LIVRE PREMIER
Sommaire historique depuis l’année 1815 jusqu’en juin 1846.
Bonaparte venait de tomber sous l’effort des peuples, soulevés par leurs souverains au nom de la liberté et de l’indépendance. Mais le conquérant abattu, les rois ne sc souvinrent plus de leurs promesses. On défit l’œuvre qu’il avait tentée, non pour jeter les bases d’une société politique nouvelle, mais pour revenir aux traditions du passé. Au nom de l’équilibre européen, les peuples furent partagés au hasard comme les lots d’une succession. On fit à la France, par respect pour sa vieille unité monarchique, cette concession de ne point la démembrer. Les autres puissances s’agrandirent, et la ruine des faibles fut le prix de la victoire des forts.
Tel fut, dans l’ordre politique, le dernier résultat des guerres impériales.
L’Italie se vit arracher la Lombardie et la Vénétie tout entières, et en outre des possessions et des forteresses pontificales. Les États secondaires furent rétablis au profit des archiducs. Les peuples étaient serfs; les Étals étaient des fiefs ; les princes des préfets de l’Autriche. Seule, parmi les États restaurés par les baïonnettes autrichiennes, la cour de Rome montra quelque fierté ; elle revendiqua les territoires qui lui avaient été enlevés au delà du Pô, et protesta contre l’occupation des forteresses de Comacchio et de Ferrare ; mais elle protesta pour défendre ses possessions, non pour protéger l’indépendance italienne.
Pie VII rentrait dans ses États avec l’autorité et le prestige que donne le malheur supporté noblement.
Il n’en sut point profiter, et fut aussi faible sur le trône qu’il avait été ferme dans l’exil. Il laissa le parti clérical se redresser avec scs idées et ses passions d’autrefois, exagérées encore par d’âpres ressentiments.
La camarilla pontificale entreprit bravement de restaurer le moyen âge. Rien ne fut conservé de ce qui portait quelque trace de l’esprit nouveau. Les institutions les plus utiles étaient supprimées sans examen. , L’enregistrement était, par les hommes du pouvoir, qualifié d’infâme. Les Codes civils et criminels, promis par le tnolu proprio de 1816, étaient vainement réclamés ; les impôts étaient écrasants ; l’armée, au lieu d’offrir par sa composition nationale une garantie à l’ordre public, était ramassée par les grands chemins ; le commerce et l’industrie étaient entravés par les pro-
tections ; la censure était rigoureuse ; les études dégénéraient; tous les hommes du régime antérieur étaient suspects ou méprisés.
Un tel système devait produire de prompts mécontentements chez des populations à qui les guerres de la Révolution et les conquêtes de l’Empire avaient apporté le germe des idées nouvelles, et ces mécontentements devaient se produire d’une manière particulièrement funeste sur une terre que de vieilles traditions de rivalités et de servitude avaient accoutumée aux conjurations. La secte libérale des Carbonari, née dans le royaume de Naples, allait s’agrandissant dans l’État- Romain. Politique dans son origine, elle ne s’était proposé pour but que l’indépendance italienne; mais, grâce précisément à la confusion des deux pouvoirs auxquels elle s’attaquait, elle prit dans les États-Romains un caractère à la fois politique et religieux. La foi de Pie VII s’en émut, et le Pontife prêta à la réaction politique le secours des armes spirituelles. Le 13 septembre 1821 fut rendue, contre la secte des carbonari, la bulle suivante :