SON EXCELLENCE
disposition de ses propres actes, et le vœu d'obéissance on délivre. Nous ne faisons presque que traduire la Somme théologique de saint Thomas. Et les richesses que nous y trouvons, nous font admirer la perfection des moyens, qu'a l'état religieux d'atteindre sa fin, et la sagesse du Dieu qui a établi cet état pour la perfection des fidèles enfants de l'Eglise : Mais ce n'est pas tout. Saint Thomas ajoute que les trois vœux des conseils évangéliques font de l'homme un holocauste complet. L homme a trois sortes de biens : les biens de la fortune, qu'il consacre à Dieu par le vœu de pauvreté, les biens du corps qu'il offre à Dieu par le vœu de chasteté, et les biens de l'âme qui sont consacrés à Dieu par le vœu d'obéissance. Et quand l'homme s'est ainsi voué à Dieu avec tout ce qu'il a et tout ce qu'il est, il devient vraiment religieux. Etre religieux, c'est faire des actes qui rendent à Dieu un culte ; or, un des principaux de ces actes, c'est d'offrir à Dieu des sacrifices ; et le plus parfait des sacrifices c'est l'holocauste, par lequel on n'offre pas seulement à son Créateur une partie de la victime, mais la victime tout entière. Quand donc par les vœux des trois conseils évangéliques, l'homme a fait de lui un holocauste, il a accompli l'acte de religion le plus excellent, et il doit être appelé religieux par excellence. L'âme ainsi dépouillée peut s'adresser à Dieu et lui dire : Seigneur, vous m'avez tout donné, je vous ai tout rendu; il ne me reste plus rien qui ne soit à vous. Pour moi, vous avez vécu pauvre, jusqu'à ne pas avoir une pierre pour reposer votre tête ; vous vous êtes privé de toutes les satisfactions d'icibas, vous vous êtes fait obéissant jusqu'à la mort. Je vous suis d'aussi près que le comporte ma misère. Vous êtes mon tout!
Aucun catholique ne saurait nier ce que nous venons d'apprendre à l'école de saint Thomas et de Suarez, de la perfection de la fin et des moyens de l'état religieux; car c'est conforme à l'erreur de l'hérétique Vigilance, que d'égaler la vie du siècle à l'état religieux. Les enseignements de ces grands maîtres sont la plus belle apologie de la vfe religieuse. Pour défendre cette divine institution, on a dit aux impies et aux mondains que, d'après leurs principes discutables d'ailleurs, chacun ayant le droit de vivre comme il lui convient, il ne faut pas trouver mauvais que des hommes en usent pour se faire religieux, que souvent les malheurs et les déceptions du monde conduiraient au désespoir et au suicide des infortunés, qui trouvent dans un cloitrelapaix et l'espérance. C'est vrai sans doute ; mais ce n'est pas tout. A ceux qui accusaient les religieux de mener une vie oisive et inutile à la société, il a été facile à saint Bernard et au Docteur angélique de répondre : a Nous nous cachons dans les cloitres et dans les forêts ; et ce n'est pas en vain. Je crois qu'il n'y apersonne parmi nous qui, s'il faisait dans le siècle le quart de ce qu'il fait ici, ne fût vénéré comme un saint et ne passât pour un ange ; et chaque jour pourtant on lui reproche l'inutilité de sa vie. » Et pour confirmer la vérité de ces paroles, on n'a eu qu'à montrer l'état religieux à travers les âges chrétiens, et de nos jours encore faisant Te plus bel ornement comme la plus grande force de l'Eglise, donnant à Dieu la gloire que tant d'hommes lui refusent, apaisant son courroux par la ferveur de la prière, par l'héroïsme de la pénitence et la pureté d'une vie sainte, défendant contre l'hérésie les droits et les doctrines de l'Eglise; affermissant les catholiques dans la foi et bravant tous les périls pour porter le
riambcau de l'Evangile, aux nations ensevelies dans l'ombre de l'infidélité, offrant à tous le spectacle des plus grandes vertus, instruisant les ignorants, conservant dans la solitude les sciences et les lettres qui n'eurent autrefois point d'autres asiles, gardant pour la postérité les livres précieux transmis par l'antiquité, rachetant les captifs courbés sous les fers des barbares, élevant ces monuments qui sont des chefs-d'œuvre de l'art chrétien. et que le génie moderne n'a pu qu'imiter, ouvrant des asUes hospitaliers à toutes les infortunes et à toutes les douleurs, visitant les malades, se faisant la providence des pauvres, défrichant les bois, assainissant les marais, fertilisant les déserts les plus incultes, et tout cela au prix des sacrifices que les mondains ne savent pas même admirer.
A de tels fruits on connaît l'arbre, un esprit sérieux ne s'y méprendra jamais, quand même il rencontrerait sur un tronc si fertile quelques rameaux inféconds et des branches sèches et même vermoulues.
Mais pour un catholique éclairé et sincère, rien ne nous semble plus capable de donner de l'état religieux une grande et juste idée, que ce que nous avons dit de la perfection de sa fin et de ses moyens, et parla même de sa supériorité sur l'état commun de vie chrétienne.