SCÈNE IV
Adrienne. — Oh !
Briqueville. — Il avait fait un mariage scandaleux ! Adrienne. — Scandaleux ! . . .
Briqueville. — Absolument. A cause de ce mariage, je me trouvais brouillé avec tous les miens, forcé de fuir Paris et de venir ici cacher ma honte et ma colère. (Se levant,^ Aussi j'étais dans un état d'exaspération ... à ce point que, lorsque votre tante est venue me demander la permission de disposer d'une chambre pour y loger certaine nièce qui lui arrivait d'Amérique, je l'ai d'abord assez mal reçue, votre tante . . .
Adrienne, se levant — Oui, elle m'a dit . . .
Briqueville. — Et tout ce que la pauvre femme a pu obtenir de moi, ça été de tolérer votre présence dans la maison, à condition que jamais je ne vous rencontrerais
Adrienne, allant vers la droite, — J'avais une peur, je me sauvais bien vite dès que je vous apercevais. . . .
Briqueville, regardant Adrienne qui s^est éloignée de lui, — Malgré tout, un jour, nous nous sommes trouvés l'un en face de l'autre, dans un couloir . . .
Adrienne — Ce n'était pas ma faute ! . . .
Briqueville. — J'en suis bien sûr . . . mais enfin nous nous sommes trouvés l'un en face de l'autre ... et il a bien fallu vous regarder . . .
Adrienne. — Hélas I
Briqueville, se rapprochant un peu d^ Adrienne. — Je vous ai regardée ... et ma foi, je vous ai trouvée très gentille . . .
Adrienne. — Et ma foi . . . vous n'avez pas eu tort . . . (Elle se rapproche de Briqueville,^
Briqueville. — Une heure plus tard, quand madame Lebreton est entrée pour m'apportet moiv c?i€,Nwv.^ ^Xj^^s» entrée derrière elle. . . .
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Adrienne, s* approchant tout à fait de Briqueville. — Je portais le sucrier, moi. . . .
Briqueville. — Oui. ... Et il a été sucré, ce soir-là, mon café, car, pour vous voir de plus près, pendant plus
S longtemps, j'ai pris dans le sucrier, je ne sais combien de morceaux. ... Et puis nous avons causé, et je me suis aperçu que vous étiez pour le moins aussi agréable à entendre qu'à regarder ... je vous ai demandé si, par hasard, vous ne sauriez pas jouer au piquet, vous m'avez répondu
lo que vous mouriez d'ennui le soir, quand vous n'aviez pas trouvé à faire une demi-douzaine de parties. ... Je vous ai demandé si cela ne vous fatiguerait pas de me lire tous les ■ romans d'Alexandre Dumas, vous m'avez répondu que cela ■ ne vous fatiguerait pas du tout, et que vous y prendriez un
15 plaisir extrême. Voilà comment, après avoir déclaré que je ne voulais pas vous voir, je suis arrivé à ne pouvoir me passer de vous, et comment vous êtes arrivée, vous, à faire de ces quinze derniers jours les jours les plus heureux peutêtre que j'aie passés de ma vie.
20 Adrienne. — Est-ce vrai ? je voudrais que ce fût absolument vrai . . .
Briqueville. — C'est absolument vrai, mais pourquoi voudriez-vous ?
Adrienne. — Parce qu'on pourrait alors supposer que 25 cette grossô colère commence à se calmer. . . . Briqueville. — Quelle grosse colère ?
Adrienne. — Contre votre neveu. . . .
Briqueville. — Ah ! quant à cela !
Adrienne. — Quant à cela ?
30 Briqueville. — Quant à cela, non! Ma colère contre lui est toujours la même. (^Allant se rasseoir et se renfonçant ah/!fs sû/^ /auieuîL) Ne parlons pas de lui. {Adrienne va ^^^7f^///r sa ^/ac^ /frès de la table. Briqueville la rtgaràt en