‹ L'été à BadeChapitre 31 sur 46 · LA GROTTE DE SAINTE-ODILLE · texte numérisé non relu

LA GROTTE DE SAINTE-ODILLE

la grotte de Sainte-Odille , qui se recommande par sa merveilleuse origine.

Attich, duc d'Alsace, avait une fille nommée Odille, aussi remarquable par sa grâce charmante que par sa profonde piété. Elle avait fait vœu de se consacrer au service de Dieu et de passer sa vie dans une sainte retraite , lorsque le duc, son père, la fit sortir du couvent de Mayenfeld, où elle avait été élevée, et l'obligea de paraître à sa cour.

La beauté de la jeune princesse produisit une vive sensation parmi les seigneurs alsaciens, et comme la fille du duc joignait à ses attraits incomparables le prestige d'un opulent héritage , on comprendra aisément que sa main fut recherchée par une foule de prétendants.

Ces hommages, loin de plaire à Odille, lui causaient un grand effroi. Rien ne pouvait ébranler dans son âme la résolution qu'elle avait prise d'embrasser la vie monastique.

Cependant un prince allemand , puissant et magnifique , vint à la cour d'Alsace ; les attraits d'Odille le charmèrent, et il demanda au duc la main de sa fille.

Une telle alliance ne pouvait que flatter l'ambition et la vanité du duc ; il donna son consentement, et il enjoignit à sa iille de se préparer à contracter ce brillant hyménée.

Odille répondit humblement qu'elle préférait, à tant d'éclat et de grandeur, la solitude et la paix du cloître.

Le duc traita de caprice et d'enfantillage cette sainte vocation. Sourd aux instances de sa fille, insensible à ses larmes, il déclara que sa volonté ne fléchirait devant aucune considération.

Alors la jeune princesse , voulant à tout prix accomplir son vœu, prit un parti désespéré.

Elle se dépouilla de ses riches vêtements, de ses bijoux précieux, de ses splendides parures, et, quittant le palais de son père, elle s'achemina vers le Rhin, à pied, couverte de pauvres habits, et si bien déguisée que le batelier qui lui fit passer le fleuve ne voulut recevoir d'elle aucun salaire, touché qu'il était de sa jeunesse et de son apparente misère.

Aussitôt que le duc Attich apprit la fuite de sa fille, il envoya

tous ses gens à sa recherche par tous les chemins, et, montant lui-même son meilleur coursier, il prit, par hasard, la route qu'Odille avait suivie.

Et comme il s'informait, chemin faisant, si l'on n'avait pas vu passer une belle jeune fille , le batelier du Rhin lui repondit : « J'en ai conduit une de l'autre côté du fleuve. »

Au portrait que fit le nautonier, le duc reconnut sa fille, et il s'empressa de se faire transporter avec sa suite sur la rive droite du Rhin, ne doutant pas qu'il atteindrait bientôt la fugitive, qui n'avait que peu d'avance sur lui.

En effet, à peine eut-il galopé un quart d'heure dans le pays, qu'il aperçut , au penchant d'une montagne , Odille gravissant avec efforts un sentier escarpé. Ses pas étaient chancelants, la fatigue l'accablait. Le duc donna de l'éperon et s'élança vers la montagne, escorté de ses écuyers.

Lorsqu'elle entendit le bruit du galop des chevaux , Odille, effrayée, retourna la tête ; elle reconnut son père, et voulut gagner un endroit où d'épais buissons pouvaient abriter sa fuite ; mais, épuisée par une longue marche, brisée par l'émotion de la peur, elle tomba sur le gazon et n'eut pas la force de se relever. Un rocher la dérobait aux regards ; mais encore un instant, et les cavaliers allaient la découvrir. Dans cette extrémité, Odille lève vers le ciel ses mains jointes et ses yeux suppliants :

« 0 mon Dieu ! s'écrie-t-elle, faites que j'échappe à mes persécuteurs! Protégez celle qui veut vous consacrer ses jours! »

Le ciel entend cette prière : la roche s'ouvre et laisse voir une grotte tapissée de mousse et de fleurs ; Odille y entre, et aussitôt le rocher se referme.

Le duc arrive sur ces entrefaites, et, surpris de ne pas trouver sa fille là où il l'avait vue s'arrêter et tomber, il l'appelle par son nom.

« Odille ! s'écrie-t-il.

— Que me voulez-vous, mon père? » répond Odille. De la surprise, le duc passe à la stupeur. La voix d'Odille sortait du rocher, qui n'avait aucune ouverture, aucune issue.

Pâle et tremblant, le duc reprend d'un accent mal assuré :

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