LA NOUVELLE ATLANTIDE. — OCEAN A
majeure parlie du public. Il est cependant intéressant de voir comment les idées de TËlat constitutionnel, de la souveraineté du peuple, de la représentation nationale
ont été Irtiiloesune fois soii?^ une forme libre, et comment cela est arrivé à une époque où Ton avait tout à craindre de Tabus de l'autorité des souverains.
HISTOIRE DES SÉVÀRAMBES
Vingt ans après Hariington» nous trouvons encore ane nouvelle utopie, mais il y a la même différence entre
celle-ci et la précédente qu'entre le style lourd des Anglais et le style léger des Français, entre un dîner à Paris et un souperàLondres.G*est une amusante lecture <\ueVllisloire des Sévarambes^ par Vairasse. Nous avons parcuurii de nombreux traités relatifs à l'histoire de la littérature française ou du roman français, et nous n'avons trouvé cet ouvrage mentionné nulle part. De tous les romans politiques, c'est pourtant le plus diverlissaiil et, quand on Ut les ciij(| volumes qu'il comporte (car c'est aussi le plus étendu), Ton croit, en défînitive, avoir devant soi la description d*un peuple qui a existé» L'ouvrage a paru dans la période classique française (1677). Parmi tous les genres de poésie, la composition dramatique de cette époque parait avoir excité principalement l'intérêt des historiens littéraires. Mais les romans de ce temps méritent aussi queltjiie attention'. Celui qui connaît la littérature du xvu^ siècle songera tout d'abord aux fades romans de cheva^ lerie ou aux contes de fées; peut->ôtr6 lui offrirons-
^ KôRTiNG, Gesch, d. franz. Romans im XV ÎI Jahrh. i(188&), I, il; BoRKUAK, G^âcA. d. franz, LiiL (1886).
HISTOIRE DES SÉYARAMBES 159
nous ici quelque chose de nouveau en lui présentant, dans VHistoire des Sévarambes un modèle d'un autre
genre ^ C'est aussi un ouvrage classique. Ce n'est pas
* Histoire des Sévarambes, peuples qui habitent une partie du troisième continent communément appelé la terre australe, contenant une relation du gouvernement, des mœurs, de la religion et du langage de cette nation incon* nue jusqu'à présent aux peuples de TEurope. Première édition, 4677, en 5 petits volumes; puis, eu 1702 et 1716. — Kleinwâchter s'est servi d'une édition sans indication d'année, en 1 volumes, paginés du commencement du prcniier à la fin du second (Amstcrdain, Mortier). Outre Tédition nommée en premier lieu (qui est à la bibliulhèque de l'Université de Tubingiie), l'auteur a pu se servir d'une deuxième édition en deux volumes de la bibliolhequc d'un collègue qui n'est pas paginée et qui a paru à Amsterdam en 1702 chez Etienne Koger. Le tome premier contient la partie I-III, pages 1 à 105, 106 à 207, 208 à 333; le tome second, la partie IV à V, pages 143 à 303). Dans cet exemplaire, une notice de trois pages, émanant évidemment du siècle précédent, est donnée sur Fauteur. On avait, y dit-on, attribué cet ouvrage à un Anglais, d'Âllais; maïs c'est là une erreur; il a été composé par un provincial, Vairasse. On renvoie à M. Le Clerc, Bibliothèque choisie XXV, 402, avec iulroduction de SioW , il llli s toi; e de l'crudi' tioriy chapitre v, § 55, page 758. On dit ensuite : « Morhof, qui a considéré Isaac Vossius eomme en élaut l'auteur, dans la Polyhistoric, tome I, cap. viii, § 23, a fait de ranfpur un athée, mais Chrisl-Thomasius dans le Dec, exprimant ses pensées indépendantes sur toute espèce de livres (en 1689), ne veut pas en convenir. » On mentionne aussi et on renvoie à un discours écrit sur Putfendoriï par Grûndiing : De hom. et cio* o/fleio et Joachim Teller deeua hietoriœ prœstantiss,^ in notia ad Hornii prof. Hardensis in Geldria orbem imperaniem. « L'auteur Allais était un drôle habile et professeur de langue française, donnant des répétitions aux Lords. »
l'ÉT£RN£LL£ utopie
une énumoration aride de ces diverses organisations idéales ; c'est un récit d'aventures de voyage et une exposition d'idées d'économie politique entremêlés de façon très habile ; Touvrage entier est écrit en un français alerte, et des passages en sont même fort attachants. Pour en donner une idée, le mieux est de faire un résumé rapide du contenu des cinq volumes.
Premier volume, — Tandis que d'autres ouvrages analogues se contentent de décoclier à Toccasion une épîgrammeaux juristes, celui-ci débute par cette attaque. Le conteur, capitaine Siden, était destiné à la carrière de jurisconsulte, mais elle lui paraît trop subtile, trop commune, trop factice et trop aride, et il trouve les voyages plus amusants. Quelques étudiants en droit partagent, peut-être même de nos jours, ce goût du capitaine Siden. La mort de ses parents le met en état de disposer de son bien, et il entreprend de visiter toute l'Ëurope. Le i% avril 1653, le Dragon dPor sur lequel il s'était embarqué pour les Indes Orientale^» ièvri Tancre. Survient le naufrage traditionnel. Il en résulte une magnitique robinsonade avec toute sorte ' d'incidents très romanesques, jusqu'à un assassinat par le poignard ayant pour mobile la jalousie. Parmi les 374 naufrages, il n'y en a que 74 qui appartiennent au beau sexe; comme on s'est établi à demeure dans ce pays apparemment désert où Ton a été jeté, en conservant la discipline qui régnait à bord^ cette proportion des sexes n'est pas sans présenter quelques difficultés. On procède donc à une division très soigneuse, laquelle, tout en répondant à de pressantes nécessités, aboutit positivement à quelque chose qui sent fort la polygamie. Seuls, les [)ius hauts fonctionnaires de celte petite colonie obtiennent une épouse exclusivement à eux;
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HISTOIRE DES SÉVARAMBES i^t
les autres doivent se contenlor d'en avoir une cinq fois, quatre fois, trois fois, deux fois ou une fois toutes les dix nuits, suivant leur rang et leur situation. Cette question importante étant ainsi résolue, et après une année écouliîe, on expédie un corps d'exploration dans le pays ; ce dernier atteint tieureusement les villes de Sporonde et de Sévarindeoù il trouve un accueil fort hospitalier.
Deuœième volume, — Après une audience chez le gouverneur, les naufragés sont accueillis dans le pays des Sévarambes. Ils ont naturellement eu soin au préalable de maître quelque ordre dans leurs relations matrimoniales un peu bizarres, quinquevirales pour la plupart, afin de donner aux femmes qui se trouvaient dans unft position intéressante tout ce dont elles pouvaient avoir besoin. Nos voyageurs font alors connaissance avec ce beau pays. Ils admirent les superbes constructions de la ville. 11 y a notamment partout des balcons supportés par des poteaux en fer qui préservent du soleil et de la pluie (tout à fait comme dans l'État imaginaire de Bellamy), et, en été, on y tend des vélums pour préserver de la chaleur. La ville est tout entière divisée en Osmasies ; ce sont des bâtiments à cinq étages, de cinquante pas carrés, dans chacun desquels habitent environ un millier de personnes. Dès le début de leurvoyage, les étrangers sont témoins d'une scène émouvante. Ils voient la foule se précipiter dans une ville. Que s'y passe-t-il ? Une épouse infidèle va être châtiée publiquement. De même que l'épouse adultère, comme le raconte Tacite, devait être fouettée, nue, par les habitants de la localité, les Sévarambes appliquent aussi dans ce cas la correction corporelle. Tout le monde a compassion de la mignonne petite femme dont les