‹ L'été de la Saint-Martin (volume 4)Chapitre 22 sur 92 · SCÈNE XIII BRIQUEVILLE, ADRIENNE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII BRIQUEVILLE, ADRIENNE

ÀDRiENNEy après un temps assez long. — Je n'ai pas voulu quitter cette maison sans vous remercier de toutes les bontés que vous avez eues pour moi, sans vous dire à quel point je suis fâchée de partir . . .

Briqueville. — A quel point vous êtes fâchée ? s

Adrienne. — Oui ...

Briqueville. — Je vous suis obligé . . . croyez que moi aussi ... de mon côté . . . certainement . . . Vous arriverez ce soir à Paris à dix heures ? . . .

Adrienne. — A dix heures, dix heures et demie. ... 10

Briqueville. — Et vous remonterez presque aussitôt en chemin de fer, pour aller vous embarquer ?

Adrienne. — Je ne sais pas. . . .

Briqueville. — C'est probable, puisque dans cette lettre que vous avez reçue on vous recommande de partir d'ici iS tout de suite . . . n'est-ce pas ? on vous recommande de partir tout de suite ? . . .

Adrienne. — Assurément, sans cela . . .

Briqueville. — Sans cela ? . . .

Adrienne. — Je ne serais certes pas partie ... 20 Briqueville. — Ah !

Adrienne. — J'étais si bien ici . . . je m'y plaisais tant . . . Briqueville. — Ah !

Adrienne. — On y était si bon pour moi, si doux, si affectueux; et j'aimais tant les personnes qui m'entouraient. . . . 2S

Briqueville. — Votre tante ? . . .

Adrienne, un peu étonnée. — Ma tante. . .

Briqueville. — Vous parliez des petsoxvxvfô^ ^wvs. aimaient et que vous aimiez . . . aloTs mo\ NOvaLS • -

Adrienne. — Ah! oui, sans doute, j'aimais bien ma tante, mais vous aussi, je vous aimais bien. . . Briqueville, se défendant, — Hé ? . . .

Adrienne. — Si je vous offense en disant cela, je vous

5 demande pardon, je le dis parce que c'est la pure vérité

Briqueville. — Vraiment, Adrienne . . . pendant ces quinze jours que nous venons de passer Tun près de l'autre, vous étiez arrivée à ayoir pour moi un peu d'affection. . . Adrienne. — Un peu d'affection. . .

10 Briqueville. — Oui. . .

Adrienne. — Je crois bien que j'étais arrivée à avoir . . . à ce point qu'on eût dit que cette affection avait commencé bien avant le moment où je vous ai vu ... et que, depuis

longtemps déjà, quelqu'un m'avait habituée à vous aimer

15 C'est pour cela que je suis triste et que j'ai presque envie de pleurer . . . j'avais fini par oublier que, d'un moment à l'autre, je serais forcée de partir . . . quand on se trouve bien quelque part, vous savez ... il me semblait que cela devait durer toujours, et que notre existence, à tous les 20 deux, continuerait à s'écouler ainsi, (^Elle se rapproche de la table. ) vous dans votre fauteuil et moi à côté de vous, regardant si rien ne vous manquait, {Avec émotion,) et vous lisant les romans d'Alexandre Dumas. . .

Briqueville, également très ému. — Lis trois Mousque- 2$ taires?

Adrienne, même jeu. — Après celui-là je vous en aurais lu un autre ... il y en a encore beaucoup ?

Briqueville, même jeu. — Énormément.

Adrienne, même jeu, — Je comptais vous les lire tous, et 30 recommencer quand j'aurais eu fini; mais pas du tout . . . au lieu de cela, une lettre est venue, on m'attend, et il faut . . .

Briqueville. — Ah !

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