‹ L'Éther: Considéré comme agent d'anesthésie généraleChapitre 27 sur 42 · SOS · texte numérisé non relu

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à mes aides naturalistes au Muséum, MM. Aug. Duméril, Philipeaux et Alf. Vulpian ». Si bien que l’animal en.expérience inspirait les vapeurs d’éther à la fois par la bouche et par les narines, perfectionnement considérable qui méritait d'autant plus d’être signalé que, aujourd'hui, les divers appareils le plus en usage sont tous munis d’un musoir, selon l’expression de Cloquet, ou d’un masque recouvrant le nez et la bouche.

Flourens termine sa communication en disant qu'il voit une parfaite analogie entre le phénomène d’éthérisation et celui d’asphyxie, « mais, déclare-t:il, dans l’asphyxie ordinaire, le système nerveux perd ses forces sous l’action du sang noir, du sang privé d'oxygène ; et, dans l’éthérisation, le système nerveux perd, d’abord, ses forces sous l’action directe de l’agent singulier qui la détermine ». Dans l’un et l’autre cas, même perte du sentiment volontaire et du mouvement.

Roux fait ensuite observer que, en ce qui concerne la succession des phénomènes de l’éthérisation sur les centres nerveux, il arrive assez souvent chez l’homme que tous ces phénomènes se produisent simultanément et que le patient garde le sentiment du moi, la conscience de toutes choses, l'aptitude à saisir les questions, à y répondre par gestes volontaires, jusqu'au moment où l’insensibilité se déclare. Il ne partage pas non plus l'opinion de Flourens qui regarde l’éthérisation comme une sorte d’asphyxie. Pour lui, l’éthérisation, qui a un caractère à elle, se rapproche bien plus de l'ivresse que de l’asphyxie. « Le changement de couleur du sang artériel dont il a été parlé, n’est pas chose parfaitement établie, ni surtout constante : loin de là; dans les opérations chirurgicales, et dans les cas où l’insensibilité des malades est portée au plus haut degré, il arrive presque toujours qu’on peut très bien distinguer, par la couleur vermeille de l’un et par la teinte brune, plus ou moins fon-

cée, de l'autre, les deux sangs, artériel et veineux, s’écoulant de leurs vaisseaux respectifs, quand des artères et des veines ont été divisées simultanément, Et combien la physionomie de l'individu éthérisé se distingue, par l’animation de la peau, par la teinte vermeille des lèvres, de celle d’un individu frappé d’asphyxie ! »

M. Despretz remarque que « l'air respiré par les malades soumis à l’action de l’éther renferme seulement la moitié de l'oxygène contenu dans l'air ordinaire ; car, à la température de 20°, qui paraît être la température choisie par les chirurgiens, la force élastique de la vapeur d'’éther est environ égale à la moitié de la pression moyenne de l'atmosphère (l'éther étant supposé pur). Si l'on doublait préalablement la quantité d'oxygène, en ajoutant à l'air une quantité d'oxygène égale au cinquième de son volume, l'air respiré avec l'éther serait aussi riche en oxygène que Pair ordinaire, et peut-être les chances d'asphysie seraient diminuées ».

Rapprochons de cette communication, d'autant plusimportante qu'elle contient entièrement l'idée des mélanges titrés et de la respiration des vapeurs anesthésiques sous pression que Paul Bert a si bien mise à profit pour le chloroforme et le protoxyde d'azote, cette autre communication de M. Lassaigne sur le même sujet. Dans une lettre à Flourens (1), M. Lassaigne attire l'attention sur le rapport qui existe entre la vapeur éthérée et l’air auquel elle est mélangée dans les inhalations d’éther. « Un fait capital et constant, dit-il, ressort du mélange de la vapeur éthérée à l'air, c’est la raréfaction subite que ce fluide éprouve dès que l'éther se vaporise dans son milieu, raréfaction causée par la tension de cette vapeur qui augmente suivant la

(4) Cette lettre, beaucoup trop brièvement résumée dans les Comptes-rendus de l'Académie des sciences est plus amplement reproduite par le Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 9 mars 1847.

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température à laquelle elle se forme... il est évident, dès lors, que le sang veineux qui revient au poumon ne se trouve plus en contact avec la portion normale d'oxygène convenable pour le transformer immédiatement en sang artériel, et que cette réaction, but essentiel de la respiration, est anéantie, au moins excessivement ralentie ; d’un autre côté, la vapeur d’éther, à part l'action spéciale qu'elle doit exercer sur le sang et sur toute l'économie, ajoute son effet à celui déterminé par la première cause. On peut donc rationnellement établir que dans certains rapports, le mélange d’air et de vapeur éthérée devient tout à fait impropre à l'exécution des fonctions respiratoires et même nuisible à celles-ei ; car, la respiration ne pouvant bien s’accomplir que sous certaines proportions d'oxygène dans l’air inspiré, la diminution de ce gaz doit bientôt apporter un malaise plus ou moins grand et plus ou moins promptement ».

De ses expériences il conclut ainsi : « En établissant une comparaison entre les effets produits par la vaporisation spontanée de l’éther dans nos expériences et ceux qui doivent nécessairement se produire dans les appareils employés à l’inhalation de l’éther, à la température ordinaire, il est permis de conclure, sans trop s'éloigner de la vérité, que l'air éthéré que l’on aspire directement de ces appareils d'une faible capacité par rapport à l'excès d’éther qu’ils contiennent, présente la composition de celui qui est indiqué dans la troisième expérience (1) ; or, cet air n’admet plus

(1} Dans trois expériences successives faites avec 60 centimètres cubes d'air pur à 0,762 de pression, après l’introduction d’une petite quantité d’éther, le rapport de l'air à la vapeur éthérée et celui de l’oxygène à l'azote, calculés pour un même volume du mélange, ont été trouvés ainsi qu'il suit :

SREMexDÉTIENCEE NOT SN 0 GAlloxvsenc ns

faite à 150 ? vapeur d’éther. . 35,4 Üazote. . . . . . 51,1

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que 13 à 14 pour cent d'oxygène libre, c’est-à-dire la quantité qui reste dans l'air ayant servi à la combustion, et devenu, par conséquent, incapable de l’entretenir ; cette proportion d'oxygène est même beaucoup plus faible que celle qui constitue l'air que l'on expire naturellement des poumons.

« Dansune telle condition, l'air éthéré est donc beaucoup moins oxygéné, sous le même volume, que l'air qui a servi à la respiration normale... La proportion de la vapeur éthérée augmentant avec la température fait concevoir que, dans certains rapports, l'air éthéré peut être tout à fait impropre à la respiration et produire, en peu de temps, l’asphyxie; on ne saurait donc prendre trop de précaution dans l'emploi de ce nouveau moyen ».

En ce qui concerne l’état du sang, M. Lassaigne a constaté que le sérum, après l'inhalation, avait une légère teinte rougeâtre et une forte odeur éthérée qu'il ne possédait pas avant. De plus il a établi le rapport du caïllot au sérum avant et après l’éthérisation. Un chien soumis à l'expérience fournit du sang avant et après : le premier avait une odeur fade de sang, le second une odeur éthérée très prononcée. Les sérums et les caillots de ces deux espèces de sang, isolés aussi exactement que possible, vingt-quatre heures après leur extraction, se sont trouvés dans les rapports suivants :

Sang veineux avant Sang veineux après inhalation. l’inhalation.

CAO TR 0 052460 CHTOLE RES SR 062159109 SÉRIE CRD SÉTUME TA SE ons 0 oil

Quant à la composition du sang, elle à été trouvée la suivante : =

Composition du sang veineux Composition du sang veineux avant l'inhalationdel'airéthéré. | après inhalation del’air éthéré. Eau TR 709 0 EU RE OP NE Re 7 70) FIDLINE SUN SRE ANTOINE PARAIT ES 42 Globules RTS CIODule REP El 10 Albumine et sels alcalins. 90,9 | Albumine et sels alcalins. 72,0

« En faisant abstraction de l'excès d’eau qu’on retrouve dans le sang après l'inhalation, le calcul démontre que la fibrine, les globules et l'albumine sont à peu de chose près dans les mêmes rapports que ces principes dans la première espèce de sang... La proportion d’éther contenue dans le sérum du sang éthérisé est si faible qu'il n’a pas été possible de la déduire directement », mais en comparant les tensions de la vapeur du sérum du sang avant et après l'inhalation, on trouverait que le sang entier serait formé de:

SAN PERRET ER DA 00 0 Ethernet OU US15 100,000

Nous n'avons trouvé nulle part, au cours de nos recherches sur l'éthérisation, disons-le tout de suite, d’autres analyses du sang, avant et après l’inhalation, et cela s’explique facilement si l’on songe qu’aussitôt après lapplication du chloroforme à anesthésie chirurgicale, l’éther a été pour ainsi dire à peu près délaissé sans qu'on s’en explique exactement les raisons. Aussi, des recherches analogues à celles de M. Lassaigne n’ont-elles été reprises qu'à propos du chloroforme (1).

(1) Tribune médicale, 1883. — Des expériences faites par MM. Gréhand et Quinquaud sur le dosage du chloroforme dans le sang d’un animal anesthésié il résulte qu’il existe { gramme de chloroforme dans 200 centimètres cubes de sang. « Nous pouvons donc admettre, disent-ils, que la dose anesthésique est de 1 gramme de chloroforme pour 2 litres de sang environ, ou 1/2000. D’autres analyses multipliées nous ont également montré que la dose mortelle est excessivement

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M. Mandi, dans une note, dit qu’il a observé, sur un chien éthérisé, la cessation complète des mouvements péristaltiques sans qu'aucune irritation mécanique des intestins parvienne à les réveiller, tandis qu'après la mort de l'animal par section dela moelle allongée, ces mouvements se produisirent et persistèrent quelque temps encore. Il rapproche ce fait d’une observation de Longet qui dit avoir vu les mouvements péristaltiques diminuer de force et de durée, après avoir tué les animaux éthérisés, mais qui n’a pas parlé de la cessation complète de ces mouvements pendant la vie.

M. Baudens, également dans une note, fait remarquer que la résolution musculaire obtenue par linhalation de l'éther peut dévoiler la simulation ou la sincérité de certaines affections qu'invoquent les conscrits pour se faire réformer, fait dont on pourrait tirer parti. Il cite deux cas à l'appui de son dire : dans l’un l'affection était simulée, dans l’autre elle existait réellement. Remarquons, pour excuser pareille pratique et pareille espérance, qu’à l’époque où l’auteur de ces investigations criminelles écrivait, les dangers de l’anesthésie passaient encore pour illusoires.

Amussat, après avoir signalé de nouveau la coloration brune du sang résultant d'une sorte d’asphyxie produite par l’éther, signale les effets de cet agent sur les fœtus contenus dans l'utérus. Il a constaté, sur une lapine, que les petits venus avant l’inhalation de l’éther par la mère ont respiré, crié et fait des mouvements plus promptement que ceux venus après inhalation. Ceux-ci étaient engourdis et plus bruns que les premiers. Il a constaté aussi que dans les opérations le sang est plus fluide, moins coagulable, ce

voisine de la dose anesthésique, ce qui est un danger dans la chloroformisation ». — Les chiffres de M. Lassaigne pour l’éther et ceux de MM. Gréhand et Quinquaud n'ayant pas de terme commun de comparaison il nous est impossible de les mettre en parallèle,

qui facilite la recherche des vaisseaux de petit et de moyen calibre. Si bien que ce phénomène qui a été considéré comme un danger à cause des hémorrhagies possibles est, à ses yeux, un avantage.

A l’Académie de médecine, dans la séance du 9 mars, outre la communication si intéressante de M. Lassaigne, M. Chailly, à propos de la communication faite par Dubois, à la précédente séance, fait connaître qu'il a observé un cas dans lequel il y avait insensibilité en même temps que contraction des muscles abdominaux. Il pose la question suivante : « Ne pourrait-on pas croire que ce phénomène ne se produit que dans les moments où la femme n’est plus exactement soumise à l'influence éthérée, et que le retour de la motilité précède celui de la sensibilité?» C'est là,

remarquons-le, une hypothèse qui deviendra plus tard une loi physiologique.

Bouvier, également à propos de la communication de Dubois, fait des réserves’ en ce qui concerne l'emploi de l'éther dans les accouchements. Il remarque que Simpson, d'Edimbourg, qui a usé de l’éther en pareil cas, reconnaît que l’éthérisation pourrait avoir pour effet de déranger la contractilité utérine dans les premiers temps du travail.

Dans la séance du 15 mars, à l’Académie des sciences, M. Doyère, commentant une lettre de MM. Bonnet et Ferran de Lyon, dit que la dose de vapeur d’éther ne s’est probablement jamais élevée au-dessus de 10 0/0 dans l’air que les malades ont respiré, et qu’elle a été le plus souvent de 3 à 10/0 seulement. Il fait remarquer à ce sujet qu'avec les appareils en usage les proportions peuvent être beaucoup plus élevées et atteindre jusqu’à 45 0/0 d’après la loi de Dalton, et même 50 0/0. Ce qui expliquerait la variabilité signalée dans les effets des inhalations, ainsi que les accidents qui en ont été la suite (variabilité dans les doses fournies par les appareils et excès de ces mêmes doses).

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Devantla méme société savante, dansla séance du 22 mars, Flourens communique une note touchant l’action de l’éther ingéré et injecté dans les artères. Il a fait avaler à plusieurs chiens des doses variables d’éther, depuis 6 grammes jusqu'à 24 grammes. Les chiens ont beaucoup souffert; ils sont devenus étourdis, ivres, mais ils n'ont pas été éthérisés. L'ingestion de l’éther ne détermine donc pas l’éthérisation.

Il à injecté 2 grammes d’éther à un chien de moyenne taille par l’artère crurale, dans le sens du cours du sang ; le membre à perdu sa motricité mais n’a pas perdu sa sensibilité contrairement à ce qui se produit dans les inhalations.

Il a injecté de l’éther dans l'artère crurale d’un chien en sens inverse du cours du sang, c'est-à-dire vers l'aorte, les deux membres inférieurs ont aussitôt perdu leur motricité tout en gardant leur sensibilité.

Il à injecté dans l'artère axillaire gauche, dans le sens du cours du sang, de l’éther ; ce membre a perdu sa motricité tout en conservant sa sensibilité.

Il à injecté de l’éther dans la carotide, dans la direction du cerveau, la mort s’est produite sur le champ: l’éther ayant été injecté en sens inverse, vers le cœur, la mort est survenue au bout de 2 minutes. L’injection de 6 grammes d’éther dans la fémorale a produit également la mort au bout de 2 minutes.

« La chirurgie, dit-il, a depuis longtemps des observations de paralysie du mouvement sans perte du sentiment, et, réciproquement, des observations de paralysie du sentiment sans perte du mouvement. La physiologie les reproduit en coupant séparément les racines postérieures ou les racines antérieures de la moelle épinière. Et voici un agent donné qui les reproduit aussi, à sa manière, et aussi nettes, aussi distinctes que le fait la main du physiologiste ».

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MM. Preisser, Pillare et Melays, ayant trouvé, dans leurs expériences, que le sang artériel devient noir avant que l'insensibilité ne se produise et qu'il reprend sa couleur rouge avant le retour de la sensibilité, en induisent que l'insensibilité est le résultat de l'influence qu'a exercée sur les centres nerveux le sang qui n'avait pas subi l'hématose pulmonaire. Ils ont opéré de même avec de l’azote, de l'hydrogène et du protoxyde d'azote et ont toujours fait la même observation, aussi concluent-ils que l'insensibilité peut être provoquée par des gaz qui ne déterminent pas l'ivresse.

M. Hassard, d'Angers, compare les effets de linhalation des vapeurs d’éther et d'acide carbonique. De ses expériences il conclut « que le gaz acide carbonique agit absolument de la même manière sur les poumons que les vapeurs d’éther qui déterminent une véritable asphyxie, cause toute naturelle de l’insensibilité, asphyxie du reste que dénote la couleur du sang artériel des animaux éthérisés ».

Jakson, l’auteur de la méthode anesthésique, en même temps qu'une réclamation qu'il adresse à l'Académie et dont il sera question à la fin de ce chapitre, préconise l'emploi de l’oxygène lorsque l'insensibilité se prolonge.

M. Marc Dupuy a expérimenté sur trois chiens et un lapin. Selon lui « le changement de couleur du sang artériel qu'on remarque dans l’inhalation éthérée et qui dénote que l’asphyxie est plus ou moins avancée, n’a pas lieu lorsque l’éther est injecté dans le rectum ». Sur un lapin, insensibilisé par la voie rectale, il a coupé les artères fémorales et le sang qui s’écoula était rouge vermeil et sortait par saccade. « L’insensibilité, conclut-il, n’est donc nullement le résultat nécessaire de l’asphyxie. Si certains expérimentateurs ont trouvé que, pendant l'inhalation de l’éther, le sang artériel devient noir, c’est qu’il y a eu commencement d’asphyxie, l’air respirable n’arrivant plus en assez grande quantité dans les poumons pour suffire à la trans-

formation du sang veineux en sang artériel. S'il fallait, pour que l’insensibilité se produisit, que le sang artériel se transformât en sang veineux, l’éther ne vaudrait pas mieux qu'un gaz quelconque non respirable. Je ne nie pas que l’asphyxie soit un excellent moyen propre à détruire la sensibilité, mais je doute que personne soit tenté de l’essayer une première fois, dans la crainte de ne pouvoir recommencer une seconde ». En résumé : 1° la sensibilité est anéantie lorsqu'on injecte de l’éther par le rectum ; 2° ce mode d’anesthésie ne produit aucun phénomène d’asphyxie.

Pour M. Dufay, de Blois, « la vapeur d’'éther, inspirée, pénètre avec l’air dans les vésicules pulmonaires, et n’empêche pas l’hématose d’avoir lieu, car le sang conserve sa couleur normale et sa coagulabilité. Le sang ne devient noir que si l'animal respire dans un appareil qui ne communique pas avec l’air extérieur, parce que l'air intérieur, vicié par l'expiration, devient impropre à l'hématose ». Il confirme ensuite les conclusions de Flourens sur la succession des effets de l’éther. Puis, à propos du mélange de l’éther avec l’alcool, dont on a tenté l'essai, il remarque qu'un pareil mélange produit d’autant plus d’excitation que l’alcool est en plus grande proportion : « Plus l’éther est pur,

moins il y a d’excitation et plus la stupeur arrive prompte-

ment ». Il remarque en outre que l’insensibilité favorise les recherches minutieuses, « de sorte que, dit-il, les chirurgiens ne sont plus exposés à comprendre des filets nerveux dans les ligatures des artères ».

M. Revel, professeur de physiologie à Chambéry, a noté que, dans deux opérations, le sang artériel était noir ; il ajoute : « chez les deux opérés il y avait grande relaxation des tissus et dans le tissu musculaire surtout ; chez tous les deux, un froid intense, et qui a duré près de deux heures, a suivi les inspirations d'éther ».

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Nous avons dit, au sujet de la méthode des mélanges titrés, réalisée par P. Bert, que M. Despretz avait la priorité pour l'idée ; nous allons voir que M. Deschamp a la priorité pour l'application, tout en ayant poursuivi un but tout différent de MM. Despretz et P. Bert. En effet, M. Des champ considère l’insensibilité comme le résultat de l’asphyxie. Pour lui, l’éther comme l'alcool empêche l'endosmose pulmonaire, c’est-à-dire l’hématose. Pôur le démonrer, il construit un appareil spécial dans le but de faire arriver dans le poumon, avec des vapeurs d’éther, de l'air contenant plus d'oxygène que l’air ordinaire. « L'appareil que j’employai, écrit-il, pour faire mes expériences, se composait d’un gazomètre, d’un flacon pour l’éther et d’une vessie pour placer la tête d’un animal. J'avais adapté à la vessie un tube pour la mettre en communication avec le flacon qui contenait l’éther, un autre tube qui plongeait dans un flacon contenant un peu d’eau pour permettre à l'air de s’écouler si la vessie était parfaitement fixée sur la tête de l'animal, et la tubulure d'un flacon (1), afin que l'animal püût respirer librement pendant que je le disposais. Lorsque je voulais opérer j'introduisais la tête de lanimal dans la vessie et je la fixais sur son cou... je liais la vessie aux deux flacons avec des tubes en caoutchouc, et je fermais la tubulure avec un bouchon, lorsque je commencais l’expérience ».

17e EXPÉRIENCE : Jeune lapin... Air... 15 volumes. Oxygène 8 — Ethérisation : 8 minutes. Asphyxie à la 20° minute.

(1) Nous reproduisons le texte des Comptes-rendus de l'Académie des scienc’s, mais il semble que la description de l’appareil employé

par M. Deschamp a été tronquée, la compréhension en étant quelque peu difficile.

2e EXPÉRIENCE : Lapin fort... Air... 8 volumes. “Oxygène 12° —

Ethérisation : 5 minutes. Asphyxie à la 43° minute.

3° EXPÉRIENCE : Jeune lapin. Air

Oxygène |

Ethérisation : 6 minutes. Le lapin retiré de l'appareil reprend insensiblement l’usage de ses sens.

Pour M. Deschamp la mort arrive par asphyxie parce que l’éther modifie la membrane bronchique. Malgré la description un peu embrouillée qu'il donne de son appareil, il est facile d'y retrouver pour ainsi dire l'embryon de l’appareil dont se servira P. Bert pour rendre pratique la méthode des mélanges titrés.

Le lendemain, 23 mars, à l'Académie de médecine, M. Biandin fait une communication fort intéressante au sujet des effets physiologiques de l’éther, communication qui complète les observations de Longet. En raison de son importance nous en reproduisons les principaux passages : « Si l’on cesse l’inhalation, le sujet repasse successivement par tous les états qu’il a déjà subis (périodes de Longet) lors du développement des phénomènes. Ces trois périodes ascendantes et descendantes de l'ivresse éthérée ont les mêmes caractères ; elles se correspondent très exactement, et, cependant, il existe entre elles une différence très réelle. Les premières se succèdent parfois avec une telle rapidité, chez certains individus, qu’elles paraissent, en quelque sorte, confondues ensemble, et qu'il est difficile de les distinguer les unes des autres : les secondes au contraire se déroulent avec lenteur dans un ordre parfaitement régulier, et, pour cette raison, elles se prêtent admirablement à l’étude physiologique de l'éther ».

Puis, passant à l'analyse des phénomènes de l’éthérisation, il envisage tout particulièrement les rêves, les convestions du cerveau et les causes de mort: « or, dit-il, il est

âà parties égales

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certain que les songes de l'ivresse éthérée, comme ceux du sommeil, sont en rapport avec l’âge, les goûts, les habitudes et les préoccupations habituelles des sujets : la jeune fille rêve à ses plaisirs, la femme lascive voit l’objet de son amour, le dévot se croit dans le paradis, l’homme occupé songe à ses affaires ; un pêcheur, auquel je pratiquais ces jours derniers l’ablation d'une tumeur du col, croyait tenir dans ses filets un brochet monstrueux...

« … La plupart des malades éprouvent pendant plusieurs heures, quelques-uns même toute la journée, une céphalalgie et une pesanteur de tête remarquable ; les expériences que nous avons faites, M. Longet et moi, ne nous laissent aucun doute touchant la congestion du cerveau qui suit les inhalations...… Nous avons été deux fois obligés de saigner des opérés pour remédier à cette congestion..…..

« … La mort, pendant l’insensibilité, peut-elle étre le résultat de l’inhalation, si on continue celle-ci au delà du moment où les sujets sont devenus insensibles aux excitations extérieures ? Ce fatal événement, s’il est possible, arrive-t-il bien loin de l’époque où la sensibilité à été abolie ? Pas le moindre doute sur le premier point ». Quant à la question de savoir quelle est « la distance qui sépare le commencement de la période d’éfhérisation de la protubérance de celle de l’éthérisation du bulbe rachidien (périodes décrites par Longet, zone maniable de P. Bert), elle est, après la précédente, la question la plus importante, Or les expér'ences de M. Longet nous ont appris que lorsque l’on continue l’inhalation, l'abolition des phénomènes respiratoires suit de très près l'abolition de la sensibilité ».

Abordant ensuite la théorie de l’asphyxie invoquée pour expliquer la production de l'anesthésie, il émet l'opinion suivante : « La lésion de l'hématose que l'on observe à un certain degré chez les sujets soumis aux inhalations éthérées, a fait demander si en réalité toute leur action ne con-

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