LA NOUVELLE ATLANTIDE. — OGEANA
Le plus grand drs cnpitniûes Le meilleur (Ips princes, Le plus heureux des h ^Mslaleurs, Le plus sincérp (l»'s claélitas, Qui, établissant la libert»' sur les royaumes de la terre A pris par violence le royaume du ciel.
Cette fantaisie J\m ingénieux rêveur, quelque étrange et lourde qu'elle paisse paraître à nos contemporains, occupe une place importante parmi les ouvrages que nous étudions. Nulle par t ailleurs l'idée d'une de'mocratie représentative n'est aussi nettement traitée. Uarrington compte au nombre de ces philosophes politiques qui voient la liberté dans une organisation législative et administrative aussi compliquée que possible, et le bonheur dans une réglementation excessive. C'est là une étude qui traite de droit électoral et de toutes les questions administratives, mais qui laisse de côté tous les points importants touchant à la vie sociale ; c'est une œuvre sur le système électoral et le droit constitutionnel.
Ce livre n' 'bl i'- ih ment comprélicnsible que si l'on se reporte à l'époque même où il fut écrit, et si l'on jette un regard sur les troubles de ce temps et la littérature politique qu'ils engendrèrent. Il date, en effet, des dix années que dura la Républhjac anglaise. L'aLilcui' a été manifestement conduit à ses convictions par les excès du principe monarchique qui se produisirent sous Jacques I** et Charles I*', et lacause en revient en partie aux roiseux* mêmes, en partie au principe dn droit diviu. U autre part, on trouve dans ses projets la trace du peu de satisfaction qu'il éprouva de la Constitution anglaise
L'année
j de sa vie
( de cette République
alors en vigueur. G'élail l'époque où les rêveries religieuses agitaient les esprits, où fiunyan imaginait son pèlerinage bien connu. C'était le temps où Salmasius et
Hobbes écrivaient leurs lumineux ouvrages; Hobbes, le précurseur de Spinoza en philosophie et le successeur de Machiavel en politique ; Hobbes qui cherchait la réforme dans le despotisme et qui, par cela même, est presque à l'opposé des idées d'Harrington. Celait Tépoque où MUton publiait ses œuvres, alors qu'il perdit la vue en rédigeant la Défense du peupfe anglais [Defensio pro 'populo anr/lîca/w). Le petit livre de Milton orné de la croix rouge et de la harpe irlandaise passa de mains en mains tandis, que les savants seuls lurent Harrington ^ Et pourtant les deux pensées étaient en harmonie. Dans Harrington, pas plus que dans Hobbes et ses disciples, il ne se trouve aucune défense de Tabsolutisme ou d*une aristocratie sacerdotale on scientiRque. Ici, tout est basé uniquement sur la volonté du peuple. La pensée que le développement du système gouvernemental de l'Angl» terre a introduite dans la civilisation des peuples est formulée sous forme de fiction, et Harrington est le seul qui ait fait cette tentative. Cette pensée est que la constitution parlementaire doit être organisée de bas en haut, couches par couches. Ce n'est pas là, assurément, un sujet qui prête fort à la fantaisie, et comme Tintelligence d'Océana suppose quelques notions du droit constitutionnel anglais, il est concevable que ce Délire logique d'un Harrington parut peu attrayant à la
* Sur les ouvrages politiques et les opinions de celte époque, en particulier sur MiUon, voir Trbitsghkjs, HisL and poUL Aufeàtze^ I*