‹ L'été sous les tilleulsChapitre 13 sur 14 · LA VIERGE DE SIDÉKIE · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE SIDÉKIE

l.'ne jeune remme de beaucoup tic talent, madame Cottin, il défiguré dans un livre bien connu, Elisabeth, ou les exiles de Sibérie, une simple et touchante histoire ([ui n'avait nul besoin, pour intéresser vivement, d'une foule d'inventions romanesques. Elle a surtout fait tort à la véritable héroïne en lui donnant nn nom ([ui n'est pas le sien. Déjà, bien avant moi, un écrivain d'un esprit élevé et d'un f^oùt cxtiuis' a rendu à la pieuse Prascovie Lopoulofl l'innuortalité (pii appartient à son sublime dévouement. Hu'il me soit permis de suivre les traces de cet ingénieux et élorpient

narrateur î

LopoulolT, noble ollicier russe, avait été exilé en Sibérie pour des misons (lui sont demeurées inconnues. La Russie n'a pas de gazettes de tribunaux pour instruire le public de toutes les condamnations rendues, et je ne vois pas que ce soit nn b.cn grand malheur, même alors que la justice frappe des innocents. Lopoulolï avait donc été conduit au lieu de son triste exil avec sa femme et leur petite IVascovie, âgée alors d'un an.

J. M Navicnic \!ai ire, fr rode l'aulcur des .Vuirr-Virfe Srti/i»-r»ïrr4^0Mr^.

sous LES TILI.KLLS. -JH

Je n'ai pas Ijesoin de vous faire la peinture de la Sibérie, cette affreuse contrée où sont ensevelies vivantes tant d'innocentes ou malheureuses victimes de la politique. Ce fut dans cette sorte de tombeau que Prascovie fut élevée par ses infortunés parents; ce fut là ({u elle grandit et atteignit sa quinzième année. La pauvre enfant, entourée de ses compagnes d'exil, accoutumée dèsTenlance au morne spectacle de leurs silencieuses douleurs, crut longtemps que les cieux, la campagne, les hommes, la vie, étaient partout comme en Sibérie. Ses parents n'avaient jamais parlé devant elle d'autres contrées ou d'un sort plus beau, ni surtout d'un passé plus heureux, de peur d'éveiller dans sa jeune àme des regrets inutiles et des espérances irréalisables. Prascovie n'avait donc point à regretter ce qu'elle n'avait jamais connu personnellement; elle n'avait fiiit aucune étude qui eût pu faire entrer dans son jeune rcpur de funestes pensées d'ambition. Elle n'avait appris qu'à prier Dieu et à travaillrr pour procurer quelque soulagement à son père et à sa mère bien-aimés.

Ainsi ses mains mignonnes et blanches travaillaient à la terre et aux plus rudes occupations du ménage, par tontes les saisons et à tous les moments. \A\v no voyait à cela aucun pénible sacrifice ; au contraire, elle y trouvait le vif bonheur d'être utile et agréable à ses parents, dont elle ue soupçonnait |)as même l'horribU situation.

Mais un jour, c'était dans la soirée, ello avait fait ses prières plus longues f|u'à l'ordinaire, parce (\u(' le lendemain était le jour do fètc de sa sainte patronne, son oreille fut fraj)pée de sanglots et do plaintes qui partaient de la

petite ciianibre occupée par ses parents. Mue par une curiosité bien naturelle, elle s'approche de la cloison mal jointe, et voit son père en proie à un violent désespoir ; ses larmes coulaient en abondance ; ses paroles avaient toute l'amertume de la douleur et de l'imprécation. Il se plaignait à la triste compagnie de sa vie et de son exil, de la rigueur toujours croissante de ses destinées. Il rappelait toutes les supj)rKiues (pi' il avait adressées au gouvernement et qui étaient restées sans réponse ; il ennuierait avec amertume toutes les douleurs qui assiégeaient son âme ; et Prascovie, qui pleurait en entendant cette scène de désolation, tressaillit à son nom j)rononcé avec l'accent du désespoir.

u Va notre chère l*rascovie, disait Lopoulolï, pourquoi fait-on aussi j)eser sur elle le poids de notre infortune? Diront-ils aussi que cette ])auvre enfant est criminelle, elle qui venait de naître, elle (pii ne parlait point encore lors- ({ue nous a\ons été traînés ici? Hélas! on ne peut lui reprocher autre chose que d'être notre lille î Notre fdle, ah ! qui la protégora lorsijue nous ne serons plus? Ah î le ciel est aussi injuste que les hommes î Devrait-on donner le jour à des êtres à qui Ton n»* j)eut laisser que ropj)robre et la misère? »

C'est ainsi (jue le désespoir arrachait du sein ulcéré de cet homme des inqirécations dont le ciel était assurément oITensé ; car douter de la justice de Dieu est un crime qui ne ])eut trouver grâce que devant sa miséricorde infinie. Cependant les paroU's (ju'ellr venait d'entendre furent pour Prascovie un tra't d'une alVreuse lumière, qui lui dévoila t(mte l'horreur de l'abinie où s;i famille était plongée. Kllc

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se remit aussitôt en prière, et une pensée d'espérance et de salut vint luire tout à coup dais son cœur, celle d'aller elle-même à Saint-Pétersbourg implorer do l'enipcreur la grâce de son père. Elle reinercia Dieu de son heureuse inspiration, et chaque jour cetto ponsée d'a\onir ne fit que se fortifier dans son àme, car longtemps encore elle tint caché ce vague projet qui dovait rendre à la liberté son père et sa mère. Mais elle s'entretenait souvent avec Dieu de la pensée qu'il lui avait envoyée. C'était dans un bois de bouleaux, voisin de leur cabane, qu'elle se réfugiait pour prier Dieu selon son Cd'ur; tous les matins, elle y venait supplier humblement le Souverain Maître d'éclairer son esprit et de lui dicter son devoir, et chaque fois il lui semblait entendre une voix d'en haut qui disait :

« Pars pour Saint-Pétersbourg ; c'est là que tu obtiendras la grâce de ton père. »

Le village qu'habitait la famille LopoulolT en Sibérie se nommait Ischiiii; il était situé près des frontières du f^ouvernementdc Tobolsk. l.a malhoureuse famille n'avait pour subsister que la modique rétribution de dix kopeks par jour, rétribution assignée aux piisonniers qui ne sont pa*^ condamnés aux travaux publics.

Lorsque Prascovie crut avoir assez mûri son projet, elle jugea que le moment était arrivé d'eu faire confidence à ses parents. Ce jour-lâ, elle se rendit donc de bonne heure au bois de bouleaux, vi pria Dieu avec instance de faire |)artager à son père et à sa mère la confiance qu'elle mettait «mi son voyage «\ Saint-l*étersbourg. Ouand elle revint à Thabitation, elle trouva <ori père assis sur un banc près de la

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porte et fuiiiaiit une pijKi. Klle s'arma de courage et se mit à lui expliquer sou projet. LopoulofT l'écouta du plus grand sérieux du monde, puis il se mit à rire et à plaisanter, ce qui lui arrivait bien rarement, tandis que sa femme attendrio, tout en partageant son hilarité, embrassait Prascovie, en lui disant amicalement :

« Allons, mon enfant, tiens, voilà un linge; commence par nettoyer la table pour le déjeuner ; tu pourras ensuite te mettre en route à ton aise pour Saint-Pétersbourg. »

Malgré ces j)laisantenes, IMascovie n'en avait pas moins foi en sa mission ; elle n'aurait pu se décider à abandonner son projet. ]]ile revint à la charge plusieurs fois et si souvent, que son père la réprimanda sévèrement et lui défendit positivement de reparler de cela, alléguant qu elle était beaucoup trop jeune encore pour entreprendre un voyage aussi long et aussi diihcile.

Trois années s'écoulèrent sans que Prascovie osât renouveler ses instances à ce sujet. Luc longue maladie de sa mère la forra d'ajourner son projet. Mais jv^ndant tout ce tcnq:)S-là elle ne cessîiit de prier pour le succès de son entreprise. Le petit bois de bouleaux était fréquennnent le dépositaire dos ferventes suj)j)lications cprelle adressait au ciel, et pour ([u'il déterminât son père àconsentirau voyage tant désiré, et pour que ce voyage eût une heureuse issue.

Cepemhint Prascovie s'était développée au physique counnc au moral ; ses forces, sa raison ne pouvaient plus être mises en doute ; ses parents ne pouvaient plus lui objecter sa trop grande jeimcsse. Avec leur permission, elle ht donc écrire par un savant d'Is(.'him la demande d'un pas-

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seport adressée au gouverneur de Tobolsk. fie gouverneur n'accordait que très-rarement de ces passeports aux parents des exilés. Mais la Providence est admirable en ses desseins ; et malgré l'espoir de LopoulolT, qui comptait fermenjent sur un refus formel, ou plutôt sur un silence absolu de la part du gouverneur, T heureux passeport arriva sans retard, et Prascovie, sans se laisser ébranler par le chagrin de ses parents, fit ses préparatifs de départ.

L'heure de la séparation étant arrivée , au moment des derniers adieux, Prascovie, suivant l'usage des pays russes, s'assit un instaiit; son père et sa mère, ainsi (jue deux de leurs amis, prisonniers connue eux, en firent autant. Après quel([ucs minutes de repos, pendant lesquelles on ne parla que de choses indilTérentes, on se leva, et les adieux et les embrassements commencèrent. (Cérémonie de famille assurément fort touchante, et quisignihe qu'avant de se séparer pour longtemps, pent-ètre pour toujours, 0!i veut encore se reposer quelques moments ensemble, connne si l'on voulait dérober au temps cette fugitive douceur î

Alors, nnmie des bénédictions de ses parents. Prascovie commença son long pèlerinage en se lançant sur Tinterminable route qui conduit de Saint-Pétersbourg à .Moscou. Il fallait que cette jeune fille fut soutenue par son iminense foi en Dieu pour se mettre ainsi h la merci des hasards et des éléments. Mais la Providence divine, celle qui nourrit les petits des oiseaux du ciri, ur pouvait délaisst»r la pauvre lille (flschiiu, et devait la réccuiqieusor dv. son dévouement filial. Des asiles hosj)italierss'onVirent à elle sur son chemin, tantôt chez de pauvres gens, tantôt chez des riches, très-

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souvent (lan^; do?; monastères, où on lui prodiguait tous les secours, toutes les consolations.

Marchant tantôt à pied, tantôt sur des chariots de marchands compatissants, tantôt sur de grands bateaux dont les mariniers étaient humains, Prascovie eut beaucoup à sondrir de la fatigue, do la chaleur, de la misère. Quelquelois ses pieds étaient uicurtris et tout en sang. Trois mois s'écoulèrent ainsi, et le voyage n'était encore que peu avancé. Mais les neiges de décembre arrivant, Prascovie, qui ne pouvait plus continuer sa route sans risquer de périr au milieu des frimas, tournases regards vers le ciel pour implorer une nouvelle marque de sa bonté, et peu après, dans le lieu où elle s'était arrêtée, arriva un convoi de traîneaux qui allaita l^lkatherinenbourg (ville de ('atherine) ', qui n'estsituée((u'à cent lieues sud-ouest de Tobolsk, à trois cent soixante de Moscou, i )n voulut bien prendre Prascovie parmi les voyageurs (jui ('(aient tous des paysans. Tes bonnes gens, touciiésdc la voir transie de froid, parce (pi'ellen'avait (pie des vêtements fort Irgers, lui prêtèrent tour à tour leurs pelisses. De cette sorte, elle put arriver à Kkatherinenbourg.

Mais il ne lui restait plus un seul kopek ; il n'est point étonnant ([u'ellc eût tout dépensé du peu d'argent qu'elle avait emporté d'Ischim. Au lieude s'en désoler son premier soin fut d'aller faire sa j)rière à l'église, suivant sa louable habitude. Pendant fju'elle priait avec abondance de larmes, une dame s'approcha d'elle, lui adressa (juchpies paroles

4. Cctti" villo ont la n''sii!<Mirc il»< radministratioii dw mines cl fonderies de l a SilK'rie ; elle possède de» foudcri.s d'ancius ul do canons.

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d'intérêt et de bonté. Cette excellente dame, nommée madame Milin, pria la jeune voyageuse de la suivre à son hôtel. Prascovie la toucha beaucoup en lui Taisant le récit de l'histoire malheureuse de ses parents et en lui apprenant quelle grande tache elle avait entreprise pour les délivrer. Madame Milin ne s'en tint pas à de stériles démonstrations d'intérêt ; l'hiver était trop rigoureux pour que Prascovie pût continuer son ^ oyage. Il fut donc arrêté qu'elle ne repartirait pas avant le printemps, et en attendant elle resta chez la bonne dame Milin, comme la fille de la maison.

La jeune fille d'Ischim mit ce temps à profit pour apprendre à lire et à écrire ; et ses progrès tinrent du prodige comme toute sa destinée. Mais, au printemps elle rappela à madame Milin qu'elle devait partir pour accomplir la tache que le ciel lui avait confiée. Madame Milin voulut combattre son projet, la suppliant avec instances de rester auprès d'elle ; mais, vaincue par les larmes et les prières de Prascovie, elle lui conq)léta un petit trousseau qui devait suiïire longtemps à ses besoins, et l'embarqua sur un grand bateau de conuuerce sous la protection d'un honnête négociant (pii se rendait à .Nijéni, à plus de mille werstes d'Ekatiierinenbourg, et ([ui s'était chargé de pren(hv tous les arrangements pour que Prascovie pût continuer son voyage.

3Iais notre jeune héroïne n'était pas au terme de ses épreuves. A moitié chemin, le négociant tomba malade; on fut obligé de le descendre à terre au premier village. Huelques jouis après, le bateau, battu par un violent orage, échoua sur un banc de .sable, l'iusieurs passagers furent renver-és dans les flots du Volga, et le bagage de Prascovie

périt dans cette tourmente. Knfin les coupoles de Mjéni se dressèrent de loin h ses regards ; et quoiqu'elle eût perdu son protectrui-, et qu'elle fût tout à fait sans ressources depuis la perte de son bagage, elle se rendit avec confiance à l'église sitôt qu elle mit pied à terre, et trouva la plus douce liospitalité dans un couvent de religieuses dont cette église était une dépendance, (le fut dans ce couvent que Prascovie fit vœu de se consacrer à Dieu quand elle aurait tout fait pour son père. Mais une maladie grave et dangereuse la retint quatre mois dans ce séjour de la paix et de la j)iété. Knfin, soutenue par la j)ensée qui lui était venue du ciel, elle recouvra la santé, reprit des forces et parla tout aussitôt de départ.

l*rascovie, à peu près rétablie, partit en traîneau couvert pour Moscou, chargée de bienfaits et des reconnnandations de la bonne abbesse du couvent doNijéni. Klle ne tarda pas à se trouver dans Moscou, /// r//ir sainte dos Russes, et qui a été justement nomniéc par ses poètes J/o.vo^ï/ tnt.r cotipoles dorées. l'outes ces églises , tous ces châteaux avec leurs jardins et dépendances, tous ces palais de brisques et leurs parcs , entremêlés de jolies maisons de bois et mémo de chaumières, auraient certainement fixé l'attention de la jfMine voyageuse si son esprit n'avait pas été dominé par un tout autre sentiment cpie celui d'une \aine curiosité. Klle passa quelques joui-s à Moscou, chez une dame à laquelle Tabbesse de Nijéni l'avait adressée, et qui la confia jusqu'à Saint-IVtersboiirg à un marchand <|ui \oyageait dans sa propre voiture.

l'ne coursr rapidr conduisit bientôt I*ras<'ovie à Saint-

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rétersbourg, cette uiagnilique ville de palais, la belle capitale des tzars, la belle cité de Pierre-le-Grand qui lui a donné son noble nom et imposé le cachet de son génie, ce Saint-Pétersbourg où la ■Xéva coule à pleins bords , entre deux quais de granit alignés à perte de vue.

11 y avait dix-huit mois que Prascovie s'était séparée de ses parents et, dans cet intervalle, l'empereur Alexandre avait succédé à son père Paul T ^ De nombreuses gnices avaient été accordées à l'occasion de l'avènement du jeune empereur, mais aucun ukase d'amnistie n'avait été rendu en faveur des prisonniers d'Ischim. Tel était l'état des choses lorsque Prascovie arriva dans la ville inipérialo. but ot terme de son pèlerinage.

Le marchand qui avait servi de guide a l*rascoviefut appelé par ses spéculations à Riga ; et, pendant son absence, mal conseillée pour les démarches qu'elle avait à faire, elle fit rédiger une supplique adressée au sénat, pour demander la révision du procès de son père, et s'alla poster chaque jour, comme une mendiante, sur le grand escalier du palais, tendant sa pétition à tous ceux ([ui montaient et descendaient.

Dans l'intervalle, les fêtes de Pâques arrivèrent. Prascovie s'approcha de la table sainte avec beaucoup de feiTCur, et y puisa un nouveau courage que la femme du marchand était loin de partager.

(( A votre place, lui disait celle-ci, je laisserais là mes démarches et les sénateurs; c'est conune, ajoala-t-ello en lui montrant la statue colossale de Pierre -le-Cirand •,

i. Coite statue équcilrc est lœuvro tic Talconcl l'Éiifiinc-Maurico, ; lo

si vous présentiez cette supplique à cette statue que voilà.

— Oue dites-vous là, madame ? ré|)Oudit l*rascovie ; iJieu n'est-il pas tout-puissant, et, si telle est sa volonté, il peut forcer cet homme de fer à se baisser et à prendre ma supplique. »

Cette réponse provoqua les risées d«* la marchande. Mais quelques jours après, son mari revint et fut bien surpris de letroiivcr la j^'une lille encore dans sa maison. Il fit des démarches pour connaître la demeure des f>ersonne3 à qui l.i Sihérieune était adressée. Ces infonnations prises, il conduisit Prascovie chez madame de L*** et chez la princesse de T***, qui l'accueillirent parfaitement. Ottc dernière la retint avec beaucoup d'amabilité et de prévenance dans son hùtel, et voulut (pi'elle y fût traitée comme sa propre \\\h\ Il était facile de voir rpie les recommandations de la hniific madame Milin produisaient leur elTet. Malheureusement la princesse était malade, et cette circonstance retardait los démarches à faire pour le succès de l'entrepiise de la lille du malheureux LopoulolV. Les jours, les semaines, les mois s'écoidaieut ; et, ])en(lantce temps-là, Prascovie, jetée dans le ^rand monde, était le point de mire d*unc oisive et stérile curiosité, l'objet des questions les plus indiscrètes. A Toccasion des éloges qu'on lui faisait à tout

fhcval n'r^t pnrt<^ que sur les jamboft do derrière et semble aYlanrer du fanirux rorhcr (|iii lui sert de pit^lt-stal. Celto ma!is<i i^noruie de (zranit, d'un fttnil bloc, i\ tnutc-sopt jiid.s ilr lor.j: sur \in^l doux do haulour ; il pî'sc trois millions de livrer.

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propos sur son (îévoueiiient à sa lamille, elle ne pouvait s'empêcher de se dire quelquefois.

(( Mon Dieu ! tous ces grands personnages n*aimentdonc guère leurs parents, qu'ils sont si émerveillés de si peu de chose ! »

Un jour, un seigneur de la cour lui ayant demandé, trèsétourdiment sans doute , quel était le crime de son père :

(( Monsieur, répondit-elle froidement, un père n'est jamais coupable pour sa fille, et le mien est innocent.»

Prascovie était devenue un objet de respect et d'admiration pour toutes les âmes honnêtes et délicates. L*inq)ératrice-mère voulut la voir, l'accueillit avec bonté, lui donna une pension, et lui promit de parler à l'empereur de la grâce de Lopoulofl'. L'intéressante Sibérienne était touchée profondément de si hautes marques de synq)athie. Klle entrevoyait avec une joie tout ineiïable l'aurore du jour heureux qui devait assurer la délivrance de son père et de sa mère. Klle ne s'était pas trompée, elle rerut l'ordre de se rendre à une audience particulière de l'empereur.

En approchant du monar([ue, ses genoux déchirent, mais de respect, non de crainte. Klle parla avec une émotion inexprimable de la cause sainte ^\u\ l'amenait au pied du trùne. l^'enq)ereur l'écouta quehjues instants, |)uis l'interronq)ant :

« Mademoiselle, dit-il, je n'accorde pas la grâce de votre père... mais j'ordomie la révision de son procès.

— Alors il est sauvé! » s'écria Prascovie en tombant à genoux; mais hi jrune impératrice régnante la rrleva on l'embraijsant, et lui fit un présent de cinq cents roubles.

222 VtTt.

Jj' ukase de rappel de son père fut expédié, et un courrier pai'lit en toute Iiàte, avec une forte somme d'argent, pour aller porter cette bonne nouvelle aux panvres exilés, ainsi que les moyens de sortir promptenient de la Sibérie. Mais reni])ereur, |)ar un surcroît de bonté, fit demander i\ Prascovie ce (pi'elle désirait pour elle-même. Elle répondit aussitôt qu'elle suppliait Sa .Alajesté d'accorder la grâce de deux prisoimiers, compagnons et amis de son père. Elle se souvenait avec reconnaissance que, lorsqu'elle avait rjuitté la Sibérie, ces âcxw amis avaient voulu à toute force lui faire accej)ter, pour l'aider dans son long voyage, dix kopeks, la seule fortune qu'ils ]iossédassent, et qu'elle leur avait i)romis de demander aussi leur grâce. L'empereur lu lit répondre sur-lo-cbanq) que son désir serait rempli, et (ju'il se |)Iaisait à lui accorder à, elle-même nne pension qu'elle avait si bien méritée ])ar sa noble conduite.

Le but de son pèlerinage étant si beureusement atteint. IVascovie put doimer quelques jours à la curiosité que lui inspiraient les monuments des arts. La princesse de T*** la conduisit au palais impérial de l'Ermitage, superbe demeure dont les ricbesses et l'élégance donnent l'idée d'iuie féerie, ('et édifice lui causa plus de ])laisir que tout ce (pi'elle avait admiré jusqu'à ce moment. l'Ile voyait pour la ])reinière fois des tableaux, et parut prendre un grand intérêt ii les examiiu'r, particulièrement ])lusic'urs scènes prises dans rKcritiire-Sainte, et qu'elle reconnut d'elle-même. Mais en passant de\ant une grande toile du peintre napolitain*,

i. Ce peintre habilo avait une merveilleuse prrstcvsedc main ; c'est ccqui lo Tairait souvent appeler l.uen fra jursio.

sous LES TILLMULS. 223

toile qui représente Silène ivre soutenu par des bacchantes et des satyres :

(( Quel vilain tableau ! dit-elle ; qu a-t-on voulu représenter? ))

On lui répondit que le sujet était tiré de la mythologie. Comme elle n'avait aucune idée de la mythologie, il eût été difiicile de lui doiinei* une explication satisfaisante.

(( Tout cela n'est donc pas vrai? dit-elle avec dégoût. Voilà des hommes avec des pieds de chèvre. Ouelle folie de peindre des choses qui n'ont jamais existé, (|ui ne sont pas vraies, comme s'il en manquait de véritables! »

Cependant Prascovie n'avait ])oint oublié le vœu qu'elle avaii fait de se consacrer à Dieu. C'était la plus grande marque de reconnaissance qu'elle pût donner à l' litre Suprême, qui avait bien voulu combler tous ses autres vcihjx. Elle alla donc prendre le voile à Kiew, tandis que son père recevait, au fond de la Sibérie, la nouvelle inespérée de sa délivrance. Il y avait plus de vingt mois que la jeune Sibérienne avait quitté ses parents, et ceux-ci, par une inexplicable fatalité, n'avaient jamais reçu de ses nouvelles.

Qu'on juge de la joie de LopoulolV, de celle de sa femme et de ses deux amis, lorsque la dépèche, qui leur rendit la liberté, arriva à Ischim. Ce fut, pendant quehpies mimites, un concert de bénédictions pour le nouvel empereur etjwur la jeune fdle qui avait su l'attendrii* en faveur de pauvres exilés. Prascovie avait fait joindre à cette heureuse dépèche une souune de deux cents roubles en assignations pour les frais du \oyage.

Prascovie attendit queUpie temps, à Kiew, la nouvelle

du retour de son i)èrc ; elle était impatiente d'avoir des nouvelles de ses chers exilés ; il lui seuiblait qu'ils auraient déjà pu lui écrire depuis le temps.

Mais lorsqu'elle avait pris le voile à Kicw, elle n'avait nullement l'intention de s'y fixer. Son projet était d'aller s'établir pour toujours à Mjéni, ainsi qu'elle l'avait promis à la bonne abbesse. Elle écrivit donc à cette dernière lorsque ses épreuves furent achevées, et partit bientôt après ])our se rendre auprès d'elle, dette excellente supérieure l'attendait ; elle avait voulu lui ménager une agréable surprise. l.opoulolVet sa fenmie étaient arrivés à Nijéni depuis (juelcpic temps. A son ani\ée au couNent, Prascovie se jeta aux pieds del'abbesse, (|ui était venue au-devant d'elle avec toutes ses religieuses.

(( .N'a\e/-\()ns point reçu de nouvelles de mon père? ditelle aussitôt.

— Venez, mon enfant, lui répondit la supérieure; nous en a\ons de bonnes ; je Vous les donnerai chez moi. »

Va en disant ces mots, sans rien ajouter, Tabbesse remmenait le long du cloitreoi du couvent. Les religieuses gardaient le silence, mais leur sourire de bienveillance était tout h fait rassurant ])oni- Trascovie. Kn entrant chez l'abbesse, elle se trouva <lans les bras de son pèie et de sa mèrecpii la comblèrent de caresses, et, voyant leur fille chéiie en hai)it de religieuse, ils tombèrent à genoux devant elle. A ce sjx'ctacle, Prascovie, se mettant elle-ménjeà genoux, s'écria :

(i Oue l'aites-vous, mon père? C'est hieu, hieu seul (]ni a tout fait! Ibinercions >a pro\idence peur le miracle (ju'ellc -a accompli en notre fa^enr. n

L'ÉTÉ SOUS LES TILLEULS. ri:»

L'abbesse et ses religieuses, touchées de cette action pieuse, se prosternèrent elles-mêmes et joignirent leurs prières à celles de l'heureuse famille. Cependant la nécessité allait bientôt causer une nouvelle séparation, plus cruelle encore que la première. Les moyens des parents de Prascovie ne leur permettaient pas de s'établir à .Nijéni. -Madame LopoulofT avait à "NMadiuiir des parents qui la pressaient de se rendre auprès d'eux. Cette condition brisa le cœur du père et de la mère ; celle-ci surtout était inconsolable.

« A quoi nous a servi, disait-elle, cette liberté tant désirée? Tous les travaux, tous les succès de notre fdle chérie n'étaient destinés qu'à l'arracher pour toujours de nos bras? Que ne sommes-nous encore en Sibérie avec elle! »

Prascovie partageait les regrets de ses bons parents, mais elle supportait plus chrétiennement le chagrin de les quitter. En prenant congé d'eux dans l'appartement de l'abbesse, elle leur promit d'aller les voir à \\ ladimir dans le courant de l'année; ensuite la famille, accompagnée de l'abbesse et de quelques religieuses, se rendit à l'église. Après avoir prié quelques instants, avec sa famille, au pied de l'autel, Prascovie s'éloigna doucement, entra dans le chœur, où se trouvaient les autres religieuses, et se montrant à son père et à sa nrère au travers de la grille :

« Adieu, mes bons parents, leur dit-elle; votre fdle appartient désormais à [lieu, mais elle ne vous oid)liera pas. Adieu, chers auteurs de mes jours; faites avec résignation le sacrifice que Dieu vous inqwse en ce moment, ot qu'il \ous bénisse mille fois î o

22G i;f:Tt:

Après ces paroles, des larmes coulèrent de part et d'autre. Lu inallieureuse mère, hors d'elle-même, s'èlanra coiiiiuc |)oijr reprendre sa fille; mais, sur un signe de l'abbcsse, un rideau fut tiré sur le clueur. On fut obligé d'entraîner Lopouloir et sa fennne jusrju'à la pfnto de l'église, où les attendait la voiture (lui (le\ait les conduire à AMadimir. Hélas! ils ne devaient i)lus revoir leur chère I*rascovie !

l.a pauvre jeune fille portait dans son sein un mal qui hi minait à son insu. Les fatigues et les misères de son long voyage, la chute qu'elle avait faite dans le ANolga, les émotions si vives ([u'elle avait éprouvées successivement, avaient porté un choc n^ortel à cotte orpranisation déjà si frêle. Toute la conununaulé, dont elle avait conquis en i)eu de temps l'estime et l'alVection, la voyait dépérir sensiblement : sa j)oitrine était atta(|uée. Le couvent de Nijéni, situé sur une montagne battue par les vents, était dans une position atmosphéri(pie très-défavorable pour ce genre de maladie. Les médecins prescrivirent un ciiangeuient de séjour.

L'abbcsse, que les alVairesde la connnnnauté appelaien à S.iint-IVMersbonrg. ré<f»hu d'eiinnener avec elle la jeune no\ice, dans l'espoir (pie ce voyage sérail favorable au rétablissement de sa santé. Mais ce ne fut, ce ne pouvait être (pi'nne sim|)le dislraction. Prascovie, un(^ fois à Saint-Pétersbourg, servit a\ec le zèle le plus actif les intérêts de son couvent, et devint ime solliciteuse très-influente, surtout auprès des personnes de la part desquelles elle avait déjà éprouvé une si généreuse amitié.

Va cependant la douce, l'aimabh" l*iasco\ie comiaissai

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depuis quelque temps la nature et les dangers de sa maladie ; mais son état ne lui causait aucune alarme ; toutes ses pensées étaient dirigées vers un autre monde, où elle devait recevoir sa récompense

Quand l'abbesse eut terminé ses afiaires à Saint-Pétersbourg, les deux religieuses se remirent en route pour Nijéni ; mais ayant fait uno halte de quelques jours dans un couvent de Novogorod, couvent parfaitement situé, et dont la règle moins austère convenait mieux à la santé de la pauvre novice, l'abbesse consentit, quoique bien à regret, à se séparer de l'intéressante Prascovie.

Novogorod, première capitale de la Russie, fondée par Rurik-le-rirand, longtenq)s dominatrice du Nord, illustre par ses victoires et heureuse par son indépenchuice, n'offrait plus à cette époque que dos ruines do son antiquo splendeur, une vaste enceinte, une belle caihédrale, cinquaiUeliuit églises, un palais impérial, trois couvents, quinze cents maisons de bois, quarante en pierre, quelques vieux murs et de grands souvenirs. Mais tout cela ne touchait guère la pieuse Prascovie, dont toutes les pensées étaient sans cesse vers la demeure éternelle «[u'elle semblait désirer avec une pieuse impatience. Elle enq)loya les deux premiers mois de son séjour h Novogorod à faire construire une pfMite maison de bois contenant deux erllnles, l'une pour elle, l'autre j^onr une religieuse de Nijéni, avec laquelhî elle s'étnit particulièrement liée, et (\\i\ l'avait accompagnée à Novogorod. Cette construction était devemie indispensable, parce qu'il ne se trouva [)oint de cellule vacante dans le coun'miI lors de l'arrivée des deux nouvelles venues.

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Les coinj)agnes de Prascovie, qui avaient déjà pu Tapprécier lors de son passage au couvent avec i'abbesse de Nijéni. regardèrent son entrée dans leur maison conmie une faveur particulière du ciel, et s'empressèrent de remplir l)our elk* les devoirs trop pénibles qui ne s'accordaient pas avec sa santé.

Déjà I*rascovie était condamnée par les hommes de Tait. Elle, quoique toute résignée, ne croyait point sa fin aussi pro cliainc. La M'Wh: de sa mort, elle se prouiena quelque tenq)s dans le cloître. Le soleil, quoique peu radieux, semblait la l'aniiiif'i-; elle parlait d'aller voir ses parents àAMadimir au printemps prochain, si elle se portait mieux. Ses compagnes s'elTorraient de lui montrer un visi»ge riant et retenaient leurs larmes prêtes à couler.

Le IfMideiuain, c'était le 8 décembre, jour delà fête de la conception de la sainte Vier^^o, I*rascovie eut encore la force d'aller à l'église pour roiuinn nier; mais, le soir, elle se trouva plus mal H se ulit sur son lit. Ouand la cloche sonna pour a|)pol(T les religieuses aux piiéros du soir, elle engagea celles qui se trouvaient au|)rès d'elle d'aller à l'église, et se recoMunanda à leurs jiriéres.

«Aujourd'hui, leur dit-elle, vous prierez encore Dieu pour ma santé; mais dans quehjues semaines, vous prierez j>nur le repos de mon àme. »>

Son amie dcuieura seule auprèsd'elie, récitant les prières du soir, pendant (|ur la mourautc faisait de louq)s en temps des signes de croix. Ainsi trépassa, en 1809, cette jeu oe fillr, qui était devenue un admirable exemple de dévotion après avoir domié nii monde un subluue modèle de piété

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filiale. Honneur, honneur éternel à Prascovie Lopouloiï! Heureux les parents qui ont des enfants capables d'un dévouement si noble !

Ouand Claire eut cessé de parler, tandis rjue madame de Varicourt se renfonçait dans son fauteuil pour se reposer, des signes d'intelligence circulaient dans le salon, se croisant dans tous les sens ; j)uis Théophile et Casimir, se détachant presque furtivement du groupe , disparurent en passant dans les autres pièces. Bientôt Pauline Dupont et Marie de Wolberg imitèrent leur exemple ; de telle sorte (lu'il n'y eut plus moyen de no [)as remarquer (|u il y avait f|uelques lacunes dans la réunion.

« ^lais 011 sont donc allés nos chei-s déserteurs? dit madame de Varicourt avec bonté. J'aurais cru (pi' ils me donneraient cette soirée tout entière.

Am>rk i»k Vahicoirt. Chère grand' maman, je vous prie dVxcuser leur absence, ils \ ont revenir tout à l'heure... C'est une petite commission dont ils se sont chargés.

.Madami: i»k VAnirnir.T. lîassurons-nous et attendons patiemment. Je crois voir un mystère (jui n'a rien de terrible.

Constance. Au contraire, chère grand'manKin.

Madame i>e Varicolkt. Tu fais bien de m'alfermir dans

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ma douce sécurité. Mais voici nos étourdis qui reviennent, et j'entends leurs éclats de rire qui me semblent d'assez bon augure, »

^Vlors rauliiic et .Marie, suivies de 'J'liéo{)iiile et ("asimir, et portant chacun une corbeille entourée de verdure et de fleurs dautonnie, entrèrent dans le salon avec une sorte de cérémonial, cl vinrent déposer leurs corbeilles aux pieds de leur vénérable aïeule.

'J'uLorniLi:. ('hère grand'maman, avant de partir, vos petits-enfants, pour vous témoigner leur reconnaissance du bonheur que vous avez su leur j)rocurer, ont l'orme le projet de \()us ollVir chacun un témoignage de leur tendre afl'ection, un petit souvenii", ([ui serait l'ouvrage de leurs mains. ,h' n'ai j)as besoin de \oiis diiv rju'ils comptent tous sur votre inépuisable iiubilgence, moi tout le premier; car j'ai honte de ne pouvoir mettre en vos mains qu'un dessin bien imparfait.

M \i>AMi: m: \'M;i(nii;i. Mais connnent donc! c'est une délicieuse \ue de mon rusti(pie chah-t avec son toit di^ chainiic et les ciiarmants ombrages (pii l'environnent. Nous voihi tous réunissons les vieux tilleuls, écoutant attentivement relui (jui raconte iiiu» histoire. Mon cher 1 héophile, it as parfaitement rendu l'aspect dune de nos séances du soir. Cela me prouve, du reste, que tu y as trouvé quehpie plaisir. Onant à moi, je te sais un gré infini de n'avoir pas oublié mon heu de plaisance. .le ferai encadrer ce charmant dessin, qui sera désormais un des ornements de mon salon.

Maiuk im: Wdi.iM.in.. Chère maman, j'ai connnencé ici l'é-

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tude de la botanique, et je me suis amusée à composer un herbier qu on peut regarder comme la Flore de Varicourt, car je me suis attachée à y recueillh* toutes les plantes et les fleurs qui croissent dans ce charmant domaine.

Constance ollVit en peinture le pendant du cadeau de Marie ; c'était un bouquet des fleurs et des plantes qu'elle avait pu trouver dans l'enceinte de la propriété, tandis que Casimir montrait un dessin au lavis de toute l'habitation : parc, jardin, verger, bois, maison, rien n'y manriuait. — Chacun apporta aussi son tribut de recoimaissance à madame de Varicourt qui de son cùté prodigua des j)résents appropriés au goût et à l'âge de chacun.

Ainsi se termina cette scène finale des causeries du chalet. J'abrège les sincères adieux que se lirunt et que lirent àlour grand'maman tous ces charmants jeunes gens. 11 y eut de part et d'autre des pleurs et des sanglots. Le lendemain, au point du jour, Marie et Claire de A\'olberg, avec leur mère, reprirent la route de l'Autriche. Les autres départs s'opérèrent le surlendemain ; mais on ne s'était pas (juitté sans s'être bien des fois donné rendez-vous pour l'année suivante à la bonne maison de la grand'maman, et surtout au chalet.

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