LES CONTRATS I
membres, à des conditions de plus en plus avantageuses, une monnaie de papier (bon^de circulation) qu'elle n'est pas astreinte à rembourser en monnaie métallique et qu'ils s'obligent à recevoir dans leurs affaires comme moyen de paiement (*).
Il est clair que des institutions de ce genre ne sauraient réaliser la gratuité du crédit ni à plus forte raison la suppression du revenu sans travail. Car si la Banque du Peuple, opérant à la façon de nos établissements de crédit actuels, ne donne sa monnaie de papier qu a des personnes solvables, appartenant aux classes possédantes, les grandes fins que Ton poursuit ne seront point atteintes, en raison même des limites fort restreintes de cette circulation ; et si au contraire les bons de circulation sont émis en masses considérables, sans égard à la solvabilité des preneurs, leur valeur ne peut tarder à s'effondrer, et leur capacité de circulation s6 trouvera ainsi anéantie.
rV. Les contrats d'association. — Les contrats d'association groupent pour un but commun le travail ou les ressources de plusieurs personnes. Gomme Fexploitation économique d'une personne par une autre est très loin de résulter du contrat d'association au même degré que des autres catégories de contrats^ l'association, surtout au début du mouvement social, a eu la faveur des réformateurs qui se proposaient de fonder le nouvel ordre
(*) Voir les Statuts de la Banque du Peuple, en date du 31 Janvier 1849, dans les Œuvres complètes de Proudhon, t. VI, (1868), p. 259-312, notamment les articles 9, 16, 18, 31, 32.
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social sur la base de la libre entente et sans contrainte de rÉtat. Mais les formes du'iiontrat d'association qui appartiennent au domaine du di*oit privé se sont toujours montrées impuissantes, en raison du caractère trop lâche des liens qu'elles créent, à engendrer un nouvel ordre social. L'étroite communauté de vie qui doit unir entre eux les membres de l'État populaire du travail ne saurait naître de simples contrats de droit privé, pas plus qu'une armée ou une Église ne peuvent reposer uniquement sur des ententes contractuelles de ce genre.
Au nombre des socialistes qui veulent fonder la nouvelle société sur la libre association il faut compter notamment Fourier (*), Owen (*), Thompson (') et les communautés socialistes de rAmériqae du.Nord(*), celles-ci appartenant, comme ceux-là,
(*) Fourier, Le nouveau monde indttëtriel (18^), p. it9, dans les Œuvres, t. VI (1848), p. 100. Considérant, Destinée sociale, t. I (1K37), p. 369 sqq.
(') Robert Owen, Lelter published in the London newspapers of September 40, /*/7, reproduite dans Life of Robert Owen, t. fA^ (1858), p. 119-138. Plus tard, Owen se prononça aussi en faveur de la transformation de la société par la contrainte de l'État. Voir son écrit : The révolution in the mind and praCtice of the human race (1849), p. 56 sqq. et passlm. La formation d'associations contractuelles a été préconisée, longtemps avant Owen, par John Béliers, Proposais for raising a colledge of industry (1696), reprod. dans Life of Robert Owen, t. I A, p. 157 sqq.
(') Thompson (disciple d'Owen), An inquiry into the principles of the distribution ofwealth (1824), p.^386 sqq. ; Practical directions for the speedy and economical establishment of comjnunities (1830), p. 11 sqq.
(*) Les communautés socialistes d'Amérique reposent toutes sur des contrats de droit privé, contrats qui sont en partie repro-