‹ L'étatromain depuis 1815 jusqu'a nos jours avec des notes et documents historiques Jules AmiguesChapitre 47 sur 57 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Rouie depuis la chute de la République.

« Maîtres de Rome, dit M. Farini (et je me plais à « ioscrire ce témoignage rendu par un Romain (1) à « la clémence des armes françaises) , maîtres de Rome, « les Français y prirent les dispositions ordinaires des « armées dans les places conquises, mais avec moins « de rigueur que ne faisaient les Autrichiens dans « les provinces : déploiement pompeux de troupes, « police militaire ; mais ni proclamations féroces, ni « insolences, ni supplices ; les armes furent récla- « mées plutôt qu’enlevées aux citoyens; on donna des * passe-ports à tous ceux qui voulurent sortir des t États-Pontificaux (2).

Tous les magistrats ou fonctionnaires du gouvernement républicain avaient été destitués ou s’étaient démis. Les commissaires de finances eux-mêmes, invités parle général Oudinot à demeurer en charge, s’y étaient refusés et avaient rendu leurs comptes à une commission déléguée par le général. Les officiers qui la composaient certifièrent par écrit « que non-seulement

(1) M. Farini est originaire de Bagnacarallo, en Romagne.

(2) Farini, lo Stalo llomano, t. IV, p. 231.

« caisses et comptes étaient eu bon état, mais que « les finances avaient été dirigées avec une probité et « une habileté merveilleuses, eu égard aux temps et < en comparaison des habitudes de l’administration « ecclésiastique (1). » A la tête des finances fut placé un certain Angelo Galli, ancien comptable de la trésorerie pontificale, qui seul avait la clef de ses combinaisons compliquées et suspectes.

En place du corps municipal démissionnaire, le général nomma une congrégation provisoire, composée d’hommes presque tous dévoués à la fortune cléricale. A côté de la police créée par l’occupation, se réorganisait, secrètement et en dehors de toute action française, l’ancienne police pontificale, odieuse et vexatoire. Tous journaux étaient suspendus; toute publication, soumise à la censure préventive ; toute réunion de plus de cinq personnes, interdite. Les gardes nationales furent désarmées. Ou expulsa de Rome tous les soldats qui avaient servi la République, tous les provinciaux, tous les Italiens, tous les étrangers qui pouvaient être suspectés d'affection à la République ou d’aversion pour la domination cléricale. Tous les anciens tribunaux, laïques, mixtes ou ecclésiastiques, fureut rétablis, y compris le Saint-Office.

M. de Corcelles, qui avait pour mission de contenir les exigences des émissaires de la cour pontificale, s’efforçait, en intervenant dans la recomposition provisoire des administrations romaines, de concilier les exigences contraires, et cherchait, avec une bonne foi

(i) Farini, to Slalo Romana, t. IV. p. 233.

digne d’une autre mission, l’introuvable solution dn problème romain. A Gaëte, les autres envoyés français sollicitaient obstinément un manifeste libéral; Ce qu’ils n’avaient pas su imposer comme une condition, ils espéraient l’obtenir comme une récompense. Mais le Pape répondait « qu’un tel manifeste ne semblerait point une « concession spontanée faite par le souverain dans sa « liberté et son indépendance, mais un acte imposé « par ses protecteurs ; que ceux-ci terminassent donc « leur œuvre, et qu’il parlerait ensuite ; qu’ils détrui- « sissent tous les vestiges de la révolution, qu’ils rcs- « taurassent véritablement le gouvernement du Pape; t alors le Pape pourvoirait. »

Ainsi apparaissait de nouveau, et avant même que fût pleinement opérée la restauration pontificale, l’inévitable et violente pression qu’exerce sur le temporel l’autorité spirituelle : le gouvernement français réclamait, en son nom et en celui des populations, des satisfactions qu’il croyait justes et nécessaires ; le Pape les refusait ; s’il se fût agi d’un autre souverain, on eût dédaigné ses résistances ; c’était le Pape, et il fallait courber le front I

Dans Rome, les généraux s’étaient faits les courtisans des prêtres ; les aveugles instruments de la force servaient les indignes apôtres de la foi. Crédulité ou mensonge, le général Oudiuot publiait le IA juillet, la proclamation suivante :

Romains!

Après notre entrée dans votre ville, de nombreux indices ont prouvé que Rome n’attendait que l’instant où, délivrée

d’un régime d’oppression et d’anarchie, elle pourrait de nouveau rendre témoignage de sa fidélité et de sa gratitude envers le généreux Pontife à qui elle doit l’initiative de ses libertés. La France n’a jamais mis eu doute l’existence de ces sentiments. En restaurant dans la capitale du monde chrétien la souveraineté temporelle du Chef de l'Église, elle réalise les vœux ardents du monde catholique. Dès son élévation à la dignité suprême, l’illustre Pie IX a donné des preuves des sentiments généreux dont il est animé envers son peuple. Le Souverain-Pontife apprécie vos désirs, vos besoins; la France le sait, votre confiance ne sera point trompée.

Ce n’est pas après , mais avant l’entrée des Français dans Rome, qu’eussent dû, pour l’honneur du général Oudinot, se produire les indices de la fidélité et de la gratitude romaines envers le Pontife ; et si la France n’avait jamais douté de l’existence de ces sentiments, c’était pourtant sous réserve préalable de leur vérification que la marche sur Rome avait été autorisée (i). On pouvait apprécier, d’après les actes mêmes du général Oudinot, la bonne foi de la déclaration par laquelle il engageait, pour donner confiance aux populations romaines, la garantie de la France.

Malgré tant de concessions et de complaisances, Pie IX refusait de rentrer dans Rome, et se contentait d’envoyer de Gaëte la proclamation suivante, où il était question, en termes plus que vagues, des institutions promises par le général Oudinot :

(1) » On nous dit qu’il ne fallait pas marcher sur Rome, qu’il ne fallait pas autoriser la marche sur Rome. On oublie donc dans quelles conditions cette marche était autorisée? Jo rappelle ces deux conditions : la première, c'était de ne pus y rencontrer de résistance sérieuse; la deuxième, c’est qu'on y serait appelé par le vœu des populations. » (Paroles de M. Odilon Barrot dans la séance de nuit du 7 mai 1849. — Voir le Moniteur du 8.)

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