SON EXCELLENCE
tion de la vie chrétienne. » « Nous l'avons dit, cette perfection de la vie chrétienne n'est autre que la perfection de la charité ;mais l'état de per- -fection n'a pas seulement pour but la perfection de la charité essentielle, qui est commune à tous les états et que doivent avoir tous les chrétiens qui vivent comme le requiert leur foi, l'état religieux a encore pour fin une charité parfaite plus grande et plus excellente.
« La perfection essentielle à tous les états demande que l'homme soit disposé à accomplir tous les préceptes du Seigneur ; elle consiste dans la vie de la grâce. La profession du christianisme est faite pour que l'homme atteigne au moins à cette perfection ; et elle lui fournit les moyens nécessaires et suffisants pour l'acquérir... L'état religieux a aussi principalement en vue l'observation des commandements... Après la parfaite rémission des péchés, il est surtout nécessaire au salut de conserver la grâce et d'éviter le péché mortel ; et parce que cela est fort difficile à la nature déchue, Jésus-Christ a institué un état, où il y a moins d'occasions de péchés et des dangers moins redoutables de perdre la grâce, et c'est là une des fins de l'état religieux. »
a Ajoutez à cela que l'état religieux n'a pas seulement pour but de faire observer les commandements dont l'accomplissement est absolument nécessaire au salut, c'est-à-dire de faire éviter les fautes mortelles ; il tend aussi à une observation complète des préceptes, qui exclut, autant que possible, les péchés véniels, parce que ce degré de perfection est plus nécessaire et plus obligatoire que l'observation des conseils proprement dits. »
Enfin la perfection à laquelle tend l'état religieux consiste dans le désir d'accomplir les
volontés de Dieu, non-seulement celles qu'il manifeste par les préceptes, mais encore celles qu'il nous fait connaître par ses conseils.
Quel but sublime ! L'état religieux a pour fin de donner aux hommes dès ce monde une disposition semblable à celle des bienheureux et des anges. Il tend à établir ici-bas le règne le plus parfait de Dieu, et à faire accomplir la volonté adorable du Seigneur sur la terre comme au ciel ! . . .
Mais « dans tout état sagement institué les moyens d'atteindre la fin doivent être en rapport avec la fin elle-même. » Or, l'état religieux a en vue une vertu plus parfaite que la charité nécessaire à tous (qui consiste dans l'accomplissement des préceptes); donc il doit offrir des moyens plus parfaits surajoutés aux préceptes. Il est par conséquent nécessaire qu'il comprenne et exige, outre l'accomplissement des commandements, la pratique des conseils.
Et c'est ce qu'il fait. Nous avons vu que chacun des trois conseils évangéliques voué à Dieu est de la substance de la vie religieuse parfaite ; or, ces trois conseils, comme l'enseigne saint Thomas, éloignent tout ce qui pourrait empêcher l'homme de se porter entièrement vers Dieu : c'est-à-dire d'abord, la cupidité des biens extérieurs, qui est bannie par le vœu de pauvreté ; puis le désir des jouissances grossières des sens, que retranche le vœu de la chasteté ; et enfin le désordre de la propre volonté, que réprime le vœu d'obéissance. De plus, les sollicitudes du siècle, qui étouffent les désirs de la perfection, sont occasionnées d'abord par l'administration des biens de ce monde, et ce souci est chassé par le vœu de pauvreté ; puis parle soin d'une famille, le vœu de chasteté en affranchit; enfin par la