VI
del'Eternel, ils ontbesointoujoursd'enentendre parler et de se mettre le plus possible en face de cette grande lumière de l'Eternité, qui éclaire toute la vie du temps, afin d'en faire passer dans leurs actions et leurs pratiques le rayonnement salutaire et les influences fécondes.
Car, si la pensée de la Destinée est, comme nous l'avons montré, si puissante déjà sur la vraie direction et le bon gouvernement de notre vie, bien plus puissante encore doit être la pensée de l'Eternité.
Le bienveillant accueil fait au livre La Destinée, malgré l'austérité inhérente aux enseignements qu'il renferme, nous fait espérer pour celui-ci un accueil pareil, malgré des enseignements peut-être plus austères encore.
Au milieu de ces bruits du temps qui, aujourd'hui plus que jamais, attristent les âmes droites et désolent les cœurs honnêtes, il ne peut être que consolant et doux d'entendre un peu la voix de l'Eternité. A l'heure ^où les spectacles, que ce siècle nous offre de toutes parts, ont je ne sais quoi d'écœurant, pour ne pas dire de décourageant, il ne peut être que
— vu —
bon, salutaire et fortifiant de tourner nos regards vers les perspectives Eternelles. Et, pour nous, à mesure que nous approchons davantage de ce terme final où tous doivent aboutir, nous éprouvons de plus en plus le besoin de laisser dans nos écrits quelques rayons de cette grande lumière de l'Eternité: rayons affaiblis par l'infirmité même de cette parole; mais qui, tout affaiblis qu'ils sont, pourront encore éclairer quelque peu non seulement ceux qui marchent avec nous aujourd'hui, mais encore ceux qui demain marcheront après nous au chemin de cette vie du temps.
CERTITUDE DE L'ETERNITE
Ibit homo in domum œternitatis suce
L'homme ira dans la. de meure de son Éternité.
(Ecclé. XII. 5J
Monseigneur,
« Messieurs,
Il y a un mot qui éveille au fond des âmes humaines les échos les plus profonds, parce qu'il exprime ce qu'il y a de plus décisif pour la vie présente, et surtout pour la vie future; un mot qui, depuis bientôt deux mille ans, retentit au fond des cloîtres, des solitudes, des sanctuaires, et surtout duhautdenos chaires, comme la grande révélation de Jésus-Christ et le grand enseignement de l'Eglise; un mot que, dans
CERTITUDR DE L ETERNITE
tous les espaces et tous les siècles, sous des formules diverses et avec une conviction unanime, l'humanité a prononcé; un mot, souverain et dominateur entre tous les mots, qui a, tout à la fois, la puissance d'illuminer, d'émouvoir, de convertir et de sanctifier; un mot, enfin, qui est la consolation des bons, la terreur des méchants, qui est tout ensemble le plus grand ascendant de la parole sacerdotale, et la plus efficace protection des générations populaires.
Ce mot est celui-là même que je viens de prononcer : Eternité ! Et c'est lui qui va retentir surtout pendant nos saints exercices.
Ce mot répond, en l'expliquant et en le complétant, à un autre mot qui a retenti dans cette même enceinte, en une circonstance pareille:
La Destinée (1).
Nous l'avons démontré : nous avons une Destinée, et cette Destinée, c'est Dieu même, Dieu possédé par l'homme arrivé au terme de sa vie. Sur ce point déjà votre conviction est faite, et nous n'avons pas à y revenir.
Mais ici se pose la question grave entre toutes : Cette Destinée, doit-elle finir, ou
(1) Voir ha. Destinée. Retraite de Notre-Dame, léqui, rue de Rennes, 85. Paris.
chez
bien,doit-elle durer toujours? End'autres termes: la Destinée humaine est -elle Éternelle?
Ge voyage, que nous accomplissons à travers le temps, à quoi doit-il finalement aboutir ? Sera-ce à une autre station du temps , ou bien sera-ce à l'Eternité? Tout nous répond avec VEcclésiaste: Y Eternité. Oui, l'homme, au sortir de la vie du temps, entrera dans la maison de son Eternité ; ibit homo in domum œternitatis
suœ (1).
Ce que c'est que l'Eternité considérée en ellemême? Quelle est. vis-à-vis d'elle, notre vraie situation? Quelle influence elle exerce même sur notre vie du temps? Ce qu'elle réserve, dans l'autre vie, aux élus et aux réprouvés? Ce qu'elle est par rapport au bonheur des uns et au malheur des autres? Ce n'est pas ce que je me propose dédire aujourd'hui. Ce que je veux établir, avant d'entrer dans le fond de ce mystère, c'est la pleine certitude de l'Eternité, c'est-àdire d'une durée sans fin, considérée comme terme final de notre voyage du temps.
Jamais, peut-être, il ne fut plus urgent de remettre devant les yeux cette vérité fondamen-
(1) Ecclé. XII, 5.
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
taie, sans laquelle le mystère de la vie humaine et de la Providence divine reste incompris. L'Etemel offusque et déconcerte la libre pensée contemporaine; et elle détourne, autant qu'elle peut, les yeux des perspectives qu'ouvre devant elle l'Éternité , ou l'Éternel avenir.
Raison décisive pour mettre dans sa pleine lumière cette vérité, que trop volontiers on retient dans l'ombre, alors même qu'on n'ose la nier tout à fait : Il y a une Éternité.
Pour bien établir cette vérité préliminaire et fondamenlale en ce sujet, je me propose d'évoquer deux témoignages, qui se répondent et se complètent : le témoignage du dehors et le témoignage du dedans; en d'autres termes, le témoignage de Y autorité et le témoignage de Yâme; c'est-à-dire les voix qui parlent en dehors de nous, et les voix qui parlent au dedans de nous. Pour ne pas trop exiger de votre bienveillante attention, je me borne aujourd'hui à vous faire entendre les voix du dehors, ou le témoignage d'autorité, témoignage en ce sujet absolument irrécusable.
Or, deux grandes autorités se rencontrent ici dans l'affirmation d'une même vérité, c'est-àdire dans l'affirmation de l'Eternelle vie: le té-
moignàge du Christianisme, et le témoignage de l'Humanité; ce qui revient à dire: le témoignage divin et le témoignage humain.
C'est tout ce que je veux montrer dans ce discours.
Demain, j'essayerai de compléter la démonstration en vous faisant entendre le témoignage del'âme. Etvous verrez commentvous êtes vousmêmes,dans le temps,les témoins de votre Eternité.
Et tout d'abord, chrétiens que nous sommes, nous avons à entendre ici le témoignage de notre Christianisme.
Pour nous, qui professons cette divine religion, tout ce qu'elle enseigne clairement est d'une autorité absolument irrécusable, d'une certitude absolument indéniable.
Or, que le Christianisme enseigne et professe l'Eternel; qu'il soit, # considéré sous toutes ses faces, la religion de l'Eternel, c'est ce qu'Userait à peine nécessaire de démontrer, si des parti-
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
sans, ou pour mieux dire, des inventeurs d'un faux Christianisme ne cherchaient à amasser les nuages autour de cette vérité, par elle-même si resplendissante de sa propre lumière.
Pour restituer ici à cette vérité devant tous les esprits toute sa légitime clarté, et rendre la démonstration aussi complète que lumineuse, nous considérerons le Christianisme sous ce tripl e rapport : dans Jésus-Christ, dans V Eglise, dans les chrétiens. Dans Jésus-Christ, auteurdu Christianisme; dans l'Egiise, organisation du Christianisme; dans les chrétiens, disciples du Christianisme, c'est-à-dire le Christianisme considéré dans son Chef, dans son corps et dans ses membres.
Et vous allez voir comment, vu sous ce triple aspect, le Christianisme est bien ce que je viens de le nommer, la religion de l'immortel et de l'Eternel, et que, par conséquent, tous ceux qui se proclament chrétiens ne pourraient sur ce point, sans une contradiction monstrueuse, hésiter une minute.
I* Ecoutons, avant tout, le témoignage de Jésus-Christ, fondateur et chef du Christianisme.
Tout ce qu'a dit et enseigné ce divin Révélateur est pour nous la vérité, rien que la vérité.
Jésus-Christ a dit de lui-même : « Je suis la vérité. Ego sum veritas. Il est le Verbe de Dieu; il est l'affirmation divine elle-même; il est l'infaillibilité incarnée. Si donc Jésns-Chist affirme la vie étemelle, force nous est de l'affirmer avec Lui.
Or, ce Verbe divinement infaillible, en je ne sais combien d'endroits de son Evangile, affirme l'Eternité ou l'Éternelle vie. L'Eternité est au fond de toutes les paroles qu'il prononce, de toutes les promesses qu'il fait, de toutes les espérances qu'il donne. Quedis-je? Il s'identifie lui-même avec cette Eternité qu'il affirme et qu'il promet. En sorte que, ôter de son enseignement l'affirmation de la vie Eternelle, ce n'est pas seulement scinder et mutiler sa doctrine, c'est le scinder et le mutiler lui-même , c'est, en un mot, l'anéantir avec son Evangile tout entier. Car, cette affirmation de la vie éternelle, ou de l'Éternité réalisée en Lui, c'est tout le contexte de l'Evangile.
Ecoutez, Messieurs, quelques-unes de ses paroles si pleines d'immortalité.
Jésus parle de son propre enseignement, et il dit : « En vérité, je vous le dis : quiconque en-
CERTITUDE DE L ETERNITE
« tend ma parole et y croit, a la vie Éternelle; « habet vilam œternam(l). »
Parole prodigieuse qui jamais ne s'est posée sur les lèvres d'un homme. Qui donc osa jamais promettre, comme récompense de la foi à sa parole, l'Éternité de la vie?
Jésus proclame le dogme mystérieux de la divine Eucharistie, et il dit et répète à plusieurs reprises :
« Je suis le Pain vivant descendu du ciel :
« Celui qui mange de ce Pain vivra Éternelle- « ment, in œternum. Oui, celui qui mange ma « chair et boit mon sang, aura la vie Eternelle, « vitam œtemam\ et je le ressusciterai au dernier « jour, parce que celui qui mange ce Pain vivra « Élernellement,vivet in œternum (2).» Et il dit et redit encore la même affirmation, afin que l'ombre même d'un doute ne puisse demeurer sur ce point.
Comment, en effet, en présence de cette insistance à affirmer l'Eternité de la vie, comme le fruit du grand mystère Eucharistique, comment concevoir sur la vraie pensée de Jésus-Christ le moindre doute? Si, par ces paroles il n'a pas
(1) (Jean, V. 24)
(2) (Jean, VI, 27-55)
voulu nous garantir l'Eternité de la vie, ou la vie sans fin; alors, on se demande ce qu'il a voulu dire'Et l'on se demande.enmême temps, de quels termes plus clairs et plus précis il aurait pu se servir, pour nous en donner par sa parole la divine assurance?
Jésus-Christ fait, dans sonEvangile,de notre Éternelle vie une autre affirmation, qui, pour être implicite seulement, n'en est pas moins claire; car il affirme l'identification de la vie de ses disciples avec sa propre vie.
Que Jésus-Christ ait affirmé lui-même l'Eternité de sa propre vie, c'est ce qu'il serait superflu de démontrer ; il est de toute évidence qu'indépendamment des autres affirmations qu'il en fait > en affirmant sa Divinité, il affirme son Eternité. Comment concevoir qu'il s'affirme lui-même Dieu, sans s'affirmer en même temps Eternel?
La divinité sans l'Eternité, c'est la contradiction même.
Eh bien, cette vie personnelle, il l'identifie avec la vie des siens, ou plutôt, il identifie la vie des siens avec sa propre vie. Il dit : « Je suis la vigne, et vous êtes les rameaux .Ego sum vitis, vos palmiles (1). Or, la vie de la vigne et la
(1) Jean. XVI, I.
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
vie des rameaux ne sont pas deux vies, mais une seule vie. Donc en affirmant l'Eternité de l'une, il affirme l'Eternité de l'autre ; comme s'il disait : Vous et moi nous sommes un, car ma vie c'est votre vie. Je suis Éternel; donc vous vivrez Éternellement.
Jésus se donne comme le bon pasteur, et II dit : « Je connais mes brebis; elles me suivent; « et moi je leur donne la vie Éternelle, do eis
* vitam œternam ; et elles ne périront jamais , <i non peribunl in œternum (Y). »
Jésus se révèle à la Samaritaine, et il lui dit : « Celui qui boit de cette eau ( l'eau du puits de
* Jacob), aura soif encore; mais l'eau que je lui « donnerai deviendra en lui une source qui jail- « lira jusque dans l'Eternelle vie, salientis in vi- « tam œternam (2). »
Jésus précise en quoi consiste cette vie Éternelle, et dit : « Cette vie Éternelle est dans la « connaissance qu'ils ont de vous , ô mon Père, « et de votre Christ que vous avez envoyé. Vous « lui avez donné la puissance sur tous les « hommes , afin que lui-même leur donne la
(1) Joan x. 27.)
(2) Joan. iv. 13 )
« vie Éternelle, ut clet eis vitam œternam (1). » Jésus parle au peuple qui l'a suivi au désert, non pour voir des miracles , mais pour manger le pain qu'il lui distribue, et il lui donne ce divin conseil : « Faites-vous, non un pain qui doit périr, « mais un pain qui demeure jusque dans la vie « Eternelle, qui permanet in vitam œternam (2). »
Mais de toutes les affirmations par lesquelles Jésus-Christ enseigne et garantit l'Eternité de la vie , la plus décisive, la plus solennelle de toutes, c'est, sans contredit, celle qu'il met dans la bouche du souverain Juge au jugement der nier. Alors le juge dira aux élus : c Venez, les « bénis de mon Père ; entrez avec moi dans le « royaume qui vous fut préparé dès le commen- « cément du monde, c'est-à-dire dans mon ro- « yaume Éternel. » Et il dira aux réprouvés : t Allez,maudits,auieu Éternel.» Ecoutez la suite: « Et ceux-ci iront dans le supplice Eternel; et les « justes dans la vie Eternelle (3). »
1 Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur l'Éternité de la peine, d'ailleurs si clairement affirmée par cesparoles ; je me contente de dire, en demeurant
(l)îJoan. xvn,(2.
(2)jJoan. v. 7.{
(3) Matth. xxv. 46.
CERTITUDE DE L ETERNITE
dans le sujet présent , que Jésus-Christ affirme aussi clairement et aussi solennellement que possible, pour tous les hommes, l'Éternité delà vie. Et, ici encore, ici surtout on peut se demander, étant supposé que Jésus-Christ voulût vraiment affirmer l'Éternelle vie, de quels termes plus clairs et plus expressifs il aurait pu se servir , pour faire cette grande affirmation ?
Ces divines paroles par lesquelles Jésus- Christ,, dans son Evangile, affirme l'Éternel et l'immortel, pourraient beaucoup plus se multiplier. Ces citations suffisent pour mettre dans une pleine évidence, sur l'Éternité de notre vie par delà notre tombe, la pensée du divin Révélateur. Il faudrait, pour tout dire, citer l'Evangile tout entier, l'Evangile que volontiers je nommerais la divine et universelle affirmation de l'Éternelle vie par le Verbe infaillible.
C'est qu'en effet l'Eternité affirmée par le Verbe divin, c'est le fond de l'Evangile. Elle est au commencement , au milieu et à la fin de tout son enseignement; elle y perce à travers toutes ses paroles. Et non seulement il la porte sur ses lèvres divines; il la montre en lui-même; il fait de son propre cœur l'habitacle vivant de l'Éternelle vie; il s'en constitue lui-même le centre;
car, cette vie, dont il affirme et affirme encore l'Eternité, n'est autre que lui-même. « Je suis « venu , pour qu'ils aient la vie ( ses disciples) et * qu'ils l'aient avec abondance, veni utvitam ha- « béant etabundanliushabeant; et cette vie, c'est « moi-même; moi la résurrection et la vie. Ego « sum resurreclio et vita » ; la résurrection après laquelle il n'y a plus de mort, la vie qui n'aura
pas de fin.
Voilà, Messieurs, par rapport à l'Eternité , la grande et souveraine affirmation de notre Chnst-
Yérité.
Dès lors, si l'on suppose un moment que l'Eternelle vie n'est qu'une chimère , si l'on admet que toute vie humaine meurt à la limite du temps, ou que par delà notre tombe elle s'arrête à un point quelconque de la durée; dans cette hypothèse, que devient d'un bout à l'autre tout notre Evangile, si ce n'est une suite d'énigmes, toutes plus incompréhensibles les unes que les autres, un obscur labyrinthe où les contradictions se croisent avec les contradictions? Et Jésus-Christ lui-mème,que devient-il? Non seulement il n'est plu s un Dieu,il n'est plus mêmeun homme, un homme en possession de sa raison;
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
car, il fait lui-même sur lui-même des affirmations inouïes, insensées, incohérentes.
Ainsi, pour nous, chrétiens, pour nous qui croyons d'une ferme foi à l'infaillibilité de notre i dmn Révélateur, sur ce dogme fondamental le moindre doute ne peut être permis ; et , même en taisant abstraction de toute autre autorité, nous ne pourrions ni ne devrions hésiter.
Dès lors, que penser de ces semi-chrétiens je devrais plutôt dire de ces faux chrétiens , qui sur une vérité cent fois répétée par notre Christ infaillible, semblent ne pouvoir prendre leur parti, et à l'absolue affirmation de Jésus-Christ opposent, si ce n'est des négations, au moins des hésitations, que je ne crains pas de nommer antichrétiennes.
Que penser de ces chrétiens qui croient pouvoir choisir entre un dogme et un dogme révélés par ce Christ.dont ils se proclament encore les disciples; acceptant l'un et repoussant l'autre, selon l'accord ou le désaccord qu'ils croient y voir avec leur infirme raison ; faisant ainsi,à leur gré.d'un côté sa part au Verbe divin, et de l'autre sa part à leur verbe humain; c'est-à-dire à leur propre pensée.
Que dire aussi de ceux qui distinguent dans
leur croyance entre une Eternité et une Eternité? Consentant à croire à l'Eternité de la récompense et se refusant à croire à l'Eternité du châtiment; alors que le divin Révélateur affirme l'une et l'autre avec une même force et une même clarté.
J'arriverai bientôt, Messieurs, à ce dogme redoutable de l'Eternité delà peine, qui est particulièrement le scandale des intelligences contemporaines.
Pour le moment, je n'aborde pas ce point. Je mécontente d'affirmer avec Jésus-Christ l'Eternité delà vie ; et vous tous, chrétiens que vous êtes, de par l'autorité de ce Christ, divinement infaillible, j'ose vous sommer de l'affirmer avec moi, sous peine de renoncer à votre foi, d'abdiquer votre Christianisme et d'outrager Jésus- Christ
Ah ! tous ici , je crois vous entendre faire sortir de vos âmes illuminées par ce Verbe divin, votre adhésion unanime à son infaillible parole , et chacun de vous dit avec moi et comme moi :Je suis chrétien; et comme tel, je crois à la parole de mon Christ affirmant l'Eternité.
'Voyez comme sur ce point la parole de l'Eglise notre Mère s'accorde divinement avec la parole de Jésus-Christ notre Chef.
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2° Avec l'infaillible voix du Christ , mon Maître, j'aime à entendre aussi, sur ce point si décisif, la divine voix de l'Eglise ma Mère.
L'Eglise existe pour être dans l'humanité entière l'écho partout et toujours retentissant de la voix du Verbe divin. Donc, puisque Jésus- Christ a dit un jour : Eternité, on doit s'attendre à ce que l'Eglise redise partout et toujours, comme un écho fidèle : Eternité. C'est, en effet, ce que l'Eglise n'a cessé de faire, depuis que le Verbe incarné lui a dit, dans la personne de ses apôtres : » Allez, enseignez les nations. Qui vous « croira sera sauvé;, et qui ne vous croira pas « sera condamné. »
Depuis ce jour-là, une -voix retentit dans les espaces et les siècles, comme jamais voix n'a retenti sous le ciel ; c'est la voix de l'Eglise catholique : grande et solennelle voix, qui ne se tait ni jour ni nuit ; parce que, comme elle parle à tous les points que le soleil éclaire, elle parle aussi à tous les instants que le temps nous mesure.
Eh' bien! queditcette incomparable voix? Elle dit,avec la pleine certitude de ne pas se tromper : «Je croisa la vie Éternelle.» Credo vitam œlernam. Oui, l'Eglise, ma divine Mère, dit partout et
toujours cette parole, avec une autorité que n'a sur la terre aucune autre parole. Son espérance est pleine d'Immortalité; et elle proclame, sans hésitation aucune, le grand dogme de l'Eternité.
Comment? Par son Symbole, par son culte, par ses fêtes „ par ses sacrements , par ses cérémonies , par sa prédication.
Et d'abord, YElernité, c'est le grand mot de son Symbole. • '
Au commencement de ce Symbole, elle proclame l'origine de toute créature par l'action de Dieu Créateur : « Je crois en Dieu le Père tout- « puissant, Créateur du ciel et de la terre. Creatorem Cœli et terrœ. Et, à la fin de ce même Symbole, elle proclame la vie Eternelle de l'homme sa créature. Credo vilam œternam.
Ainsi, de ces deux grands mystères du commencement et de la fin, elle fait deux dogmes fondamentaux : ou si vous voulez, de ces deux grandes énigmes, elle fait deux grandes affirmations; et nous pouvons ajouter les deux grands flambeaux qui éclairent, d'une double clarté, toute la route de l'humanité, et la fixent sur les deux points les plus décisifs de toute la vie: l'Origine et la Fin.
CERTITUDE DE L 'ÉTERNITÉ
Les philosophes, incertains et troublés entre ces deux mystères, viennent et disent : Après la vie du temps, y a-t-il une Eternité? L'Eglise répond : Credo vitam œternam.
Autour d'elle, les systèmes, les écoles, les académies posent des questions et encore des questions. De toutes parts on suscite des doutes et encore des doutes ; on risque des hypothèses et encore des hypothèses : L'homme, par delà sa tombe, doit-il vivre encore? Et s'il vit, quelle sera cette vie? Quelle sera sa nature? sa durée? sa condition?
Ainsi, sur ce mystère de l'avenir, on doute, on hésite, on discute, si l'on ne nie tout à fait. Eh bien! sur cette vérité exceptionnellement grave, l'Eglise ne doute pas, n'hésite pas, ne discute pas. Sur ce point, elle ne pose pas de question; elle pose son universelle, perpétuelle et souveraine affirmation : c Je crois à la vie Eternelle. Credo vitam œternam. »
Tel est, au point de vue où nous sommes, l'enseignement dogmatique de l'Eglise : l'Eternité y est le dernier mot de son Symbole, comme la création en est le premier ; et ce dogme est dans l'Eglise vraiment souverain et absolument fondamental.
TÉMOIGNAGES DU DEHORS OU l/AUTORITÉ 27
Aussi, à ce dogme divinement révélé l'Eglise ne permettra jamais que l'homme porte la main. Quiconque devant elle osera dire cette parole impie:/? n'y a pas d'Eternitél quel qu'il puisse être, consul, roi, empereur, maîtredu monde entier,il verra tomber sur sa tête cette foudre.qui va frapper l'erreur partout où elle se pose ; et cette foudre dira, en frappant l'erreur qui nie et l'impiété qui blasphème : Anathème).. Moi, l'Eglise Catholique, organe officiel de mon Christ-Dieu, écho fidèle de son infaillible voix, j'affirme avec lui et comme lui l'Eternité de la vie ; et, pour la défendre contre toute erreur, je suis prête à verser même le plus 'pur de mon sang.
L'Eternité! Ce n'est pas seulement ce que proclame notre 'Symbole; c'est encore ce que proclament nos fêtes, c'est-à-dire les manifestations publiques et solennelles de notre dogme. Ces fêtes, en sffet, toutes pleines d'une éclatante lumière, semblent instituées tout exprès pour nous rappeler, à nous exilés dans le temps, le souvenir de notre Éternelle patrie. Quelques-unes ici nous tiendront lieu de toutes.
Que nous dit l'aurore brillante de la Résurrection 1 ? Elle nous dit qu'associés à la vie de notre Christ ressuscité, c'est-à-dire de ce Christ « qui
CERTIT0DE DE L ETERNITE
ne meurt plus »,le sépulcre ne doit pas nous dé vorer tout entiers, et qu'unis à sa propre immortalité, nous ne traversons l'ombre de cet empire de la mort que pour rejoindre notre Maître glorifié au séjour et dans la gloire de l'Immortelle vie.
Que nous dit encore notre Mère, l'Eglise catholique, dans la fête non moins radieuse de Y Ascension, alors qu'elle nous montre le divin Réparateur, après son œuvre accomplie sur la terre, remontant au ciel, et allant s'asseoir sur son trône Éternel à la droite de son Père? Que nous dit-elle, si ce n'est que, nous aussi, nous serons près de lui assis sur des trônes Éternels ? Et que veut dire le divin Maître lui-même , alors qu'annonçant à ses disciples son retour vers son Père, il ajoute : « Je vais vous préparer une place ; « Vado parare vobis locum '? »
Pouvait-il nous dire d'une manière plus expressive que notre place réservée, notre lieu prédestiné, notre vraie patrie à nous, voyageurs du temps, n'est autre que l'Eternité elle-même, l'Eternité pendant laquelle il doit régner dans la société de tous les siens, unis et incorporés à son immortelle vie?
Ce que je dis de ces deux fêtes si pleines d'es-
pérance et d'immortalité, je pourrais le dire de bien d'autres fêtes encore, par exemple, de Y Assomption de la Mère de Dieu, associée à l'Eternelle gloire de son divin Fils ; et de la fête de la Trinité, dans laquelle l'Eglise nous montre au fond du ciel, comme notre suprême félicité, l'Eternelle possession du Père, du Fils et du Saint- Esprit.
Mais, parmi toutes ces belles fêtes de l'Eglise, il en est une qui mieux encore que toutes les autres, jette sur l'Eternité une lumière éclatante, et mieux que toutes les autres, ouvre devant nous les perspectives Éternelles : c'est la fête de la Toussaint. Ce jour-là, parée comme une épouse pour l'heure de ses noces, l'Eglise montre à tous ses enfants de la terre tous ses enfants du ciel, et elle nous dit : Comme vous, ils ont connu les jours mauvais de l'exil; comme eux, si vous le voulez, vous jouirez des jours heureux à&YEternelle patrie. Ils ont été ce que vous ètes,livrés aux luttes et aux épreuves de leur vie passagère: vous avez la vocation d'être un jour ce qu'ils sont, c'est-à-dire, après les combats du temps, couronnés d'une gloire Éternelle. Dans cette fête, plus que dans toute autre, l'Eglise chante partoutes les voix qu'elle fait retentir : Eternité!
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
Eternité dans la vision.l'amour et la possession
Et ce qu'elle chante ce jour-là, d'une voix Pleine de joie et d'allégresse, elle le chante le «demain, d'une voix pleine de soupirs et de tnstesse; car elle fait entendre la voix plaintive de nosfrerestrépassés.appelant, par d'ineffables gémissements, l'heure où ils pourront s'envo-
l d " ; U t leUrS souff ^ces transitoires au paradis des Eternelles joies.
Ainsi , l'Eglise par la voix de toutes ses fêtes nous crie à toutes les étapes du temps : Il y a une Eternité. J
Et n'est-ce. pas aussi ce qu'elle nous révèle ot nous enseigne par la voix de ses Sacrements ?
Que fait l'Eglise par le Baptême? Elle dépose dans l'âme de l'enfant les germes de la vie surnaturelle, c'est-à-dire de la vie même de Jésus- Christ, donc d'une vie Eternelle. Elle lui infuse lafoi à 1-Eternel, l'espêrancede l'Eternel, l'amour de 1 Eternel, c'est-à-dire de Dieu même; et elle dit à l'enfant régénéré : Va, et porte jusqu'au bout, à travers les luttes du temps, ce triple trésor de ta foi.de ton espérance et de ta charité jusqu'à ce que tu arrives à l'Eternelle vision à
l'Eternel amour et à l'Eternel embrassement de
ton Dieu.
Par la Confirmation, que fait l'Eglise? Elle, affermit le chrétien dans la voie où il est entré; elle l'arme pour les combats de cette vie , en lui promettant l'Eternelle couronne des vainqueurs; elle lui donne la force de renverser tous les obstacles qui l'empêchent de conquérir son Eternelle Destinée.
Par la Pénitence, que fait l'Eglise? Elle relève le chrétien déchu de la dignité et de la gloire de son baptême; elle le purifie des souillures que lui ont laissées la poussière et la fange de cette route du temps; et elle lui rend cette robe d'innocence, nécessaire pour entrer dans l'Eternelle demeure des anges.
Dans Y Eucharistie , que fait pour le chrétien
l'Eglise notre Mère? Elle entretient et augmente
de plus en plus la vie reçue dans le Baptême;
elle refait de station en station, par un aliment
divin, ses forces défaillantes, afin qu'il puisse
arriver à la demeure de son Eternité ; et elle lui
dit, en déposant sur ses lèvres l'hostie sainte :
« Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ
« garde votre âme pour la vie éternelle.» Et
ainsi, elle renouvelle sans cesse la promesse
CERTITUDE DE L'É'l B8NH É
de 1 Eternité faite par ] e Sauveur lui-même. Dans le sacrement de Mariage, l'Elise appose à 1 union des époux .comme un sceau Etemel.
Elle les enchaîne l'un à l'autre par un lien mdissoluble,ann qu'unis dans tout leur voyage du temps, ils marchent la main dans la main jusqu au jour sans fin de leurs noces éternelles'
1 JL l l ëraM Sacrement Qui constitue
ord re sacerdotal, ne voyez-vous pas comme 1 idée de l'Eternité entre, ici encore, dans le fond du mystère? Comme tout, dans la consécration du prêtre, parle de vie Eternelle? Et comment 1 Eglise, en imprimant dans son âme un caractère que ni le temps ni l'Éternité ne pourront eftacer, lui dit cette parole solennelle : « Vous êtes prêtre, et c'est pour l'Eternité; tu es sacerdos in œternum ?»
Mais de tous les Sacrements.celui qui parle le plus explicitement d'immortalité et d'Eternité
CestleSacrementd'Extrème-Onction.C'estalors' alors surtout qu'aux clartés du flambeau funèbre, se découvrent aux yeux du mourant les horizons Eternels. C'est alors que ce Christ qui ne meurt plus, vient à lui pour être son viatique, et l'accompagner des rivages du temps aux rivages de l'Eternité.
Ainsi,par ses sacrements comme par ses fêtes, l'Eglise nous dit et nous redit : Eternité.
L'Eternité! c'est la voix de notre culte aussi : voix de nos temples et de nos autels; voix de notre sacrifice et de nos cérémonies; voix de toutes nos prières et de tous nos chants.
Le temple catholique,qu'est-ce donc,si ce n'est, dans le temps,comme un vestibule de l'Eternité , une sorte de station de cette vie passagère, où nous nous arrêtons pour méditer les années Eternelles? Avec son attitude religieuse et son austère recueillement,de quoi nous parle même, en son silence, cet édifice étranger par sa forme à tous les usages de cette vie du temps, si ce n'est de l'Eternité , et encore de l'Eternité?
Et l'autel , qu'est-ce pour nous, si ce n'est le lieu trois fois auguste où s'offre.dans un perpétuel sacrifice.le prix de' notre salut Eternel? Et que venons-nous chercher au pied de cet autel, par la participation à ce divin sacrifice, si ce n'est la garantie de cette vie Eternelle scellée par le sang du Sauveur?
Nos cérémonies religieuses elle-mèmes sontelles donc autre chose, aux regards de tous, qu'un spectacle anticipé des splendeurs de la
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frayeurs , elle ne manquera jamais de vous envoyer, avec ce mot, de nécessaires avertissements.
3° Ainsi, l'Eglise catholique, qui est le corps mystique, ou la vie du Christ organisée dans l'humanité, parle comme son divin Chef; ce que la tète affirme est affirmé par tout le corps.
Et nous pouvons ajouter que ce qui est proclamé par le Chef et par le corps, est affirmé partons les membres du Christianisme, c'est-àdire par tous les chrétiens, et plus spécialement par tous les grands chrétiens, c'est-à-dire l'aristocratie du Christianisme.
Oui, l'affirmation de l'Eternité, c'est l'affirmation de tous les chrétiens; sur ce point, il n'y a pas d'exception; il y a une véritable unanimité. Tout ceux qui, pendant nos dix-neuf siècles de Christianisme,ont fait profession d'être chrétiens, ont cru au dogme de l'Eternité. Non seulement ils l'ont cru dans leur âme, mais ils en ont mis sur leurs lèvres le public témoignage.
Et, quand on vient à se rendre compte du nombre des baptisés qui, depuis le Calvaire, ont passé sur la terre; on est en face du plus imposant témoignage qu'il soit possible d'imao-iner. Car, tout calcul fait, il n'y a pas moins de
36 CERTITUDE DE L'ÉTEUNITÉ
dix milliards de créatures humaines qui ont 1 dans leur main le drapeau u Cynisme • et toutes ont passe sur la terre en disant à tous les points du monde catholique. Nous croyons à la vie Éternelle.
E chose remarquable, c'est parleur action m feux encore que par leur parole, que tous ces "ilUards et ce" milliards de chrétiens ont proclamé leur foi unanime à l'Eternité
Cette universelle conviction d un tternei
avenir fut, partout et toujours comme , le pivot
sur lequel a roulé leur vie tout ***«»- ™j£
commencement du Christianisme tous les -chrtr
tiens marchaient en regardant devant eux es
perspectives de l'Éternelle vie : tous invanable-
S gardaient dans le présent, en face de leur
avenir, cette attitude sublime dont parlele pieux
auteur de limitation : « Debout sur les choses du
! temps et contemplant les choses éternelles,
Xaisleschretiei^^^s^
?ou 'môme dans leurs plus grandes défection»
ont gaTdé la foi à l'Eternel avenir; et l'histoire de ÎBgUse ne raconte pas un seul exemple dune
hérésie ou d'un schisme supprimant de son symbole le dogme de l'Eternité, sauf cette universelle hérésie qui se nomme rationalisme, et qui est la négation totale du Christianisme. Mais, tout ce qui est demeuré chrétien, à un titre et à un degré quelconque, a professé l'Eternité de la vie. Parmi ces milliards de chrétiens , il en est qui ont proclamé avec plus d'éclat leur foi à l'Eternel; ce sont ceux qui ont porté plus haut le drapeau de Jésus-Christ, et qui ont laissé, de leur passage à travers les siècles, un sillon plus resplendissant.
L'Eternité, les Apôtres, mais surtout les plus grands apôtres, à partir de saint Paulet de saint Pierre, l'ont fait retentir sur tous les rivages du monde, comme le son de la trompette; et tous les peuples ont par eux entendu ce mot, qui fut le plus grand principe inspirateur deleur apostolat. L'Eternité! Tous nos Martyrs l'ont saluée du haut de tous les échafauds et du milieu de tous les amphithéâtres, où ils apparaissaient pour mourir, et d'où ils entrevoyaient, à travers les flots de leur sang versé, et à travers la fumée de - leur» chairs consumées , les Éternelles clartés. Tous, sous les violences quiles broyaient, tsousles supplices qui les déchiraient, ont jeté leur sang
38 CERTITUDE DE i/ÉTEBNITlï
en témoignage; et, en facede leurs tyrans et de leurs bourreaux, ils ont dit et redit cette parole : Il y a une Eternité ; nous croyons à la vie Eternelle ; nous le jurons par ce sang.
L'Eternité! Tous les grands ascètes, et les grands anachorètes l'ont méditée au fondde leurs cloîtres et de leurs solitudes. L'Eternité, ah! ils l'attestaientparleursaustérités.leurspénitences et leurs flagellations. Là, au sein de leurs retraites parfois les plus affreuses, leur vie de soixante ou de quatre-vingts ans n'était qu un perpétuel face à face avec l'Eternité ; et tous les chantsdontleursvoixettouslesbruitsdontleurs
macérations faisaient retentir leurs solitudes, n'étaient qu'une longue attestation de leur foi unanime à l'Éternel avenir.
L'Eternité! Tous les plus illustres Confesseurs de la foi l'ont attestée depuis bientôt deux mille ans dans tous les espaces et dans tous les siècles où a régné le Christ et flotté le drapeau du Caî* vaire; tous, sans exception, comme les martyrs eux-mêmes, en face de tous les dangers qui les menaçaient, ont fait.eux aussi, la profession publique de leur croyance à l'Eternel; et ils ont donné.dans une même parole,le témoignage si-
multané à la divinité de leur Christ et à leur propre Immortalité!.
L'Eternité! Toutes les vierges chrétiennes auxquelles l'Egiise a dressé des autels sur la terre et que Jésus-Christ couronne de sa gloire dans le ciel, l'ont professée; et elles l'ont professée et chantée avec d'autant plus d'enthousiasme et de ravissement, que dans la pratique souvent héroïque de leur virginité, ce qui les soutenait, les encourageait et les ravissait, c'était l'attente de leur union Éternelle avec le divin Epoux.
L'Eternité!... Je pourrais dire ici que nos plus grands hommes et tous les plus illustres génies, dont la gloire resplendit par de magnifiques reflets au front de l'Eglise elle-même, les plus grands de nos philosophes, de nos poètes et de nos orateurs chrétiens, les Descartes et les Leibnitz, les Dante et les Milton, les Bossuet et les Fénelon, et tant d'autres que je ne puis même nommer, tous ont fait de cette vérité nue profession grande et éclatante comme leur génie; et plusieurs parmi eux ont dû à cette idée de l'Eternel leurs enseignements les plus élevés, leursaccents les plus éloquents et leurs tableauxles plus émouvants
CERTITUDE DE L ETERNITE
Mais ceux-là surtout que nous pouvons appeler.à juste titre, les véritables grands hommes du Christianisme, ceux dont nous environnons de plus de respect les enseignements et dont les paroles sont par nous consultées et redites comme des oracles, les Pères de VEglise, dans lesquels nous saluons le génie de la philosophie, de l'éloquence et même de la poésie, nos Cyprien et nos Ambroise, nos Jérôme et nos Augustin, puis nos Chrysostome et nos Basile, nos Grégoire et nos Cyrille, nos Ephrem et nos Athanase : ah ! ceux-là surtout ont donné au dogme de l'Eternité le témoignage le plus autorisé, le plus solennel, le plus éloquent , j'allais dire le plus sonore et le plus harmonieux .
Tous ces authentiques témoins de la doctrine traditionnelle du Christianisme, le sont notamment de la croyance à l'Eternité de la vie Si, sous quelques rapports, des divergences ontpu se produire entre eux, ils sont sur ce point absolument unanimes.
L'Eternité! Elle est attestée, enfin, par cette héroïque lég-ion de Saints qui marche à la tète de la grande armée du Christanisme, et marque 'fepasàtoute humanité qui veut marcher après elle et avec elle dans la voie de ses véritables progrès.
Tous ces saints, élite glorieu se de l'humanité etdu Christianisme lui-même, apparaissent dans nos temples portant au front le rayon de cette Immortalité dont, tous ont fait leur règle, leur lumière, leur étoile dans la traversée plus ou moins orageuse de leur vie du temps. Pas un, en effet, parmi eux, pas un qui n'y ait marché toujours, le regard de sa foi fixé sur l'Eternel.
Ainsi.toute cette immense armée de chrétiens, tousportantdansleurmain le drapeau de Jésus- Christ, et à leur tète les chrétiens les plus illustres dans le Christianisme, tous ont marché dans les siècles et marchent encore aujourd'hui en redisant la parole de leur invincible foi : Nous croyons à la vie Eternelle; il y a une Eternité! Vous le voyez, Messieurs, tout concorde ici divinement pour constituer, en faveur de l'Eternité de la vie : le grand témoignage du Christianisme, Jésus-Christ, l'Eglise, les chrétiens, c'est-à-dire le Chef, le corps, et tous les membres. Donc, quand même, par hypothèse, l'humanité qui ne connaît ni le Christ, ni l'Eglise, Li les chrétiens, ferait sur ce dogme sous verain un silence absolu, je n'en dirais pas moins, appuyé sur ce triple témoigna«e-?^fii:<?do vitam œternam. Je crois à la vie
CERTITUDE DE L ÉTERNITÉ
Je suis le disciple de ce Verbe divin qui affirme l'Eternité, et qui veut unir ma vie à son éternelle vie.
Je suis le fils de cette Mère immortelle, qui partout et toujours se fait dans l'humanité l'écho vivant et fidèle de ce Verbe infaillible, et avec lui, enseig-ne et proclame l'Éternelle vie.
Je suis, en Jésus-Christ et dans l'Eglise, le frère de ces milliards de chrétiens qui, avec mon Christ-Dieu et avec l'Eglise ma Mère, affirment l'Eternel.
Je suis, enfin, membre de ce grand corps du Christianisme, qui par toutes ses faces manifeste et par toutes ses voix révèle l'Eternel.
Et voilà pourquoi, même en dehors de tout autre témoigmag-e et dans le silence universel de l'humanité païenne ou non-chrétienne, sans crainte de me tromper et avec une certitude absolue, je dirais encore avec mon Christ- Dieu, avec l'Eglise ma Mère et avec tous les chrétiens mes frères : Je crois à la vie Éternelle. Credo vitam œïernam.
Mais, il s'en 'faut bien que le Christianisme soit seul à affirmer ce dogrne fondamental. Et vous allez voir comment, sous des formes diverses, l'humanité universelle parle sur ce point comme
le Christanisme, et comment ici le témoignage humain répond au témoignage divin.
Un moment supposons que, sur le dogme de l'Eternité, Jésus-Christ , l'Eglise et les chrétiens se taisent; le libre-penseur serait-il autorisé à nier cette vérité , qu'il prétend être en désaccord avec la voix de sa raison ?Non, mille
fois non.
Pourquoi? Parce que, même en dehors du témoignage du Christ, de l'Eglise et des chrétiens, c'est-à-dire du Christianisme intégral, l'humanité entière, sauf quelques rares exceptions, rend le même témoignage, et elle aussi crie de siècle en siècle et d'espace en espace : «Je crois à la vie éternelle. Voyageuse dans le temps, je vais à l'Eternité. Je marche sur la terre comme au lieu de mon exil transitoire, pour arriver à la patrie, c'est-à-dire à la cité permanente. Ma vie n'est qu'un court passage;
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
et, comme tout voyageur, d'étape eu étape je vais à ma fin, à ma fin suprême; et tout me dit, au plus intime de moi-même, qu'une fois venue, cette fin ne finira plus : donc, je vais à l'Eternité; car, l'Eternité, c'est cela même, c'est la fin , œlernitas est finis ; et cette fin ne doit plus finir, est finis sine fine.
Eh quoi ! s'écrie ici le nég-ateur audacieux de l'Eternel; quoi! l'humanité a dit cela? Oui, l'humanité l'a dit ; et la majesté de son affirmation défie l'audace de vos nég-ations.
Il est vrai, cette vérité, l'humanité souvent l'a voilée sous des mythes qui semblent nous la dérober. Elle l'a variée et diversifiée dans ses expressions et ses formules; elle l'a altérée par des rites plus ou moins grossiers. Mais, jusque sous ces altérations, la vérité se reconnaît et se fait jour; et, au sein de cette variété et de cette diversité, éclate une admirable unité, l'unité dans cette croyance unanime :
Il y a une Eternité.
C'est ce que je vais essayer de mettre dans tout son jour.
Mais, Messieurs, avant d'aller plus loin, il faut bien entendre quelle est la valeur et quelle est la portée de cet imposant témoig-nag-e, alors
TÉMOIGNAGES DU UEHOBS OU r>'AUTOR!TÉ 45
qu'il réunit toutes les conditions du témoignage universel de l'humanité, c'est-à-dire du témoignage le plus véritablement humain.
11 est de mode, je le sais, dans un certain milieu, de faire bon marché de ce grand témoignage humain. Nos libres penseurs trouvent très simple et surtout très commode de penser et de dire, qu'avant eux et en dehors d'eux, toute l'humanité s'est trompée, qu'elle a pris ses rêves pour la réalité, et que ses croyances, si permanentes et si universelles qu'on les suppose, ne sont que les produits de ses ignorances etde sespassions. Ils disentquedanstousles temps et surtout dansles temps les plus reculés,l'humanité s'est plu à se repaître de chimères, pour se consolerdes souffrances de son présentpar l'attente de son avenir, et de tousses malheurs du temps par la perspective de l'Eternité. Elle a supposé que pour faire une légitime compensation aux épreuves de cette vallée des larmes, de cette terre de l'exil, ce n'était pas trop que l'espérance d'une patrie Eternelle et d'une Eternité de joie. De là, dans cette humanité crédule, parce qu'elle se sentait malheureuse, des hypothèses et encore des hypothèses, des mythes et encore des mythes, des fables et encore des fables. De là
surtout, ce qu'ils appellent volontiers l'hypothèse de l'Eternité ou la grande fable de l'Eternel Avenir. A les entendre et à les en croire, l'humanité nouvelle, guidée par le flambeau de la libre pensée, en a fini avec tous ces mythes, toutes ces fables, toutes ces hypothèses de l'humanité du passé, et elle s'affranchit surtout de la croyance au sombre dogme de l'Eternité.
Ainsi, de parti pris, la libre pensée, c'est-à- 'dire, en fait, un groupe relativement minime de l'humanité vivante, récuse ce grand tômoigmage humain; sans examen et sans discussion, elle s'inscrit en faux contre toutes les croyances de l'humanité, et notamment contre sa croyance à l'Eternité. Prétention d'autant plus étrange, que répudiant tout témoignage divin, force lui est de croire au témoignage humain, sous peine de nier toute certitude et de se précipiter'dans un scepticisme universel.
Chose remarquable ! Les négateurs à outrance de tout témoignage divin sont encore les plus acharnés à démolir l'autorité du témoignage humain. Et nous, qui sommes les défenseurs du premier, nous nous trouvons être encore les seuls défenseurs du second!
Certes, que la libre pensée récuse le témoi-
gnage humain , lorsqu'il ne réunit pas les conditions essentielles qui constituent et garantissent son autorité, rien de plus légitime et de plus admissible au tribunal de la raison humaine; et c'est ce qu'au besoin nous pratiquons nous-mêmes.
Mais lorsqu'un témoignage humain, quel que soit son objet, réalise toutes les conditions et porte tous les caractères qui partout et toujours ont fondé la certitude; lorsque, par exemple, ce témoignage ne s'explique par aucun intérêt humain, par aucun calcul humain, par aucune convention, par aucune persuasion, par aucune passion humaine; et surtout lorsque ce témoignage a revêtu les caractères et offre les proportions qui constituent un phénomène de véritable universalité' : alors, comment le récuser sans répudier le sens commun lui-même, ce génie de l'humanité?
A cette lumière que la raison elle-même projette ici sur notre sujet, examinons les caractères du témoignage humain attestant l'Eternité ; et voyons ce que peut à ce témoignage opposer la libre pensée.
Et tout d'abord, il est manifeste que cette croyance du genre humain à une vie Éternelle,
CERTITUDE DE L ETERNITE
c'est-à-dire à l'existence d'une Eternité, réunit les trois grands caractères distinctifs de cette universalité qui, en tout ordre de choses, porte devant la raison et le bon sens le signe authentique de la vérité.
C'est qu'en effet, cette croyance est tout à la fois universelle dans la dure'e, dans l'espace et dans l'humanité'; trois proportions, trois caractères qui constituent la véritable universalité.
Oui, cette foi à l'Éternelle vie est tout d'abord universelle dans le temps ou la durée, Car elle est la croyance de tous les siècles sans exception. Cette universalité dans la durée se reconnaît surtout à ces trois signes authentiques : l'ancienneté', la perpétuité', l'actualité.
Or, la croyance à l'Eternel porte dans la lumière de l'histoire ces trois signes incontestables. Ancienne comme l'humanité, elle porte, avec d'autres croyances, le signe des révélations primitives ; elle est comme un reflet de la lumière qui a brillé sur le berceau de notre race; et, le caractère de sa perpétuité répond au caractère de son ancienneté.
Depuis six mille ans, la croyance du genre humain n'a pas changé. Je dis la croyance du genre humain, non la croyance de tout
TEMOIGNAGES DU DEHORS OU d'aUTOIUTK 49
homme. Sur ce point comme sur tous les autres dogmes, même les mieux enracinés dans les générations humaines, il a pu y avoir des dérogations , et il y en a eu en effet. Quelques hommes ça et là, comme il arrive tou • jours, ont pu jeter un désaccord dans l'universel concert ; mais l'universalité du concert n'en existe pas moins . Les négateurs de V Eternel, qui d'ordinaire ne sont autres que les adorateurs du néant, sont ici, dans la croyance universelle, ce que sont les monstres dans la nature; ils dérogent à la loi générale, mais ne l'anéantissent pas. L'humanité les voit passer comme ces rares météores dont l'apparition l'épouvante; et, gardant avec une inébranlable certitude sa foi pleine au dogme souverain.de l'Éternelle vie, elle leur jette, avec ses mépris et ses dédains, ses anathèmes et ses malédictions.
Enfin , ce qui complète, en faveur de la croyance à l'éternelle vie, l'universalité dans la durée de ce grand témoignage humain, c'est son actualité.
Certes, si cette foi à une survivance éternelle n'eût été qu'une chimère, ou le produit des,, imaginations troublées par leurs propres inven-
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
tions; l'humanité, depuis tant de siècles, aurait eu le temps de se réveiller des rêves fantastiques qui lui creaient.au bout de cette vie,la fiction de l'éternelle vie.
Comment se fait-il que, malgré tout ce que des hommes ont tenté et tentent encore, pour anéantir dans le genre humain cette croyance prétendue erronée et chimérique, elle subsiste et résiste à toutes leurs tentatives? Et, tandis que ce qu'ils nomment l'idée moderne, la lumière de la civilisation, traverse de plus 'en plus en tout sens notre monde nouveau; comment expliquer que ce monde demeure si opiniâtre dans sa foi à l'Eternel,et que la croyance antique et séculaire à l'Eternité garde, avec son ancienneté et sa perpétuité, toute son actualité?
Ah! que les négateurs- de l'Eternel, qui du haut de leur dédain transcendant, traitent de chimère et d'invention humaine cette foi du genre humain, nous disent, s'ils le savent, quand et par qui cette croyance a été inventée; comment cette chimère est entrée dans l'âme humaine; qu'ils disent, comment à travers tant de siècles elle a persévéré au sein de cette humanité perpétuellement changeante; comment enfin, malgré tous les progrès qui, au dire de la
TÉMOIGNAGES DU DEHORS OU n' AUTORITE 51
libre pensée, marquent de siècle en siècle la marche du genre humain , cette croyance garde, en plein dix-neuvième siècle, toute sa force et toute son actualité?
En attendant les révélations nouvelles que nous promet la libre-pensée, nous continuerons d'affirmer dans la croyance à l'Eternel, le caractère de l'universelle durée.
Universelle dans la durée, la croyance à l'Eternel ne l'est pas moins dans l'espace . Comme elle est de tous les siècles, elle est de tous les peuples et de toutes les sociétés.
Phénomène vraiment remarquable: sans s'être ni entendus ni concertés, sans s'être même ni connus ni rapprochés en aucune manière, tons ces peuples si différents, et souvent même si opposés par leurs convictions, leur foi, leurs principes, leur religion, leurs mœurs, leur caractère, leurs habitudes, leurs intérêts, et, quelquefois même, armés les uns contre les autres par des antipathies de race, par des haines nationales et des préjugés traditionnels , chose étonnante, et pourtant véritable, tous ces peuples se sont rencontrés dans la même croyance à l'Eternité de la vie. Oui, tous, à travers la distance et des extrémités les plus lointaines, se
52 CERTITUDE DE L ETERNITE
renvoient d'échos en échos l'universel retentissement d'une même parole, la proclamation d'une même foi. L'Orient dit comme l'Occident, et le Midi comme le Septentrion : « Je crois à la vie Eternelle. »
Déjà nous avons établi la croyance de l'humanité à une vie d'outre-tombe. Nous avons vu commentràme, par toutes ses aspirations, appelle une vie future. Mais nous n'avons vu nulle part, qu'à cette vie d'outre-tombe les peuples aient assigné une limite quelconque. Tous, sous des formules diverses, ont attesté que cette vie d'outre-tombe, succédant à notre vie du temps, est sans limites dans sa durée, donc éternelle.
Sans doute, tous ces peuples n'ont pas exprimé cette croyance avec la précision de notre langue catholique et théologique. Mais, sous les formules, les images, les symboles et les rites par lesquels se traduisent leurs convictions, la même foi subsiste ; et cette foi unanime affirme l'Eternité.
Remarquez-le bien, il s'agit ici, encore une fois, non delà croyance de tel homme ou de tels hommes en particulier ; il ne s'agit pas même de la croyance de telle ou telle secte philosophique ou religieuse ; il s'agit, comme ensemble,
de la croyance des peuples et des sociétés; ce qui est tout autrement significatif.
En vain on chercherait à nous prouver, par exemple, que telle secte des Hindous croit à une sorte d'anéantissement d'outre-tombe; ce qui n'est pas d'ailleurs réellement démontré, le Nirwana des Hindous étant plutôt une sorte d'absorption dans le sein de Brahma, et comme un retour de l'être humain au centre de l'être divin ; ce qui diffère tout à fait de la cessation de l'être, ou de l'anéantissement proprement dit.
Quoi qu'il en soit de ces profondeurs obscures, où s'égare le génie fantastique de l'Inde; nous ne leur accorderons jamais de prévaloir, dans notre pensée, sur les vastes horizons des sociétés et des peuples tout rayonnants de la lumière de l'histoire. En admettant qu'il y ait au fond de ces hypothèses nébuleuses une croyance réelle à l'anéantissement, et par suite la négation implicite de l'Eternité de la vie ; il n'y aurait jamais là que le fait de sectes plus ou moins restreintes et fragmentaires, à mettre en face de l'immense fait des sociétés et des peuples, c'est-à-dire d'un fait, (pour parler ici la langue de ce temps) à la lettre vraiment humanitaire. Et l'on se demande, sans pouvoir se répondre,
CE11TITUDE DE L'ÉTERNITÉ
par quel intérêt, pour quel but et sous l'aspiration de quelle idée, tous les peuples de la terre ont pu se rencontrer, et, plus ou moins s'unir dans la profession d'une croyance, en elle-même au point de vue spéculatif, la moins accessible à la raison populaire, et, par ses conséquences pratiques, la plus antipathique aux passions humaines?
Enfin, à l'universalité de ce grand témoignage dans le temps et dans l'espace correspond, en la complétant, l'universalité dans l'humanité ellemême, c'est-à-dire, dans tous les degrés de lahiérarchie humaine. J'entends par là que l'humanité, dans toutes ses conditions et toutes ses situations, rend ici le même témoignage; témoignage divers 'dan s sa formé et dans son expression, mais identique dans son fond et sonaffirmation.
Je pourrais vous dire et vous montrer longuement que cette foi à l'Eternel, c'est la foi des grands et des petits, la foi des riches et des pauvres, la foi des savants et des ignorants, la foi des princes et la foi du peuple ; et vous verriez avec admiration comment, entre ces diverses catégories que d'ordinaire tant de choses
divisent , tous se rencontrent dans l'unité de la croyance à l'Eternel.
Mais il y a surtout dans l'humanité universelle, trois grandes classifications de générations humaines, que mille choses d'ordinaire séparent: la Civilisation, la Barbarie, la Sauvagerie.
Or, c'est un fait tout inondé de la lumière de l'histoire, à ces trois grands degrés de la hiérarchie humaine et sociale se rencontre, à la fois, la croyance à Dieu et la croyance à l'Eternité ; c'est-à-dire sous des formes multiples, la foi au Divin et la foi à l'Eternel.
Des voyageurs plus ou moins distraits et des observateurs plus ou moins superficiels, ont cru avoir constaté dans quelques peuples, surtout dans des peuples sauvages ou barbares, l'absence de cette double croyance. Mais ces peuples, mieux observés, mieux étudiés, mieux creusés dans leurs mœurs et dans leurs idées, ont révélé, même à leur surface, ce qu'ils avaient dans leur fond, à savoir : la foi au Divin et à l'Eternel.
Quelle est la valeur numériqit,e de ce témoignage de toutes les catégories humaines se rencontrant ici dans une même affirmation? C'est ce qu'il est impossible de dire avec quelque précision. Mais, si le nombre des témoins chrétiens
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
atteint déjà le chiffre que nous avons énoncé, plus de dix milliards : quel sera le nombre des témoins humains qui se lèvent du sein de tous les peuples et de tous les degrés de la hiérarchie sociale, pour attester la même croyance à l'Eternel ?
Mais cette foi s'est révélée avec plus d'éclat dans les plus hauts représentants de la pensée de l'humanité.
Cette croyance à V Eternel, les plus grands poètes l'ont chantée dans des poèmes consacrés par l'universelle admiration des siècles, par des hymnes que toute l'humanité civilisée a pu entendre, et qui désormais ne se tairont plus.
Lesphilosophes les plus illustres l'ont enseignée dans des leçons que l'humanité a retenues et qu'elle est impuissante à oublier.
Les orateurs les plus fameux l'ont proclamée dans des discours dont les échos d'âge en âge et de distance en distance, sont parvenus jusqu'à nous, et lui ont emprunté souvent, avec leurs plus sublimes inspirations, leurs accents les plus émouvants.
Tous ces organes les plus retentissants de la croyance et de la foi de l'humanité : poètes,orateurs, philosophes, ^littérateurs, n'ont fait que
TÉMOIGNAGES DU DEHORS OU d'ADTOBITB 57
donner de siècle en siècle, et d'espace en espace, une voix plus distincte et plus retentissante a ce grand témoignage de la hiérarchie humaine tout entière. Sous ce rapport, il en est de la foi humaine comme de la foi chrétienne : elle a dans les plus grands hommes sa manifestation la
plus éclatante.
Je pourrais ajouter que même les sectateurs d'erreurs célèbres, et jusqu'aux créateurs des fables et des mythes de l'antiquité, ont confirmé à leur manière ce témoignage rendu à ce dogme de l'Eternelle vie, plus ou moins explicitement proclamé par l'humanité tout entière.
Qu'est-ce, en effet, que les divers systèmes de métempsycose enseignés par des génies égares, si ce n'est une altération de la croyance a la perpétuité de la vie? Qu'est-ce que cette survivance des âmes marchant, de l'autre côte de la tombe, de purification en purification et cette migration continue, allant de corps en corps ou de monde en monde, sous des formes toujours changeantes? Qu'est-ce que cette tendance mdrfinie vers une perfection qu'elles ne doivent jamais atteindre? Qu'est-ce que ce voyage éternel vers un terme où elles ne doivent jamais arriver? Qu'est-ce, enfin, que cette absorption de la
S8 CERTITUDE ÛE L'ÉTERNITÉ
vie passagère dans le sein de Brahma, selon la pensée des Hindous, si ce n'est une altération de notre grand dogme de l'Eternité, une affirmation indirecte et voilée, mais réelle et positive de l'existence, après la mort, d'une Eternelle vie?
Oui, sur ce point l'erreur elle-même rend hommage à la vérité. Et nous pouvons ajouter que la fable parle comme l'histoire.
La fable, en effet, par desfictionsplus ou moins ingénieuses, a figuré et symbolisé V Eternité des peines dont nous parlerons plus tard : or, ces figures et ces images n'étaient autres que la traduction et la représentation fidèle de la croyance des peuples à l'Eternel, car l'Eternité des peines suppose l'Eternité de la vie.
, Rien donc ne manque, et tout s'accorde pour constztuer.en faveur de l'Eternelle vie,un témoignage humain, non seulement une fois, mais trois fois universel, dans la durée, dans l'espace et dans l'humanité; et c'est d'une voix vraiment unanime, qu'elle fait entendre l'universel concert de son affirmation de l'Eternité, et que du fond de tous les espaces, de tous les points de la durée, et de tous les degrés de sa hiérarchie elle dit, avec le Christ, avec l'Eglise et avec tous
les chrétiens, c'est-à-dire avec le Christianisme tout entier : Il y a une Eternité,
J'aurais pu, sur ce point, multiplier les témoignages même de l'antiquité païenne, un seul nous tiendra lieu de tous les autres.
Platon, dans Gorgias, parle explicitement des douloureux et effroyables supplices qu'après leur mort les grands coupables souffrent pour toute l'Eternité (1).
Dauscetexposérapide.esquisséàgraudstraits, de l'universalité de ce prodigieux témoignage, nous n'avons pu entrer dans les détails, ni accumuler des citations que ne comportent pas les étroites limites d'un discours. Ppur apporter à l'appuidenotredémonstrationtousles documents qu e peuvent fournir les histoires, les littératures et les religions de tous les peuples., il eût fallu, non pas un discours, mais un livre, et plus même qu'un livre. Nous ne pouvions donner ici qu'un tableau en raccourci de ce grand fait humain, vu de haut et de loin : l'humanité entière dans sa vie passagère, attestant sa croyance àl'Eternel avenir; fait immense, resplendissant à travers l'histoire de l'éclat de sa propre
(1) Tôt «si xpovov.
CERTITUDE DE L'ÉTERNITÉ
lumière, et, dans son vaste ensemble, sauf quel ques rares dérogations, absolument incontestable.
Assurément, si les limites d'un discours, si les convenances du lieu et du moment le comportaient, j'aurais pu, en résumant tout ce qui a été écrit sur ce point, déployer à l'appui de cette démonstration un luxe d'érudition.
"Vous auriez vu clairement, à la lumière de 1 histoire, comment cette croyance à l'Eternel implicitement etsouvent même explicitement,est attestée par tous les peuples : Par les Egyptiens ; par les Aryens, conquérants des Indes; par les Hindous eux-mêmes; par les Chinois et les Japonais; par les Mèdes et les Perses ; par les Grecs et les Romains; par les Etrusques et les Gaulois ; par les Germains et les Scandinaves; par les Thraces, les Gètes et les Ibères. Dans les contrées sauvages ou barbares des tea-ps modernes, la même croyance est professée par tous les peuples et toutes les peuplades de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique; par les Zé landais,par les Incas, et même par les Patagons" et les Hottentots, c'est-à-dire les peuples les plus dégradés.
Et si nous voulions évoquer les noms des peu-
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seurs et des philosophes, dont les doctrines ont jeté plus d'éclat à travers les ténèbres du Paganisme, il nous faudrait nommer entre beaucoup d'autres, les Phérécyde, les Pythagore, les Timée de Locres, les Platon, les Socrate,les Zenon, les Cicéron, les Sénèque, et les Plotin.
Parmi tous ces peuples et surtout parmi les principaux représentants des croyances et des traditions au sein des génération s païennes, un bon nombre ont formulé explicitement l'idée de l'Eternité ou de l'Eternelle vie; et tous ont affirmé, sous mille formules que je ne puis redire, la survivance des âmes par-delà la tombe.
Les mœurs, les habitudes des peuples, le culte des ancêtres et des tombeaux, les cérémonies sépulcrales, le dépôt des offrandes et l'immolation des victimes sur les tombes où reposaient les corps, etc. , tout cet ensemble de manifestations de respect et, si je le puis dire, de religion des âmes, même après la dissolution des corps, tout cela démontre avec une clarté d'évidence qui s'impose à toute pensée, que tous les peuples partout et toujours se sont rencontrés dans la croyance à la permanence de la vie de l'autre côté de la tombe. Tous ne disent pas peut-être explicitement : Eternité; mais
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tous le disent implicitement; car, à cette survivance des âmes par delà le tombeau, nulle part ou ne pose de limites, ni de restriction; d'où l'on peut conclure que le toujours de Platon exprime et traduit exactement la pensée de tous et l'universalité de la croyance. Encore une fois, je le répète, il a pu exister sur ce point capital, notamment dans les philosophes et les penseurs, des divergences d'opinion , même des négations : mais ces dissonances laissent subsister le fait absolument indéniable de îuniversel concert.
Ceux d'entre vous, Messieurs, qui voudraient, par des citations textuelles satisfaire ici leur légitime curiosité, peuvent sur ce point consulter les ouvrages spéciaux.
Ici, je me contente, ne pouvant faire mieux, d'affirmer que ces témoignages existent; et que ces témoignages établissent avec une irrécusable autorité et une irréfragable certitude, l'universelle croyance à une vie Eternelle. Les ombres des doutes, des scepticismes et même des négations qu'ont essayé d'amasser autour de cet immense témoignage, quelques rares esprits, ne pourront jamais rien pour obscurcir la lumière qui jaillit de cette univers elle affirmation.
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Et maintenant, la raison vous demande avec l'humanité entière : si la vie éternelle n'est qu'une séduction de notre espérance et une chimère de notre imagination; comment cette foi a-t-elle pu germer et pousser dans l'humanité entière ces racines profondes? Pourquoi et comment, une humanité prédestinée au néant, attend-elle avec une si invincible espérance et une si opiniâtre certitude, la perpétuité de l'être et l'Eternité do la vie? Comment expliquer cette conspiration fatale pour l'affirmation d'un même dogme, si ce dogme est une erreur? Pourquoi au sein de toutes les sociétés humaines, cette fantaisie religieuse qui consisterait à se créer, au bout de la carrière du temps, ce fantôme d'Eternité capable d'assombrir toutes les clartés et d'attrister toutes les joies de notre vie d'un jour? Quel intérêt commun , universel, constant ont pu avoir les nations.de se tromper sciemment et volontairement sur un point si grave et si décisif pour la vie pratique et réelle de l'humanité
entière ?
Ah ! si je nie ma vie Éternelle, ma Destinée Éternelle, me voici non seulement devant V inexplicable, le mystérieux, l'incompréhensible; que
dis-je? me voici face à face avec l'absurde, avec l'impossible.
Pour échapper aux étreintes de la vérité qui nous presse d'affirmer avec le genre humain l'Eternité de la vie, oserons-nous dire: « — Oui, si la croyance universelle existe, nous affirmerons, nous aussi, ce que l'humanité affirme, et avec elle nous dirons : Il y a une Eternité; il y a une vie Eternelle. Mais, si cette croyance n'existe pas réellement; si ce que nous nommons de ce nom, n'est qu'une imagination, un rêve, une hallucination?...» — Quoi ! partout, toujours et à tous les degrés de la hiérarchie humaine et sociale, l'humanité dupe de son imagination, victime d'un rêve, et livrée au malheur d'une perpétuelle et universelle hallucination? Qui osera le dire? Qui surtout pourra jamais le croire? Et qui, mieux que l'auteur d'une telle supposition, se montre ici victime du rêve ou de l'hallucination?
Quoi! lorsque, comme on vient de le voir, l'humanité de tous les temps et de tous les espaces vous dit : « Je crois à une autre vie que cette vie, et je crois que cette autre vie est Eternelle; credo!... » Quoi! vous viendrez lui répondre : Non, vous ne le croyezpas; non, votre prétendue
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croyance n'est pas une conviction de votre âme, c'est un produit de votre imagination, c'est le fantôme d'un rêve, c'est l'erreur d'une hallucination?
Ah! le rêve éveillé d'un homme malade, l'hallucination transitoire d'un homme et même de quelques hommes, je comprends. Mais, dans l'humanité entière, le rêve permanent, l'hallucination universelle, est-ce possible? Comment, dans tous les s : ècles et dans tous les espaces, cette humanité, livrée à la fatalité de l'erreur, a-t-elle pu prendre pour le fond de sa pensée le spectre de son imagination, et pour la réalité de sa conviction, son rêve et son hallucination? Mystère ! mystère plus incompréhensible que l'Eternité elle-même!
Mais, si vous voulez absolument supposer que cette croyance universelle à l'Eternelle vie n'ait pas existé , au moins ètes-vous forcé de reconnaître que le mot qui l'exprime existe, et, que l'humanité partout et toujours a nommé VEter-
nile.
Eh bien! Messieurs.si l'Eternité n'est qxi'une chimère, une imagination, une sorte de spectre vide que l'humanité s'est créé tout exprès, pour mieux se tromper elle mème;alorsjelcdcmauili , , i