Cette horrible eiécution eut lieu le ta mars Iil
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et monstrueuse vengeance, lorsqu'une autre héroïne, venue de France, devint l'épouse du faible Henri VJ et s'assit avec lui sur le trône d'Angleterre. C'était Marguerite d'Anjou, fille du bon roi Itené, monarque sans États *, sans trùne et sans couronne, et dont les deux duchés du Maine et de l'Anjou étaient encore au pouvoir des Anglais.
Marguerite avait été dédommagée des rigueurs de la fortune par les plus heureux dons de la nature ; sou esprit et sa beauté semblaient l'avoir rendue digne de l'un des premiers trônes i\o l'univers. Cette reine était aussi une fenune forte, chevaleresque, héroïque, connue elle ne tarda pas à le prouver. Peu de tem])s après son arrivée en Angleterre, où son mariage avait donné lieu à une vive opposition parmi les personnages les plus puissants de la cour", notamment le duc de filocestcr, dont la régence n'avait été signalée que par des guerres et des échafauds, Marguerite fit connaître tout d'abord son caractère en énonçant la ferme volonté de se mêler de l'administration des aiïaires du royaume. Un jour même elle dit au duc de Glocester, qui s'eiïorrait de paralyser son iîilluence :
u Seigneur duc, je sais que c'est bien malgré vous que je suis devenue la femme du roi mon seigneur et le vôtre ; mais je veux que vous sachiez bien, à votre tour, que je ne compte pour rien d'être reine si je ne suis aussi maîtresse, et que je regarde la couronne connue l'opprobre des tètes
1. Avcr los titres de roi iln Sicilo, do Naplc- vi ilo Jmis.ilom, Hrn»^ n'avaii pas un |>ou<o ilo liTre dans cos trois royaumes, el se voyait roduil à recourir coutinuellcmcut à la gi nôrosiié de ses amis.
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couronnées quand elles se laissent gouverner par les sujets. »
Ces débuts de fâcheux augure furent bientôt suivis de la sanglante et longue querelle de la Uose blanche et de la Rose rouge. La maison de Lancastre, de laquelle sortait Henri YI, avait usurpé la couronne au mépris des droits incontestables de la maison d'York, alors représentée par Richard, duc d'Y^ork. Ce seigneur crut le moment favorable pour revendiquer le trône à main armée. L'extrême faiblesse du roi accrue encore par une maladie, l'empire que Marguerite exerçait sous son nom, la perte de la Normandie, furent autant de sujets de mécontentement général dont il voulut profiter dans l'intérêt de sa cause légitime. Alors parurent sur le champ de bataille la Uosc blanche, signe fatal de la maison d'York, et la Rose rouge qu'arborait la maison de Lancastre. Alors commença la lutte héroïque de la reine ^larguerite.
Les premières hostilités vinrent du côté de la maison d'Y^ork. Richard fitchoixd'un gentilhomme irlandais, nommé Jean Cade, aventurier entreprenant et brave, qui se fit passer pour fils de Jean Mortimer, cousin du duc d'York, exécuté au commencement du règne de Henri VL Richard voulait, par ce moyen, réveiller les idées du peuple sur les droits de son beau- père, dont il était resté l'unique héritier. Vingt mille hommes se rangent sous la bannière de Jean Cade, qui se dirige sur Londres, après avoir adressé au roi une insolente sommation pour le presser de rétablir la liberté publique et de châtier un grand nombre de ses mauvais conseillers. La reine, pénétrant l'artifice du duc d'York, envoie
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pour toute réponse le lord Sialïoid contre les rebelles avec un corps de troupes d'élite. Mais C.ade n'avait point risqué son entreprise sans une partie des qualités propres à la soutenir. 11 battit Staflbrd après un combat fort opiniâtre, le tua lui-iuèuie et tailla en pièces un grand uouibre de ses soldats.
Le dessein du duc d'York n'avait été que de pressentir les dispositions du peuple pour sa maison, et cet essai avait suiïi pour l'engager à quitter sur-le-champ l'Irlande, où il attendait les événeuicnts. Mais Jean Cade, enflé de sa victoire, et songeant peut-être à en recueillir les fruits pour lui-même, s'approclie de Londres où il répand l'épouvante, s'introduit dans la ville, y fait faire plusieurs sanglantes exécutions. L'appât du pillage ameute bientôt les habitants contre cette bande de rebelles (pii ne veulent que les dépouiller. On les repousse dans le faubourg de Southwark, d'où on ne les aurait pu chasser facilement ; un acte d'amnistie, publié au nom du roi, vient mettre un terme à une guerre si honteuse, et enlève à Cade la plupart de ses gens. Contraint de fuir seul pour chercher une retraite dans les bois de la province d'Essex, et au moment où il songe à sauver sa tète qui vient d'être mise â prix, il est tué par un gentilhomme de Kent, et son cadavre est soumis à l'infamant supplice des traîtres.
Le duc d'York, après cette vaine démonstration, parut un instant renoncer à son entreprise, et se retira dans ses terres. Mais quelques années après, renouant ses intrigues, il rétablit sa faction, gngna le i)enple et se trouva en état de faire la loi à ceux de qui il l'avait reçue. Il eut l'art de se
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faire nommer lieutenant ou protecteur du royaume avec la faculté de convoquer- ou do congédier à son gré le parlemont. Henri VI, en recouvrant la santé et la raison, s'aperçut.qu'il avait perdu son pouvoir. Mais Marguerite, qui jusqu'alors avait caché son indignation, exhorta sojî époux à reconquérir son autorité, et à dépouiller Richard de celle qu'il s'était arrogée. Alors le combat recommença entre les deux Roses.
Richard, à la tète de bonnes troupes et d'une partie de la noblesse du royaume, marche sur Londres, protestant qu'il n'en veut pas au monarque, mais au duc de Somerset, son ministre. Henri VI se porte sur-le-champ à sa rencontre ; l'action se livre à Saint-Alban. Somerset est tué, et le roi blessé et fait prisonnier. Richard afîecte des manières pleines de respect et d'afToctionà l'égard du pauvre monarque ; et, l'accompagnant conmie par honneur, il lui fit faire dans Londrr's une entrée triomphale. Puis il reprit le titre de protecteur et s'entoura de tous ses partisans.
Mais ^larguerite d'Anjou, qu'inspirent ses devoirs de reine, d'épouse et de mère, reprend peu à peu le pouvoir, et fait casser le protectorat de Richard par le parlement. Le duc d'York semble renoncer sans regret à ce poste élevé ; il fait de nouveaux serments de fidélité, et deux ans après il entre de nouveau en campagne contre la couronne. Waruick, son général, entre dans Londres et va battre le roi à Northampton où il s'était retranché. Le combat fut court; le roi tomba de nouveau entre l^s mains des Yorkistos. La reine s'enfuit à Chester avec son fils, et parvint à gagner l'Lcosse. Le monarque, une seconde fois captif, fut conduit à Londres.
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Quant fi Richard, il accourt aussitôt d'Irlande, s'installe dans Tappartcuicnt du roi, et s'étant rendu dans la salle où le parlement tenait ses séances, il porte la main sur le trône, attendant sans doute qu'on l'invite à y prendre place; mais aucune voix ne rompt le silence. .VJors l'archevècpie de Kanterbury s'avance pour lui demander si son intention n'est pas d'aller voir le roi :
(( Aller voir le roi! répond Ilichard ; je ne connais personne ici à qui je dois cette civilité, et tout le monde me la doit. »
Surmontant alors tous ses scrupules, Richard s'assit sur le trône royal, au parlement, sans demander l'aveu de personne, et prononça les paroles suivantes qui exprimaient assez clairement ses intentions :
u Vous savez, dit il, qu'on a usurpé sur mes ancêtres le trône où je viens de m'asseoir, et vous n'ignorez pas par quels crimes ceux qui l'occupent depuis soixante ans s'en sont mis en possession. Henri IV trempa ses mains dans le sang de Richard II; Henri V fit mourir mon père... Tant que la maisoii de Lancasirc n'a fait tort qu'à moi et aux miens, je m*en suis cru dédommagé par l'honneur qu'elle a fait ti la nation... J'ai peu regretté d'être roi, lorsque vous en aviez un fpii, au droit prés, méritait de Tétre. Mais aujounl'htii qu'un faible héritier de cet heureux usur|)attur me retient ma couronne et perd des conquêtes qui vous ont coûté tant de sang, je serais indigne de celui de tant de rois qui coule dans mes veines, si, pour renouveler leurs con- (|uêtes, je no prenais enfin la couronne. Aidez-moi à en soutenir le poids, j'en partagerai avec vous les douceurs. »»
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A ce discours, tous les membres du parlement restèrent muets et mornes.
« l*ensez-y, leui* dit brusquement Richard qui avait levé le masque, pensez-y ; j'ai pris mon parti. »
Enfin le parlement, avec l'assentiment de Henri YI, déclara légitimes les droits de la branche d'York ; mais il fut décidé que Henri VI ayant porté le sceptre trente-huit ans, le conserverait jusqu'à sa mort, et qu'en attendant, Richard, reconnu pour son héritier, gouvernerait le royaume.
Mais cette convention, qui dépouille sa race, s'est faite sans l'approbation de Marguerite, retirée avec son fds dans le comté de Durham. Sommée de la ratifier, elle répond à l'envoyé de Henri Yl :
u Allez, j'ai toujours obéi au roi ; mais daiis raiïairc dont il s'agit, il me saurait un jour mauvais gré si je lui avais obéi. »)
Et bientôt, pour soutenir son refus, elle s'avance à la tète de vingt mille hommes, attaque à Wakefield le duc Richard, qui est tué après avoir vu la déroute des siens. Le comte de Rutland, son second iils, à peine âgé de douze ans, se retirait de la mùlée avec son précepteur lorsqu'il fut rencontré par le baron Clillbrd.
V Quel est cet enfant? dit le farouche baron.
— C'est le comte de Rutland, dit l'imprudent précepteur; c'est un enfant dont l'innocence doit désarmer votre colère ; épargnez le sang de nos rois.
— Donc, s'écria Cliflbrd en levant son poignard, comme ton père a tué le mien, je veux aussi te tuer, toi et tous les tiens ! »
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Et en disant ces mots, il le frappe de son arme ; puis, courant au duc, «Honda sur le champ de bataille, il lui coupe la tète, la couronne de papier et la porte à la reine au bout d'une pique. Marguerite la l'ait planter sur les remparts d'York avec celles de plusieurs autres seigneurs. Telles étaient les mœurs de cette (!'poque de sinistre mémoire. Des deux côtés la vengeance était consacrée sous le nom de droit de représailles, et la guerre des deux Roses, ainsi qu'on l'a dit, mériterait d'être écrite de la main du bourreau.
Après cet exploit, Marguerite marche vers Londres, bat le comte de Wrirwick àSaint-Alban, le met en fuite, et délivre son royal époux, que le chef des Yorkistes avait emmené avec lui. Elle allait soumettre Londres, lorsqu'elle apprend l'arrivée du prince Edouard d'York avec des forces supérieures. JNe jugeant pas ;\ propos de hasarder une action décisive, elle se retire dans le nord, tandis qu'Edouard fait son entrée dans la capitale et s'y fait reconnaître roi parla multitude aux cris répétés de Vue longtemps U roi Edouard !
Cette élection populaire, ratifiée par le clergé, la noblesse et la bourgeoisie, semblait ruiner toutes les espérances du parti de Lanciistre ; mais elle n'a pas abattu le courage de Marguerite. A la tète d'une armée doux fois victorieuse, combattant pour un roi reconnu, pour un fils de haute espérance, réunissant autour d'elle tous les nombreux partisans de la Rose rouge, elle a rassemblé sous son drapeau soixante-dix mille hommes. ^lais bientôt A\ar\vick, avec quarant'^ millo liommes, conduisant le jeune roi contre elle, les deux armées se rencontrent à Towton, et pendant deux
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journées entières se disputent la victoire, sous une neige épaisse, avec une fureur peu commune , même dans les guerres civiles. Les vainqueurs furent impitoyables ; trentehuit mille hommes du parti de la Rose rouge furent noyés dans le Cork ou massacrés.
Marguerite, que rien ne peut abattre, passe aussitôt en France pour chercher des secours. Elle ne tarde pas à revenir avec deux mille hommes et une faible somme de deux mille écus que Louis Xï, nullement généreux, lui fournit contre la promesse de restituer Calais, seule place que les Anglais possédassent encore sur le continent. Avec cette faible somme, la reine a levé une petite troupe d'honnnes d'armes qu'elle conduit en Ecosse ; delà, passant en Angleterre, où sa petite armée se grossit d'une foule de partisans, elle marche à la rencontre de ses ennemis. Quelques succès relèvent ses espérances. Mais voilà que AN'aruick s'avance avec vingt mille honnnes, tandis qu'Edouard d'York vient aussi à la tète d'une armée moins nombreuse. A cette nouvelle, les Laucastriens se séparent et se jettent dans les places conquises, et la reine, avec ses auxiliaires français, se rembarque. Mais les vents et les flots semblent conjurés contre elle. Tue partie de sa flotille, sur laquelle se trouve tout l'argent ([u'clle possède, est brisée contre les rochers; et ce n'est qu'à l'aide d'un bateau de pêcheur que Marguerite peut aller annoncer ce désastre à ses amis de Rervick.
Pendant tout l'hiver, Marguerite tient encore la campagne, montrant la même énei'gie, la même activité, et exposée à de dures privations et à de grands dangers. Un jour
qu'elle parcourait secrèteiuent, avec son fils et le sénéchal Brézé , une contrée sauvage et montagneuse, un parti de brigands les arrête et les dépouille de leur argent, de leurs joyaux, de tout ce qu'ils portent sur eux de quelque valeur. Ces hommes ignoraient sans doute quelle était la véritable qualité de ces voyageurs, car on eut gardé avec plus de soin des captifs aussi illustres. Ouoi qu'il en soit, les bandits mirent l'épéc à la main pour le partage du butin. Pendant cette mêlée, l'intrépide reine, ne songeant qu'à soustraire son fds à la cupidité de ces brigands sanguinaires, prend son JMouarddans ses bras (il avait onze ans et demi), fardeau trop lourd pour toute autre femme qu'une mère, et se dérobe par une course rapide à la cruauté des brigands.
Elle s'était enfoncée dans l'épaisseur de la forêt, lorsqu'elle voit paraître un homme dont l'air farouche et l'épée nue la font trembler, moins pour sa vie que pour celle de son enfant. C'était un autre bandit. Ne pouvant l'éviter, elle prend le parti de faire son confident de celui qu'elle regardait tout à l'heure comme un assassin. Alors, avec l'intrépidité du désespoir, s'approchant d'un pas grave et majestueux :
(( Venez, mon ami, lui dit-elle en lui montrant le jeune prince, venez; je confie à votre loyauté le fds de votre roi. »)
Le nom de roi pénétra ce misérable d'un si vif sentiment de respect et d'une tcllr sorte de frayeur, qu'il laissa tomber son épée aux pieds du prince, et, ne pensant qu'à lui olTrir ses services, il dit à la reine qu'il était prêt à faire tout ce
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qu'elle le croirait capable d'entreprendre pour les sauver elle et son fils. Marguerite le pria de se charger du jeune prince, qu'elle n'avait plus la force de soutenir. Il le prit entre ses bras et les conduisit dans un lieu assez sur pour y prendre le temps de s'informer des événements. Cet homme avait sa maison et sa femme dans un village voisin. Dans l'état où il avait trouvé le prince et sa mère, presque nus, défigui'és par la fatigue et la crainte, il leur demanda s'ils couraient risque d'être reconnus en se retirant dans cet asile. La nécessité les força d'accepter ces offres. Ils furent bientôt rejoints par Brézé, le sénéchal de Normandie, et quelques hommes de sa suite ; et, avec cette petite escorte, ils revinrent au quartier des Lancastriens.
Le drame n'était point encore terminé ; il devait offrir d'autres péripéties. Marguerite s'embarqua pour la France avec le jeune Edouard ; mais Henri VI, guidé par sa mauvaise étoile, rentra sous un déguisement en Angleterre. 11 fut aussitôt reconnu, arrêté, amené à Londres les jambes liées sous le ventre de son cheval, conduit trois fois autour du pilori, et renfermé pour la troisième fois dans la Tour de Londres.
Bientôt, par un de ces revirements que permet la Providence, AVarwick, le champion du roi Edouard, se tourna contrôle roi qu'il avait fait, et l'enferma à Middlcham. Ainsi les deux rois rivaux se trouvaient tous deux captifs. Puis le duc de Clarence et le comtcWarwick, pour se dérober au courroux d'Edouard, qui avait recouvré la liberté, se rendirent à Amboise, où Louis XI tenait sa cour et où ils trouvèrent Marguerite d'Anjou. Le malheur eut bientôt réconcilié ces an-
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ciens ennemis. AVnrwick s'cngap«'a à roplarrr Ilonri VI sur lo trôno, ctopérasadescenlo àDariiiouth, suivi de quelques troupes. Son année grossit on un nionimt : elle était déjà de ])lus do soixante niille hommes quand Edouard sortit de son insouciance, et prit la fuite, laissant la reine sa fenune et ses trois filles dans le sanctuaire de AVestminster, dont l'asile fut respecté.
répondant AVaiwick, que le peuple appelait avec transport /i' faiseur de rois, vouait de conquérir tout le royaume en peu do jours, avait tiré Henri YI de sa prison et l'avait remis sur le trône ; et tout cela sans vengeance, sans proscription. La perfidie du duc de Claronce, qui ne s'était brouillé avec Edouard, son fréro, que pour lui succéder, amena une autro révolution. Edouard revint avec quinze cents hommes levés dans les Pays-Bas ; cette petite armée grandit on pou do temps, '\^'ar^vick marcha contre elle ; mais Edouard éluda sa ronrontro, ot se présenta devant Londres, où il put entrer par la trahison de l'arohevéque d'York, et se remit on possession de la personne de Henri VI.
Pondant cette révolution, Marguerite est sur le point d'arriver on Angleterre avec dos troupes. Cotte reine, qui luttait avec une si admirable persévérance contre sa mauvaise fortune , venait enfin de surmonter les vents contraires pour opérer le passage de France en .\ngletcrre. En attendant son arrivée, AN'arwick étaitbien sûr de battre Edouard. Mais, impatient, il veut prévenir l'arrivée de la reine pour avoir tout l'honneur de la victoire. La bataille s'engagea donc pour le malheur de la maison de Lancastre. La trahi-
àh:
nv'ppa ac son vani
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son de Clarence, qui pcassa à son frère avec douze mille hommes, entraîna la perte de la bataille. Warwick n'eut pas la douleur de survivre à sa défaite. Marguerite et son fils apprirent ce désastre en débarquant à Plymouth. Elle se réunit aux comtes de Pembroke et d'Oxford, qui levaient des soldats chez les Gallois, et rencontra Edouard, à la tète de forces supérieures, dans les champs de Tewksbury. Ses troupes se battirent vaillamment, mais succouibèrenl sous le nombre. La reine et son fils Edouard furent faits prisonniers. Marguerite fut réservée pour orner le triomphe du vainqueur. Son fils ayant été conduit à la tente d'Edouard lY, celni-ci lui demanda, d'un ton insultant, comment il avait osé se montrer en Angleterre.
«Je suis venu, répondit le jeune prince avec une fierté ingénue, je suis venu défendre la couronne de mon père et mon propre héritage. »
Edouard, irrité de cette intrépidité, le frappa de son gant à la joue. Ce fut son arrêt de mort ; car les assistants le tuèrent lâchement à coups d'épée.
Plusieurs chefs du parti de Lancastre auraient pu aisément trouver leur salut dans la fuite, mais ils préférèrent chercher un asile dans une église. Au temps de leurs victoires, ils avaient toujours respecté le privilège du sanctuaire ; ils pouvaient espérer qu'un sentiment de gratitude empêcherait Edouard de violer une loi à laquelle il devait la vie de ses enfants, de sa femme et de deux mille de ses partisans. Mais son ardeur sanguinaire ne devait rien respecter. 11 voulut entrer dans l'église l'èpée haute, l'n prêtre, portant l'hostie sainte, s'avan<;a vers la porte et refusa
d'en quitter le seuil, jusqu'à ce qu'il eût promis, à son grand regret, d'épargner tous ceux qui s'étaient réfugiés à l'abri du sanctuaire. Pendant deux jours il fut fidèle à sa promesse ; mais, le troisième, une troupe d'hommes armés entra violemment dans l'église, s'empara du duc de Somerset, de plusieurs autres seigneurs et chevaliers, les traîna hors des saintes murailles et leur trancha la tète.
Le soir du jour où Edouard lit son entrée dans la capitale, Henri VI périt dans la Tour, sans doute par le poignard de Tilocester. On publia qu'il était mort de chagrin. Son corps fut exposé dans l'église Saint-l*aul. On espérait ainsi satisfaire les plus crédules ; mais les historiens qui écrivirent sous la dynastie suivante, non-seulement aflirment l'assassinat, mais l'attribuent sinon au poignard, du moins aux conseils du plus jeune des trois frères, de Richard, lo duc de filocester.
Après tant de catastrophes, l'intrépide Marguerite d'Anjou put survivre à ses douleurs d'épouse et de mère ; elle resta prisonnière pendant trois ans avec une misérable allocation par semaine pour elle et ses serviteurs. Au bout de ce temps, Louis XI paya cinquante mille écus pour sa rançon. Elle vécut encore quelques années et acheva dans la retraite une vie si longtemps agitée.
Telle est l'esquisse de l'existence héroïque de Marguerite d'Anjou ; tel est le précis de la guerre des deux Roses, guerre qui dura trente ans, détruisit presque toute la noblesse anglaise ot fit périr un million d'Iinmmrs ; guerre monstrueuse, la plus hideuse des guerres civiles, celle des parents contre les parents, et des hommes faits contre les
enfants au berceau. Durant plusieurs générations, deux familles nombreuses s'entre-tiièrent, soit en bataille rangée, soit par l'assassinat, pour soutenir leur légitimité, sans qu'aucune des deux pût décidément anéantir l'autre , dont quelque membre se relevait toujours pour combattre, détrôner son rival et régner, jusqu'à ce qu'il fût détrôné luimême. Quatre-vingts princes du sang, presque tous jeunes, périrent dans ces querelles impies, tant étaient barbares les passions politiques au quinzième siècle.
Quoique l'on puisse reprocher à Marguerite de n'être pas exempte de la l)arbarie et de la férocité du siècle où elle a vécu, et d'avoir peut-être manqué de modération dans la prospérité, néanmoins le courage qu'elle fit paraître dans toutes ses entreprises, la fermeté qu'elle montra dans ses malheurs, seront toujours dignes d'admiration. L'histoire citera toujours son triple rôle comme reine, connue épouse et comme mère, et dira, avec une sorte d'enthousiasme, qu'elle eut le courage de défendre, dans douze batailles rangées, les droits de son mari et de son fils.
Voilà, mes amis, ce que j'étais prèt^ à vous raconter hier, ce que, sans mon mal de tête, je vous aurais raconté avec autant d'assurance qu'aujourd'hui , croyez-le bien, et soyez assez bons pour ne pas ajouter foi à certaines insinuatinns désobhgeantes pour moi...
iU L'ÉTÉ
Madame DE Varicoukt. Eulalie, tu \iens de le justifier d'une manière qui répond à tout ; cela sufllt.
Constance Eliçagahay. Msl cousine Eulalie a sans doute payé son tribut avec une louable générosité ; nous sommes très-satisfaits de son récit ; mais la mine qu'elle nous fait témoigne qu'elle n'est pas tout h fait aussi contente de nous.
Ellalie. Plusieurs personnes ici avaient paru douter...
Andué de VAHicunn. 11 y a d'autres personnes qui, à mon avis, ont eu encore un plus grand tort : ce sont celles (pii ont rapporté à notre cousine Eulalie ce qui avait été dit trop légèrement à son sujet.
Clahu: I'f: Woi.iuciu.. Mon cousin André me regarde en disant cela ; on dirait qu'il m'accuse, et pourtant je pourrais...
Andhi;. 11 me semble que je n'ai désigné personne par mes paroles ; et toute personne qui .»^e défend sans être tic-
ciisée...
M \h\ME DE VAnicoi'HT. Eli bicu ! mon enfant, voulez-vous renouveler entre vous la guerre de la Rose blanche et de la Rose ronge? Vous avez là tous 1rs éléments de la querelle la plus futile et la plus complifiuée. Je veux la terminer tout de suite, et (ju'il n'en reste ])as la moindre trace. Il y a ici au moins trois personnes ([ui n'ont pas fait leur devoir en cette circonstance, et (pii, j'en suis sure, ne demanderont pas mieux (juc de réparer leur tort. Ces trois personnes sont André, Elaire et... lùilalie.
EriAi.iK, finr vivnciié. Moi, grnnd'mamanî
Madamc. l'K VAUicoim. Oui, mon enfant, je vais m'cxjdi-
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quer. André, qui ne dit plus rien, a le premier eu le tort de faire des plaisanteries déplacées sur la migraine de sa cousine. Claire, qui ne réclame pas non plus, a eu celui peut-être plus grave d'aller en rendre compte àEulalie. Enfin Eulalie, par esprit de générosité et de charité, aurait dû montrer moins de susceptibilité, qui n'est au fond que de l'amour-propre déplacé, et ne rien laisser percer de ce qu'on lui avait appris. Considérant ces divers griefs, je condamne André à oflVir ses excuses à Eulalie ; je condanme Claire à nous promettre de ne plus rien rapporter en cachette ; et Eulalie nous embrassera tous, pour nous prouver qu'elle ne garde de rancune contre aucun de nous. »
Ce jugement, exécuté séance tenante, rétablit la paix et la cordialité entre tous les membres de la famille.
Mil
I.a petite scène de la veille, que niadaiiie de Varicoiirt avait su terminer si heureusement, avait fait une salutaire impression sur tous les esprits de la jeune famille. On avait, du même coup, lait justice des jugements téméraires, des ra])ports indiscrets, des fâcheries qui naissent de Vexcès de Tamour-propro. Il était très- probable (jue de tels incidents, toujours fâcheux, ne se renouvelleraient plus. Quant à André, il s'était bien promis de n'être plus si prompt à juger défavorablement. L'histoire qu'il choisit pour son récit sembla prouver que cette pensée l'avait préoccu|)é pluscju'il ne croyait peut-être.
(Juand madame i\o Varirnurt fut h son poste accoutumé, quand lout lu monde se fut installé chacun selon sa convenance, André prit la parole d'un ton grave et dit ce qui suit :