INTRODUCTION A L'ÉDITION FRANÇAISE
Il faudrait être très qualifié pour faire l'éloge d'un livre d'Auton Manger; et Texamen de son présent ouvrage, plus encore que de ceux qui l'ont précédé, offre des dangers. Après une série d'essais, concis de dimension, mais considérables par l'influence (*), et qui ont renouvelé l'histoire des doctrines socialistes autant que la science juridique, Menger nous offre anfin son système achevé, fruit d'une vie entière de labeur ; et l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, de sa pensée, Tune des plus fermes et des mieux informées de ce temps,
{') Les ouvrages antérieurs d'Ablon Menger sont les suivants : 1° Das Recht mif den vollen Arbeitsertrag, 1886 ; 2« éd., 1891. Traduction française par A. Bonnet : Le Droit au produU intégral du travail, i^OO-, —2° Das bûrgerliche Recht und die besilzloseii Volksklassen^ 1890 ; — 3° Gutachten ùber die Vorschlàge zur Errichiung einer eidgenossisrhen Hochschule fur Redits- und Stautswissenschaft. Zurich, 1889 ; — 4» Die sozialen Aufgaben der Rechtsivissenschaft, 189o.
II INtRODUCTION
OU du Isingage, sobre et pur comme une prose antique, dont il a su lui faire un si parfait vêtement.
S'il importe, après un travail critique plus que séculaire, de formuler aussi la pensée positive et organisatrice du socialisme, ce nouveau livre d'Anton Menger paraît à son heure. En plusieurs pays, le moment est venu où le socialisme ne peut plus rester la pensée d'un simple parti d'opposition, capable, par une protestation grosse de menaces, d'amener des améliorations partielles dans la vie matérielle des classés laborieuses. Il doit, par une conversion progressive du suffrage universel, pénétrer la pensée gouvernementale et législative ellemême. Il va être mis en demeure, non seulement d'assurer la transition graduelle à un nouveau régime économique, juridique et politique, mais d'inaugurer une ère nouvelle de culture d,émocratique. Définir en entier, et jusque dans le détail, cetta tâche réformatrice et civilisatrice, c'est l'ambition de Menger ; et il va sans dire que cette tâche dépasse les forces d'un homme. Elle ne sera accomplie que par le mouvement socialiste lui-même, au cours d'une évolation sans doute de plusieurs siècles. Mais il est vrai aussi que ce mouvement a besoin d'être guidé. 11 s'oriente par un travail idéologique, qu'il produit à mesure. Sans doute ce travail n'est pas impersonnel. La pensée humaine, fl
même adaptée aux besoins collectifs qu'elle traduit, n'a point pour organe un esprit social et une âme j,
populaire, comme ce Volksgeist imaginé jadis par le romantisme allemand. La collectivité ne pense que dans les esprits individuels. Mais ce qui dure