‹ L'état socialiste;Chapitre 84 sur 121 · LA COMMUNE ' ^J · texte numérisé non relu

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naturellement pas faire autrement que de prendre pour point d'application la répartition présente de la population, dont la tendance est incontestablement de former de grandes villes. Au reste, l'expérience des dernières décades a montré que, si l'immoralité possède dans les villes un caractère différent, elle n'est pas plus grande que dans les campagnes, et que même les conditions sanitaires défavorables des grands centres sont plus que compensées par les institutions hygiéniques perfectionnées qui y fonctionnent. Les petites communes que le système féodal nous a léguées et qui ne peuvent même pas suffire aux modestes exigences politiques de TÉtat actuel devraient être fusionnées selon les besoins.

Le socialisme municipal présenterait, à titre de première étape, de très considérables avantages. Le défaut principal de rorganisation économique actuelle consiste sans aucun doute en ce que l'ouvrier ne reçoit qu'un salaire déterminé et n'est pour ainsi dire jamais intéressé au produit effectif de son travail. Mais le socialisme municipal est une forme économique qui, mieux que le socialisme d'État ou le socialisme universel, fait apparaître même à l'œil peu exercé de l'ouvrier la connexité qui lie le travail et sa rémunération. En second lieu, le socialisme municipal permet au moins pendant la période de transition de ne pas rompre entièrement, en matière de rémunération du travail, avec l'état de fait actuel, et d'échapper à la nécessité de régler d'une manière entièrement égale la condition de tous les travailleurs d'un Etat donné, à quelques région qu'ils appartiennent. Gela est de grande

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importance (*) notamment en ce qui concerne les ouvnei*s urbains» qui sont la portion la plus active de la classe ouvrière ; si en effet, pour fixer leur niveau de vie, on prenait la moyenne de TÉtat tout entier, dans bien des cas il ne serait pas plus élevé qu'aujourd'hui, malgré là suppression du revenu sans travail, et même dans quelques cas exceptionnels il risquerait d'être abaissé.

Si l'on fait de la commune le support normal de la propriété et de Téconomie, il est très naturel que Ton en vienne à penser à lui conférer la souveraineté et la puissance législative. Toutefois j'estime que, si Ton en décidait ainsi, on commettrait une faute grave, car ce serait retourner à un régime de morcellement politique analogue à celui du Moyen-Age. L'unité de la législation pour de^ larges étendues, qui d'ailleurs n'ont pas besoin d'être rigoureusement identiques à nos États nationaux, trop vastes, est une des portions les plus précieuses de l'héritage que rÉtat individualiste d'aujourd'hui léguera à la société de l'avenir. Dans les pays qui possèdent à côté de la législation nationale une législation provinciale, cette dernière devra être conservée et développée sous le régime de l'État populaire du travail.

La Commune de Paris de 187 1 a certainement commis une faute en revendiquant pour elle-même et pour les autres communes françaises, dans la Déclaration au peuple français du igavril 187 1, outre les fonctions économiques, l'autonomie absolue et le droit de légiférer en matière de finances, d'enseignement, de justice, et même partiellement en matière

(*) Voir plus haut, livre I, ch. 11.

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d'organisation militaire (*). A vrai dire, ce n'était là qu'un expédient inspiré par les circonstances : les hommes de la Commune savaient bien que le peuple français et TAssemblée nationale élue par lui n'approuveraient jamais l'application des réformes socialistes à toute l'étendue du territoire. Si, dans de semblables conditions, ils ne reculèrent pas devant l'idée d'un morcellement complet de la France, il en faut simplement conclure que le mouvement communaliste, eu égard aux rapports de puissance en vigueur, était extrêmement. prématuré.

Les communes chargées de fonctions économiques qui seraient à la base de l'État populaire du travail seraient jusqu'à un certain point les unes vis-à-vis des autres des individualités autonomes. Toutefois limerait inexact d'identifier leurs relations à celles qu'ont entre eux les exploitants particuliers de la société actuelle. Certes, dans la mesure où les biens et les services sont produits et consommés dans une même commune, elle est naturellement autonome et indépendante. Mais tout échange de marchandises et de services entre deux communes autonomes devrait naturellement se trouver placé sous la surveillance ou la direction d'autorités économiques supérieures. Suivant l'étendue du territoire à l'intérieur duquel se feraient les échanges, ce seraient des autorités économiques d'un rang plus ou moins élevé qui fonctionneraient comme organes

I*) -Voir la Déclaration au peuple français de la Commune de PariSy du 19 avril 1871, dans le Journal offîciel de la république française du 20 avril 1871, p. 271.

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de direction, comme bureaux de liquidation et comme offices de statistique.

Le transfert de la propriété et de l'activité économique de l'individu à la commune aurait nécessairement pour conséquence que la qualité de membre de la commune ou de TÉtat aurait, sons le régime socialiste, une importance incomparablement plus grande que sous le régime actuel. Le droit du citoyen comprend essentiellement aujourd'hui les droits dits politiques ; c'est-à-dire que le citoyen, à l'inverse de l'étranger, a sous certaines conditions (telles que le cens) le droit de prendre part soit directement soit au moyen de représentants à la direction des affaires de l'État. La qualité de membre de la commune — le droit de cité (Heimatsrecht) — confère dans certains pays, en même temps que ces droits politiques, le droit de bénéficier de l'assistance pid>lique, tandis que d'autres États ne font dépendre ce dernier droit que de la résidence en un lieu donné — le « domicile de secours », {Unterstûtzungswohnsiiz) — . Les intérêts essentiels de l'individu ne sont par suite aujourd'hui influencés que faiblement par son droit de citoyen de TÉtat et de citoyen de la commune. L'homme qui ne veut pas prendre part à la vie politique et qui n'a pas besoin de recourir à l'assistance publique peut passer sa vie à l'étranger sans s'apercevoir même qu'il ne fait pas usage de ces droits.

Au contraire dans l'État populaire du travail la qualité de membre de la commune constituera pour tons les citoyens la base de leur existence économique. En effet, c'est elle qui crée pour eux vis-à-vis de la commune le droit à la vie et le devoir de travail

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corrélatif (*). Les personnes travaillant directement pour les districts, les provinces ou TÉtat feraient valoir leur droit à la vie vis-à-vis de ces organisations. Afin d'empêcher des différences trop grandes dans la condition économique des diverses communes, les autorités économiques supérieures devraient avoir le droit de conférer à des particuliers, à titre temporaire ou à titre permanent, le droit de cité dans une commune plus prospère, même sans Fassentiment de cette dernière.

Dans l'Etat populaire du travail, les conditions mises à la qualité de membre de telle ou telle commune ne devraient être dérivées que sous d'importantes réserves, de Tespèce de celles qui aujourd'hui . fixent le droit de cité politique ; en effet, par suite des immenses migrations qui se produiraient dans l'intérieur des Etats, de grandes masses de population habiteraient dans des communes qui ne seraient pas leurs communes natales. La première règle du droit de cité socialiste devrait être la prise en considération du domicile effectif des individus et de leurs familles, ainsi qu'il en était primitivement pour la détermination de la qualité politique de membre de l'État et de la cpmmune. Le droit de cité socialiste une fois établi pourrait dans certaines conditions, comme aujourd'hui le droit de cité politique, être transféré à d'autres personnes. Ainsi l'épouse et les enfants légitimes se trouveraient appartenir d'emblée à la même commune que leur père, les enfants illégitimes à la même que leur mère. Quant aux personnes auxquelles on ne pour-

(*) Voir plus haut, livre II. ch. vu.

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rait assigner de droit de cité, ce sont les organisations publiques plus importantes (le district, la province, TÉtat) qui devraient leur procurer du travail et des moyens d'existence.

La liberté d'établissement du régime actuel devra subir également dans FÉtat populaire du travail des limitations considérables. Dans la société présente, où les ouvriers dépendent entièrement des propriétaires des moyens de production, c'est peut-être leur droit économique le plus important de pouvoir en cas de besoin chercher un autre maître ; la liberté d^établissement forme une partie de ce droit. Au contraire, sous le régime du socialisme municipal, chaque membre de la commune, en sa qualité de détenteur du droit à la vie, sera régal des auties membres, et il contribuera de même par sa volonté à déterminer l'activité économique des autorités communales. Aussi le passage à une autre commune ne sera-t-il permis en règle générale que lorsque la commune dont tel membre voudrait sortir le relèvera de son devoir de travail, et que la commune où il voudrait entrer lui conférera le droit à la vie. Mais alors même que tous les intéressés ne donneraient pas leur assentiment, les autorités économiques supérieures devront avoir le droit d'accueillir favorablement toute demande qui leur serait adressée à Teflet d'un changement de communauté.

Si l'on prend en considération l'état présent des théories sociales et plus encore les ressorts qui meuvent notre société, on an-ive à cette conclusion que le socialisme municipal sera l'héritier immédiat du régime politique et économique actuel. Mais il

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serait tout à fait irrationnel de voir dans cette forme politique et économique la fin dernière des aspirations sociales. Si Ion a très justement comparé notre régime économique à l'anarchie dans le do (naine de la vie politique, on peut considérer le socialisme municipal, avec son éparpillement des forces économiques, avec Tinégalité des conditions de vie qu'il comporte, et la forme fédérative de l'ensemble de l'organisation économique, comme une sorte de Moyen- A.ge économique. Aussi ne faut-il voir dans le socialisme municipal qu'un degré plus élevé de la conscience sociale de l'humanité, d'où l'œil pourra atteindre de nouveaux horizons lointains. Et, dan9 le fond le plus indistinct de cet horizipn, dans la brume lointaine de l'avenir, le regard investigateur aperçoit une société sans antagonismes politiques ni économiques, dans laquelle le genre humain tout entier formera une alliance de frères égaux en droits.

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