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écrits ultérieurs relatifs à la politique sociale. Quelques-uns de ses successeurs, notamment Schweitzer dans ses articles sur Bismarck publiés en i865 dans le Sozialdemokrat, se sont assurément placés à un point de vue propi*eraent national ; mais aussi bien ce fut Tune des raisons qui détei*minèreilt la sécession de la fraction internationaliste sous la conduite de Marx et d'Engels (*).
Marx et Engels, fidèles à Tancienne tradition du socialisme, se tinrent toujours placés au point de vue international. Leur Manifeste Communiste de février 1848 se termine par cette exhortation : « Prolétaires de touS les pays, unissez-vous ! » L'Association Internationale des Travailleurs, fondée en 1864, reposait également, comme l'indique déjà son nom, sur des bases essentiellement internationales ; ses statuts disent expressément que l'émancipation des travailleurs n'est pas un problème simplement local ou national ; qu'au contraire ce problème intéresse toutes les nations civilisées, la solution en étant nécessairement subordonnée à leur concours théorique et pratique. L'organisation de l'Internationale eut, elle aussi, conformément à ces principes, un caractère nettement international.
Depuis cette époque la tendance internationaliste du socialisme est devenue un fait si universellement reconnu qu'il est inutile de donner un exposé historique des mille manifestations faites en ce sens. Seul, un petit groupe de socialistes allemands, réuni autour du pasteur Naumann, a tente d'amalgamer les
(*) Mehring, Geschichte der deutschen Sozialdemokralie, . l. II (1898)» p. 140142.
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doctrines socialistes et les exigences de TÉtat militaire et patriotique ; mais ce parti n'a su prendre que peu d'importance.
Je considère cet antagonisme, entre TËtat militaire et patriotique d'une part, et d'autre part l'internationalisme commandé aux classes pauvres par leurs propres intérêts, comme le plus important des factcui*s qui poussent le monde civilisé du vingtième siècle à d'inévitables catastrophes. L'augmentation incessante des exigences militaii*es et la compression j3olicière qui en est inséparable ont en effet, petit à petit, révolutionné dans toute l'Europe les classes inférieures bien plus que ne l'a fait le développement du régime capitaliste, dans laquelle tant de théoriciens socialistes voient la cause principale du socialisme révolutionnaire. Car dans les Etats militaires, les plus robustes parmi les prolétaires reçoivent à la fleur de leur âge, d'une manière continue, des impressions d'où résulte en eux la conviction qu'en temps de paix comme en temps de guerre, ils sont contraints, pour la défense d'intérêts qui leur sont étrangers, aux sacrifices personnels les plus considérables ; au lieu que les masses populaires sont loin d'avoir conscience et de se rendre un compte exact de la dépendance et de l'enchaînement des faits économiques. Dans les pays qui ignorent la tyrannie militaire et policière (en Angleterre, par exemple), le régime capitaliste a pu, pendant un siècle, se développer d'une nâanière extraordinaire sans amener la naissance d'un parti ouvrier révolutionnaire et socialiste de quelque importance.
Cet antagonisme ne s'est vraiment déployé qu'au
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dix-neuvième siècle. Au dix-huitième, le monarque faisait encore ses guerres avec des armées professionnelles embauchées^ sans réclamer d'ordinaire le concours des prolétaires. On avait alors encore assez de bon sens pour ne pas confier la défense de rÉtat contre les ennemis du dehors et du dedans à ceux qui sont plus intéressés au renversement qu'à la conservation du régime établi. C'est la France révolutionnaire et démocratique qui, la première, en un temps d'exaltation extrême, a introduit le service obligatoire ; ce système militaire a été imité ensuite, malgré la différence totale des conditions politiques et sociales, en Prusse et dans les autres États militaires et aristocratiques de TEurope. Le monde militaire, dans sa folie du nombre, vise à accroître toujours davantage nos immenses armées de prolétaires, et il ne s'arrêtera sans doute pas avant que l'ensemble du prolétariat valide soit réuni dans l'armée. Comme celui qui tient l'épée finit toujours, l'expérience nous l'enseigne, par faire prévaloir ses intérêts politiques et sociaux, le triomphe final de l'État populaire du travail parait assuré par là même, dût l'organisation traditionnelle de l'armée maintenir longtemps encore les anciennes dominations.
Si l'on se demande enfin comment l'idée d'un État mondial peut être réalisée, il est clair tout d*abord que cet idéal ne peut être atteint sous le régime actuel que par une conquête du monde, conquête que jusqu'ici personne n'a pu faire. Jamais en effet les gouvernements de nos États, qui, à Tintérieur, brandissent l'épée comme leur titre juridique le plus valable, ne se soumettront dans les questions
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nationales d*intérêt vital à la sentence d'une autorité étrangère. Les plans dressés à diverses reprises au dix-huitième et au dix-neuvième siècle, en vue de supprimer la guerre par une confédération des Etats civilisés ou même par la fondation d'une république universelle de caractère exclusivement politique (*), sont par suite, sans aucun doute possible, inapplicables en ce qui concerne les questions internationales les plus importantes ; la procédure arbitrale ne peut être appliquée avec succès, ainsi que l'enseigne Texpérience, qu'à des litiges internationaux peu importants, dont ne dépend ni Thonneur ni l'existence des nations. Ce n'est que lorsque, dans l'État populaire du travail, les questions de force auront été reléguées à l' arrière-plan et que l'activité de l'État sera orientée surtout vers des buts économiques, c'est alors seuleuient que l'on pourra songer à la fondation d'un État universel à attributions essentiellement économiques.
Mais il ne faut point se représenter la naissance de l'État économique universel comme un événement soudain, résultant d'un acte libre et arbitraire des intéressés ; il faut le concevoir comme l'épanouissement et le développement progressifs
(*) Saint- Pierre, Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, t. I (17i3), p. 279 sqq. Rousseau, Exlrait du Projet de paix perpétuellede monsieur l'abbé de Saint-Pierre (1761), p. 60 sqq. Cloots^ La République universelle (1793;, p. 42 sqq. Kant, Zum ewigen Frieden 1^1795), 2'"' article définitif. Dasjunge Europa (La jeune Europe), fondée sous l'influence de Mazzini par l'acte fraternel du 15 avril i83i, manifeste publié dans Rôscbi, Bericht aii den Uegierungsrat der Repubiik 0em, betre/fend die politischen Umtriebe ab Seite politischer Fliichtlinge und anderer Fremden in der Schweiz (1836), p. 51, sqq.
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d*institutions économiques d'un caractère, international. Dès aujourd'hui on peut citer à titre d'exemples diverses institutions qui embrassent le monde civilisé tout entier, par exemple l'Union télégraphique internationale (fondée en i86S), l'Union postale universelle (1874)1 ^^^ conventions internationales pour la protection de la propriété industrielle, littéraire et artistique (i883, 1886), etc. (*).
(*) Cf. LUzt, Das Volkerrecht (1898), § 17.