‹ L'état socialiste;Chapitre 98 sur 121 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Parmi les faits humains, il n'y a pas de domaine où se manifeste plus clairement que dans Tapprédation du socialisme cette forme d'erreur que j*ai nonmiée la vérité unilatérale (*). Quand il s'agit d'apprécier les révolutions religieuses et dynastiques, les hommes d'État et les masses populaires elles-mêmes se placent non pas au point de vue économique, mais au point de vue politique, et même confessionnel et national. La Réformation, par la guerre de Trente Ans qu'elle a fait naître, a détruit pour des siècles la prospérité économique de l'Allemagne, cela est hors de doute ; mais qui condamnera pour cette raison ce grand fait historique ? Les guerres de Frédéric II pendant la première partie de son règne, les guerres de la République française pendant la grande Révolution, ont porté la plus grave atteinte aux intérêts économiques de la Prusse et de la France ; et pourtant, les populations de ces deux pays s'en souviennent avec orgueil. Aussi bien s'agissait-il dans ces cas et

(«) Voir plus baut, livre III, cb. ix.

dans beaucoup d'autres semblables d'atteindre à des fins religieuses et politiques, et, quand ou juge les hommes qui ont dirigé ces mouvements, on se demande seulement s'ils ont eu assez de force et s'ils ont choisi les bons moyens pour les faii^ aboutir.

Ce n'est que lorsqu'il s'agit des intérêts politiques et économiques des masses — et ceci est la meilleure preuve que leur puissance n'est pas encore consacrée par les laits ni assise dans la réalité — que la notion de force est reléguée à Tarrière-plan, effacée par celle d'utilité. En effet, les représentants du régime social actuel ne sont pas seuls à s'inquiéter des effets qu'aura le socialisme sur les classes privilégiées d'aujourd'hui ; bien des théoriciens socialistes même s'ellbrcent de prouver que toutes les classes, les possédantes aussi bien que les non possédantes, trouveront leur compte à la transformation sociale. On s'exposei'ait à faire rire de soi si l'on jugeait en se plaçant à un point de vue analogue les grandes actions des dynasties et d'autres puissances reconnues. La vérité est que depuis des siècles, dans les grandes entreprises des Etats et des Eglises, la ruine politique et économique de l'adversaire ne fut pas seulement un moyen nécessaire, mais bien à proprement parler le but.

Considérons donc franchement le mouvement social conmie une lutte entre les classes supérieures et les classes inférieures pour le pouvoir politique et le pouvoir social ; et dès lors nous n'avons pas le droit d' affirmer que le socialisme propose à l'humanité un problème inouï. Il y a eu souvent des luttes semblables, quoique d'une moindre portée.

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