American Journal of Insanity, April
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recommencer à l’âge de 42 ans dans le même but médical. Le besoin d’éther augmenta dans de telles proportions qu’elle en absorbaït environ 250 grammes en une nuit. Elle devint maigre, pâle, anémique, se plaignait de maux d'estomac, se montra irritable, méfiante, eut des idées de suicide, erra seule la nuit par les rues, s’endormant au cours de son ivresse d’éther sur les bancs publics. Cette malade, qui avait été autrefois une femme du monde, finit par mendier dans les rues pour satisfaire sa passion. J’insiste premièrement : sur les antécédents de cette malade, le terrain était préparé ; deuxièmement, sur les effets organiques aussi bien que psychologiques.
La plupart des auteurs ne trouvent pas de lésions organiques mais Kerr insiste sur le fait que la pathologie de l’éther est peu connue et Amaldi -- d’accord avec lui — cite le cas suivant : il s'agissait d’un jeune garçon de 10 ans qui, en dehors d’un léger souffle cardiaque au premier temps et d’une pâleur un peu anémique, se portait parfaitement bien, était très intelligent et précoce et attribuait lui-même à l’éther ses extraordinaires succès scolaires. Au début il en buvait de 20 à 50 grammes et même 100 grammes dans la journée. La nuit il en absorbait autant sous forme de vapeurs. Quand ‘il se réveillait de son ivresse éthérique, il était capable de trouver la solution des problèmes mathématiques les plus difficiles. Tous les moyens essayés pour le guérir de sa passion furent vains. Il volait de l’argent à ses parents pour
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reprises et coup sur coup. » Pour affaiblir l’impression de brûlure qui obligatoirement suit l’absorption de l’éther, mais aussi pour diminuer dans la mesure du possible la perte d’éther due aux phénomènes d’éructation, les amateurs buvaient après de l’eau. Beaucoup en prenaient 150-600 grammes en plusieurs fois. Comme nous verrons il est des malades qui peuvent même consommer de 1 à 2 litres par jour (1}.
D’Angleterre, l'éthéromanie gagna la France, l’Allemagne (2), mais le nombre de ses victimes n'est jamais devenu très élevé dans ces pays parce que la morphine apparut bientôt, qui offre sur l’éther différents avantages. En particulier la morphinomanie se dissimule plus facilement. Mais malheureusement il existe encore des gens qui font usage d’éther pour leur plaisir, soit en inhalations, soit en le buvant à doses progressivement croissantes. Les raisons qui conduisent à cette pratique sont variées. Quelquesunes d’entre elles sont l’imitation, les effets agréables, l'apaisement de souffrances physiques ou morales. Dans une observation de Gordon (3), une femme dont le père était alcoolique et la mère une « originale nerveuse », avait pris de l’éther à l’âge de 22 ans dans un but médical, pendant quatre mois à doses
progressives. Puis elle avait cessé d’en prendre pour
1. Actuellement à la suite des mesures gouvernementales, le nombre des buveurs de l’éther en Irlande est très restreint.
2. On a signalé ces cas d’éthéromanie en Russie, Amérique du Sud et en Australie.