LES ROMA.NS POLITIQUES
pâgnent ce livre ; il reconnaîtra que Sudre,Reybaudf Mohi et une fouie d'autres auteurs non moins célèbres» sont complèlement dépassés. Mais le lecteur, qui n'appartient à aucune de ces calégories, trouvera également en ces pages une lecture à sa convenance. C'est un livre qui s'adresse à Tiniérét de tous; il n'est donc personne qui ne paisse élre individiiellemenl intéress<î à ce qui s'y trouve raconté. Dans toutes les conceptions qui vont être présentées, Thomme est dépeint dans ses rapports avec rÉtat. Avec TËtat ! cette personnalité merveilleuse que nous ne pouvons ni vuir ni louclier, mais qui, loin d'être uo simple concept de l'esprit, est une réalité vivante. La naissance et Téducation, le mariage et la mort, le travail et la propriété, la vie publique et privée, tout, dans ces conceptions, est dépeint avec les couleurs les plus éclatantes. Je pense donc, si le sujet n^est pas traité d'une manière trop aride, que chacun s'intéressera à entendre parler de la nature de ces utopies depuis 3 i 14 jusqu'à la 5653^ année à partir de la création du monde, c'est-à-dire depuis Platon jusqu'à nos jours. Cependant, si
ecoj'OmLn politim (3° édition de 1892, page 181). Pour les publications plus récentes, voir: Schmoller's, Jfi/irhuchfur Gesetzgebang, XV, 2, page 19o; XVI, page 206; Coîîrau's, Jahrbûcher fûr Nationa/ôkonomie, lll, vol. lî, page 602; Blàtter/ur litterarUche Unterhaltung^ 1892, n<*4; Deui- 9che Rundschau^ XVIII, fascicubs 5 et 8 (févrieret mai 1892) ; ChristHeheWeli^iBn, n»» 15 à 17, sp. 337, 358, 385, traité fort discutable en partie; Unsre Zettj 1891, 12* fascicule, pages 498 et s. (Grolthuss). L'auteur ne s'est pas servi (le E. Reich, Dci' Siaac der Zakunjï i I.(M|)zig, 1 871)i. Pasch, De Jiciis rebuspublieis (1704). Excellent ouvrage pour l apprécialion de ces questions : Hii okrr and, L'/e Natiomit- 'ikonomie (1844^, 1. Mkrcier, Modale dromen en doden, liaariem, William (1894).
undoclrinaire (que Dieu m'en gardeI)8eJaissedécoDcerter par rexposilioD, le format ou la couverture de cet ouvrage, qu'il sache que, deTavisde Tauleur, la science ne dépend pas de ces choses exlérieures, el ne peut éprouver aucun dommage en se rendant accessible à un public plus nombreux : le Nil ne perd rien de sa vertu fertilisante, ni de sa profondeur, en inondant périodiquement de vastes régions.
« Lès hommes parlent et révent souvent d*un meilleur
avenir ; on les voit courir et se précipiter vers le bonheur, vers un âge d'or. Le monde sans cesse vieillit et rajeunit, et toujours Thomme espère une amélioration de
son sort. »
Ces paroles de Schiller qui datent de 1797 peuvent servir d'épigraphe à tous ces romans politico-économiques, car ceux q uenous allonsdécrire laissent précisément entrevoir cette fin heureuse et dorée. On a donné tout récemment ienom de romanspolitico-économiques à ces conceptions; en effet, elles ont maints traits communs avec de pures œuvres d'imagination. Ce sont, en eflTet, de libres fictions créées par la fantaisie et elles revêtent même celle forme fantaisiste quand le fond du récit repose sur des tentatives réellement faites. Elles participent, en outre, d'un autre caractère du roman : ce sont tous des récits en prose. Ce qui les distingue du roman» c'est leur manque d'action ou, en tous cas, une action presque nulle. Au début, Fon trouve la description de TËtat révé et de la vie sociale. Telle est leur tendance. Nous ne noua uccu|)erons donc que des écrits présentant, sous forme de lielions, un État idéal et une société idéale. On peut nommer ces ouvrages des romans politico-économiques; mais ce sont, en réalité, des utopies. Bien dilTérents sont les
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taf loaax de l'avenir qui, comme les plaisanteries de Curd Lasswïiz^ les Nouvelles det Avenir {i819)^ nous font voir la mécanique dans tous ses perfectionnements, des voituresaériennes, et des pianos à parfum?, ou qui montrent, comme le faut une description anglaise de la ville « Ilygiea», l'idéal d'une ville construite selon les lois de Thygiène, parexemple avec le scuisines à i*étage ie plus élevé, etc.. Nous ne nous occuperons pas non plus des romans [ oliliques, comme \ Endymion^ de Lord Beaconsûeid (^1887), ou politiques et historiques, comme le Voyage en Grèce^ <le Barthélémy (1788), et le Bélisaire^ de Marmontel (1767), ni des romans sociaux traitant d'une m an i ère fantaisiste de divers problèmes spéciaux, el qui» de nos jourF, sont colportés par centaines.
A toutes les époques, on a fait des descriptions idéales de l'Etat. Les philosophes et les politiques, s'élevant audessus des misères et de l'agitation de la vie quotidienne, créèrent dans leur pensée un type de la perfection rêvée cl de l'éclat magniti(]ue de TKtat vers lequel on devait S acheminer. L'homme d'Etat pratique introduisit dans ce tableau le but à atteindre : ce fut ainsi que se produisit cequ'à toutes lesépoquesnousavonsappeléVidéed^État. Par là, nous entendons l'idée de FÉtat ancien et moderne, de rÉtat despotique et de TÉtal libéral. 11 est certain que celte idée n*a pas un pur sens théorique* Constamment, dans tous les organes de la vie publique, dans toutes les branches de l'administration, cette idée s'est manifestée, selon Topinion que les hommes à ia téte du pouvoir ont eue de TËtat et de son rôle. Mais il ya encore d'autres conceptions idéales de l'État: ce sont celles qui sont de pures idées spéculatives. Partant de l'insuffisance de toutes les institutions existantes, Tesprit s'élève à des hauteurs vertigineuses pour se précipiter
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ensaite dans Tocéan sans bornes de la fantaisie . Le philosophe imagine un ide'al. Combien il diffère de celui que nous venons d'indiquer ! Ce n'est pas seulement Tédifîce, non ! c'est le sol sur lequel il s'élève qui est idéal ; bref, c'est une fantaisie, de l'imagination pure. Les hommes ingénieux, qui, en leur long labeur intellectuel, avaient trouvé les principes fondamentaux de rÉ(at parfait, savaient bien que leurs conceptions abs- Irailes trouveraient peu d'écho, présentées sous forme théorie ou de système. Ils se servirent donc d'un autre moyen, la fiction, qui donne à leurs formules une apparence de réalité. Cette tendance, consistant à voir exactement ce (jni est saisissable dans une peinture superhcielie, conduisit à la création de ce genre de littérature auquel nous voulons, dans ce livre, consacrer notre attention. L'un des écrivains les plus récents en ce genre a défendu ces romans auprès de ceux qui doutaient de leur droit à l'existence : « Hé 1 oui, je fais un roman pour exposer un système social, politique et philosophique, parce que je suis profondément convaincu que c'est la forme la plus simple, la plus naturelle et la plus intelligible pour faire comprendre le système le plus compliqué et le plus difficile ; parce que je ne veux pas écrire seulement pour les savants, mais pour tout le monde ; parce que je désire vivement être lu par les femmes, qui seront des apôtres bien autrement persuasifs, du jour où leur âme généreuse aura nettement com* pris le véritable intérêt de l'humanité. » Et c'est ainsi que, comme Gabet, tous ces. rêveurs ont espéré, par le moyen de leurs fictions, s'attirer des partisans, sans perdre, d'ailleurs, un seul adhéreul à leur système
^ Gabbt, Voyage en learie, page 280.