‹ L'été à BadeChapitre 28 sur 46 · FRIBOURG · texte numérisé non relu

FRIBOURG

thold V. Ce prince refusa, en faveur de Philippe, la couronne impériale qui lui avait été offerte à l'assemblée d'Andernach. Sa vie fut longue et agitée ; ses deux mariages furent stériles ; on l'enterra dans la cathédrale de Fribourg. Ses deux sœurs, Agnès et Anne, recueillirent son héritage. Agnès apporta au comte Egon d'Urach, son époux, duquel est issue la maison de Furstenberg , les domaines de la Forêt-Noire et du Brisgau , avec Fribourg, Neuenbourg, Haslach et Yillingen . — Anne prit le duché de Bourgogne.

Ainsi finit en 1218 la souche principale de cette glorieuse famille, qui appartient aux premières races de l'Allemagne, et dont le noble sang s'est transmis jusqu'à nos jours dans l'illustre maison de Bade, issue des Zaehringen, et fondée par le margrave Hermann, second fils de Berthold le Barbu.

Fribourg est admirablement située au pied des montagnes de la Forêt-Noire. L'immense plaine qui s'étend devant ses murs, richement cultivée et animée par de nombreux villages , était jadis couverte par une épaisse forêt. Là vivait une population de mineurs et de chasseurs à demi sauvages , que le duc Berthold débusqua lorsqu'il abattit la forêt pour construire la ville. Après le fondateur vint l'embellisseur : la ville avait à peine dix ans d'existence quand le duc Conrad jeta les fondements de cette magnifique cathédrale, un des plus beaux monuments de l'Allemagne.

Quatre siècles s'écoulèrent depuis le jour où fut posée la première pierre de la cathédrale de Fribourg, jusqu'à l'époque où le monument fut achevé tel que nous le voyons aujourd'hui. On ne saurait trop admirer la patience laborieuse , l'opiniâtre volonté, l'infatigable dévouement qui présidaient jadis à ces constructions gigantesques. Les générations d'architectes, de sculpteurs et d'ouvriers se succédaient sans interruption dans ce long travail. L'artiste se mettait résolument à l'œuvre qu'un autre avait commencée et qu'il ne devait pas finir. Plein de courage et d'abnégation personnelle, il dépensait généreusement ses forces, son talent et son génie, sans espérance de gloire, insouciant de l'oubli qui allait dévorer son nom. Les princes et les citoyens montraient un désintéressement pareil en continuant à grands frais l'entreprise

dont ils ne devaient avoir ni l'honneur ni le profit. Ainsi, grâce à cet heureux concours de zèle et de protection, l'église s'élève paisiblement pendant que tout s'agite autour d'elle. — Ses murailles commençaient à sortir de terre, lorsque saint Bernard vint prêcher la croisade à Fribourg.

A la mort du dernier duc de Zsehringen, déjà l'église était en état de recevoir la dépouille mortelle du prince dont la statue est encore là. Tombée au pouvoir des comtes d'Urach, dissipateurs ruinés et criblés de dettes, Fribourg se trouva souvent dans une situation précaire; ses finances étaient en désarroi, mais la construction de l'église ne souffrit pas de cette gêne. Plus tard, la ville secoua le joug des maîtres injustes qui voulaient la dépouiller au profit de leurs créanciers ; au milieu de la lutte terrible que Fribourg eut à soutenir, au milieu du choc des armes et des rudes assauts livrés par le comte à la cité rebelle, l'église continua de grandir : — pendant que les soldats combattaient sur le rempart, les ouvriers taillaient la pierre en chantant et le clocher montait vers la nue. Dans cette lutte, Fribourg eut tout l'avantage; l'orgueil des comtes fut abaissé; la ville conquit des privilèges qui la rendirent à peu près indépendante, et dès lors elle entra dans une carrière de jours heureux, calmes et florissants.

Mais cette prospérité dura peu. Le dernier comte d'Urach étant mort sans postérité mâle, Fribourg voulut se donner une indépendance complète. C'était trop d'ambition. Mise au ban de l'empire, la ville fut octroyée à un nouveau maître qui s'apprêtait à lui faire subir un rude traitement; mais, toujours animés d'un esprit belliqueux, les Fribourgeois s'armèrent pour repousser le seigneur qui leur était imposé. Le succès s'attacha d'abord à leur cause ; ils remportèrent de brillants avantages, bientôt suivis d'un terrible revers. Sortant de ses remparts, la milice de Fribourg fut complètement défaite et laissa quinze cents morts sur le champ de bataille et mille prisonniers entre les mains des vainqueurs. Cependant, malgré ce désastre, Fribourg continua de se défendre avec vigueur et fit si bonne contenance, qu'elle obtint de racheter sa liberté en abandonnant quelques possessions dans le^pays.

Au plus fort de cette lutte, Fribourg songeait à restaurer son église, achevée depuis longtemps. L'ancien chœur fut démoli ,

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pour être reconstruit sur les plus beaux modèles de l'art gothique, qui était alors dans toute sa splendeur ; et, tandis que les Fribourgeois s'imposaient ainsi de nouvelles dépenses, la ville, épuisée et. ruinée, se voyait contrainte d'aliéner sa chère indépendante et de passer sous la domination de la maison de Habsbourg. Les ducs d'Autriche, ses nouveaux maîtres, ne la gardèrent pas longtemps. Le duc Frédéric ayant été proscrit à la suite du concile de Constance, ses biens furent confisqués ; Fribourg devint ville impériale ; puis elle retourna à la maison de Habsbourg, et, sous l'archiduc Sigismond, elle tomba au pouvoir de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, qui lui fit durement sentir son joug cruel. Après les batailles de Granson et de Morat , Fribourg respira ; l'archiduc la reprit et la vendit à l'empereur Maximilien.

Commencé en 1354, le nouveau chœur de l'église de Fribourg venait d'être achevé en 1513, lorsque la ville fut menacée d'une complète destruction dans la guerre des paysans. Soulevées par les anabaptistes, ces hordes furieuses avaient ravagé l'Alsace ; défaits par le duc de Lorraine, les paysans traversent le Rhin et se répandent en Allemagne, portant partout le fer et le feu, le meurtre et le pillage. Ils se présentent devant Fribourg au nombre de cinquante mille, s'emparent du château et mettent la ville à contribution. — Mais bientôt le margrave de Bade vint au secours des Fribourgeois, qui, prenant une éclatante revanche, attaquèrent l'armée des paysans, et firent de ces bandits un effroyable carnage.

Pendant la paix qui suivit cette dernière émotion, la cathédrale de Fribourg s'enrichit de sa belle chaire, sculptée dans un seul bloc de pierre par Jœrg Kempf .

A dater de la guerre des paysans, aucun événement remarquable ne se passa dans le Brisgau jusqu'à la guerre de Trente ans. Mais alors les sièges et les assauts recommencèrent pour la ville de Fribourg , qui fut prise et pillée trois fois dans l'espace de douze ans. — Le grand Condé remporta sous ses murs une éclatante victoire. — Sauvée par la paix de Westphalie, elle resta au pouvoir de l'Autriche jusqu'à ce que, la guerre s'étant de nouveau rallumée, l'armée française vint l'assiéger et la prit en six jours. Les Français occupèrent Fribourg pendant vingt ans , et ce fut

alors que Yauban lui fit une formidable ceinture de remparts. Rendue à l'empire, reprise par les Français, toujours en jeu, toujours en proie à la conquête, passant des uns aux autres, également maltraitée par les deux partis, Fribourg dépérissait dans ces vicissitudes. Sa population était -réduite à cinq cents habitants qui avaient à nourrir une garnison de six mille hommes. A peine avait-elle goûté quelques instants de calme sous le gouvernement de Marie-Thérèse, que la guerre de succession vint lui rendre ses infortunes. L'armée française la bombarda, sous les yeux du roi Louis XV, qui assistait à ce spectacle du haut de la montagne de Lorette. Les artilleurs avaient reçu l'ordre de n'épargner que le clocher de la cathédrale; tout le reste fut horriblement ravagé ; les bombes et les boulets détruisirent presque entièrement cette malheureuse ville, qui semblait n'avoir inventé la poudre que pour sa propre ruine .

Car l'invention de la poudre appartient à Fribourg. Vainement quelques sophistes ont-ils voulu lui disputer cet honneur. La majorité des suffrages historiques s'accorde à déclarer que l'auteur de cette immense découverte fut Berthold Schwarz, moine cordelier de Fribourg en Brisgau.

Cent ans après, dans une ville voisine, à Strasbourg, Gutenberg faisait les premiers essais de l'imprimerie. — Ainsi la féconde Allemagne avait produit dans l'espace d'un siècle les deux inventions qui ont le plus d'influence sur les destinées du monde.

Maîtres de Fribourg dans la terrible campagne de 1744, les Français, détruisant leur propre ouvrage, renversèrent les fortifications qu'ils avaient construites soixante ans auparavant. La ville releva ses maisons démolies et répara son clocher, que le canon avait écorché sans le vouloir ; — les remparts écroulés ne furent pas reconstruits : Fribourg resta démantelée ; — mais on retrouve encore, sous une riante végétation, les traces profondes de ses murailles et de ses tours, imposants débris qui attestent le génie de Vauban.

Cette rapide ébauche des événements qui ont agité l'existence de Fribourg doit prêter un nouvel intérêt à la visite de l'église, élevée au milieu de tant de troubles, échappée à tant de désastres <3t de catastrophes. Le monument est un des plus beaux de l'Aile-

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magne et du monde entier. Au dehors et au dedans, mille détails curieux et poétiques ornent la majesté de l'ensemble. L'attention s'arrête d'abord sur le clocher. C'est une tour quadrangulaire à sa base, octogone au tiers de sa hauteur, et qui se termine par une flèche élégante, hardie, légère, finement travaillée, dentelle de

Cathédrale de Fribourg.

pierre. Faites ensuite le tour de l'édifice, et à chaque pas vous serez retenu un quart d'heure par la singularité du spectacle. Il y a là tout immonde de figures bizarres d'hommes et d'animaux; créations étranges et fantastiques, qui fourmillent de toutes parts, debout sur les entablements, accroupies dans les niches, grimpant aux balustres, suspendues aux arcs-boutants, penchées sur les gout -

tières. Capricieusement enfantées par le ciseau des sculpteurs, ces figures expressives forment çà et là des groupes allégoriques naïvement agencés, gracieux ou grotesques, pleins de verve et d'action.

Entrez dans l'église. Le porche, aussi large que la nef, formé par la base de la tour, servait autrefois de tribunal. Le juge siégeait à la porte du temple, dans cette enceinte religieuse, ornée de bas-reliefs bibliques, de colonnes et de statues qui représentent les vierges folles et les vierges sages, les sciences et les arts libéraux, les principaux personnages de l'Écriture, les prophètes, les rois et les saints.

L'intérieur de la cathédrale offre un singulier caractère de grandeur et de majesté. Cette œuvre de tant de siècles porte l'empreinte des diverses transformations de l'art. A son origine l'église est byzantine ; le chœur, construit plus tard, nous fait admirer le style gothique à son premier éveil, dans sa floraison gracieuse et dans son épanouissement le plus splendide.

De riches sculptures, des peintures anciennes et curieuses, les tombeaux et les statues des ducs, composent le trésor artistique de l'église.

Les tableaux les plus précieux sont de Von Baldung et d'Holbein. On remarque surtout ceux du maître-autel et de la chapelle de l'Université.

La chaire est d'un admirable travail; le sculpteur Jœrg Kempf s'est représenté au bas de ce charmant édifice, accoudé à une fenêtre, dans l'attitude du recueillement, et prêtant l'oreille comme s'il écoutait un sermon.

Parmi les ducs qui ont leur tombeau dans le chœur de l'église, Berthold, fondateur de Fribourg , occupe la première place ; il est armé de toutes pièces, et il tient dans sa main droite le plan de la ville. Près de lui, son successeur, qui embellit Fribourg et acheva l'église. En face d'eux est le tombeau de Rodolphe, neveu de Berthold IV; — celui-ci offre l'image des évêques guerriers du treizième siècle ; il a la mitre en tête, la cuirasse sur la poitrine > la crosse pastorale dans la main droite, les jambes bardées de fer, le manteau épiscopal sur les épaules ; de la main gauche il tient une tête de mort , et son visage exprime de douloureuses réflexions sur le néant des choses humaines. — Un autre duc, armé,

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