‹ L'étatromain depuis 1815 jusqu'a nos jours avec des notes et documents historiques Jules AmiguesChapitre 18 sur 57 · GG · texte numérisé non relu

GG

cime façon et sur aucun point exercé ses fonctions, et ne s’est pas même constituée de fait ;

Que les deux Conseils délibérants, d’accord avec le ministère et la municipalité, se sont efforcés de remédier à une telle perturbation en envoyant des messages au Prince pour le prier instamment de venir reprendre le gouvernement de la chose publique ;

Que les délégués chargés desdits messages, non-seulement n’ont pas été admis sur le territoire napolitain, mais ont fait d’inutiles tentatives pour être reçus par le Prince, et que d’autres négociations plus récentes, d’autres démarches faites auprès de lui sont demeurées absolument sans résultat; que par le fait de son séjour sur une terre étrangère, d’où est repoussée par ordre supérieur toute députation à lui adressée, ce qui constitue la violation d’un droit expressément attribué aux députés par le Statut fondamental, il demeure incertain s’il est en jouissance de sa pleine liberté et spontanéité d’action, et s’il peut s’inspirer de conseils impartiaux et bienveillants ;

Que nul Étal ou cité ne peut demeurer sans un gouvernement complet, que les propriétés et les droits des citoyens ne peuveni demeurer sans protection ;

Qu'il est nécessaire d’écarter par tous les moyens possibles le péril imminent de l’anarchie et des discordes civiles et de maintenir l’ordre public ; comme aussi de conserver intacts le Statut fondamental, la souveraineté et ses droits constitutionnels;

Les deux Conseils délibérants, pénétrés de leurs devoirs, et d’ailleurs obéissant ü la nécessité absolue de pourvoir d’une façon régulière à l’urgence extrême de la situation, par acte délibéré respectivement dans le sein de chacun d’eux ;

Décrètent ;

art. i*r. Il est constitué une provisoire et suprême Junte d’État ;

art. il. Laquelle est composée de trois personnes choi-

sies en dehors du Conseil des Députés, nommées à la majorité absolue des suffrages par ledit Couseil, et soumise h l’approbation du Haut-Conseil.

abt. ni. La Junte exercera, au nom du Prince et à la majorité des suffrages, toutes les fonctions appartenant au chef du pouvoir exécutif d’après les ternies du Statut et suivant les règles et principes du droit constitutionnel.

art. iv. La Junte cessera immédiatement ses fonctions dès le retour du Pontife, ou aussitôt qu’il aura délégué, par acte pleinement rendu dans les formes légales, une personne chargée de remplir ses fonctions, et que celle-ci en prendra de fait l’exercice.

La Junte de gouvernement fut composée de MM. le prince Corsini, sénateur (maire) de Rome, Zuccliini, sénateur de Bologne, et le comte Philippe Cainerata, gonfalonier d’Ancône. Zucchiui ayant refusé, Gallelli fut nommé à sa place.

La nomination de cette Junte d’État, que le Pape, dans une protestation du 17 décembre, appela « uu attentat sacrilège, » ne fut guère mieux accueillie par les républicains. Dans toutes les parties de l’Êtat, on réclamait tumultueusement la convocation d’une Constituante italienne, qui seule aurait la délégation de tous les droits populaires. A Rome principalement, les trop faciles ardeurs de la population étaient entretenues par la présence d’un grand nombre de réfugiés, Lombards pour la plupart, dont les espérances avaient été déçues par une tentative royale, et qui ne voyaient plus que dans uu effort révolutionnaire aucune chance d’affranchissement pour leur patrie. Le parti démocratique n’avait plus seulement des orateurs de clubs; il désignait ses chefs pour les luttes futures. Le Piémontuis

Garibaldi et le Lombard Cernuschi étaient fêtés par le Romain Cicernacchio. La garde civique, divisée, menaçait de se dissoudre. Le ministère faisait, pour maintenir l’ordre, d'impuissants efforts, mal servis peutêtre par tels de scs membres dont les sympathies étaient avec les agitateurs. Cédant enfin à la pression populaire, la Junte d’État publia , le 20 décembre, une proclamation par laquelle elle déclarait ne conserver que provisoirement la charge des affaires publiques, jusqu’à la convocation d’une Constituante des Etats-Romains, convocation qu’elle promettait d’activer le plus possible.

Cette décision de la Junte entraînait le mouvement hors des voies de la légalité et anéantissait le projet de Constituante fédérative de Mamiani. Celui-ci donna sa démission. Le portefeuille des affaires étrangères fut retenu provisoirement par le président Muzzarelli. Mais l’homme important du nouveau ministère, c’était Sterbini, que la faveur populaire soutenait.

Cependant, Naples, régie légalement par une Constitution, était de fait gouvernée par la terreur royaliste; la Sicile, séparée de la métropole, était ensanglantée par le bombardement et le massacre de Messine ; la Toscane était livrée aux déchirements que devait produire une étrange combinaison d’éléments hétérogènes : un pays conservateur, un gouvernement consti- - tntionnel, des ministres républicains; Venise continuait son héroïque résistance; la Lombardie, à demi dépeuplée, gémissait sous un joug devenu plus cruel ; le Piémont, que maudissaient injustement tous ceux dont sa mauvaise fortune avait trompe les espérances, se voyait

fatalement poussé à recommencer la guerre sans avoir pu s’y préparer. Le ministère Gioberti, qui s’appela lui-même le ministère démocratique, venait de prendre le pouvoir, promettait la guerre prochaine, et exposait, lui aussi, son projet de Constituante italienne, peu dissemblable de celui de Mamiani ; l’Assemblée conçue par M. Gioberti, outre quelle devait doter l'ilalie de l’unité civile, sans préjudice de l’autonomie et des droits des divers Etals, défait faciliter la réunion des forces de tous au profit de l'indépendance commune.

A Rome, le Statut était encore la loi écrite. Mais il était abrogé de fait par la situation révolutionnaire qu’avait créée l’absence du Prince. Les deux Conseils, virtuellement supprimés par la suspension de la loi qui les avait institués ; moralement amoindris par la convocation prochaine de l’Assemblée constituante, allaient se dissolvant de jour en jour et ne se trouvaient plus en nombre pour délibérer. La Junte les déclara formellement dissous le 26 décembre. Le 29, le mode de convocation de la Constituante fut réglé par le décret suivant :

Page 1