‹ L'été à BadeChapitre 29 sur 46 · FRIBOURG · texte numérisé non relu

FRIBOURG

ayant son casque et sa cuirasse devant lui, est représenté dans une pieuse attitude, à genoux devant l'image de la Vierge.

Dans l'aile méridionale de l'église, est la statue du dernier duc, Berthold V; — un lion lui sert de piédestal : — malheureux petit lion qui gémit écrasé sous les grands pieds ferrés du duc colossal.

En face de cette statue, dans l'aile septentrionale de la cathédrale, est une chapelle décorée d'un curieux morceau de sculpture représentant la Cène ; tous les personnages sont de grandeur naturelle ; la table forme un autel où se trouvent mêlés la vaisselle du repas et les objets consacrés au service divin. L'attitude et la physionomie des convives sont d'une expression pleine de naturel et de naïveté. Madeleine apporte le vase aux parfums, qui est d'une forme toute moderne , et qu'on prendrait volontiers pour un sucrier. L'anachronisme se révèle encore dans les flambeaux placés sur la table, — flambeaux à trois branches, qui appartiennent au siècle dernier. Au-dessus de cet autel, de magnifiques vitraux représentent la Passion de Jésus-Christ.

La principale richesse de l'église est dans ses admirables vitraux, précieuses mosaïques, chefs-d'œuvre de la peinture sur verre, représentant des scènes bibliques, de chevaleresques figures et d'antiques armoiries; splendides tableaux, aussi remarquables par la beauté du dessin que par l'indestructible éclat du coloris. Rien n'égale le magique effet d'un pareil ornement, lorsque la vive lumière du soleil , passant à travers ces vitraux, jette un éblouissant tapis sur les dalles tumulaires de l'église et suspend aux piliers de rayonnantes draperies.

Devant le portail de la cathédrale sont trois élégantes colonnes surmontées de trois statues : — la sainte Yierge, saint Pierre et saint Paul.

Sur la place , à quelques pas du monument , est une vieille maison gothique, aux murailles chargées de peintures héraldiques et ornées de quatre statues impériales. C'était jadis un palais ; c'est aujourd'hui l'hôtel des Marchands.

Fribourg possède quelques autres maisons du seizième siècle, épargnées par le canon. Depuis l'époque où ses murailles furent abattues, la guerre a cessé de lui apporter le trouble et la dévastation. Aujourd'hui, délivrée de la servitude militaire, elle n'a plus

qu'une garnison de professeurs et d'étudiants. Son université, célèbre en Allemagne, fut fondée dans le milieu du quinzième siècle par l'archiduc Albert d'Autriche, qui, en la créant, se servit de la formule usitée à cette époque :

(( Je veux, dit-il, creuser une fontaine de vie, où l'on pourra venir, de tous les coins du monde, puiser l'eau de la sagesse. »

Eberhard de Wurtemberg inscrivit la même sentence sacramentelle dans l'acte qui établissait l'université de Tubingen.

Ce fut Heidelberg qui fournit à Fribourg ses premiers professeurs. Bientôt l'université de Brisgau forma de brillants élèves ; elle donna des conseillers aux princes et aux rois, des chanceliers à l'empire, des archevêques à Augsbourg et à Vienne, des savants à tous les Etats de l'Europe. Luther la prit pour arbitre ; elle combattit les jésuites ; ses titres de gloire sont inscrits à chaque page des chroniques allemandes.

L'université de Fribourg est le collège catholique du grandduché de Bade ; l'université d'Heidelberg est le collège protestant.

L'une et l'autre sont en ce moment plus florissantes que jamais, sous le gouvernement d'un prince qui accorde aux sciences et aux lettres toute sa sollicitude.

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