance ses peines^ ses tentations !t implorer son assistance. On peut, quelquefois, dans !es visites^ déposer un bouquet de fleurs aux pieds les autels de Marie, ou faire brûler une lampe devant ;on image. Le samedi est un jour consacré à la sainte ^'^ierge. Sainte Rose jeûnait ce jour-là. Saint Louis, en ;e jour, nourrissait douze pauvres. Tous pourraient, e samedi, faire à Marie une consécration de leur )ersonne et de tout ce qu'ils possèdent. Saint Léonard le Port-Maurice , ne prenait jamais ses repas ;ans offrir à Marie quelques pénitences. Il portait touours sur sa poitrine une croix armée de 7 pointes, en némoire des sept Douleurs de Marie. Saint Bernard l'entrait jamais dans sa cellule sans saluer la statue le la sainte Vierge.

Il est bon de se préparer aux principales fêtes de a sainte Vierge par une neuvaine de prières, et de îélébrer ces fêtes par la réception des sacrements. Les pèlerinages aux sanctuaires de Marie sont aussi ine source de grâces.

Point d'âme sincèrement chrétienne, qui ne fasse partie de quelque confrérie ou congrégation de la sainte Vierge, et qui n'y trouve avec des indulgences a gagner, un moyen puissant de persévérer dans le bien. Entre ces confréries, il en est dont nous devons lire un mot.

1° Le Rosaire. La confrérie du Rosaire a été établie par saint Dominique, comme la pratique de réciter le Rosaire, qui se compose de quinze dizaines d'Ai;e Maria, précédées chacune d'un Pater, et accompagnées chacune de la méditation d'un des quinze mystères suivants : Mystères joyeux: L'annonciation. la visite à sainte Elisabeth, la naissance de Notre-Seigneur, sa présentation au temple, son recouvrement au milieu des docteurs. Mystères douloureux : L'agonie au Jardin des Oliviers, la flagellation, le couronnement d'épines, le portement de la croix, le crucifiement. Mystères glorieux : la résurrection de Notre-Seigneur,

son ascension, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, la mort et l'Assomption de la sainte Vierge, son couronnement dans le ciel. Ceux qui ont leur nom inscrit dans les registres de cette confrérie, en récitant le Rosaire une fois par semaine, même en le partageant, peuvent gagner une indulgence plénière le premier dimanche de chaque mois, et à toutes les l'êtes de la sainte Vierge, à la condition de se confesser, de communier et de visiter la chapelle du Rosaire. Le dimanche cependant, si on a communié à cette chapelle, il n'est pas nécessaire de la visiter de nouveau.

Il faut toutefois que le Rosaire ou le Chapelet soient bénits par un prêtre ayant reçu un pouvoir spécial à cette fm. Sans être membre de la confrérie du Rosaire, mais en récitant au moins trois fois par semaine un chapelet bénit par un religieux dominicain ou par un prêtre ayant reçu ce pouvoir, et en méditant en même temps les mystères du Rosaire, on gagne cent jours dlnaulgence à chaque Pater et à chaque Ave Maria, pourvu qu'on n'interrompe pas la récitation du chapelet.

Les prières du Rosaire, révélées par la sainte Vierge elle-même à son serviteur saint Dominique', sont des plus autorisées dans l'Eglise. Grégoire XVI a écrit que le Rosaire est le meilleur instrument de la destruction du pécJié, du recouvrement de la grâce et de la gloire de Dieu.

2° Le Chapelet, on le sait, se compose de cinq dizaines d'Ave Maria, précédées chacune d'un Pater, et terminées par le Gloria Patri ; quand on y a appliqué les indulgences de sainte Brigitte, on peut gagner en le récitant, une indulgence de 100 jours pour chaque Pater, Ave et Credo, sans qu'il soit nécessaire de méditer pendant cette récitation ; aussi tous les religieux récitent-ils leur chapelet tous les jours; et on ne saurait trop recommander cette pratique.

3° Le Scapulaire. La confrérie du Scapulaire du Mont-Carmel n'est pas moins répandue que celle du Rosaire. Pour en faire partie, il faut inscrire ses nom et prénoms sur les registres de la confrérie, rece-

voii' le scapulaire du mont Garmel d'un prêtre ayant le pouvoir de le donner et le porter toujours. C'est la sainte Vierge elle-même qui offrit ce saint habit à saint Simon de Stock, carme, en lui disant que celui qui en serait revêtu, à la mort, échapperait aux flammes éternelles, que ce scapulaire serait pour lui un signe de salut, une protection dans les périls et un gage de paix. Le grand pape Benoit XIV pense que tous doivent regarder cette vision comme vraie.

Dans une autre vision, la sainte Vierge promit au pape Jean XXII de soulager et de délivrer après la mort les âmes de ceux qui auraient porté le scapulaire. C'est ce qu'on nomme l'indulgence sabbatine. Pour la gagner, il faut garder la chasteté selon son état, réciter le petit office de la sainte Vierge, ou l'office canonial. Ceux qui ne savent pas lire, doivent à la place de l'office, observer tous les jeûnes de TEglise et faire abstinence les mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine.

Mais on peut faire commuer ces pénitences par un confesseur qui ait le pouvoir de le faire. Qu'aucun religieux soucieux de son salut ne se prive de la protection de la Vierge, que lui assure le scapulaire,

Scapulaire bleu. Ce scapulaire est le plus riche en indulgences applicables aux défunts. Il lut révélé par Marie elle-même à la vénérable Ursule de Bénincasa. fondatrice des Théatines à Naples. Ceux qui Tont reçu d'un prêtre, ayant le pouvoir de le donner, et en sont revêtus, peuvent gagner un grand nombre d'indulgences plénières, toutes applicables aux âmes du purgatoire, toutes les fois qulls récitent six Pater, six Ave et Gloria en l'honneur de la sainte Trinité et de Ilmmaculée Conception, et aux intentions du Souverain Pontife, sans qu'il soit nécessaire de communier, de se confesser, ni de faire d'autres prières. On peut donc dire de ce scapulaire qu'il est un moyen des plus efficaces de soulager les âmes du Purgatoire (1).

(l) Les âmes religieuses qui veulent connaître les grandeurs de Marie et les pratiques de dévotion envers elle, liront avec profit le

Article III. — Dévotion a saint Joseph.

Qu'il nous suffise sur ce grand saint que Pie IX a établi patron de l'Eglise universelle, de citer quelques passages de sainte Thérèse et de saint Alphonse de Liguori.

« Je ne me souviens pas, dit sainte Thérèse, d'avoir rien demandé à saint Joseph jusqu'à ce Jour^ qull ne me Fait accordé. Ce serait une chose merveilleuse de raconter les grâces sans nombre que Dieu m'a faites, et les dangers^ tant du corps que de l'âme, dont il m'a délivrée, par la médiation de ce glorieux saint. Pour les autres saints, il semble que le Seigneur leur ait accordé le pouvoir de nous secourir dans quelque nécessité particuUère seulement ; l'expérience prouve au contraire, que saint Joseph nous secourt dans tous nos besoins, et (^uil plait à Notre-Seigneur de nous témoigner par la que, comme il a bien voulu être soumis sur la terre à l'autorité de ce grand saint, il fait également dans le ciel tout ce qu'il demande. C'est ce qu'ont vu comme moi, par expérience, d'autres personnes auxquelles j'avais conseillé de se recommander à lui...

« Connaissant par une si longue expérience l'étonnant crédit de saint Joseph auprès de Dieu, je voudrais persuader à tout le monde de l'honorer d'un culte particulier. J'ai toujours vu les personnes qui ont pour lui une vraie dévotion, faire des progrès dans la vertu... Depuis plusieurs années, je lui demande une faveur particulière le jour de sa fête, et j'ai toujours vu mes désirs accomplis... Je conjure,

livre que nous avons publié sous ce titre : La Vierge Marie, son culte, la Dévotion envers elle. Nous avons écrit aussi sur Notre-Dame de la Salette une notice historique suivie d'une neuvaine en l'honneur de Notre-Dame Réconciliatrice. (Voir le catalogue).

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