American Journal of Insanity
avec idorrhée, est modifiée profondément. Le malade de Frerichs et Ewald se croyait placé hors du temps. On ne sait pas si la notion de l’espace est également troublée.
Longet a signalé un des premiers (1847) l'excitation érotique se produisant sur des femmes au cours de l’éthérisation chirurgicale. Beluze parle de rêves érotiques consécutifs à l’ivresseéthérée. « J’oubliais encore de vous dire que dans cette espèce d'ivresse — lui dit un malade nerveux — le sommeil me fuit nuit et jour, je n’ai alors aucune vision et pas de cauchemars, et ça doit encore influer sur mes parties sexuelles, car j'ai sans cesse envie d'aller au coït avec ma femme. Mais je ne sens absolument rien, pas le plus petit indice. Je dois sans doute tomber tout d’un coup, et ce n’est probablement que quand la fin de la crise approche que j'ai l’idée d’un sentiment, puisque je me souviens seulement alors tant soit peu d’avoir eu peur. >» Nous avons vu plus haut quelle peut être l'étendue de la perversion du sens génital.
Nous avons déjà signalé les sensations d’élouffement et d’oppression qui résultent de influence élec-
tive de l’éther sur les centres respiratoires.
OBSERVATION
Une malade âgée de 32 ans environ, présentant depuis
lonstemps des troubles du caractère liés à des consomma- 8 Ï
tions d'’éther, a fait en 1901 un délire polymorphe avec
prédominance d'excitation et d'angoisse. Elle s'enfuit chez
Rr2D ES une voisine, disant que son mari venPrempoisonner avec du réglisse, qu’il n’est pas son mari, qu’elle demande pardon à la sainte Vierge, etc. Idées de grandeur. Troubles de la sensibilité générale : son mari couché auprès d'elle vient de tenter de l’étoufjer avec un oreiller, elle suffoque.
Internée trois mois, sort améliorée (1).
La striction de la gorge chez une autre malade a ceci de remarquable qu’elle ne s accompagne d'aucun autre malaise. Egalement curieux est le nystagmus observé au cours de l’éthérisation accompagnant la trépidation épileptoïde ; tous les deux existeraient, selon Lenoble, dans un cas sur deux (2). On a vu la pupille en mydriase pendant le décours et au lendemain du délirium, et chez d’autres malades après l'ivresse.
Il existe, enfin, un fait qui a frappé tous les auteurs ; l’accès délirant est de courte durée, les éthériques irlandais profitaient de ce retour rapide à l’état lucide pour s’enivrer cinq ou six fois dans un même jour.
Dans les ivresses alcooliques, l'excitation soit «active », soit contemplative ne s'approche jamais autant du type maniaque que le fait l'ivresse due à l'éther. L'ivresse d’origine éthylique est généralement composite ; elle est toujours mêlée d’un certain degré d’onirisme. Par contre. il est très rare sinon impossible de trouver au cours des ivresses éthériques une
1. Observation de Clérambault, Archives de Neurologie, p. 280. 2. Lenoble, Compte rendu de la Société de Biologie, 8 déc. 1894,
. l'A MES FT si
US
$ crise délirante comparable à l’auto-accusation ou à la mégalomanie éthylique.
Selon les auteurs anglais, la cachexie et l’affaiblissement intellectuel seraient moins profonds dans l’éthérisme chronique que dans l'alcoolisme chronique.
Dans le delirium {remens alcoolique, les hallucinations semblent plus variées et plus mobiles, les hallucinations auditives plus abondantes, « les accalmies hallucinatoires sont peu durables, chaque retour de l’anxiété réveille des hallucinations, il n’y a pas, sauf exceptions, d’anxiété à vide », aussi le malade est-il toujours plus terrifié qu’anxieux ; ordinairement il fuit devant ses persécuteurs, il est très rare qu’il leur tienne tête ou les défie.
Entre les crises et dans les moments de calme, il présente peu d’excitation motrice, en tout cas pas d’énervement. Mais le sujet présente une suggestibilité considérable par lui-même ou par autrui. Une phrase du malade ou du médecin réveille facilement des ponaphobies,
L’onirisme existe presque toujours ; quand ül s'accompagne d’hallucinations monotones, il s’agit généralement d’un état grave, avec auto -intoxication confusionnelle. L’éthylique est anorexique.
Dans le delirium tremens éthérique, par contre, les hallucinations auditives sont rares : hallucinations visuelles moins abondantes, relativement stables et monotones, pas de confusion,
Les accalmies hallucinatoires sont fréquentes,
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durables et elles n'entraînent pas la cessation de l’angoisse. La suggestibilité émotionnelle est moindre que dans l’éthylisme ; l’idée suffit très rarement à réveiller l’anxiété. Il n’y a ni d’onirisme, ni de «subactivité onirique ». L’halluciné plus fort tient tête à ses adversaires. Son appétit est exagéré ; 1l est capable de boulimie momentanée.
D’après Magnan (1) les délires absinthiques se distinguent par rapport à l’éthérisme par leur «teinte comitiale » plus accentuée (schématisme, stéréotypie, confusion, amnésie totale).
L'intoxication par les états urémiques, les délires chloraliques se distinguent par un caractère onirique plus accentué, uneexaltation moindre de la motricité et du trouble confusionnel, le sentiment fréquent de l’irréalité, enfin des désordres spéciaux (2).
Toutes les ivresses provoquent le besoin de mouvement,spécialement celles dues à l’aniline, au datura, au gaz hilarant. L'aconitine, l'atropine, la coca, le café, le thé, le haschisch donnent des sensations de fourmillements ; le siège de ces sensations paraît plus particulièrement cutané avec l’atropine et l’aconitine ; le thé, le café, la santonine causent un tremblement visible ; le haschisch donne des frémissements de siège vraisemblablement musculaire. Le camphre donne des illusions de légèreté et de lévita-
tion. Des excitations localisées, portant sur le masséter,
1. Magnan, Recherches sur les centres nerveux. 2. Clérambault,Du diagnostic différentiel des délires de cause chloralique. Ann. méd. psych., 1909.