LE GROUPE DE TRAVAIL
suite, si les membres de ces groupes possèdent vis-àvis de la commune le droit à la vie, ils ne peuvent pas çxiger que le produit des groupes de travail soit réparti entre eux selon n'importe quel principe. On peut dire que le groupe de travail est la corporation de rÉtat socialiste, mais à la condition de ne pas donner à ce mot le sens péjoratif qu'une évolution de plusieurs siècles, pleine d'égoïsme et d'exclusivisme, y a attaché. Conformément au principe général de l'État socialiste, le groupe de travail aurait essentiellement le caractère d'une institution de droit public. Le groupe de travail est créé et est dissous sur Tordre de la commune ; c'est de même cette dernière qui décide des membres et des moyens de travail qui seront attribués à tel ou tel groupe. Par là cette institution se distingue de la Série du système fouriériste, qui repose uniquement sur une sorte d'inclination passionnée des membres pour telle ou telle profession, et non par conséquent sur une autorité extérieure (*). Il est de même aisé d'apercevoir la différence entre le groupe de travail et les associations ouvrières de Louis Blanc et de Lassalle : ces dernières, en effet, sont formées par une libre entente des travailleurs (*).
(*) Fourier, Le nouveau monde industriel et sociétaire ou les séries passionnées (1829), p. 57 sqq., dans les Œuvres^ t. VI (1848), p. 47 sqq. ; Considérant, Destinée sociale, t. II (1838), p. 26, 75 sqq. De même les groupes de travail des anarchistes. Voir plus haut, p. 19.
{*) Louis Blanc, Organisation du travail (1840), dans les Questions d'aujourd'hui et de demain, t. IV (1882), p. 89, 90; Lâssalle, Offenes Antwortschreiben (1863), dans l'édition de Bernstein, Reden und Schriften, t. II (1893), p. 429, 443 ; Herr Bastiat-Schulzevon Delitzsck [ISd^), éd. Bernstein, t. III (1893), p. 224.
a86 ORGANISA.TIOII DE L'ÉTAT SOCIALISTE
Les chefs du groupe de travail sont nommés et destitués par la commune. Us sont responsables de Texécution du travail du groupe ; mais ils doivent aussi avoir le pouvoir de diriger le travail des membres et de frapper de peines disciplinaires ceux qui se montreraient paresseux ou réfractaires, sous réserve du droit de ces derniers à porter plainte auprès des autorités de Tordre. Les mêmes dispositions seraient naturellement applicables même si la commune dirigeait les travaux de ses membres sans l!intermédiaire de groupes de travail. Lorsque rÉtat socialiste sera entièrement entré dans Tère du régime définitif, alors, mais alors seulement, la constitution du groupe de travail pourra être transformée, avec une grande circonspection, dans le sens démocratique. Mais jusque là on n'aurait guère à redouter un abus sérieux de la constitution autoritaire du travail, parce que la commune, dont émane l'autorité, sera elle-même organisée sur des bases démocratiques.
Je sais fort bien qu'une pareille constitution autoritaire du travail donnera difficilement satisfaction aux tendancfes démocratiques de la classe ouvrière ('). Mais la constitution de l'État et celle du travail doivent être appréciées d'après des règles entièrement différentes. Les conditions politiques ne touchent que fort peu la vie intérieure des peuples, et ceux-ci ont assez souvent supporté sans détriment notable pour leurs intérêts vitaux les modifications
(1) Voir, par exemple, Bebel, Die Frau (1883), 25* éd. (1895), p. 343 (tr. fr. La femme dans le passé, le présent et l'avenir, p. 259).