ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 8 mars.
Encore une séance mémorable entre toutes.
FLOURENS a la parole : « On se rappelle que l’éther chlo- ‘ rhydrique m’a donné les mêmes résultats que l’éther sulfurique. L’éther chlorhydrique m’a conduit à essayer le corps nouveau, connu sous le nom de chloroforme.
« Au bout de quelques minutes, de très peu de minutes (de six dans une première expérience, de quatre dans une deuxième et dans une troisième), l'animal soumis à l’inhalation du chloroforme a été tout à fait éthérisé. Ê
« On a mis alors la moelle épinière à nu : la région postérieure, les racines postérieures étaient insensibles ; sur cinq racines antérieures, successivement éprouvées, deux seules conservaient encore leur motricité ; les trois autres l’avaient perdue ».
Flourens venaient de découvrir les propriétés anesthésiques du chloroforme ; cependant sa communication à l’Académie des sciences passa presque inaperçue, et ce ne sera qu’au mois de novembre suivant, c’est-à-dire huit mois après sa découverte, que l’Ecossais Simpson l’introduira dans la pratique chirurgicale. Disons toutefois que Fürnell essayera sur lui-même les effets de cet agent anesthésique dès le mois de juillet de la même année.
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Pendant la séance du 8 mars, Flourens ne s’est pas contenté de signaler à l’Académie des sciences la belle découverte qu'il venait de faire, il fit part également de ses nouvelles constatations relatives au phénomène de l’éthérisation. Dans ses précédentes expériences il avait soumis les animaux en observation à des inhalations prolongées d’éther et n'avait obtenu l'ivresse et l’anesthésie qu'après 25 à 30 minutes et plus d'expérience. Au contraire, dans les nouvelles expériences qu’il rapporte, cette fois-ci, à l’Académie, il à obtenu l’anesthésie avec beaucoup plus de promptitude. Dans une première expérience l'anesthésie est venue au bout de 6 à 7 minutes, dans une deuxième et dans une troisième au bout de 5 à 6 minutes. Cette rapidité tenait à la raison suivante: Flourens avait changé d'appareil. « L'appareil qui me donne, aujourd’hui, dit-il, des résultats si prompts est l'appareil ordinaire (un vase à deux tubulures s’ouvrant et se fermant à volonté, dont l’une permet l'entrée et la sortie de l'air qui doit se mélanger aux vapeurs, et dont l’autre est munie d’un tube flexible garni de caoutchouc, et portant deux soupapes s’ouvrant en sens inverse, soupapes dites d'inspiration et d'expiration) : seulement au bout libre du tube, au lieu de l'embouchure métallique dont se servent les chirurgiens, on a adapté une bouteille de caoutchouc. Cette bouteille recoit le tube éthérifère par son fond, et le museau de l’animal par son col. Un ressort d’acier, représentant assez bien la forme d’un étrier, et dont la branche transversale est percée d’un trou pour le passage du tube éthérifère embrasse le museau de l'animal par ses deux branches latérales qui, s'appuyant sur les côtés de la bouche, sur les joues, viennent gagner la partie postérieure de la tête, où elles sont réunies par une courroie que l’on serre à volonté. Une autre courroie, passant sous la mâchoire inférieure, complète les moyens de fixité, Cette modification de l’appareil ordinaire est due