SCÈNE PREMIÈRE
HoRTENSE. — Vous ne vous doutez pas d'une chose, cousin, c'est que, pendant que vous poussez des adverbes, comme vous dites, il vous a poussé un rival.
Hector. — Un rival ! Qui ça ?
HoRTENSE. — Ah ! je ne le connais pas .... Voici la 5 singulière lettre que j'ai reçue il y a trois jours : {lisant) " Madame, vous êtes veuve, moi aussi ; vous désirez vous remarier, moi aussi ; vous jouissez d'une excellente santé, moi aussi. Donc toutes les convenances se trouvent réunies. Je ne vous envoie pas ma photographie, elle est 10 manquée . . . mais je suis prêt à me faire voir, quand vous le désirerez, me trouvant de passage à Paris pour deux jours encore. Réponse au Grand-Hôtel, chambre 124.
Peters Fougasson,
Américain, 47 ans.*' 15
Hector. — C'est une mystification !
HoRTENSE. — Une mystification qui persiste, car, hier j'ai reçu une seconde lettre. {Récitant de mémoire.) "Madame, je suis étonné de n'avoir pas reçu de réponse à mon honorée du 27 . . ." 20
Hector. — C'est un fou . . . sûrement . . . indubitablement.
HoRTENSE, agacée, — Crrr !
Hector. — Quoi ?
HoRTENSE. — Indubitablement. 25
Hector. — Oh ! pardon ! il m'a échappé Donnezmoi cette lettre, j'ai justement un ami à la Préfecture de police qui est précisément au bureau des étrangers, et il nous renseignera surabondamment.
HoRTENSE. — Là . . . reposez-vous .... Vous venez d'en 30 mettre trois sur la table !
Hector, étonné, — Quoi ?
HoRTENSE, — Justement . . . précisém^xA. . . . ^Aas^^wj^a.-
LA LETTRE CHARGÉE
ment . . . Écoutez, cousin, c'est plus fort que moi . . . jamais je ne pourrai vous épouser dans ces conditions-là.
Hector. — Voyons, calmez-vous . . . c'est le dernier ou plutôt Pavant-dernier.
5 HoRTENSE. — Vous en avez encore un qui vous gêne ?
Hector. — Oui. .
HoRTENSE. — Lequel ?
Hector, /ut baisant la main, — Éternellement. HoRTENSE. — Celui-là, on vous le pardonne .... Partez 10 vite I
Hector. — Je cours à la Préfecture et je vous rapporte les renseignements sur ce M. Fougasson .... A biehtôt. (^11 sort)