‹ L'Éternité, retraite de Notre-DameChapitre 2 sur 13 · III · texte numérisé non relu

III

Mais l'importance de donner à cette vérité tout son légitime développement se révèle dans une lumière bien plus grande encore, si nous la considérons en face des idées et des tendances contemporaines.

Si la libre pensée fait aujourd'hui plus que jamais,par tous ses systèmes, une opposition flagrante à l'idée de la Destinée, telle que nous l'avons définie, c'est-à-dire d'une Destinée intentionnelle et voulue par le Créateur, elle fait à l'idée d'une existence ou d'une vie Etemelle, une opposition bien plus flagrante encore.

Jamais, à aucune époque de l'humanité, on ne vit dans aucune société éclater un tel antagonisme à l'idée de l'Eternel. Des hommes, au milieu de nous, se rencontrent, qui font à cette doctrine de l'Eternel une guerre acharnée. On dirait que ce spectre de l'Eternité les épouvante et les irrite. Ils voudraient, s'ils le pouvaient, en chasser de l'humanité entière, même la simple idée; et toute parole, tout livre qui la défend, excite leur fureur. Ils éprouvent je ne sais quel frénétique désir de se renfermer, avec l'animal, dans le présent comme en une étroite

prison, et de se faire de tout ce qui est du temps, une défense contre l'Eternité.

Nous voudrions en vain nous le dissimuler:

il surgit au milieu de nous, en plein Christianisme, une race d'hommes qui abdique ouvertement l'Eternel et le Divin, et qui a juré d'en finir avec tout ce qui dépasse l'humanité et le temps. Tout ce qui croit non seulement à.V audelà, mais à l' Immortel, elle le poursuit de ses haines ; tout ce qui, sous une forme quelconque, représente l'un et l'autre, elle travaille à l'anéantir: et le serment qu'Annibal fit contre la Rome antique, le serment de l'extermination, elle le fait contre la Rome nouvelle, cette Rome que bien mieux que Paris, nous pouvons nommer la Ville-lumière, parce que c'est de là surtout que part cette prédication, qui illumine le monde, la prédication de X au-delà, de YEternel et du Divin.

Combien d'autres qui aujourd'hui, sans prendre à ce point en haine et en exécration la doctrine de l'Eternel et l'Eglise qui l'enseigne, la réduisent aux proportions d'un système ou d'une opinion, et parlent de l'Eternité comme

d'une chose problématique, sur laquelle leur philosophie n'ose encore prendre son part! définitif, et, sans la répudier positivement, ne la professe que négativement, ne la défend que timidement.

Et, même parmi les hommes qui n'ont pas effacé de leur front le signe de leur baptême et prétendent rester fidèles aux enseignements de l'Eglise leur Mère, combien qui,sur ce point . fondamental, ne gardentqu'une foi chancelante, et sentent passer sur leur âme de croyants je ne sais quels souffles de doute-, combien qui, sous prétexte qu'ils ne peuvent comprendre ce mystère de l'Eternel avenir, hésitent à le croire tout à fait-, et, parce que devant cette mystérieuse perspective, ils croient sentir vaciller leur raison, sont tentés de lui refuser leur foi !

Il faudrait fermer les yeux à la lumière de la publicité pour ne pas voir comment,en présence de ces trois catégories des hommes de cetemps, cette prédication de l'Eternel prend une importance qu'il est impossible de méconnaître. Et quant à tous ceux qui croient avec nous, sans, hésitation aucune, ce dogme souverain

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