‹ L'été de la Saint-Martin (volume 4)Chapitre 33 sur 92 · HECTOR, HORTENSE · texte numérisé non relu

HECTOR, HORTENSE

Au lever du rideau, Hector dort béatement dans un fauteuil en face d*Hortense, qui lui fait la lecture

HORTENSE, lisant

" Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;

La fleur de Téglantier sent ses bourgeons éclore ; ^

Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ;

Et la bergeronnete, en attendant l'aurore.

Aux premiers buissons verts commence à se poser.

Poète, prends ton luth . . .

{S* arrêtant et regardant Hector.) Tiens! il dort! (Se le- lo vant, au public) Je vous présente mon prétendu, Monsieur Hector de Courvalin, substitut au tribunal d'Orléans ... il a demandé un congé de quinze jours pour venir me faire sa cour. (Le montrant.) Le voilà I . . . il n'aime pas beaucoup les vers. 15

Hector, sans se réveiller. — Charmant ! . . . charmant !

HoRTENSE. — Il croit que je lis toujours Puisqu'il

dort, parlons de ses défauts .... Il a . . . comment diraije . . . il a une infirmité oh! pas grave! . . . mais agaçante I . . . il fourre dans toutes ses phrases des advexb^^ qui n'en finisstnt pas .... Hiex, W ^ ^^n^^V^

LA LETTRE CHARGÉE

d'une longueur . . . in-com-men-su-ra-ble-ment ! J'ai failli en sauter par la fenêtre !

Hector, sans se réveiller, — Délicieux ! . . . délicieux î

5 HoRTENSE. — Oui. i^Se tournant vers lui,) Poète, prends ton luth . . .

{Au public) C'est du reste un excellent cœur, complaisant, dévoué ... et d'un sommeil inaltérable .... Tout me porte à croire que nous nous marierons au printemps .... 10 s'il fait beau .... {Le regardant) Il serait peut-être temps de le réveiller. {Elle s'asseoit et frappe fortement le guéridon avec son livre. Le bruit réveille Hector,)

Hector. — Hein ? . . . Comment, cousine, c'est déjà fini? HoRTENSE. — Oui, cousin .... Comment trouvez-vous 15 la fin ?

Hector. — Superbe!... vous lisez... adorablement ! HoRTENSE, à part, — Un adverbe !

Hector. — Et je vous écouterais . . . indéfiniment. Hortense. — à part, — Deux !

20 Hector. — Vous êtes une lectrice de premier ordre . . . incontestablement.

Hortense. — Trois I . . . avez-vous fini ?

Hector. — Quoi ?

Hortense. — Trois adverbes en trois phrases I . . . mais 25 c'est une maladie, une éruption grammaticale ! . . . .

Hector. — C'est sans m'en apercevoir . . . une habitude du Palais Quand les idées ne viennent pas, nous poussons des adverbes, ça leur donne le temps d'arriver. Mais je vous promets de me surveiller .... Voyons, cousine, mon 30 congé expire définitivement demain et il faut que je retourne absolument à Orléans ; vous ne me laisserez pas partir sans une espérance, vous savez si je vous aime éperdûment

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