RUE
A côté de l’activité délirante, on voit se dérouler la crise motrice dépourvue d’onirisme. Le malade reste à terre et se met à mordre et à briser. C’est la période de la « folie musculaire » que nous avons déjà signalée plus haut. Est-ce que lattaque convulsive s'annonce ? Dans l’ensemble le caractère de la décharge motrice est aveugle, dénué de but.
L’hostilité semble fondamentale : l’éthérique semble plus susceptible d'attaquer que l’éthylique.
La durée du delirium tremens éthérique est beaucoup moindre que celle du délirium alcoolique. Après une nuit de sommeil le malade se réveille calme. La fin du délire n’est accompagnée d’aucune confusion. La mémoire du délire semble moins conservée qu'après le délire alcoolique.
Le malade présente souvent des attaques épileptiforines .
OBSERVATION
Le malade, âgé de 25 ans, est à la fois un dégénéré et un « cérébral ». À 16 ans, au cours d’une scarlatine, il fait un délire hallucinatoire avec agitation intense (tentative de suicide, etc.). À partir de ce moment-là, il devient particulièrement bizarre. Vers l’âge de 17 ans, il s’adonne à l’éther par passion ; dès le débui, il est pris d’une attaque épileptiforme, et il éprouve en outre des phénomènes que sa famille et lui qualifient du nom d’absences.
De 18 à 21 ans, il est condamné plusieurs fois pour
abus de confiance (vols), tentatives de suicide, etc.) jus-
Rage
qu'à ce qu’il trouve sa place dans un asile de débiles et re
Es
d’incapables.
En dehors de la délinquence, il a accompli divers actes
bizarres, comme les suivants. Un jour, il commande un service funèbre, du prix de 1900 francs, soi-disant pour sa grand'mère. Comme on lui fait remarquer que celle-ci est vivante, il répond : «Voilà quatre ans qu'elle ne sort plus, j'ai fini par croire qu’elle était morte. » Un autre jour, voyant une voiture de déménagement stationner devant sa maison, il y {porte Jes meubles de sa mère. Je ne peux pas garantir que l’éthéromanie ou l’éthérisme ait joué un rôle dans la genèse de ces actes absurdes ; toutefois, le
caractère impulsif qu’ils semblent avoir eu permet de le supposer. ;
Voici les déclarations du malade :
« Je suis très privé de ne plus boire d’éther ; depuis dix-huit ans je n'ai jamais cessé. J'en buvais tout le temps, surtout le soir au café, où je mélangeais l’éther au sirop de grenadine. J'en buvais 40 à 50 centimes par jour. Cela me grisait, je me serais privé de déjeuner pour en acheter ; depuis que je n'en bois plus, je souffre de l’estomac. Je fumais aussi des cigarettes de thé, et je rêvais alors que j'étais riche. A dix-huit ans J'ai eu un attaque, peu de temps après que je m'étais mis à l’éther. Cette attaque n'a pris subitement, dans la rue, et je suis resté quatre heures, m'a-t-on dit, sans connaissance, J'ai aussi
des sortes d'absence » (1).
Ces absences ont vraisemblablement un caractère
épileptoïde, comme l'attaque survenue à dix-huit ans.
1 Archives de neurologie, 1910, p. 276.
ASE ARS
Mais aucune n’a pu être observée à Sainte-Anne, où le malade dépourvu d'éther à été promptement amélioré.
Les attaques épileptiformes sont en général très courtes. On remarque l’absence de morsure de la langue et de la miction : ça ne nous étonne pas, parce qu'une pareille absence est fréquente dans les épilepsies par intoxication exogène. Ce qui est plus curieux, c’est l’absence de toute aura.
Très souvent, une période excito-motrice lui succède (briser, mordre), mais relativement coordonnée, stéréotypée, partiellement amnésique, et déjà entremêlée de délire. On signale l’absence de caractères absolus et de périodes tranchées ; il faut remarquer aussi l'absence d’état crépusculaire, de confusion proprement dite, avant le délire hallucinatoire, et consécutivement à lui. Les attaques ont toujours été suivies d’une amnmésie qui est peut-être moins profonde que dans le mal comitial vrai ou l’absinthisme.
Ni au cours des délires aigus, ni avant, ni après les attaques nous n'avons noté des symptômes confusionnels. L’éther paraît donc en somme peu enclin à produire l’état de confusion. Il n’est pas sans intérêt de remarquer que l’éther, qui produit presque à tous les temps de son action l'agitation motrice, l'agressivité et l’amnésie, possède aussi une aptitude à produire l’attaque convulsive. Il semble bien que tous les toxiques qui se signalent par le développement de la motricité tendent aussi à produire la perte de la conscience, l'agressivité, l’amnésie ; il en est ainsi pour l’absinthe,