‹ L'éternité des peinesChapitre 2 sur 2 · AYANT TOUT SON ÊTRE EN MEME TEMPS, CE · texte numérisé non relu

AYANT TOUT SON ÊTRE EN MEME TEMPS, CE

QUI CONSTITUE l'éternité. » Aiusi l'éternité est d'ayoir tout son être en même temps!!! Vous dire le bonheur que j'éprouve à trouver cette vérité dans saint Thomas serait impossible, parce que je

ne saurais vous expliquer comment j'ai mis dix ou quinze ans de méditations à arriver seul de mon côté à cette formule que j'avais pu lire mille fois dans les livres, même en m'y appliquant, sans la voir.

Et maintenant comprenez-vous le sentiment que j'éprouve quand je rencontre dans les salons ou dans les Revues, qui sont les salons des gens de lettres, des incrédules et des crédules , des voltairiens ou des catholiques disputant sans fin sur, contre ou pour l'éternité des peines!

a Eh! quoi, dit celui-ci, un Dieu bon qui tolère des châtiments qui ne finissent pas ! est-ce possible? non, non; dans ce cas, j'aime mieux, comme sainte Thérèse, par dévouement d'amour, avoir l'enfer avec mes frères que le paradis avec Dieu. » — On ne peut nier qu'il n'y ait de la grandeur héroïque dans ce cri qui marquera de ce côté, d'ici à cinquante

ans, la limite de la discussion. — « Mais, disent les autres, un Dieu juste qui ne punit pas, qui traite le vice et la vertu de même, est-ce possible? »

Je ne prétends pas rapprocher les cornes du dilemme, ni trancher la question.

Je dis seulement qu'on semble ne plus ^ Pentendre ni d'un côté ni de l'autre, et que les malentendus, les quiproquos, les passions, les haines s'accumulent. Je ne préjuge rien de la réponse que je pourrai faire plus tard à cette grave et sérieuse difficulté, et qu'une intelligence plus \ claire, plus nette, tranchera peut-être d'un mot.

Mais si Véternité^ c'est avoir t(^ut son être en même temps , l'éternité des peines peut s'entendre des souffrances qui atteignent sur tous les points à la fois les vicieux, c'est-à-dire le sentiment qu'ils ont de leur totale imperfection (tandis que nous n'en sentons jamais qu'un côté

— 4ï — ici-bas, nos impressions étant successives), et le regret, le remords, la souffrance qu'ils en éprouvent est leur inéluctable châtiment.

Je m'aperçois que mon explication n'explique rien; aussi n'est-ce pas mon but. Je veux dire que, de part et d'autre, pour ceux qui admettent comme pour ceux qui repoussent les châtiments sans fin, il serait bientôt temps d'abandonner cette notion d'éternité ridicule qu'on s'est faite, comme sil'on soutenait encore dans la science que la lune n'est pas plus grande que le Péloponèse; et par conséquent-ces images de supplices sans fin , que les catholiques propagent plus volontiers encore que les incrédules, devraient bien, dans nos livres, dans nos sermons, dans nos discours, faire place à d'autres symboles.

Ce n'est pas une langue fausse, c'est simplement une langue morte; l'ensem-

ble des idées ou des choses qui la faisait comprendre a disparu; il y faut renoncer. C'est ce qu'on fera, c'est ce que fera l'Église elle-même. Mais toute révolution est lente, parce qu'il faut d'abord que les esprits s'y préparent ou plutôt l'accomplissent eux-mêmes en eux-mêmes^ en n'ayant plus de l'éternité l'idée ridicule qu'on en a. Comme les vrais âdèles sont ceux qui font le verbe, c'està-dire la langue des idées éternelles, quand les catholiques auront renoncé à la grossière image qu'ils se font de la vie sans Jin^ d'oîi découle l'idée plus enfantine et plus grossière encore de supplices sans fin^ quand, dis-je , ils auront abandonné ces fausses notions, le monde, qui leur emprunte tout ce qu'il faut croire *et penser des choses spiri- ^ tuelles, leur empruntera aussi leur nou- 1 velle notion d'éternité^ et alors la paix rentrera dans les esprits, la charité dans

les cœurs et le bon sens dans la grammaire.

Et qui peut opérer cette révolution ?

Sont-ce les croyants eux-mêmes et d'euxmêmes? — non; il faut donc que l'ennemi 5 qui veille toujours aux frontières, les pousse, les incite, les taquine; et j'admire, je remercie la Providence , (même en ne la prenant ici que comme une grande loi de l'histoire, ce que je n'ai pas le temps de développer) , de faire que le dogme contre lequel s'amassent toutes les colères du dix-neuyième siècle soit précisément celui de l'enfer, le purgatoire ayant décidément résisté à trois cents ans d'attaques, et le paradis restant toujours le point de mire des athées.

L'enfer, voilà la pierre de touche des déistes! et comme par suite de la suppression du purgatoire (ou enfer temporaire) opérée par les protestants, la polémique^ en s'appesantissant sur cette

— 44 ~ question de durée, a fini par lui donner le caractère (ridicule quand il est exclusif) d*un châtiment sansfin^ c*est sur ce point que doivent porter tous les débats futurs, comme aussi sur la grande question de la personnalité de Dieu, posée par la négation de la divinité du Christ.

Et vous en voyez le rapport : un Dieu personnel est nécessairement un Dieu bon, aimant, agissant comme nous, et c'est] ce Dieu qu'il faut concilier avec Péternitédes peines. Le romancier de Jésus, qui obéit sans doute à des mobiles inavouables, ou plutôt qui y a obéi une fois, i il y a quinze ou vingt ans, lorsque, cédant à de mondaines ambitions, il a mis le pied hors de la droite voie, ce dont il subit et subira de plus en plus le châtiment^ fait donc une œuvre nécessaire , et en ) quelque sorte providentielle, en obligeant \ tous les chrétiens d'abord, tous les philosophes ensuite, à se dire et à nous dire

enfin une bonne fois : « Qu'est-ce que ce Dieu que nous adorons et que nous faisons adorer ? Est-il et qu'est-il ? Qu'estce que sa personne en un mot? Il serait bientôt temps qu'on le sût.

Car vous remarquerez que, depuis le commencement de ce siècle^ les prétendus philosophes spiritualistes jouent sur les mots et abusent de la crédulité publique en feignant de démontrer Dieu, qui n'^st pas attaqué en tant qu'être, et en ne disant rien de sa personnalité y qui est partout méconnue en France, en Angleterre, en Allemagne. Mais la plupart ne se rendent pas compte de ce qu'ils font.

La vérité est, qu'à leur insu, la philosophie a continué, comme au dix-huitième siècle, de se mettre au service de la politique; elle est devenue une arme des partis; les conservateurs, en général, ont été déistes, les révolutionnaires athées.

Mais personne ne s'est occupé de la

vérité en soi ou pour elle-même!

De là le vide afEreux qui s'est fait dans les esprits, le doute, ou plutôt Tincrédulité qui a pénétré dans tous les cœurs. Il ne suffit pas de répandre la foi pour qu'elle germe, il faut qu'elle renœntre un terrain préparé; et comme la grâce se surajoute à la nature, c'est la philosophie qui peut seule ameublir le sol où grandissent les croyances. La foi qui résiste aux orages, aux tempêtes, est celle qui pousse, qui s'élève sur la raison. L'autre n'est que superstition et tombe au premier souffle.

Est-ce sérieusement que nos détaillants de philosophie, courtiers en écleetisme, viennent à l'aide de preuves fort suspectes et mille fois attaquées, je dirais presque renversées par la dialectique moderne, ) nous démontrer l'existence de Dieu? — Maislespanthéistes y croient plus qu'eux, à Dieu, plus profondément, plus sincère-

ment ! Ils démontrent qu*il est pur esprit, les panthéistes aussi; — qu^il est toutpuissant, les panthéistes de même; — intelligent et libre, les panthéistes y consentent à merveille ; — tout prévoyant et tout sachant : de mieux en mieux, assurent ces derniers. Et le panthéisme, à cause de cela, continue de faire dans les âmes de terribles ravages*. — Si Ton n'a rien à lui opposer, pourquoi faire semblant de le combattre ? pourquoi parler et ne rien dire ? C'est ce que je vois faire tous les jours ; mais je vois aussi que les livres de

1 De concert avec M. H. Sloman, j'ai publié sur la Logique subjective de Hegel, afin de la rendre intelligible, un travail qui est à la fois;7/w5 et moins qu'une traduction, et dans lequel on rencontre, paraît-il, des expressions « qui rappellent Pascal. » Pourquoi M. Vacherot reproduit-il textuellement, comme s'il analysait lui-même Hegel des pages entières de ce travail sans le citer r C'est pour la quatrième fois que je suis, de la part de ces messieurs de l'Ecole, l'objet d'un pareil procédé.

mauvaise foi ou sans foi sont dévorés par des esprits curieux, affamés, que la philosophie régnante ne rassasie pas.

Et pourtant la question est posée, il faut la résoudre. Le peuple veut une solutiQn. Dieu est-il une personne comme nous? La foi dit oui ; mais, je le répète, la foi doit reposer sur la raison. Et, en effet, la difficulté est double : une partie revient à la philosophie, une partie à la religion; et c'est Tinsuffisance de la philosophie qui fait ici l'impuissance de la religion. Puisque nous sommes une personne^ c'est à la science qu'il appartient de dire en quoi consiste l'essence de la personnalité; après quoi la religion montrera que cette notion convient parfaitement à Dieu. Or, jusqu'ici la philosophie n'a pu s'entendre sur ce qui constitue la personne; elle cherche, elle tâtonne, elle hésite; tantôt c'est, à ses yeux, la liberté, tantôt la volonté, tantôt la conscience;

en réalité elle n^en sait rien, et c'est à peine si elle commence à soupçonner la grandeur de cette question. La librepensée, au contraire, qui a sur tous ces points des solutions, des négations toutes prêtes, gagne du terrain et poursuit ses conquêtes. Voilà tout le mystère de ce qu'on appelle le triomphe du mal !

Au fond, c'est Dieu qui veut qu'on l'affirme et qu'on affirme tout son être en même temps. Malheureusement, pour le faire, la religion n'a pas de philosophie (après un siècle d'agitations, cela se conçoit) et la philosophie n'a pas de doctrine. Nos philosophes ne sont que des ruminants rééditant mille fois des arguments mille fois réfutés , ou sachant effleurer, esquiver les difficultés sans les résoudre, le plus souvent sans les voir.

Lisez saint Thomas lui-même! que de chapitres, très-bons autrefois sans dpute, contre les erreurs de son temps, sont

inutiles ou même inintelligibles aujourd'hui?

Il n'y en a pas moins de cent, les uns curieux, les autres superflus sur Dieu.

Ainsi : Dieu n'est pas matière, Dieu n'est pas composé, Dieu n'a rien de forcé en lui. Dieu n'est pas un corps; il est son essence, il est vivant, il vit de sa vie, il est heureux, il jouit de sa propre béatitude, etc., etc.; j'en citerais comme cela jusqu'à demain, partant tous de l'hypothèse d' Aristote^qu'un mouvement suppose un moteur, et reproduisant chaque l^ fois, dans le même ordre, les mêmes i arguments, qui passent tous à côté de Dieu sans le toucher. C'est comme si on démontrait que Dieu n'est ni carré, !

ni jaune, ni blond, ni avare, ni pointu, ni notaire, ni marié, ni pauvre, ni vieux, ni triste, ni peintre, etc., que sais-je ) encore ? Mille attributs de ce genre au sujet desquels on ferait des démonstra-

tions absolument vraies, mais absolument absurdes ou inutiles.

Ainsi sont la plupart de nos philosophes spiritualistes ou catholiques; ils dissertent à côté, sur ce qui n'est pas en question, et laissent les âmes sans nourriture solide, sans solutions catégoriques contre le doute. Car je ne saurais trop le redire : le Dieu panthéiste peut admettre, et admet, en effet, tout ce que, dans Fétat actuel de la philosophie, les spiritualistes sont en mesure d'attribuer scientifiquement à leur dieu. Ce qui va au delà, chez ces derniers, est affaire de sentiment, de convenance, de politique ou d'habitude et s'introduit sous forme de poésie, de rhétorique ou d'exclamation.

Voilà d'oti vient la grande maladie des âmes, la funeste impuissance de la raison et de la foi en présence de l'athéisme . Il n'en faut pas chercher

ailleurs la source, mais, au contraire, poser nettement le problème, avouer humblement sa faiblesse, pour que nos enfants du moins connaissent l'écueil et y pourvoient! Sommes-nous une per* sonne? Pouvons-nous et devons-nous nous définir et nous connaître? Telle est, il me semble, la tâche de la philosophie, et elle n'est pas au-dessus de ses forces. Cette tâche remplie , la théologie prendra la sienne et complétera la démonstration.

Je n'entends pas dire que tous les phi- ^' losophes doivent poser ce problème et \ tomber d'accord sur sa solution. Non } grâce à Dieu, cette unanimité est impossible, et c'est la minorité opposante qui rend possible, de siècle en siècle, l'avancement ou le déplacement des questions. Mais il y a, dans chaque époque, une école, une idée dominante, qui constitue comme la foi ration-

► nelle du siècle , le minimum admis par toutes les âmes, et qui, pour ce motif, sert de point de départ au progrès à venir, ou de terrain solide aux discussions de la religion et de la science. Or [ c'est précisément ce terrain solide qui nous manque aujourd'hui dans la plus j grave des questions, et c'est ce qui fait j que les esprits tournent sur eux-mêmes, le plus souvent sans le savoir. Je dirais presque que le terrain solide, tant il est facilement accepté par le grand nombre I des esprits curieux, est, non pas la négation de Dieu, mais ce qui est bien plus I subtil, la négation de la personnalité de ! Dieu. Sur ce point, il y a comme une [ conspiration naturelle et tacite de toutes les classes, de tous les individus ; c'est ' la foi du dix-neuvième siècle.

Maintenant, qu'est-ce que la personne? en quoi consiste la personnalité?

selon la réponse que la philosophie don-

nera à cette question, la paix rentrera dans les âmes, pour un, deux ou trois siècles, en raison du degré de vérité qu'on aura rencontré. L'histoire fait la vérité; elle applique, elle réalise les doctrines; elle les met à l'œuvre et à Pé- ; preuve, et suivant qu'elles sont plus ou j moins approchantes de la vérité, elles durent plus ou moins longtemps . Si l'idée qu'on se fait de la personnalité est trop insuffisante ou fausse, elle n'a pas d'adhérents, elle ne vit pas dans les âmes; si elle est suffisante pour rallier les esprits, mais très-faible encore, elle fait école un moment, puis tombe sans même entrer dans le domaine de la discussion.

Pour qu'elk prenne racine, il faut qu'elle satisfasse aux besoins spirituels de plusieurs générations qui, ne voyant rien au delàjla déclarent vraie, absolument vraie^ jusqu'à ce qu'ayantnourri, élevé, grandi, développé les âmes, celles-ci à leur tour

s'aperçoivent de son insuffisance , au moins par rapport à elles, et en produi* sent une autre.

C'est ainsi que des idées vraies, cessent de l'être, sans changer pour cela de nature y par le seul fait du changement des âmes qu'elles ont longtemps nourries el contentées. On peut même dire qu'elles continuent d'être vraies pour des classes inférieures, pour des esprits moins cultivés. Seulement le mal qu'elles font par en haut étant ou devenant peu à peu plus grand que le bien qu'elles font par eti bas, on est forcé de les abandonner.

Telle est l'idée d'éternité prise comme expression d'un temps qui nt finit pas.

Il a été vrai d'interpréter ainsi l'éternité des peines avec les protestants, pendant trois siècles et plus, parce qu'ils la comprenaient ainsi, et qu'ensemble, catholiques et protestants^ faisaient tête aux incrédules sur ce point. Mais cette expli-

cation du mot éternité étant aujourd'hui '

tout à fait insuffisante, sans être fausse,

je dis qu'il la faut abandonner. L'idée

est morte. Elle fait plus de mal en haut

j que de bien en bas, oti, longtemps encore,

on ne pourra comprendre autrement que \ sans fin l'idée d'éternité et oîi il faudra ] peu à peu introduire de nouvelles ima- < ges, un symbolisme différent.

Et ce qui prouve bien la divinité des dogmes, c'est précisément qu'ils n'ont pas besoin de s'exprimer différemment pour les différents ordres d'esprity; tous les catholiques de toutes les classes les comprennent, ou peu s'en faut, de la même manière, quand ils les comprennent. Dieu seul, évidemment, a pu identifier le signe et l'acte, l'expression et la chose exprimée, c'est-à-dire manifester des vérités immuables, qui développent l'âme sans que l'àme à son tour les développe, ou sur lesquelles le temps ne peut

l rien. L'acte qu'on appelle communion

t est le même aujourd'hui qu'il y a dix-huit

siècles, tandis que la vertu, par exemple, prise, non comme idéal mais comme acte, est susceptible de plus ou de moins

^ selon les siècles.

i Eh bien, il en est de même de l'idée

d'éternité (et de toutes nos idées humaines, quelles qu'elles soient), qui a varié et peut varier encore. L'acte de notre esprit qui y répond n'était pas au treizième siècle ce qu'il est aujourd'hui. Quand il

l veut exprimer un temps qui nefinitpas^ saint Thomas a bien soin de dire perpétuel. Ce sont deux notions fort distinctes dans son esprit. Et non-seulement, les idées humaines varient de siècle en siècle, mais elles varient en nous, comme chacun sait , de jour en jour, selon l'ensemble des connaissances que nous recevons et qui modifient toutes celles que nous avions déjà. Donc, il importe |bien

moins aujourd'hui de prouver ou de nier V éternité des peines, que de faire la critique de ce mot éternité et d'en changer le sens, s'il y a lieu.

Voilà l'œuvre véritable des philosophes, s'il y en a parmi nous. Il se peut faire que tous les malentendus, les haines, les colères, les passions viennent justement de ce mot mal compris, et qu'elles s'apaisent tout à coup devant une notion plus exacte. L'idée vraie du seizième siècle est devenue, sans changer de nature, l'idée fausse du dix-neuvième, absolument comme un mouvement rapide d'alors pourrait être un mouvement très-lent aujourd'hui. La notion d'éternité d'autrefois a vécu trois siècles, c'est ^ beaucoup; elle est à bout de puissance ( et de vérité; son temps est fini; elle est morte, enterrons-la.

Par ce moyen, nous pourrons abandonner les peines sans fin qui effrayent

^ tant les incrédules sans porter atteinte à la lettre ni à l'esprit du dogme, ou à la véritable éternité de$ peines. Ce n'est pas I que je craigne les incrédules, c'est que

I j'ai horreur des idées fausses; or toute

^ idée incomplète devient tôt ou tard une ' idée fausse.

Est-il vrai que la vie est une meilleure I chose que la mort ? que l'être vaut mieux

que le non-être? Je laisse de côté l'opi- ■ nion des insensés. Tout le monde dira que la vie, même telle qu'elle est, est \ une chose préférable à la mort, non pour tel ou tel individu qui s'est dégradé par , le vice, mais pour tous et pour tout en ! général. Nul esprit sérieux ne reprochera

L à Dieu d'avoir fait la vie. Or, si l'éternité bienheureuse est, pour chacun de qous, la jouissance simultanée de tout son Stre^ il se pourrait que l'éternité malheureuse fût la continuation perpétuelle d^" notre existence bornée avec le sentiment^*

^imultAné des jJerfections qui nous manquent par notre faute et des imperfections que nous avons.

Et je m'assure que toute âme délicate qui sentira vivement cette idée y verra la possibilité d'une souffrance infinie, sans que nous puissions cependant nous en prendre ni à la bonté, ni à la justice, ni à la miséricorde de Dieu, puisque cet enfer, qu'on a peint jusqu'ici par des flammes pour les bonnes femmes et les âmes grossières, ne sera qu'une vie bornée analogue à la vie présente, et que la vie présente vaut mieux que le néant, même pour ceux qui sont déshérités de tous biens. A plus forte raison seronsnous punis sans pouvoir nous plaindre, quand, restés imparfaits par notre faute, mais cependant plus heureux d'être que de n'être pas, nous aurons le sentiment simultané de tout notre être! Mais il faudrait maintenant développer ce nou-

— 6i — veau thème et je sens \p besoin de finir.

Quoi qu'il en soit, vraie ou fausse, je dis que l'idée que nous nous faisons de l'éternité est barbare, et c'est cela qui rend barbare ce à quoi nous l'appliquons.

Jour de la Toussaint 1864.

Si le public s'intéresse à ces travaux ^ on réimprimera successivement dans le même format :

Le Positivisme ou la Foi d'un athée, 3e édit.

Le Dernier Mot de réclectisme, 3« édit.

M. Cousin, professeur, écrivain, ministre, 3«|édit.

Discours philosophiques.

Deux Mémoires sur l'Église de France, 2* édit.

Organisation régionale de la France, essai de géographie politique, 2« édit.

Pour paraître en 187 5 :

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