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L'étatromain depuis 1815 jusqu'a nos jours avec des notes et documents historiques Jules Amigues

L’importance des événements qui s’accomplissent en Italie n’est point seulement dans cet intérêt de nationalité que l’on a voulu vainement élever à la hauteur d’un principe. La nationalité, en effet, résultat inconscient et fatal de faits antérieurs, n’est en soi qu’un fait assez secondaire; et même, à bien considérer les choses, si le classement des nationalités, c’est-à-dire l’individualisation des peuples, ne devait pas avoir pour dernier résultat, en assimilant les éléments, en groupant les forces et préparant ainsi l’effort collectif, d’assurer dans l’avenir l’établissement d’une vaste union fédérative, on pourrait nier que la constitution des nationalités soit un fait de progrès; car elle est, dans l’ordre politique, une satisfaction donnée aux traditions et aux intérêts du passé; dans l’ordre social, un temps d’arrêt pour marquer le point d’arrivée. Si donc le mouvement italien a excité en Europe de si vives solli-

citudcs, c’est que sa portée est plus haute. En effet, lorsque l’Italie, par une évolution qui a trompé bien des prévisions et des espérances, a affirmé avec éclat sa volonté d’être une, elle a soulevé ainsi dans toute sa hauteur une question qui contient en germe tout le futur remaniement européen. — Deux principes sont aujourd’hui en présence sur un point de l’Italie : l’un dont se réclame l’unité italienne, l’autre qui lui est hostile; le droit populaire dans l’une de ses plus humbles expressions, le droit divin dans son expression la plus haute. Ainsi posée, la question ne peut manquer d’être résolue sans les ambages qui l’ont enveloppée ailleurs. Car, que l’on veuille ou non se le

dissimuler, les monarchies dites révolutionnaires ne

sont qu’un compromis plus ou moins viable entre les deux principes, et elles marchent vers l’avenir d’un pas boiteux, appuyées d’une part sur le suffrage populaire, de l’autre sur l’hérédité, qui en est la négation. A Rome, il n’y a pas d’équivoque possible. Il importe peu que ce peuple, ayant la main forcée, se donne pour un temps un autre maître. Le débat actuel n’en est pas moins entre un peuple de quelques centaines de mille âmes à peine et l’héritier de ceux qui prétendaient à l’empire du monde. On conçoit donc que, bien que la réforme,

en désagrégeant la vieille Europe, ait puissamment ébranlé la solidarité des couronnes, l’intérêt de ce débat soit resté grand pour les rois comme pour les peuples, parce que le résultat en doit être décisif. Et comme toute question posée veut être jugée, il convient que celle-ci, la plus grande qui ait été soulevée depuis longtemps, soit jugée après un sérieux examen. Or, nous connaissons peu en France l’histoire de la Papauté, particulièrement durant celte période où elle s’est trouvée aux prises avec la moderne civilisation. Rien n’est plus intéressant que cette étude, par laquelle l’Église, dans sa constitution vieillie, se révèle impuissante à vivre dans

l’air nouveau. Rien n’est plus curieux et plus attristant à la fois que la lecture de ces documents, où l’on voit la Papauté s’efforcer vainement, tantôt de ramener le monde en arrière, tantôt et plus vainement encore de marcher avec lui.

Le livre de M. Farini, Lo Slato Romano (1), est, sur ce sujet, plein de précieuses indications. Mêlé depuis longtemps aux affaires publiques de l’Italie et spécialement à celles de Rome, nul mieux que M. Farini ne pouvait puiser aux sources sûres, et nul plus que lui ne saurait allier à l’élévation de l’esprit celte

(1) Lo Stalo Romano, par S. Exc. le Commandeur C.-L. Farini ; h vol. in-18, Lcmonnier, Florence.

droiture de l’âme qui l’ait l’aulorité des jugements. • — J’ai donc emprunté à VÊlal-Romain les pièces, inédites pour la plupart, que je publie aujourd’hui, et j’ai cité, en outre, le texte même du livre partout où j’ai jugé utile à la saine appréciation des choses le haut témoignage de M. Farini.

J’ai laissé la part la plus large aux documents, dont l’enseignement est plus sûr que celui des faits, parce que la passion ne peut les défigurer. J’ai cru toutefois devoir les relier par un résumé historique qui leur servit de cadre et permit d’apprécier leur véritable portée par leur rapprochement avec les circonstances.

En ce qui concerne les hommes, j’ai dû, dans un aperçu aussi rapide, ne nommer que ceux dont le rôle, dans les affaires d’Italie, a été trop important pour que je pusse négliger leur participation sans altérer la physionomie môme de l’histoire; et, autant qu’il m’a été possible, j’ai laissé les événements faire la critique des personnes. Nous vivons en un temps de.douloureuse transition, où les principes se heurtent , non-seulement entre des consciences honnêtes, mais souvent dans le même esprit. Pour qu’un jugement sûr puisse être porté sur la plupart des contemporains, il est donc nécessaire d’attêndre que l’avenir ail dégagé ce qu’il y a de vrai dans

leurs croyances, ce qu’il y aura eu d’utile dans leur action.

Si, par une loi de conscience, j’ai du ine reconnaître hostile à la constitution actuelle de l’Église, je ne suis pas de ceux qui méconnaissent les services qu’elle a rendus. — Je crois que le catholicisme a donné à la civilisation moderne tout ce qu’il pouvait lui donner. Je crois que c’est en dehors de lui qu’elle doit chercher la formule de sa synthèse universelle. Je crois que d’ici à un avenir prochain il ne sera plus que comme ces débris des âges qui survivent dans le présent et le rattachent au passé. Mais dans ce monument qui s’écroule au milieu des orages, je salue avec respect la grande ruine de demain.

Jules AMIGUES.

Naples, 24 février 1861.

L’ÉTAT-KOMAIN

DE

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